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Rapport annuel des évêques

Année: 1932
Pays: Corée du Sud
Mission: Taikou
Rédacteur:Mgr Demange

II. ─ Taikou.

Population catholique 39.621
Baptêmes d’adultes 1.531
Baptêmes d’enfants de païens 2.320
Conversions d’hérétiques 18
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« Le présent exercice a commencé par la célébration solennelle du premier centenaire de l’Eglise de Corée, nous écrit Son Excellence Mgr Demange. C’est le 9 septembre 1831 qu’était érigé le Vicariat Apostolique confié à notre Société qui, pendant quatre-vingt-dix ans, en a assumé seule la charge, arrosant abondamment ce champ d’apostolat du sang de ses missionnaires.
« Cette célébration n’aura pas consisté seulement en des cérémonies belles, consolantes et d’une valeur apologétique certaine, mais transitoires : le premier Concile régional tenu à Séoul à cette occasion, a permis une mise au point que les circonstances appelaient, et la détermination d’une action durable. Sous la présidence très effective de Son Excellence Mgr Edouard Mooney, Délégué Apostolique, ce Concile a condensé ses travaux et dans des Décrets que Rome a reconnus en moins de six mois, et dans un Directoire commun dont ces décrets sont l’armature. Décrets et Directoire vont entrer en vigueur le 26 septembre de cette année, fête de nos Bienheureux Martyrs, un an jour pour jour après la clôture du Concile. Il y a maintenant dans ce qui jusqu’en 1911 constituait l’unique Vicariat de la Corée, qui même divisé alors entre Séoul et Taïkou, ne comprenait que des missionnaires de notre Société, cinq Missions, dans lesquelles, avec les missionnaires français, travaillent les Bénédictins alle-mands de Sainte-Odile et les missionnaires américains de Maryknoll.
« C’est, à l’heure actuelle, un avantage gros de conséquences pour l’avenir, d’avoir pu codifier, et, vu l’union des esprits et des cœurs, aisément, une méthode unique d’évan-gélisation, consacrant le maintien de traditions vénérables, qu’on n’aurait pu laisser tomber sans dommage, mais dont les nouveaux venus pouvaient moins apercevoir la valeur, et s’ouvrant largement aux initiatives que l’évolution du pays demandait. La réunion annuelle des Ordinaires et la création des Commissions intermissionales que le Concile a décrétées, pourvoieront aux initiatives futures. Les Missions indigènes, dont l’aurore apparaît, n’auront qu’à entrer dans l’organisation commune qui les guidera et sera leur soutien dans l’unité d’action avec les Missions-Etrangères, leurs aînées.
« Comme je le disais dans le précédent rapport, le Vicariat forain dans lequel, l’an dernier, je confiai à des prêtres coréens exclusivement la moitié occidentale de la Mission, a été établi comme noviciat d’une Mission indigène. En mars le P. Etienne Kim, Vicaire forain, m’a fourni le rapport détaillé qu’il devait établir selon l’ordre indiqué au Canon 449 du Codex, sur la manière dont ses 17 confrères ont administré les 18.348 fidèles qui leur sont confiés. Il lui était aisé de faire un rapport complet puisque je lui ai, pratiquement, délégué toute autorité et que les rares affaires, que, par oubli des ordres donnés, on m’adressait du Tjyenlato, lui étaient immédiatement renvoyées. Son rapport est objectif et net. La conclusion qui s’en dégage est que, lorsque sera acquise l’expérience qui reste à faire pour l’administration temporelle, on pourra, me semble-t-il, envisager sans imprudence, la fin du noviciat. Il était tout indiqué d’étendre, pour cette expérience, les décisions du Concile, réglant le Denier du Culte dans toute la Corée. La manière dont les chrétiens du Vicariat forain réagiront à cette réglementation permettra de voir jusqu’à quel point la future Mission pourra se passer de l’aide étrangère. J’ai le regret d’être dans l’obligation de suspendre quelque temps, peut-être jusqu’à la récolte prochaine, l’application de cette partie des décisions du Concile. Etablir une organisation en faussant la base serait une opération désastreuse, or la base va être faussée par la disette qui ne peut manquer d’être la conséquence de la sécheresse anormale de cet été dans la Corée méridionale.
« Soit pour l’accroissement de la population catholique dont le total approche 40.000 et dépasserait ce chiffre si on y comptait les émigrés récents, soit pour les baptêmes d’adultes et d’enfants de païens, soit pour les confessions et les communions, les résultats de cette année sont consolants, les plus consolants, je crois de ceux obtenus pendant ces 21 premières années de la Mission.
« Les conversions sont dues surtout, cela ne fait de doute pour personne, au travail des catéchistes ambulants, dont l’œuvre, à présent tout à fait lancée, ne demande qu’à se développer. En multipliant ces catéchistes, nous multiplierons sûrement les baptêmes, la grâce suivant visiblement nos efforts dans ce sens. J’ai pu cette année en accroître le nombre de 15. Les catéchistes ambulants sont actuellement 55 : 30 hommes et 25 femmes. Leur salaire m’a demandé près de 8.000 yens, que j’ai dû trouver en dehors des ressources ordinaires : par là seulement se limite l’extension de l’œuvre. Ne pouvant encore en procurer à tous les districts, j’ai du moins voulu que tous ceux du Vicariat forain en soient pourvus. C’est fait maintenant.
« Les catéchistes ambulantes, écrit M. Bermond, ont bien travaillé dans le district de « Masanpo, et elles ont eu du succès comme en témoigne le chiffre de baptêmes d’adultes. « Elles ont rencontré, dans des régions toutes païennes de bien bonnes âmes qui se sont « laissées cueillir comme des fruits mûrs. En voyant ces nouveaux baptisés, je songeais aux « paroles de Notre-Seigneur : « Je vous bénis, Père, Seigneur du ciel et de la terre, de ce que « vous avez caché ces choses aux sages et aux prudents et de ce que vous les avez révélées « aux petits. » Une des catéchistes a fait baptiser 8 personnes dans le même village païen et en « prépare 10 autres au baptême. Une nouvelle station va ainsi s’ouvrir dans cette région, qui « n’avait pas été touchée jusqu’ici par l’évangile. »
« Nouvellement installé dans le district de Samrangtjin, M. Parthenay est entré, par son catéchiste, en relation avec trois villes, où des catéchumènes se sont présentés. Il a eu l’heureuse idée, de préparer à Tjinyeng, station importante sur la ligne de Masanpo, un pied-à-terre, où le catéchiste réside habituellement et où le Père a sa chambre et une salle chapelle. Les païens ont voulu travailler à la construction avec les ouvriers payés et reçoivent le missionnaire avec plaisir. Ce point est stratégique pour l’attaque de toute la presqu’île qui s’étend au sud.
« Occupés avant tout à susciter des conversions parmi les infidèles, les catéchistes ne se désintéressent pas cependant des chrétiens et chaque année, des non-pratiquants sont ramenés par eux. Il est facile aux chrétiens éloignés du Père, dont ils ne reçoivent la visite que deux fois par an, de se laisser aller à la négligence C’est pour rester plus en contact avec tous leurs chrétiens que plusieurs missionnaires et prêtres indigènes ont établi des Bulletins mensuels polycopiés. Je tiens à signaler parmi eux celui, remarquable pour la forme et solide pour le fond, que publie M. Bulteau, missionnaire à Fusan. Ce Bulletin tend à fournir la substance d’un Bulletin interparoissial et le district de Taikou l’utilise en y ajoutant un propre pour les nouvelles locales. Un troisième district veut suivre cet exemple qui est à encourager. La rédaction gagnera au travail de plusieurs, et le prix de revient en sera diminué.
« Naturellement, l’ennemi des âmes continue à nous susciter des obstacles. Un appoint trop ordinaire de son action est la pauvreté que M. Tourneux qualifie, pour certains endroits, de misère noire. La conséquence en est, pour beaucoup de districts, une émigration qui est souvent comme le note M. Beaudevin, la fuite du créancier. Notre confrère, avec une vue un peu trop pessimiste, dans sa généralité, en trouve la cause dans l’imprévoyance et le manque d’esprit d’économie des Coréens qu’il compare, à ce point de vue, aux paysans français, comparaison, sans ancun doute, défavorable aux premiers. Il convient de dire toutefois, que les conditions nouvelles font des victimes qui n’en sont pas responsables. J’ai parlé, au moment de leur promulgation, des lois sur le tabac et la culture des montagnes, qui, au point de vue social et politique, semblent bien des erreurs. Le pauvre propriétaire d’une petite paillote dans un terrain ingrat n’était pas une proie facile pour le bolchévisme qui sournoisement, mais sûrement, envahit le pays. Emigré à la ville où il n’a rien à perdre, et où il vit souvent dans la misère avec les siens, il prêtera aisément, le moment venu, l’oreille aux excitations des agitateurs. Du fait de l’émigration consécutive à ces lois, la ville de Taikou a vu sa population s’accroître de plus d’un tiers et le même phénomène se produit dans les autres villes.
« En présence de changements auxquels nous ne pouvons rien, les regrets sont inutiles, mais nous devons savoir ouvrir les yeux sur les conditions nouvelles qui nous sont faites. A ce point de vue, les missionnaires qui ont longtemps travaillé en Corée, ont besoin d’un effort d’adaptation. Notre champ d’action s’est déplacé. Depuis les persécutions qui avaient chassé dans les montagnes les chrétiens ruinés, c’est là et dans les campagnes environnantes, surtout parmi la population agricole que l’évangélisation s’était développée et que s’étaient constitués les grands districts. Certaines villes, par suite de circonstances exceptionnelles, s’étaient bien ouvertes, comme Taikou par exemple, après la réparation éclatante qui avait dû être donnée aux mauvais traitements subis en 1890 par le défunt M. Robert ; mais c’était l’exception et, en général, nous avions beaucoup moins de succès dans les villes que dans les campagnes. Actuellement la situation est retournée. Les villes ne sont plus le fief du mandarin, l’esprit y est plus ouvert aux préoccupations nouvelles. Elles nous appellent maintenant, et quand nous y allons, elles répondent incomparablement mieux à nos efforts qu’autrefois.
« Il y a seulement quinze ans, si j’avais eu à choisir entre la division d’un district rural de plus de 2.000 chrétiens et la fondation d’un district urbain, inévitablement squelettique au début, je n’aurais pas hésité pour le placement d’un nouveau prêtre. Aujourd’hui je n’hésite pas non plus, mais c’est le district squelettique qui sera fondé car il ne le restera pas longtemps.
« Nous en avons un exemple entre autres dans celui de Hayang, où, sous la féconde activité de M. Hamon, les néophytes abondent. Lors de la visite qu’il a faite du Vicariat, après le Concile, S. Exc. Monseigneur le Délégué Apostolique s’y est transporté. Il a admiré la belle église que notre confrère a bâtie en moins de quatre ans de Mission : elle était pleine de fidèles. Quand je lui ai dit que, lors de ma dernière venue en cet endroit, il n’y avait que quelques unités et que les centaines de personnes qu’il bénissait étaient toutes de récentes recrues, Son Excellence a compris mieux que par toute autre explication, le nouvel état de choses.
« C’est aussi un poste de ce genre que M. Cadars avait commencé il y a trois ans. Il y a été remplacé, en cours de cet exercice, par M. Richard. Notre jeune confrère déclare finie la pêche au filet et pense qu’il devra se borner à la pêche à la ligne. Mais comment en si peu de temps se rendre compte des espoirs réels ? Voici comment il commence son premier rapport rédigé en style quasi télégraphique : « En dix mois un nouveau peut-il se faire une idée exacte « des gens et des choses ? Langue, inexpérience, fausse timidité, manque de personnel apte ou « inhabileté à se servir de celui qui existe, etc, autant d’éléments qui contribuent, plus ou « moins, à rendre un débutant maladroit et à lui faire commettre moult bêtises. Ceci dit sans « fausse humilité ». Ce qu’il a déjà fait à son église de Oaikoan, sa bonne emprise sur des néophytes dont plusieurs sont difficiles à mener, l’ouverture d’un nouveau centre de catéchumènes, tout cela semble bien ne pas justifier cette humilité et je suis convaincu que l’avenir donnera une réponse négative à la question qu’il pose, en terminant : « Manque de « personnel, d’une part, et indécision du Père de l’autre sont-ils des obstacles « insurmontables ? » Il se gardera d’oublier, du reste, que l’enlèvement du second obstacle dépend de lui et qu’il s’impose : Jeune ou vieux, un missionnaire qui manque d’esprit de décision ne travaillera jamais à plein rendement.
« Une organisation différente de celle des districts ruraux s’impose dans ces postes. A ce point de vue la paroisse de Saint-Joseph dont l’église est sur le terrain de l’évêché, pourrait d’autant plus servir de modèle, qu’elle n’est surchargée d’aucune station secondaire, et que M. Deslandes se donne tout entier à cette organisation moderne. Malheureusement, vu notre pénurie de missionnaires européens, qui seuls peuvent occuper certaines charges, M. Deslandes doit cumuler la paroisse, l’économat et le secrétariat de l’Administration diocésaine. Autant pour le décharger que pour donner à notre jeune confrère une formation adaptée, je lui ai donné comme vicaire M. Paillet, notre benjamin. Ses rapides progrès en langue coréenne ont permis de lui confier assez vite du ministère. Voici le résumé du rapport de M. Deslandes :
« L’organisation extérieure se poursuit constante, quoique forcément lente. L’arrivée du « vicaire a permis de suivre, de plus près et plus régulièrement, le développement de la vie « chrétienne ; les enfants sont maintenant encadrés depuis l’âge des premiers sacrements, les « petites filles donnent toute la satisfaction relative qu’on peut en attendre, les grandes filles « ont légèrement meilleur esprit que précédemment ; pour les jeunes femmes, l’œuvre n’est « qu’à ses débuts : des flottements et l’inconstance ne permettent pas encore de se promettre « des résultats appréciables. Les garçons sont très difficiles à manier, ils fondent dans les « mains de 13 à 14 ans ; les jeunes gens donnent de meilleurs résultats bien que intermittents ; « ils devraient être plus occupés et plus suivis par le Père : en général, la ferveur de la « chrétienté continue et la fréquentation des sacrements est améliorée par la présence d’un « confesseur qu’on est sûr de trouver à temps assuré. »
« La fondation de postes dans les villes entraîne, malgré les difficultés que crée aux établissements libres la législation scolaire, un développement de nos écoles. La clientèle ne manque pas. C’est même généralement par la création d’une école que le prêtre entre en contact avec la population païenne. Cette année, le nombre de nos écoles a passé de 83 à 135 ; elles sont de trois catégories :
« La première comprend les écoles reconnues qui sont, elles-mêmes de deux sortes : les écoles communes (en France on dirait communales-libres), en tout semblables aux écoles publiques gouvernementales, à cette différence près (et elle nous touche spécialement), qu’elles ne sont pas entretenues aux frais du contribuable. D’autres écoles sont reconnues aussi, comme suivant, en partie seulement, les programmes du Gouvernement. Nous avons en tout 18 écoles reconnues : 2 communes, avec 15 maîtres ou maîtresses et 781 élèves, une école maternelle avec 51 enfants, et 15 écoles à programme réduit, avec 25 maîtres ou maîtresses et 896 élèves. La deuxième catégorie est celle des écoles à enseignement séculier et religieux, non reconnues par le Gouvernement, soit 6 écoles de jour, 32 écoles du soir et 2 écoles maternelles éduquant 1.314 enfants. La troisième catégorie est celle des écoles de doctrine, soit 43 écoles du dimanche et 34 quotidiennes avec un total de 2.322 élèves. J’ai béni, en juin, une nouvelle école maternelle construite par M. Mousset à proximité de la belle école des Sœurs, dont il est directeur ; son succès paraît aussi assuré que celui de la grande école.
« Les Religieuses dont l’enseignement est cause de ce succès sont des Sœurs coréennes de Saint-Paul de Chartres. Cette Congrégation, dont l’esprit apostolique ne fait, dans son sein, aucune distinction entre les Sœurs indigènes et européennes, a vu croître son effectif, à Taikou, par 14 professions qui ont clôturé, il y a quelques jours, la retraite annuelle. Plusieurs des nouvelles professes ont leur diplôme d’école normale. Des postulantes également diplômées sont encore dans l’exercice de l’année d’enseignement qu’exigent les règlements, et plus nombreuses sont celles qui suivent à Taikou, à Séoul ou au Japon les cours qui se termineront par l’obtention des brevets. Toutes ces postulantes-étudiantes rejoignent la communauté pendant les vacances et ont pris part à la retraite de huit jours. M. Vermorel trouve, dans la charge d’aumônier de cette florissante communauté, un digne couronnement de sa carrière de missionnaire de la brousse. Puisse son dévouement, comme sa verte vieillesse permet de l’espérer, être apprécié longtemps encore par nos chères religieuses !
« Une nouvelle Supérieure a été donnée, en la personne de Sœur Béatrix, à la communauté de Taikou qui l’avait possédée autrefois pendant quatre ans et qui l’a vue revenir à la grande joie de tous. Parmi les œuvres des Sœurs, le dispensaire prend des développements presque trop rapides. Tel jour a vu 360 malades y venir aux heures des consultations, qui alors prenaient toute la journée. Bien que le savoir-faire de Sœur Renée, qui fit toute la guerre comme infirmière civile, soit égalé par son dévouement, et qu’elle forme avec compétence ses compagnes indigènes, cela ne supplée pas au local très insuffisant : la partie réservée dans l’infirmerie bâtie l’an dernier, ne prévoyait pas semblable affluence. Quand il fait beau, malades et éclopés attendent dehors, mais quand il pleut ?… Je voudrais construire une maison simple, mais grande, servant de dispensaire et d’hospice ayant quelques lits où pourraient guérir des malades que le manque d’hygiène condamne à mort dans leurs taudis. Cette œuvre est bien ce que nous avons actuellement de mieux comme moyen d’apostolat, car le désintéressement généreux pour les déshérités, humainement inexplicable, est compré-hensible pour tous, et, en fait, compris. La dépression économique qui arrête les bienfaiteurs ne me permet pas d’entrevoir comme prochaine la réalisation de ce projet. Cette année, j’ai simplement construit une maison pour la crèche, dont le besoin était plus urgent encore. Que de petits êtres abandonnés trouveront là le salut de l’âme avec celui du corps !
« L’ordination de 4 prêtres à la Trinité porte à 32 le nombre des prêtres coréens sortis du Séminaire de cette Mission, ordonnés pendant les quatorze dernières années. Le retour de MM. Cadars et Lucas, à qui le climat de France a donné des forces nouvelles, joint au renfort de ces nouveaux prêtres, m’a permis de fonder, dans le cours de cet exercice 6 postes, dont 3 en pays païen. Un de ces derniers est Haptchyen , où je me rendis, pour la première fois, en commençant ma visite pastorale. J’ai trouvé là un très beau terrain dominant la ville, une chapelle que l’on m’a demandé de bénir sous le vocable de Sainte-Thérèse de l’Enfant-Jésus et une petite maison, le tout don d’un riche païen, qui édifie tout le monde par une conduite rare chez les gens de sa condition. Sa femme et ses enfants sont baptisés et il se prépare lui-même à entrer dans l’Eglise. Pendant mon séjour dans cette ville, tous les professeurs de l’école publique sont venus me voir pour m’interroger sur la doctrine catholique. La semence jetée alors lèvera avec la grâce de Dieu ; d’aussi bonnes dispositions m’ont persuadé qu’il ne fallait pas tarder à y envoyer un Père et l’ordination m’a permis, en faisant les mutations utiles, d’y établir un prêtre indigène qu’un des nouveaux ordonnés a remplacé dans son poste antérieur. Au cours de cette visite, qui m’a conduit dans 12 stations, appartenant à 7 districts, dont 5 administrés par des prêtres indigènes, deux autres chapelles ont été bénites. Pour elles, comme pour celle de Haptchyen, on m’a instamment demandé que le titulaire fut Sainte-Thérèse de l’Enfant-Jésus, tant le culte de la petite Sainte s’est répandu dans notre brousse coréenne !
« En rentrant de l’île de Ketjyei, au cours de la visite du district florissant de Masanpo, j’ai fait un détour pour voir un emplacement récemment acheté, dans une ville en formation, où doit se transporter la préfecture de Haman. Là où auparavant ne poussaient que des roseaux, des terrains immenses ont été transformés en rizières par une compagnie japonaise ; aussi le développement du pays est considérable et le sera davantage à l’avenir. Estimant qu’elle aurait plus de garanties avec des fermiers catholiques, la compagnie s’est réjouie de mon intention d’établir un missionnaire à Malsan (c’est le nom de la ville). Elle a promis de nous aider à la construction de la résidence et de l’église. Quoi qu’il advienne de cette promesse, les bonnes dispositions qu’elle révèle d’une part, et d’autre part, la condition des agriculteurs qui, venant d’ailleurs se faire une nouvelle vie, seront plus faciles à atteindre, tout permet d’espérer beaucoup de cette fondation. A son retour de France, M. Lucas y a été envoyé ; il réside, en attendant qu’on puisse construire à Malsan, dans une belle chrétienté située à quinze kilomètres ; la communication entre les deux endroits est assurée par un service automobile. Les deux districts de MM. Bermond et Parthenay terminaient ma visite. Je suis retourné à Masanpo au printemps pour y consacrer la belle église en pierre, bâtie il y a trois ans : c’est la cinquième église consacrée dans la Mission. Nous avons, en outre, 109 églises ou chapelles, la plupart très modestes, simplement bénites.
« J’ai parlé, plus haut, de l’émigration considérable des Coréens. Elle se fait surtout au Japon. En 1924, le Délégué Apostolique nous avait déjà communiqué le désir des Ordinaires de ce pays d’y avoir un missionnaire de Corée à demeure. Il fut impossible alors de répondre à ce désir. Depuis trois ans, M. Julien employait ses vacances de professeur du séminaire à porter aux émigrés les secours de la religion, et le bien qu’il procura fit désirer plus ardemment un Père à résidence fixe. Un cours de théologie, prenant fin avec l’ordination, rendait momentanément disponible M. Bertrand. Je l’ai envoyé à Tôkyô, où Monseigneur l’Archevêque le traite comme un de ses missionnaires. Une première tournée dans les Missions de Tôkyô, Osaka et Nagoya l’a mis en contact avec 836 catholiques coréens. Quand il aura visité les autres diocèses, le nombre de ses ouailles sera plus considérable et on a bon espoir que des disparus se présenteront. Il a donné quelques baptêmes d’adultes à des catéchumènes. M. Bertrand nous reviendra en 1934 et un autre jeune missionnaire, déjà formé à l’apostolat en Corée le remplacera, pour deux ans et ainsi de suite, s’il plaît à Dieu.
« Puissent les missionnaires envoyés aux émigrants coréens du Japon leur rendre des services comparables à ceux que M. Anchen rend aux catholiques Japonais de notre Mission !
« Très souvent en chemin de fer et en bateau, notre zélé confrère est tout à ses 489 fidèles, dispersés dans tout le Vicariat, et aux catéchumènes qu’il a suscités. Entre temps, il habite Taikou, où se trouve le groupe le plus considérable : 85. Il vient d’acheter en plein quartier japonais, un terrain qui le mettra plus à portée de ses ouailles que son pied-à-terre a l’évêché. Puissent les générosités qui lui ont permis l’achat du terrain, l’aider à y contruire résidence et chapelle ! Ses chrétiens sont bien décidés à faire tout leur possible, mais ils ne sont ni nombreux ni fortunés.
« Sinon, hélas ! par sa durée, du moins par le réconfort qu’elle nous a apporté à tous, la visite de Mgr de Guébriant est un des événements importants de cette année. Il convient de le mentionner dans ce compte rendu et d’en saisir l’occasion pour redire à notre vénéré Supérieur Général toute notre affectueuse gratitude en l’assurant que ses précieuses exhortations, renforcées par l’admirable exemple d’énergie apostolique qu’il nous a donné, n’auront pas qu’un effet passager. »


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