| Année: |
1933 |
| Pays: |
Corée du Sud |
| Mission: |
Taikou |
| Rédacteur: | Mgr Demange |
II.— Taikou.
Population catholique 41.073
Baptêmes d’adultes 1.854
Baptêmes d’enfants de païens 2.505
Conversions d’hérétiques 71
« Nous espérions voir le chiffre de la population catholique atteindre 40.000, nous écrit S. Exc. Mgr Demange, or le total donne exactement 41.073 : cette année est vraiment bonne. L’accroissement de certains chiffres est particulièrement consolant. Sans parler de celui des baptêmes, le meilleur que nous ayons obtenu jusqu’ici, nous notons pour les communions un excédent de près de 41.000 sur l’an dernier, sans qu’aucune raison extraordinaire explique ce progrès. Dieu a béni les travaux de ses ouvriers qui tous sont à la tâche avec leur cœur et leur courage.
« Dans les comptes rendus précédents, je me suis étendu sur l’organisation des œuvres générales. En cet ordre d’idées, je veux noter seulement le synode diocésain qui, préparé par tous pendant six mois, a fixé en mai dernier ce qui devait s’ajouter au Directoire des Missions de Corée pour constituer le Propre de Taikou.
« Ceci dit, le présent rapport sera tout entier composé de l’analyse, aussi exacte que possible, des relations des districts, dans le but de donner une vue détaillée de la vie et des travaux des missionnaires, français et coréens, qui administrent les 39 stations résidentielles et les 443 stations secondaires du Vicariat.
« La ville de Taikou possède actuellement quatre paroisses : celle de la Cathédrale, la paroisse Saint-Joseph, la Paroisse Saint-Paul de Nalmi et l’église Sainte-Thérèse de l’Enfant-Jésus, dans le quartier Japonais.
« M. Julien constate des progrès assez sensibles dans sa paroisse de la cathédrale, « autant « qu’on peut en juger, remarque-t-il, après quelques mois seulement de ministère dans ce « district. Le nombre des catéchistes s’est accru et des résultats heureux ont suivi. Les « confessions annuelles en particulier ont augmenté de 158. Une plus grande ferveur se « manifeste par la réception plus fréquente des sacrements ; nous comptons cette année un « excédent de 3.700 confessions et de 10.300 communions sur l’exercice précédent ; les « baptêmes d’enfants de païens moribonds atteignent le beau chiffre de 578. Les écoles sont « aussi en progrès et fréquentées par de nombreux catéchumènes. L’école du soir maintient sa « bonne réputation, elle est suivie par 200 jeunes filles, presque toutes païennes, dont « plusieurs se préparent à devenir chrétiennes. Le manque absolu de ressources empêche de « faire plus de bien, c’est là le gros souci du curé. »
« M. Julien a comme vicaire le P. Kim Barthélemy qui, en dehors de son service ordinaire à la cathédrale, assume la charge de 1.200 fidèles, répartis dans 15 stations secondaires. Les renseignements qu’il en donne se résument ainsi : avance sérieuse dans la préfecture de Tal-syeng, les catéchumènes s’y présentent nombreux et un nouveau centre a été ouvert à une lieue de Taikou. Les chrétiens sont bons et s’efforcent de devenir meilleurs. Une seule station laisse à désirer, du fait que le catéchiste a quitté ce village et n’a pu être remplacé.
« La deuxième paroisse de la ville de Taikou, Saint-Joseph, comprend la plus grande partie du quartier sud, le curé en est M. Deslandes qui depuis l’an dernier a comme auxiliaire M. Paillet. Ce jeune confrère a fait, dans la langue et la pratique du ministère, des progrès assez rapides pour lui permettre d’assumer seul la chargé des 650 chrétiens de cette paroisse, maintenant que la maladie, puis un congé en France, ont obligé M. Deslandes à lui en abandonner le soin.
« Le P. Ri Matthias chargé de la troisième paroisse au nord de la ville administre, en dehors de son centre de Nalmi, 9 stations dont certaines sont éloignées d’une journée de marche. Sa relation ne donne pas de renseignements sur l’état général de son district. Il a ouvert deux nouvelles stations dans la préfecture de Tchilkok. Comme beaucoup d’autres, il se plaint de l’émigration dans les villes et surtout au Japon, raison pour laquelle le nombre de ses chrétiens n’a pas augmenté sensiblement.
« Enfin, la quatrième paroisse de Taikou est la paroisse japonaise créée cette année. La jolie chapelle dédiée à sainte Thérèse, venue d’une façon inespérée en aide à M. Anchen, a été bénie le dimanche de la Trinité. Bien située dans un quartier uniquement japonais, au milieu d’une population bourgeoise, loin de l’agitation des rues commerçantes, la nouvelle résidence offre au zélé missionnaire toute facilité pour les relations utiles. Les catholiques Japonais de la ville atteignent presque la centaine. Trois fois par an, le missionnaire fait une longue tournée pour donner ses soins aux autres, dispersés dans 18 stations sur tout le territoire de la Mission. Le total des fidèles japonais du Vicariat est de 548, dont 12 adultes ont été baptisés au cours de cet exercice.
« En dehors de Taikou, la province de Kyengsyang nord comprend 10 districts, dont 7 ont reçu cette année la visite pastorale.
« C’est d’abord à Oaikoan que je me suis rendu. J’y ai béni la belle église que tous les voyageurs peuvent admirer du train, en passant sur la grande ligne du chemin de fer qui rejoint le Transsibérien. Oaikoan a pour titulaire M. Richard. De la lecture de son rapport il ressort que, dans l’ensemble « les chrétiens n’ont pas grand esprit d’apostolat. Ils ne se « soucient guère de ce que leurs enfants, parents ou amis restent païens. Les préoccupations « matérielles y sont bien pour quelque chose, mais elles ne suffisent pas à expliquer un tel état « d’esprit. » Il n’y a toutefois pas de recul dans ce district, mais plutôt une avance, marquée sur l’année précédente.
« Kasil, où je me suis, rendu en quittant Oaikoan, est devenu un de ces postes de retraite, que nous commençons à organiser pour les missionnaires âgés et infirmes. M. Tourneux, à qui les fatigues de la brousse sont interdites, n’a plus qu’une station en dehors de sa résidence.
« Dans le district de, Kimtchyen, j’ai visité, outre la résidence principale, une station de montagnes, Meukpangri. Les chrétiens m’ont demandé de bénir la chapelle que, malgré leur pauvreté, ils ont bâtie en cet endroit, où la foi a été introduite par une famille de Séoul venue, au temps des persécutions, chercher asile dans ces gorges, alors tout à fait désertes.
« Le P. Kim Augustin donne sur son district l’appréciation suivante :
« Généralement les chrétiens sont pleins de foi et reçoivent bien les sacrements, mais ils « ont peu de zèle pour la conversion des païens. La pauvreté provoque le départ pour le Japon « de beaucoup de jeunes gens qui, pour la plupart, y abandonnent leurs pratiques religieuses. « L’école reconnue par le gouvernement compte 117 élèves en majorité païens qui, pour la « plupart, y apprennent les vérités de l’a religion. L’école de catéchisme, le samedi et le « dimanche, est très bien suivie. » Le Père cite l’exemple de deux jeunes filles qui, malgré leurs parents, ont persévéré dans l’étude de la doctrine et qu’il a été heureux de baptiser cette année.
« Ce que j’ai vu, dans le poste de Moulmi, m’a permis de mettre au point la relation franchement pessimiste du P. Ri Jacques. Il est vrai que les difficultés qu’il a rencontrées dans l’érection de l’école, établie par ses efforts et ceux de ses chrétiens, n’étaient pas de nature à corriger ce que son tempérament a de mélancolique.
« Une assez longue chevauchée m’a conduit chez le P. Kim Joseph, doyen de nos prêtres indigènes. Il y a quelques années je lui avais donné un vicaire qui est décédé et n’a pu être remplacé. Ce digne prêtre tient bon quand même à Mounkyeng, et continue à visiter les 14 stations qui y sont rattachées.
« Il me tardait d’arriver à Ryeitchyen, poste tout à fait « ad paganos », où j’ai béni l’église Saint-François-Xavier, construite l’an dernier. Le jeune P. Ri Dominique y travaille vaillamment dans les conditions toujours très dures d’un district qui commence, sans beaucoup de fidèles, avec un bon nombre de catéchumènes qu’il faut éprouver. Entre temps, il pousse plus loin ses conquêtes. A Hpounkeui, dans l’extrême nord de la Mission, « j’avais, « dit-il, seulement deux chrétiens l’an dernier, aujourd’hui j’y compte 17 catéchumènes « sérieux et j’ai bon espoir que ce chiffre augmentera. Il n’y a malheureusement pas de « maison de réunion, où je puisse rassembler ceux qui désirent apprendre la doctrine. » Ce regret n’a plus d objet, car depuis que ces lignes ont été écrites un terrain et une maison suffisante ont été acquis par nous dans cette ville.
« Antong était la dernière étape de ma visite pastorale. Le P. Sye Bernard, qui a débuté là avec très peu de chose, y dirige maintenant une belle chrétienté. « Malgré quelques défections « inévitables, dit-il, les chrétiens de la ville sont bons. Dans la campagne ils sont fervents, « mais il leur faudrait pour mieux s’instruire des maisons de réunion. Dans le nouveau centre « de Yeng-Yang, un maître d’école chrétien a donné un terrain, mais les fidèles sont dans « l’impossibilité de recueillir les 150 yen nécessaires pour bâtir. Mon école de doctrine « fonctionne trois jours par semaine et plus de 40 enfants y viennent régulièrement. »
« Les trois derniers districts de la province, dont Taikou est la ville principale, sont Hayang, administré par M. Hamon, Yengtchyen, confié au P. Ryou André et Kyentjyou où travaille M. Cadars.
« M. Hamon nous dit successivement ses joies, ses espérances et ses tristesses : ses joies devant le nombre croissant des baptêmes et la meilleure situation sociale de ses néophytes dont plusieurs, instruits et brevetés, occupent des places dans les administrations publiques ; ses espérances : « elles ont triplé, dit-il, depuis l’an dernier ; c’est de partout que l’on me demande de bâtir des lieux de réunion » et il cite six localités importantes où, effectivement, il faudrait pouvoir rassembler les catéchumènes. Enfin ses tristesses de père, forcé de sévir contre des enfants prodigues, chez qui la réaction première a été plutôt fâcheuse.
« Le P. Ryou André, de Yengtchyen, est heureux des progrès de l’évangélisation dans les villages environnant sa résidence ; le mouvement de conversions déjà signalé par lui l’an dernier ne s’est pas ralenti, grâces à Dieu. Son grand souci est l’émigration de ses chrétiens pauvres vers le Japon.
« La situation de M. Cadars à Kyengtjyou est difficile : cette ville, ancienne capitale, est restée très inféodée aux vieilles traditions : bouddhisme, noblesse, mépris de l’étranger. En dehors de sa résidence le Père a sept stations : « La principale, dit-il, à cause de disputes « incessantes, laissait beaucoup à désirer, elle va bien maintenant et les enfants sont instruits. « A la résidence même la situation n’est pas brillante. Plusieurs néophytes n’ont rien enseigné « à leur femme demeurée païenne, ni à leurs enfants. Quelques fillettes quoique païennes « venaient régulièrement à la messe, mais trois ou quatre ont été mariées à des infidèles et il « est à craindre qu’il n’en soit ainsi pour les autres. Une petite école a été ouverte uniquement « pour les enfants chrétiens et pour ceux dont les parents étudient sérieusement. La mère de « l’institutrice a fait connaissance avec beaucoup de personnes qui viennent s’instruire chez « elle ou qu’elle va voir à domicile. C’est la seule propagande directe que l’on puisse faire.
« Dans la province de Kyengsyang méridional travaillent 5 missionnaires français et 8 prêtres indigènes.
« A Fusan, M. Bulteau ne voit rien de spécial à signaler. Les écoles vont toujours leur petit train. On avait jusqu’ici laissé notre confrère tranquille à leur sujet, mais les autorités viennent de lui faire savoir indirectement qu’il doit se mettre en règle, c’est-à-dire obtenir l’autorisation nécessaire. Ce que ne dit pas le missionnaire et qui semble intéressant, c’est que plusieurs jeunes filles ayant terminé leurs études secondaires, quelques-unes même après l’obtention de leur diplôme dans les écoles supérieures du Japon, ont manifesté le désir de devenir chrétiennes. Deux ont déjà été baptisées, l’une d’elles est entrée chez les Religieuses Franciscaines Missionnaires de Marie à Tôkyô, et l’autre, qui a gagné son titre de professeur d’école secondaire, a fait sa demande d’admission au couvent de Taikou.
« M. Bermond constate avec plaisir que ses nouvelles chrétientés se développent normalement. A Masanpo il a fait 44 baptêmes d’adultes instruits, et la nouvelle station de Tjinhai commence avec 14 baptêmes et 15 catéchumènes. On vient de construire là une petite chapelle, due en grande partie à la générosité d’un excellent catholique japonais de l’endroit. Enfin le Père apprécie le bon travail des deux catéchistes ambulantes, qui ont remporté de beaux succès partout où elles ont pu travailler régulièrement.
« M. Lucas est satisfait du nouveau district de Haman, qu’il a fondé l’an dernier, à son retour de France, et dont l’évangélisation produit des fruits un peu partout. Il se sert avec succès des images du grand catéchisme et, un jour, en tournée d’administration, sur la demande pressante d’une petite écolière, notre confrère s’est vu obligé de s’installer sur la route pour montrer ces belles images à cette enfant et les lui expliquer ainsi qu’à ses compagnes.
« Dans le compte rendu qu’il nous a laissé avant son départ en congé, M. Parthenay, titulaire de Samrang, nous parle des développements de Tjinyeng où réside son catéchiste ambulant ; et de ses espoirs du côté de la ville de Tjinhai où plusieurs personnes ont manifesté des désirs sérieux de conversion.
« M. Beaudevin présente le beau chiffre de 129 enfants infidèles ondoyés. Chose plutôt rare, un médecin païen de la ville de Yangsan a appris près du catéchiste la manière de baptiser, et ce brave homme a déjà envoyé deux enfants moribonds au ciel. Cela lui vaudra, espérons-le, la grâce de voir disparaître bientôt pour lui-même les empêchements qui s’opposent à son baptême.
« Dans les rapports des huit prêtres coréens qui administrent les autres districts de cette province, et qui tous éprouvent les mêmes consolations et les mêmes joies que leurs confrères français, je ne signalerai que ce que deux d’entre eux disent au sujet des protestants :
« La plus grande difficulté vient des hérétiques, écrit le P. Tjyang Barnabé, qui a commencé l’an dernier le nouveau district de Haptchyen. « Voyant leur grand temple se vider « peu à peu au profit de l’église catholique, ils cherchent par tous les moyens, surtout par la « calomnie, à enrayer ce mouvement, mais sans y réussir, car notre chapelle récemment « construite est déjà trop petite. »
« A Mounsan, ajoute le P. Kim Jean, les protestants ont perdu l’estime de tous, à cause des « moyens répugnants qu’ils emploient pour détourner leurs compatriotes de venir à nous. »
« Les districts dont les rapports ont été analysés jusqu’ici sont ceux qui resteront à la Mission de Taikou, lorsque le vicariat forain de Tjyenla, qui continue normalement son noviciat pour l’autonomie, en sera séparé.
« Analyser les rapports des 18 prêtres indigènes qui forment seuls le clergé de cette région, m’entraînerait à dépasser les limites de ce compte rendu, aussi je m’en abstiens. J’aurai du reste à leur consacrer spécialement un de mes prochains rapports. Pour donner une idée de l’évangélisation dans ces deux grandes provinces, je ne citerai que deux relations, l’une du P. Ko Benoît, de la province du Nord, et l’autre du P. Tchoi Jean, de l’île de Quelpaert dans la province du Sud.
« Les vieux chrétiens sont fervents, écrit le premier, mais manquent complètement de « prosélytisme. Dans la ville de Tjyengeup j’ai donné cette année 29 baptêmes et j’y compte « plus de 40 catéchumènes sérieux. Je puis me tromper, mais si tout continue à aller comme « maintenant, j’espère que dans dix ans, il y aura ici au moins 1.000 baptisés, et non « seulement je l’espère, mais je crois que, Dieu aidant, les résultats seront encore plus « considérables. »
« Le district de Quelpaert Ville est peut-être le seul où le Père trouve ses chrétiens bien instruits de la doctrine ; ils y sont aussi bien fervents. Beaucoup assistent tous les jours à la messe et les communions sont fréquentes. Malheureusement quelques indisciplinés, comme on en trouve partout, ont essayé de semer la discorde parmi les chrétiens ; le Père pense arriver à remédier à cette situation en écartant de la communauté ceux qui font preuve de mauvais esprit. Les grands obstacles au développement de la religion dans cette île sont les tendances socialiste et communiste qui règnent parmi la jeunesse, ainsi que la traditionnelle licence des mœurs.
« Ces deux provinces, entièrement confiées depuis deux ans au clergé indigène, sont très différentes au point de vue de l’évangélisation : le nord, pour une population totale de 1.410.108 habitants compte 12 districts ecclésiastiques et 16.564 catholiques ; la province du sud, la plus peuplée de toute la Corée après celle de Taikou, est encore peu attaquée : on y trouve 2.363 catholiques seulement sur 2.239.346 habitants, c’est, à vrai dire, une Mission « ad paganos » et un effort spécial doit y être fait. L’an dernier il n’y avait que 4 districts, j’en ai créé deux dans le courant de cet exercice, mais c’est une dizaine qu’il faudrait : personnel et ressources me manquent et feront encore plus défaut à une Mission indigène ; aussi je demande à Dieu de nous suggérer la meilleure solution pour que cette région, très favorisée en ressources matérielles, mais, par contre, vraiment trop déshéritée au point de vue spirituel, ne reçoive pas seulement la grâce au compte-gouttes, mais bénéficie amplement des bienfaits de la Rédemption. »
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