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Rapport annuel des évêques

Année: 1933
Pays: Corée du Sud
Mission: Séoul
Rédacteur:Mgr Larribeau

CHAPITRE II
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GROUPE DES MISSIONS DE CORÉE
ET DE MANDCHOURIE

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I. –– Séoul

Population catholique 57.295
Baptêmes d’adultes 2.057
Baptêmes d’enfants de païens 4.001
Conversions d’hérétiques 66


Au début de son compte rendu Mgr Larribeau rend un hommage ému à la mémoire du vénéré Mgr Mutel, décédé à Séoul le 23 janvier 1933, après 56 ans d’apostolat et 43 d’épiscopat en Corée. Avec cette noble et belle figure de missionnaire et d’évêque, disparaît un des derniers survivants des grandes persécutions du XIXe siècle au pays du Matin-Calme. Venu dans cette contrée en 1877, le jeune apôtre n’y trouva guère plus de 10.000 chrétiens en butte à toutes sortes de vexations. A sa mort, ce vétéran de l’apostolat laisse 4 Vicariats Apostoliques en pleine prospérité, avec un total de plus de 100.000 catholiques. S. Exc. Mgr Mutel restera dans les Annales de la Corée, le grand Archevêque des premiers jours de liberté, et son nom demeurera intimement lié à l’histoire de plus d’un demi-siècle de l’Eglise coréenne.
Mgr Larribeau nous conduit ensuite dans la plupart des districts de son Vicariat Apostolique.
« Depuis sept ans, écrit Son Excellence, M. Villemot a la charge de la paroisse de la cathédrale. Malgré une santé un peu délicate, notre cher Provicaire n’épargne ni son temps ni sa peine pour connaître de plus en plus son troupeau et lui prodiguer tous ses soins. Son rapport donne des précisions intéressantes. « Le nombre des chrétiens, dit-il, a encore « augmenté cette année ; nous voici arrivés au chiffre de 2.234, soit 172 de plus que l’an « dernier : 57 sont des nouveaux baptisés ; 30 représentent le surplus du nombre des « naissances sur celui des décès, les 85 autres sont des fidèles venus d’ailleurs, mais surtout « des brebis égarées, perdues dans la foule et que nous avons eu la joie de faire rentrer au « bercail.
« Nos écoles ont toujours le même nombre d’élèves, 588 tant garçons que filles, dont 215 « catholiques. Les enfants des familles chrétiennes de la paroisse qui, malgré toutes mes « exhortations, fréquentent encore les écoles primaires païennes, dépassent la cinquantaine. « Les prétextes, invoqués par les parents pour légitimer cette conduite, sont ordinairement la « grande distance qui les sépare de notre école et les dangers de la circulation dans les rues. « De fait, les pauvres Coréens sont de plus en plus relégués dans les quartiers excentriques, et « la traversée des grandes artères de la ville n’est pas toujours facile pour des enfants ; chaque « année nous avons à déplorer des accidents. »
« Et le Père Provicaire termine par un éloge de ses jeunes gens qui s’appliquent à la propagande des bons livres en tenant, tous les dimanches à la porte de l’église, un étalage de brochures choisies.
« Notre doyen, M. Curlier, est à Maihoatong, dans la province de Hoang-hai, seul missionnaire européen du doyenné indigène. A cause de son âge, 70 ans, et aussi de sa santé quelque peu ébranlée par une diarrhée rebelle, nous lui avons donné un vicaire depuis trois ans. Notre cher confrère est un peu porté à voir surtout les défauts de ses chrétiens, n’empêche qu’il les aime de tout son cœur et qu’il se dévoue sans cesse pour les guider, comme un bon Père, dans le chemin qui conduit au Ciel ; M. Curlier a eu la joie de régénérer trente adultes dans les eaux du baptême.
« C’est exactement le même nombre que nous accuse M. Bouillon, titulaire de Tjyang-ho-ouen, juste à la limite des deux provinces de Kyeng-keui et de Tchyoung-tchyeng nord. Les quarante ans que ce confrère a déjà passés dans ce poste oui assez fatigué sa santé, au point de l’empêcher souvent de travailler comme il le désirerait. Quand le missionnaire vint s’installer ici, il n’y avait pas un seul chrétien, or il y en a aujourd’hui 1.067, groupés autour d’une belle église, ou plutôt de deux églises, la première s’étant trouvée bien trop étroite. En dehors des soins à donner à cette chrétienté, ministère suffisant pour occuper un prêtre valide, M. Bouillon a encore la charge de quelques 900 chrétiens, disséminés dans son district, et qu’il lui faut visiter deux fois par an, sans compter les courses aux malades. Aidé d’un jeune prêtre, il a entendu au cours de cet exercice 5.500 confessions et distribué plus de 25.000 communions, rien qu’à sa résidence même ; c’est dire l’excellente formation chrétienne donnée par M. Bouillon à ses chers enfants.
« Avec M. Guinand nous quittons un instant le ministère paroissial et l’évangélisation des païens, pour parler un peu de la formation du clergé indigène. C’est, en effet, au Séminaire que M. Guinand a passé la plus grande partie de sa vie missionnaire. Supérieur de la Maison depuis 1900, il voit actuellement le nombre de ses élèves bien diminué, du fait que, depuis le transfert du petit Séminaire à Paik-tong, seuls les grands séminaristes restent à Ryong-san. Ils étaient cette au année au nombre de 26 : 1 diacre, 8 acolytes, 3 lecteurs et 14 philosophes ; malheureusement, le 5 juin dernier, un de ces philosophes s’est accidentellement noyé dans un fleuve, en présence de ses camarades impuissants à le sauver : cette mort tragique fut pour tous un grand sujet de tristesse.
« M. Guinand est secondé dans son travail par M. Chabot depuis 1920, et par M. Dourisboure depuis l’an dernier. Au grand séminaire prend également pension M. Rouyssou chargé de desservir dans le voisinage une chapelle de secours fort utile aux chrétiens de ces faubourgs de la capitale.
M. Antoine Gombert a été depuis peu nommé directeur spirituel et du grand et du petit Séminaire. Dans ce dernier établissement se trouvent réunis les jeunes latinistes des trois Missions de Séoul, de Taikou et de Ouensan, sous la direction de M. Chizallet, aidé de trois prêtres indigènes. En réalité, les Pères n’enseignent aux élèves que le latin, le français et les sciences religieuses, doctrine ou spiritualité ; tous les cours profanes sont faits par des professeurs laïques, qui ne viennent d’une école voisine qu’aux heures de classes seulement. L’admission des nouveaux élèves a lieu tous les ans à la fin de mars. Tandis que les écoles du gouvernement ont alors une quinzaine de jours de vacances, nos petits séminaristes restent à la maison et, pendant trois jours, font avec les nouveaux-venus la retraite annuelle. Ils ne retournent ainsi dans leurs familles que deux fois l’an, au lieu de trois : une vingtaine de jours à la Noël, et six semaines pendant les grandes chaleurs, c’est-à-dire de la mi-juillet au commencement de septembre. L’établissement suit désormais la marche régulière des maisons d’éducation officielles, mais on ne dira jamais assez combien le Supérieur a dû faire preuve de tact et de patience au milieu des nombreuses difficultés du début. Pour la première fois cette année 14 élèves en sont sortis, pour entrer au grand Séminaire et y commencer l’étude de la philosophie.
« Ouvrir une école nouvelle n’est guère chose facile, nous écrit M. Julien Gombert, actuellement en instance pour obtenir l’approbation officielle d’une petite école en plein rendement. Notre confrère réussira-t-il ? Quel dommage s’il était obligé de cesser cette œuvre assez bien installée, qui lui a coûté déjà beaucoup d’efforts et d’argent. Deux Sœurs coréennes y enseignent depuis l’an dernier ; enfants et parents sont contents, mais la législation scolaire est impitoyable et le pauvre missionnaire ne peut que difficilement répondre à ses exigences. M. J. Gombert occupe toujours le poste de Ronsan, le plus voisin de la future mission indigène, en voie de formation dans le Vicariat Apostolique de Taikou. Il a obtenu 51 baptêmes d’adultes et, dans un avenir prochain, il espère en recueillir davantage. L’église, construite depuis six ans à peine, est déjà trop étroite ; et dire « qu’on a toujours peur de faire trop grand quand on bâtit » ! Le souci d’agrandir son église n’a pourtant jamais contristé le cœur d’aucun missionnaire ! M. Mélizan voudrait, bien n’avoir que ce souci en sa pauvre ville d’Oktchyen, où il fut envoyé à son retour de France pour remplacer M. Dourisboure appelé au Séminaire. C’est un poste fondé depuis plusieurs dizaines d’années, abandonné, puis repris, sans grand succès, et la trop modeste installation de la résidence, qui comprend église et maison d’habitation, n’est pas de nature à donner une haute idée de notre sainte religion, ni à attirer vers nous les païens d’alentour.
« A Chemulpo, M. Deneux, administre environ 1.500 fidèles fixés autour d’une église qui ne peut en contenir plus de 400 ; malgré deux messes le dimanche, il est de toute évidence que la nécessité d’une construction nouvelle s’impose. Le problème est à l’étude depuis plusieurs années, sans être encore résolu, car, faute de ressources, l’œuvre des écoles risquerait d’en souffrir notablement. Les écoles de cette ville, en effet, sont la gloire de M. Deneux, que seconde si efficacement depuis quelques années M. Lagarde ; grâce à leur surveillance et à leur direction, ces deux établissements ont très bonne réputation. Il y a là également uni assez fort groupe de chrétiens japonais, dont M. Deneux s’occupe toujours avec zèle : son jeune confrère profite de l’occasion pour apprendre la langue nipponne qui semble devenir de plus en plus indispensable aux missionnaires coréens.
« A Séoul le nombre des catholiques japonais est beaucoup plus considérable ; ils sont plus de 400. C’est toujours M. Poyaud qui en a la charge.
« M. Lucas, dont l’état de santé s’est bien amélioré, est maintenant chargé de l’important district d’Ansyeng, et il y continuera l’ouvrage bien mis en train pendant trente deux ans par M. Gombert. Déjà au courant de l’état de cette chrétienté, pour y avoir fait l’intérim pendant un congé de repos de son prédécesseur, notre confrère s’est attaché avant tout à reconstruire l’école des garçons, dont les bâtiments, vieux et provisoires, commençaient à lasser la patience officielle ; M. Lucas est décidé à « conserver cette école quels que soient les « sacrifices qu’exige son maintien ».
« M. Polly, à la grande et vieille ville de Syou-ouen, n’a d’autre école que celle de ses catéchumènes, et ils y sont assez nombreux, bien que 77 des adultes qui la fréquentaient aient déjà reçu le baptême. Ce zélé confrère se trouve-t-il au milieu d’un groupe de païens qu’il se met à les « persécuter » comme il dit, de telle sorte que ces braves gens sont obligés de se convertir pour avoir la paix. Il a sa méthode à lui : il ne lâche plus le catéchumène qui a commencé à apprendre le catéchisme ; que celui-ci vienne directement du paganisme ou qu’il sorte de quelque secte protestante, il le fait visiter très souvent par son catéchiste, le fait venir chez lui, se rend compte par lui-même de ses progrès dans l’étude de la religion, l’encourage, le gronde, le félicite mais assez rarement, jusqu’à ce que son homme soit prêt à être régénéré dans les eaux du baptême, et, ajoute-t-il « Je finis toujours par l’avoir ».
« M. Perrin est à Haptek en pleine campagne, dans une plaine très peuplée où il y a encore beaucoup à faire. Le nombre des chrétiens de son district étant de 1.930 unités, il faudra bientôt, assurer un auxiliaire à ce zélé confrère.
« M. Pichon doit aller bientôt fonder un nouveau poste sur la ligne de Séoul à Ouensan ; en attendant, ce confrère aide de ses conseils les prêtres coréens chargés de la Presse, qui ont souvent besoin de renseignements précis et sont assurés de trouver chez lui une source abondante en documentations de tous genres.
« M. Molimard est toujours à Hpyeng-htaik, station à deux heures de Séoul, sur la ligne de Fousan. « Disons tout de suite, nous écrit ce confrère, que cette année le district a été bien « favorisé par la Providence. Le nombre des communions a doublé ; l’assistance à la messe a « été plus régulière ; une quinzaine de tièdes sont revenus à la pratique religieuse ; les parents « s’occupent mieux d’enseigner le catéchisme à leurs enfants ; quelques chrétiens font même « du prosélytisme, et Dieu aidant, avec succès. Ainsi pour la commodité de quelques « néophytes, j’avais consentis l’automne dernier à célébrer une messe, au cours de « l’administration, chez l’instituteur d’un assez gros village où je fus très bien reçu et mille « fois remercié à mon départ. Comme consigne, je leur demandai de me fournir au printemps « suivant dix baptêmes, pas un de moins. Heureusement que je n’ai point ajouté pas un de « plus, car quels ne furent pas mon étonnement et ma joie, lors de ma seconde visite, « d’admettre onze personnes au baptême : je n’avais plus rien à désirer, mais voyant ces « braves gens si bien disposés, je les ai vivement engagés à ne pas s’en tenir là. Aussi dociles « que la première fois, j’ai appris dernièrement que trois nouvelles familles s’étaient fait « inscrire comme catéchumènes et que, depuis un mois, chaque dimanche, elles se joignent « aux chrétiens pour réciter les prières en commun.

« Le voisin d’e M. Molimard, M. Colin, dirige à Kong-sei-ri, le poste fondé autrefois par M. Devise, dont nous venons d’apprendre la mort. M. Colin commence à bien connaître son district ; son rapport bien circonstancié en fait foi. Du centre il s’efforce de faire rayonner dans tous les environs une vie chrétienne intense, et son ardeur entreprenante a déjà fait beaucoup pour remuer cette population un peu apathique ; sa persévérance fera le reste, pourvu qu’il s’aide toujours de prudence.

« M. Barraux, lui, est voisin de M. Perrin après avoir été son vicaire. Il a remplacé M. Mélizan à Syesan et s’efforce de maintenir ses chrétiens dans leurs bonnes traditions. Son rapport aussi est bien détaillé, et en le lisant, on sent qu’il se rend compte du travail à faire et qu’il fera, j’en suis sûr, le jour où une connaissance plus complète de la langue lui en donnera les moyens. Il se plaint de n’avoir pas la prudence des vieux pour diriger son monde ; d’autres diraient volontiers qu’il n’a même pas la prudence des jeunes, car il est à craindre que sa santé ne résiste pas au régime un peu sommaire auquel il s’est astreint. M. Collard est à Tai-tyen entre M. J. Gombert et M. Mélizan, à 51 km. de l’un, à 16 de l’autre, avec une station de chemin de fer à 3 kilomètres de sa résidence pour se rendre facilement chez les deux. Ses préoccupations ne sont pas de voyager, mais plutôt de poursuivre l’étude de cette difficile langue coréenne, qu’un moment il désespérait presque d’apprendre.

« En terminant ce rapide aperçu, il faut constater que Dieu a visiblement béni les efforts de tous, car pour l’année un accroissement de la population catholique de 2.992 âmes a été le plus important que nous ayons eu à enregistrer depuis la première division de la Mission en 1911. De même le nombre des baptêmes d’adultes, 2.057, n’avait pas été atteint depuis 1914, alors que la Mission comprenait encore les territoires qui ont formé depuis les trois Missions du nord, Ouensan, Hpyengyang et Yenki. Il y a un changement évident et tout en notre faveur dans la disposition des populations à l’égard de notre sainte religion, et de grands espoirs sont en perspective pour les Missions de Corée, surtout si des ouvriers plus nombreux viennent nous aider à recueillir les moissons déjà mûres. Jusqu’ici, seules, les Sœurs de Saint-Paul de Chartres ont été nos auxiliaires, toujours très dévouées ; leur zèle trouve sans cesse un champ libre à leur inlassable activité. Aux nombreux services qu’elles rendent partout, elles viennent depuis quelques années d’en ajouter un nouveau, destiné à prendre d’heureux développements ; dans plusieurs postes, les missionnaires les emploient comme catéchistes auprès des païens et avec beaucoup de succès : les vocations indigènes se multipliant dans leur Institut, j’ai confiance qu’on pourra bientôt généraliser cette œuvre.

« L’école secondaire pour les garçons jouit toujours d’une excellence réputation et reçoit tous les ans beaucoup plus de demandes d’admissions qu’il y a de places disponibles. Mais qu’est cela auprès des œuvres innombrables établies ici par les protestants ? Le compte rendu s’allongerait démesurément s’il fallait énumérer tout ce qui nous manque et qu’il serait cependant bon d’avoir, et puis on nous accuserait peut-être de pessimisme, alors que notre cœur déborde de reconnaissance envers Dieu qui nous donne, avec le travail à exécuter chaque jour, le pain quotidien qui soutient nos forces pour l’accomplir « Non nobis, Domine.. non nobis... sed nomini tuo da gloriam... »



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