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Rapport annuel des évêques

Année: 1934
Pays: Corée du Sud
Mission: Taikou
Rédacteur:Mgr Demange

II. — Taikou.

Population catholique 42.509
Baptêmes d’adultes 2.034
Baptêmes d’enfants de païens 1.870
Conversions d’hérétiques 40


« Les dernières lignes du précédent compte rendu, nous écrit S. Exc. Mgr Demange, exprimaient le désir que Dieu donnât à la partie la plus déshéritée de la Mission de Taikou, la grâce de la Rédemption autrement qu’au compte-gouttes, comme nous avions été réduits à le faire jusqu’ici.
« Ce désir était, dans ma pensée, celui de voir aboutir les démarches commencées en vue d’obtenir la cession à une Société abondamment pourvue en personnel et en ressources, de la province de Zenla Sud, dont j’exposais alors les besoins auxquels nous ne pouvions espérer faire face convenablement par nos moyens présents et raisonnablement prévisibles pour l’avenir. Dieu a exaucé ce désir et les prières qu’il avait suscitées. Onze missionnaires de la jeune Société Irlandaise de Saint Colomban, sont, depuis plusieurs mois déjà, à pied d’œuvre dans cette région éloignée.
« Le Rescrit de la Sacrée Congrégation de la Propagande manifeste l’espoir que, dans un avenir prochain, seront érigées en même temps en Missions indépendantes, la province de Zenla Nord, qui deviendra Mission indigène et la province de Zenla Sud, confiée aux nouveaux missionnaires.
« Le recensement de cette année donne, avec un accroissement de 1.436 fidèles, le chiffre total de 42.509 catholiques ainsi répartis : 3.143 dans la future Mission de Saint Colomban –16.982 dans la future Mission indigène — et 22.384 dans les deux provinces orientales; auxquelles se réduira, après la division, le Vicariat de Taikou. En principe, l’idée était de donner à la Mission indigène les deux provinces occidentales ; et la cession future dans ce sens avait reçu l’approbation de S. Exc. Mgr le Supérieur Général.
« Le Vicariat forain de Zenla Nord et Sud, noviciat de la future Mission indigène, fut établi par mandement du 10 mai 1931. Les missionnaires français qui travaillaient dans ces deux provinces, furent retirés et remplacés par des confrères coréens. Le Vicaire forain indigène reçut tous les pouvoirs de Supérieur de Mission que le Droit me permettait de lui déléguer. Afin que le noviciat fut effectif, je m’abstins d’intervenir dans l’administration, sinon pour son contrôle, rendu facile par le rapport annuel que devait me fournir le Vicaire forain. Ma dernière visite pour consacrer la future Cathédrale de Zenshu, eut lieu le 18 juin 1931.
« Après deux ans de préparation, il apparut que, soit du côté de la discipline, soit du côté du zèle et de la formation chrétienne, il n’y avait aucune contre indication. Deux difficultés restaient seules pour l’érection de la Mission indigène : l’insuffisance de collaboration matérielle de la part des fidèles à la vie de la Mission, et la nécessité d’un effort intense pour attaquer la province du Sud, la plus peuplée, après la Province dont Taikou est la capitale, des onze provinces de la Corée.
« La première difficulté un peu atténuée, mais subsistante, peut être vaincue sur place ; pour la seconde, c’est impossible. En effet, pour évangéliser cette grande région qui comprend, outre une proportion considérable du continent, la plus grande partie de l’Archipel coréen dont l’île de Quelpaert, il fallait un personnel nombreux et des ressources considérables destinées non seulement au traitement des catéchistes prédicants que je m’efforçais de multiplier au maximum de mes disponibilités restreintes, mais encore à la fondation de résidences nombreuses, condition essentielle d’une avance large rendue possible par la nouvelle ligne de chemin de fer qui traverse tout le territoire et les nombreuses routes récemment construite… L’évêque coréen pourrait-il surmonter cette difficulté ? Le futur Supérieur indigène aurait, au prorata du nombre de ses séminaristes, le recrutement des ordinations très prometteur, mais ne pourrait fournir après le service des districts de la Province Nord, une quantité suffisante de missionnaires spécialement affectés à la conversion des infidèles. On risquait donc de procurer, avec l’avance si désirée de l’Eglise par la création d’une Mission indigène, le retard indéfini de l’œuvre de salut pour une grande partie de cette Mission. Une seule solution était possible : donner au clergé indigène la Province nord, la plus peuplée des quatre provinces du Vicariat actuel en vieux chrétiens et pourvue d’établissements nombreux ; et, pour la Province méridionale, faire appel à une Société étrangère capable de fournir tout l’effort nécessaire à la conversion des païens.
« C’est chose faite. Elle le sera officiellement quand les Missionnaires irlandais pourront cesser d’être les auxiliaires du Vicaire Apostolique de Taikou, ce qui ne saurait tarder ; et, lorsqu’elle atteindra ses vingt-cinq ans d’âge, la Mission créée en 1911 sera sans doute mère de deux filles qui lui naîtront en même temps. Le clergé de la future Mission indigène a été heureux d’apprendre qu’il allait être déchargé du poids écrasant de la province païenne bien que, en approchant de la séparation, il sente et m’ait manifesté une appréhension : Dieu qui a conduit toute cette affaire, nous donnera le moyen de faire qu’elle ne soit pas justifiée.
« Le R. P. Owen Mac Polin, Supérieur des missionnaires de Saint Colomban que j’ai établi Vicaire forain, est un des premiers membres de la jeune Société irlandaise ; ancien aumônier militaire pendant la guerre, il parle très bien français. Parti en Chine dans la première Mission confiée à sa Société : Hanyang, il y a travaillé 13 ans. Un de ses compagnons du premier départ est venu le rejoindre ici, il y a quelques semaines, les neuf autres arrivés au début de l’hiver sont tous de jeunes partants ordonnés ensemble à Noël 1932. C’était, après un certain étonnement, un consolant réconfort de voir celle jeunesse vigoureuse au milieu des barbes blanches dont elle n’a eu du reste aucune peine à adopter la gaîté apostolique. Pendant cinq mois, la classe de coréens qui comptait 11 élèves, chose inconnue ici, notre jeune confrère M. Froidevaux, étudiant avec les dix confrères irlandais, n’a pas chômé. Depuis Pâques, ils sont dans leur champ de travail, tous vicaires de 6 prêtres indigènes, curés des districts existant. De nouveaux postes seront peu à peu créés. L’aménagement de la résidence centrale n’a pu être fait encore, et les arrivants de cette année seront moins nombreux ; deux iront directement à Tôkyô pour se préparer à l’évangélisation des Japonais qui sont encore avec ceux des trois autres provinces à la charge de M. Anchen. Dès l’année suivante, de 5 à 10 nouveaux viendront régulièrement chaque année.
« L’assurance du développement certain de la partie la plus dépourvue de mon Vicariat est une des plus grandes joies de mon épiscopat déjà long. Après Dieu, en soit remerciée, avec la Sacrée Congrégation, la Société de Saint Colomban qui a généreusement accepté une situation moins belle que la cession d’un territoire déjà organisé.
« Parallèlement à l’effort fait pour la création d’églises indigènes, doit être assurée l’éducation des fidèles pour les rendre progressivement indépendants des secours de l’étranger. Bien que nos Coréens aient de tout temps fait des sacrifices en ce sens pour leurs districts particuliers, la collaboration plus large à la vie de toute la Mission n’était qu’exceptionnellement comprise. Il faut dire du reste, que les missionnaires avaient, eux aussi, une éducation à faire : le « Beatius est magis dare quam accipere » ne doit pas être un obstacle à une organisation que, dès le début, l’Eglise a reconnue nécessaire. Cette organisation, le Concile de Corée l’a déterminée. Au Synode de l’an dernier, quelques précisions de détail ont été prises pour son application et cet exercice est le premier où a été établi le Denier du Culte. Ce début est encourageant. Un rapport détaillé a été envoyé à tous les missionnaires et les provinces qui doivent devenir autonomes spécialement, auront en comparant les chiffres de chaque district d’utiles conclusions à tirer de ce rapport. Bien que les cotisations soient faites par foyer, chaque famille s’inscrivant dans une des catégories prévues, il faut, pour avoir une idée du rendement respectif, diviser la somme fournie par chaque district par le nombre des fidèles de ce district, et la moyenne des districts donne celle de la Province. Les catholiques japonais arrivent en tête avec une moyenne de 78 sen 2 de Yen par tête ; les 2 Provinces qui resteront plus tard Vicariat de Taikou donnent : celle du Nord 60 sen 2, celle du Sud : 36 sen 7. La future Mission indigène 30 sen 2 par tête et la future Mission de Saint Colomban : 19 sen 5. Le Yen valant actuellement 4 fr. 70, le total donne pour toute la Mission en francs : 79.626, 55 ; ce qui, divisé par 42.509 catholiques met la cotisation moyenne pour chacun à 1 fr. 87. De la somme totale : 5/10 restent dans les districts pour les divers besoins de chacun, 2/10 sont envoyés à la Procure pour entrer dans les pensions des missionnaires, 3/10 sont également envoyés à la Procure pour les œuvres générales.
« On est autorisé à espérer que, peu à peu, nos chrétiens comprendront l’importance de ce devoir dont le Concile en a fait un des commandements de I’Eglise, comme partout ailleurs. Chaque missionnaire doit envoyer, à l’automne, dans toutes les stations des conférenciers de l’Action Catholique pour y développer la doctrine d’après un canevas imprimé dans le Propre de Taikou du Directoire commun. Dans cette affaire, le Missionnaire n’intervient pas directement, il ne fait que présider le Conseil de district qui assure la collecte et répartit, suivant les besoins du district, la moitié qui lui revient, destinée à assurer les divers services : visite pastorale et visites du missionnaire, retraite des catéchistes, frais du culte, œuvres du district, etc... L’an prochain, il y aura inévitablement un fléchissement. L’inondation de l’été dernier a durement affecté beaucoup de nos fidèles. il est rare que chaque année un endroit ou un autre n’ait pas à souffrir, mais je n’avais pas encore vu, comme cette année, les quatre Provinces atteintes. J’ai fait, en France, un appel qui a été généreusement entendu. Maintenant, de bien des chaumières coréennes, des prières montent vers le Ciel pour les bienfaiteurs et une nouvelle action de grâces pour les Français, que les Coréens ne connaissent que par le bien qu’ils en reçoivent. De ce bien, j’ai pu cette année, grâce à des générosités restées en partie anonymes, donner une nouvelle réalisation qui, en pratiquant le commandement annexe au premier commandement, constitue de plus une très efficace apologétique. « Vous faites plus, dis-je souvent à la Sœur infirmière, Directrice du Dispensaire pour la conversion des Coréens, que nous avec toutes nos prédications, conférences et autres moyens qui s’adressent à l’intelligence. »
« Comme presque toujours, c’est la Providence elle-même qui a eu l’initiative de cette création qui n’était pas prévue. L’infirmerie, bâtie pour le personnel de la Mission, devait secondairement donner quelques soins et remèdes aux malheureux que leur pauvreté exclut des hôpitaux et des soins des médecins. Le secondaire est devenu le principal. La sœur était débordée, et surtout le local ne se prêtait pas à l’affluence inattendue, il a fallu m’adresser à Saint-Joseph et mon attente n’a pas été déçue. Le dispensaire bénit le 16 juillet dernier, en effet, est un vaste et confortable bâtiment. Donnent sur une très grande salle d’attente, une pharmacie ample et bien meublée, le cabinet du Docteur, deux salles de consultation, trois dortoirs pour les cas qui demandent surveillance jour et nuit, lingerie et chambre des sœurs infirmières, et le reste qui donne toutes facilités pour le service. L’autorisation a été difficile à obtenir. Le Syndicat des médecins-pharmaciens, trouve qu’on lui enlève le riz de la bouche quand s’ouvre un nouvel établissement. Le Directeur de la Section d’Hygiène de la Préfecture admettait parfaitement le non-fondé de cette crainte puisque tout, chez nous, était absolument gratuit, mais il était préoccupé de l’opposition du Syndicat. On a fini par trouver une combinaison qui les satisfit tous. Sur la porte de notre dispensaire on lit : « Annexe de l’Hôpital central ». Dès lors qu’il n’y a pas de nouvel hôpital, tout est sauf. Le Directeur étant un docteur coréen catholique, il n’y avait aucune difficulté à craindre de son côté, d’autant moins que notre dispensaire, autrement achalandé, et pour cause, que son hôpital payant, lui fait une bonne réclame et les honoraires que je lui verse pour ses visites régulières ne sont pas à dédaigner. Le service d’inspection a tout visité et a trouvé tout parfait. Le contraire eût été étonnant, car, au point de vue matériel et technique, le Dispensaire ne craint aucune comparaison. Il a été ému, en voyant dans la salle d’attente (et ce n’était pas le moment de l’affluence) les nombreux gueux dont les religieuses soignent, avec simplicité, les plaies les plus répugnantes. Il ne comprenait évidemment pas quel était Celui qu’elles traitaient dans la personne de ces pauvres.
« Sœur Renée, infirmière pendant toute la guerre, et brevetée en France, est secondée par deux Sœurs coréennes qu’elle a formées. Par les soins de M. Mousset, Provicaire, plusieurs postulantes prennent leur brevet d’infirmières à Tôkyô et à l’hôpital du gouvernement. Une est déjà revenue, et son noviciat fini, entrera de plein droit, dans l’exercice de ses fonctions. Les effets de ce dévouement pour les conversions sont très visibles, non seulement pour le nombre des catéchumènes déclarés, mais encore par les réflexions que font et leurs familles païennes et tous ceux qui, connaissant l’œuvre y viennent de plus on plus nombreux et y envoient leurs connaissances. Malgré les conditions précaires de l’infirmerie, les Sœurs ont soigné dans le courant de l’exercice 8.842 malades ; le nombre ne fera que croître. Il reste à saint Joseph d’inspirer à quelques-uns de ses amis, de fonder une bourse pour assurer les frais du nouveau dispensaire. Ils sont considérables, puisqu’on ne reçoit rien des malades, et, certainement, ce ne sera pas lui qui nous inspirera d’agir différemment.
« A la belle école dont M. Mousset est officiellement le Directeur, ce confrère vient d'ajouter un nouveau bâtiment nécessité par l’affluence des élèves qui sont plus de 500, et une école ménagère, dont le succès sera certainement comparable à celui de l’école maternelle qui était sa dernière création.
« L’école du soir, dont M. Julien a la charge, a été réorganisée pour donner des résultats encore meilleurs, et c’est la première, comme succès, à Taikou. Des esprits brouillons décourageaient la bonne volonté des autres et il a fallu les écarter. Mais lorsque notre indigence nous oblige à dépendre, comme c’est le cas pour l’école des garçons, d’un fondateur indigène, l’action du missionnaire se trouve entravée, non certes par mauvais esprit, mais par manque de compréhension, dont on ne peut trop s’étonner. Tant que l’école des garçons ne sera pas, comme celle des filles, entièrement dans la main du missionnaire, ces difficultés subsisteront. Le recensement de cette année donne : 14 écoles reconnues, 25 non reconnues et 36 écoles de doctrine, avec 173 maîtres ou maîtresses et 4.916 élèves.
« Le grand séminaire compte 23 théologiens ; le petit séminaire 56 étudiants à Séoul, et 30 à la section préparatoire de Taikou, qui, depuis la rentrée d’avril, reçoit, en plus, les élèves de la Mission de Séoul Il n’y a pas eu d’ordination en cours d’année. En conformité aux décisions du Concile, les futurs sous-diacres devront toujours porter la soutane, qui est de rigueur pour tout le clergé. Il valait mieux remettre l’ordination après les vacances. Avec la chaleur de l’été torride dans les pauvres paillotes, qui sont la demeure de leur famille ordinairement, ils auraient été gênés. Ils seront ordonnés sous-diacres aux Quatre-Temps de septembre et quand ils sortiront du séminaire, en juin prochain, ils seront prêtres.
« La Communauté de Saint-Paul de Chartres compte 4 Sœurs françaises, 22 professes coréennes, 6 novices et 27 postulantes. Le 30 septembre prochain, il y aura 3 professions et 8 prises d’habit.
« Il ne me reste plus, pour indiquer les faits et gestes qui intéressent l’ensemble de la Mission, qu’à dire que cet exercice a vu la mise à exécution de la décision du Concile relative aux conférences ecclésiastiques. Les quatre Provinces ont été partagées en huit régions : deux comprenant les district administrés par les missionnaires français ; et six composées des missionnaires indigènes qui font les conférences en latin. Les nouveaux missionnaires irlandais ont pris place dans les deux dernières régions indigènes. Chaque région a un Président, à qui il appartient de fixer le lieu et la date de la conférence et d’en désigner les deux conférenciers, de sorte que tous les prêtres de la région la fassent à leur tour. Il envoie à l’évêque, dans le mois qui suit la conférence un rapport indiquant le lieu et la date, les noms des présents, ceux des conférenciers et un’ résumé du travail. Ces conférences ont lieu quatre fois par an, entre les Quatre-Temps ; les mêmes sujets, envoyés par l’évêque y son traités. Avant midi, a lieu la conférence ascétique ; après midi, la conférence doctrinale ; chacune est suivie d’échanges de vues et résolutions pratiques. Entre temps tous les prêtres font, en commun, un quart d’heure de visite au Saint-Sacrement suivi du Salut solennel. Les quatre conférences qui ont eu lieu depuis l’automne dernier, ont pleinement satisfait les missionnaires qui se réjouissent, en outre, du réconfort que leur donnent ces réunions régulières.
« La place manque pour l’analyse des rapports envoyés par les 41 districts dont la note dominante est optimiste. Les 1.338 baptêmes d’adultes instruits, en augmentation de près de 100 sur le chiffre de l’an dernier, qui était déjà un record ici, justifie cet optimisme. Que ne puis-je multiplier les catéchistes prédicants et, avec eux, le chiffre des baptêmes Ils sont 84, cette année, en augmentation de 32 sur l’an dernier, et cela me coûte entre 8 et 9.000 yen pour leur salaire, que n’assure aucune source régulière de revenus.
« A part les inévitables tristesses humaines, les missionnaires n’en ont guère d’autres que les pertes que leur cause de plus en plus l’émigration, sans laquelle la population totale ne ferait qu’augmenter. Le district du sud de l’île de Quelpaert n’a presque plus que des femmes, les hommes étant tous au Japon. Que de misères spirituelles causent ces séparations ! Le Gouvernement général a un plan considérable, pour transporter au Manchukuo beaucoup de familles, qui ont tout perdu dans l’inondation, et, comme celle-ci affecte toute notre Mission, il faut s’attendre, pour l’an prochain, à une baisse de la population totale catholique, malgré l’excès des naissances qui, cette année, a été chez nous, de près de 800. En somme l’année a été un mélange de joies et de tristesses ; c’est normal, et nous n’avons plus à apprendre que la Divine Sagesse dose, pour le mieux, les unes et les autres.
« Outre la grosse épreuve de l’inondation, nous avons surtout souffert de celle des santés du personnel déjà si restreint. Le 1er décembre dernier, mourait, à Fusan, dans l’île qui ferme le port, et dont depuis un an il était chargé, le P. Jean Kim ; après un séjour d’une année au sanatorium du Japon, on disait la tuberculose enrayée et il fut ordonné sous-diacre ; les deux ordres qui suivirent furent la conséquence du premier, et personne ne se faisait illusion, lui moins que les autres, sur la durée d’un ministère, qui ne compterait sans doute que quelques mois. Il a dit la messe pendant un an. Trois jours avant sa mort, il se traîna à sa chapelle, ouvrit le tabernacle, se communia, tout en observant fidèlement les rubriques. Son voisin, qu’il avait défendu d’appeler, craignant de le déranger trop souvent, n’arriva que pour lui donner l’extrême-onction sous condition, après le dernier soupir. Comme je m’efforçais de consoler son père, excellent catéchiste, il me dit bien simplement : « Dès la naissance de Jean, je fis souvent pour lui la prière de la mère de Saint-Louis, demandant à Dieu de le retirer de ce monde plutôt que de le laisser commettre un péché mortel. Je suis bien triste, certes, mais Jean a pu dire la messe un an. Que la Volonté de Dieu soit faite ! » Plus triste encore pour moi a été l’obligation dans laquelle je me suis trouvé d’envoyer un de mes jeunes prêtres ordonné en 1929, à la léproserie de Biwasaki, tenue dans la Mission de Fukuoka, par les Sœurs Franciscaines Missionnaires de Marie. Le Père Tjyang Barnabé avait eu pendant qu’il était vicaire à la cathédrale quelques symptômes de la lèpre, un traitement approprié les avait fait disparaître, et, dans le district qu’il fonda ensuite en pays païen, ils ne reparurent pas d’abord. A la retraite de l’an dernier, la maladie, de nouveau déclarée, nécessita un traitement qui cette fois, fut inutile et le mal progressa rapidement. Il a fallu le retirer du ministère. Quitter son pays lui a été un sacrifice nouveau, mais il n’y avait pas à hésiter. Les lépreux sont maintenant envoyés d’office dans une île où, pour arrêter la contagion, le Gouvernement général isole, de force, tous ceux qui sont atteints. Dans ce camp de concentration, il n’aurait même pas pu recevoir la visite de confrères et l’hospitalité dévouée des Sœurs, mais il y a là une chapelle où il dira la messe aussi longtemps qu’il le pourra, faisant pratiquement, grâce à sa connaissance du japonais, l’office d’aumônier de ses compagnons d’infortune ; il a compris qu’on choisissait pour lui la meilleure solution. Je suis allé le voir en juin, et l’ai trouvé dans d’excellentes dispositions pour rendre méritoire sa terrible épreuve.
« Les missionnaires français, si peu nombreux, ont été très éprouvés : MM. Vermorel, Cadars et Julien ont dû, successivement, aller à l’hôpital de Shanghai. Le dernier avait passé d’abord plusieurs semaines à l’infirmerie où l’avait précédé M. Anchen et où l’a suivi M. Parthenay. Ce dernier y est encore. Les autres sont relativement guéris, mais avec les régimes à suivre et les précautions à prendre, ont un pourcentage d’incapacité plus ou moins considérable.
« L’expérience nous ayant appris que les épreuves sont suivies de grâces spéciales, l’année qui suivra celle-ci sera sans doute abondante en fruits spirituels. Nous savons que Dieu mène tout et qu’Il mène bien. Que sa sainte volonté soit faite et son Nom béni en toutes circonstances. »

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