| Année: |
1937 |
| Pays: |
Corée du Sud |
| Mission: |
Taikou |
| Rédacteur: | Mgr Demange |
II. — Taikou.
Population catholique 49.182
Baptêmes d’adultes 2.807
Baptêmes d’enfants de païens 2.319
Conversions d’hérétiques 49
S. Exc Mgr Demange relate dans ce compte rendu tout le travail apostolique de la Mission de Taikou pedant 26 ans. « L’ancien Vicariat de Corée, arrosé du sang des évêques et missionnaires, de la rue du Bac, mêlé à celui des Coréens amenés par eux à l’Eglise, écrit S. Excellence, était devenu trop grand pour une seule direction. Mgr Mutel avait proposé d’en faire trois Missions : Séoul au centre, Taikou au sud, et, après une préparation suffisante, une troisième au nord. Dans l’intention du vénéré Vicaire Apostolique, cette Mission du nord devait rester à notre Société ; mais pour des raisons particulières, on n’a pas réalisé cette dernière partie du projet.
« En 1911, le Vicariat de Corée disparut donc pour faire place aux deux Missions sœurs de Séoul et Taikou, et ce ne fut que dix ans plus tard que de Séoul naquirent successivement Wounsan, donné aux Bénédictins allemands de Sainte-Odile, d’où devait sortir 7 ans plus tard Yenki, et, en 1927, Pyengyang dont la Société américaine de Maryknoll prenait la direction. Rome disposait ainsi du dernier tiers prévu dans le plan primitif. Cette année, c’est de Taikou que sont partis les deux essaims, en formation depuis plusieurs années et qui, depuis ; le 13 avril 1937, forment les deux Missions de Zenshu et Kwoshu. Providentiellement, deux Supérieurs généraux de la Société des Missions-Etrangères de Paris ont été mêlés à ce développement. Cest avec l’approbation et les encouragements du regretté Mgr de Guébriant, que en 1931, je retirais des deux Provinces occidentales qui formaient la moitié du Vicariat tous les confrères de la Société pour la prépartion d’une Mission indigène. C’est en présence de M. Léon Robert, son successeur, arrivé depuis quelques heures, que je décachetais le télégramme annonçant la création des deux nouvelles Missions et la nomination de leurs Préfets Apostoliques.
« Je ne répéterai pas ici ce que le Bulletin de Hongkong a dit de la visite de M. le Supérieur général. Il venait volontiers à Taikou, où, au cimetière de l’évêché, repose son frère Achille, qui a été le préparateur de la Mission créée en 1911. Il a entretenu les confrères qui finissaient leur retraite, il a même voulu visiter dans leurs postes plusieurs d’entre eux. La plupart des prêtres indigènes, venus eux aussi pour leur retraite, ont eu la joie de le saluer, et il a fait la connaissance des deux nouveaux Préfets Apostoliques. Qu’il me permette de lui redire ici l’unanime impression de réconfort qu’il nous a donnée, et l’assurance de la profonde et affectueuse reconnaissance que nous lui gardons tous.
« Je reviens à la division de la Mission. Je me rendis donc pour la dernière fois, le 18 juin 1931, dans la capitale de la province de Zenla septentrionale pour y consacrer la future cathédrale de la Mission indigène, une des plus belles églises de Corée, que cette Mission doit à toute une vie de privations de notre confrère, M. Baudounet, comme elle doit l’autel de l’église, de même style, et le futur évêché, à son successeur M. Lacrouts, qui y mourut, il y a 8 ans. Depuis, non seulement je m’interdis d’aller personnellement dans cette partie du Vicariat ; mais, pour que la création d’une Mission indigène fût préparée avec toute la prudence humainement possible, je déléguai au Vicaire forain indigène tous les pouvoirs qui ne requièrent pas le caractère épiscopal et lui laissai toutes les décisions à prendre. En fait, outre le rapport détaillé qu’il devait me fournir chaque année, il ne manquait pas de m’envoyer les consultations sur les cas pour lesquels il était encore sans expérience ; je lui donnais les directives nécessaires, mais les décisions étaient prises par lui. Ainsi pratiqué, pendant six ans, ce noviciat a été effectif, et la Sacrée Congrégation a pu, au printemps dernier, sans passer par le stage intermédiaire de Mission sui juris, créer directement la Préfecture indigène de Zenshu, en mettant à sa tête Mgr Etienne Kim, qui, vicaire forain dès le début, avait fait l’apprentissage de l’office de supérieur de Mission.
« Comme nous l’avons vu plus haut, cette préfecture a été créée en même temps que celle de Kwoshu. En principe, je ne songeais qu’à une seule Mission indigène, à laquelle je voulais donner toute la partie occidentale, soit, exactement la moitié du Vicariat de Taikou. Mais je ne tardai pas à me rendre compte que c’était poser une cause à double effet, dont l’un était excellent et l’autre indésirable. La province de Zenla nord, avec ses 19.300 fidèles, ses 177 stations et ses 44 églises ou chapelles, pour une superficie relativement réduite, était bien mûre pour une direction indigène. Dans celle de Zenla sud, la situation était différente. Le souvenir du massacre en 1901 de la quasi-totalité des chrétiens à l’île de Quelpaert, l’éloignement de cette province qui, bien qu’une des plus peuplées, ne possédait que peu de moyens de communications jusqu’à ces dernières années, et d’autres causes encore avaient réduit l’évangélisation à peu de chose. Sur une population totale de 2.508.346 habitants, il n’y a que 4.016 catholiques. Il fallait un effort positif et intense pour attaquer la masse païenne, donc du personnel abondant et des ressources extraordinaires. Une Mission indigène, chargée, par ailleurs, de chrétientés nombreuses, réduite à ses seules ordinations, se trouvait devoir être inférieure à ce travail de défrichement. Aussi, en 1933, la cession de toute la partie occidentale ayant été approuvée préalablement par le Séminaire de Paris, je m’adressai directement à la Propagande afin de demander à cette Sacrée Congrégation de réduire la Mission indigène à la Province nord et de trouver, pour la Province sud, une Société de missionnaires, ayant un personnel abondant et pouvant se procurer des ressources, afin de mener l’attaque intensive de la masse païenne de cette grande province. La Providence a fait les choses magnifiquement.
« Dès l’automne de cette année 1933, nous arrivaient 10 missionnaires de la jeune Société Irlandaise de Saint-Colomban. Sauf le Supérieur, tous avaient été ordonnés à Noël précédent. D’un moral excellent et de santé parfaite, ces jeunes prêtres au milieu de nos vieilles barbes nous rajeunissaient. Je les gardai six mois auprès de nous. Chaque jour ils avaient leur classe régulière de coréen et suivaient aisément le règlement qui leur avait été donné. Une chose était à prévoir : ils risquaient des expériences pénibles et même dangereuses, par ignorance des conditions dans lesquelles s’exerce l’apostolat et de la mentalité coréenne et japonaise. Ce fut la principale raison pour laquelle je leur fis prolonger leur séjour parmi nous ; ce qu’ils voyaient et entendaient chaque jour leur valait mieux qu’une leçon théorique.
« Après les fêtes de Pâques 1934, ils se rendirent dans la Province qui leur était assignée. Leur Supérieur eut exactement les mêmes attributions que le Vicaire forain de l’autre Province. Ordonné en 1913, ayant fait la guerre comme aumônier des troupes anglaises sur le front français, le P. Owen Mac Polin est devenu Mgr Mac Polin, Préfet Apostolique, de Kwôshu. A l’heure actuelle cette Mission compte, pour une seule Province, exactement le même nombre de missionnaires européens que toute la partie de la Mission qui me reste confiée. Tel est le développement que, après un quart de siècle, a pris la Mission de Taikou.
« Dans une conférence que je fis, en 1929, au Congrès missionnaire de Lisieux, j’exposais comment me semblait devoir être le développement normal des Missions par la création des églises indigènes. On peut le comparer à la multiplication des arbres par marcottage. Une branche de l’arbre est couchée en terre et recouverte sauf l’extrémité qui doit devenir un autre arbre. Pendant un temps plus ou moins long, le nouvel arbre vit de la sève qu’il, continue à recevoir de l’ancien, et de celle que lui donnent les racines qui poussent peu à peu sur la partie enterrée. Quand l’arboriculteur se rend, compte que les racines sont assez nombreuses et que, d’autre part, aucun ver rongeur ne s’y est logé, il coupe la communication avec l’ancien arbre et le nouveau existe indépendant, conservant, du reste, les qualités des fruits du premier. La communication a été coupée ici le 13 avril dernier et, dans la Corée méridionale, trois, arbres existent désormais au lieu d’un. Tous trois ont vécu jusqu’ici de la même sève, et hérité des expériences des missionnaires des Missions-Etrangères de Paris.
« L’unité essentielle sera maintenue par le Directoire des Missions de Corée, promulguée par le Concile régional et qui est obligatoire pour les Missions présentes en 1931 et celles qui suivront. La création de trois sociétés civiles, que je suis allé faire reconnaître par le Gouvernement Général, répartira les propriétés de ces Missions respectives. L’énorme paperasserie, nécessitée par l’établissement des nouveaux titres, demandera encore plusieurs mois ; mais chaque Mission reçoit déjà les revenus des terrains qui lui reviennent. Le grand séminaire de Taikou reste commun, ainsi que la section préparatoire au petit séminaire qui y est adjointe ; pour le petit séminaire proprement dit, annexé à l’école secondaire de Séoul, dès la rentrée de septembre, chacune des trois Missions aura ses comptes à part. La Propagation de la Foi a établi des allocations séparées. C’est un acte dont nous ne saurions trop la remercier.
« Il semble utile, à ce moment de l’histoire de l’Eglise dans la Corée du sud, de donner des statistiques respectives du personnel. Lorsque, en 1911, la Mission de Taikou fut créée, elle comptait pour les quatre provinces de la Corée méridionale : 24.889 fidèles ; aujourd’hui, pour la moitié du territoire, il lui on reste 25.886. Les deux Missions qui en sont séparées comptent : la Préfecture indigène 19.300 et la Préfecture Irlandaise 4.016 catholiques. Le clergé se répartit ainsi : Taikou, 19 missionnaires de la Société et 25 prêtres indigènes ; Zenshu, 15, tous indigènes ; Kwôshu, 19 missionnaires de Saint-Colomban et 3 prêtres indigènes. C’est surtout dans le développement du clergé indigène que la bénédiction divine s’est manifestée. A la fondation de la Mission de Taikou, il y a 26 ans, il n’y avait que 4 prêtres coréens. Ils sont actuellement 43 pour les 3 Missions. Les grands séminaristes au séminaire de Taikou qui restera commun sont 30 : 23 pour Taikou, 5 pour Zenshu et 2 pour Kwôshu. Quant aux petits séminaristes, à Séoul et à la section préparatoire, Taikou en a 58, la Mission indigène 43 et la Mission Irlandaise 7. Les chiffres des catéchistes résidants se répartissent ainsi : Taikou 305, Zenshu 201, Kwôshu 43 ; Taikou a 76 catéchistes ambulants, Zenshu en a 35 et Kwôshu 21. Malgré leur aridité, il m’a semblé que ce compte rendu devait enregistrer ces chiffres à ce moment historique.
« S’il faut m’excuser, je le ferai en rappelant que la brave femme de l’Evangile, qui avait retrouvé la drachme perdue, a senti le besoin de faire part de son bonheur à ses voisines. Le Père, déjà vieux, qui vient d’avoir l’honneur de marier et bien marier ses deux filles, se laisse aller à en dire sa joie. Le faire, dans ce rapport, lui paraît d’autant plus excusable, qu’il y a là aussi une gloire pour la Société des Missions-Etrangères de Paris. Cet événement justifiera la nécessaire abréviation du compte rendu des autres événements de cet exercice.
« Je me reprocherais toutefois de passer entièrement sous silence, deux ou trois des faits signalés dans les rapports de mes collaborateurs. C’est d’abord l’accroissement considérable du nombre des malades soignés dans les dispensaires des Sœurs de Taikou, de M. Deslandes et de celui de Zenshu. Le total, dont évidemment le gros chiffre revient à Sœur Renée et à ses sœurs coréennes, dépasse 50.000, donc un accroissement de près de 12.000 sur le chiffre de l’an dernier. Une autre œuvre qui, sans faire de bruit fait du bien, est l’œuvre des tracts. Les rapports de la Mission de Taikou en signalent les résultats, mais c’est une œuvre commune aux 7 Missions de la Corée. Ces tracts paraissent sous forme de petite brochure d’une douzaine de pages. Procédant par dialogues de style simple et souvent humoristique, ils se lisent très facilement. Paraissant 4 fois par an, ils suivent sans l’afficher un plan suivi. 18.000 exemplaires sont distribués dans le sud ; jeunes gens de l’Action Catholique, enfants des écoles et même simples paysans les placent facilement. On me signale des néophytes vivant en milieu païen, qui ont été amenés au baptême par la lecture de ces brochures. Sans cette lecture, disent-ils, ils seraient restés eh dehors de l’influence catholique.
« On me signale que dans un district les jeunes gens de l’Action Catholique ont pris l’engagement de ne jamais mettre les pieds dans une auberge où on vend du vin. L’Autorité locale, pour manifester son appréciation de ce bon exemple, a dispensé tous les catholiques des prestations fixées au dimanche. Dans un autre district, les jeunes gens se sont fait une obligation de visiter régulièrement leurs frères non pratiquants afin de les ramener au devoir. Puisque l’Action Catholique doit aider et remplacer au besoin le prêtre, cette modeste action, que n’enregistreront pas les revues, me paraît bien être la meilleure.
« La mort nous a enlevé, à la fin de cet exercice, nos deux doyens. M. Joseph Vermorel, qui fut le premier Provicaire de cètte Mission et doyen, des missionnaires de la Société dans le groupe Mandchourie-Corée, nous a quittés le dernier jour du mois de Marie, à la fin du quart d’heure d’actions de grâces de sa dernière communion. Il avait 77 ans. Sans aucune infirmité, il n’avait cessé son office de chapelain des Sœurs et des enfants de la Sainte-Enfance que depuis quinze jours avant de garder le lit. Son voisin, M. Mialon, est allé le rejoindre le 18 août. Il avait 66 ans. Atteint de tuberculose, il avait été, il y a 40 ans, condamné par un médecin européen de Séoul, déclarant alors qu’il n’en avait plus que pour six mois de vie. « Dans ces conditions, avait-il dit, j’aime mieux mourir au milieu de mes chrétiens ». ─ et il était retourné à son poste. Il devait encore fournir 31 ans de travail. En 1928 il alla à Montbeton se préparer à la mort avant de monter au ciel recevoir la récompense des bons ouvriers ».
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