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Rapport annuel des évêques

Année: 1938
Pays: Corée du Sud
Mission: Séoul
Rédacteur:Mgr Larribeau

CHAPITRE II
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GROUPE DES MISSIONS

DE CORÉE ET DE MANDCHOURIE

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I. — Séoul.

Population catholique 69.911
Baptêmes d’adultes 3.482
Baptêmes d’enfants de païens 7.336
Conversions d’hérétiques 62


Si ces deux dernières années le compte rendu de la Mission de Séoul n’est pas arrivé jusqu’à nous, celui du présent exercice du moins, nous est parvenu. Nous nous en réjouissons, car il nous donne diverses nouvelles très intéressantes sur la situation civile et religieuse pendant les hostilités sino-japonaises et nous expose la marche progressive de la Mission. — « Le conflit sino-japonais, relate S. Exc. Mgr Larribeau, qui cause tant de d’hommages matériels en Chine et de morts parmi les combattants, n’atteint la Corée qu’indirectement par les restrictions imposées sur les importations d’objets confectionnés et de matières premières au grand préjudice des industriels et des commerçants, et aussi par la réserve exclusive pour les besoins des armées de nombreux produits nationaux ; toutes mesures entraînant l’élévation du coût de la vie. Cependant la Corée continue de jouir des bienfaits de la paix ; par le fait que les Coréens sont dispensés de tout service militaire, aucune famille n’a à déplorer la perte d’un de ses membres. Le calme règne parfait sur tout le territoire. Du reste le Gouvernement Général s’efforce de maintenir l’ordre par toutes sortes de règlements, d’ordonnances et de proclamations ; il mobilise toutes les « forces spirituelles » de la Nation pour entraîner le peuple à donner à l’Empereur des preuves de loyauté. C’est dans ce but qu’il s’adresse particulièrement aux différentes associations civiles et religieuses. Mais en plusieurs localités la police outrepasse parfois les directives gouvernementales en demandant aux prêtres indigènes : d’arborer dans l’église le drapeau japonais, devant lequel les fidèles doivent, en entrant et en sortant, s’incliner profondément ; de faire chanter par l’assistance l’hymne national à tous les offices, à la messe, à la bénédiction du T. S. Sacrement et même à la prière du matin et du soir ; de faire émettre par tous les chrétiens et à toutes les réunions les trois serments dont la formule a été distribuée à toute la population. La teneur du premier est celle-ci : — Nous sommes citoyens japonais, nous jurons de servir pieusement et fidèlement la Patrie ; celle du second : — Nous, citoyens japonais, serons unis étroitement les uns aux autres et collaborerons de toutes nos forces à cette unité — ; enfin celle du troisième : — Nous, citoyens japonais, supportant les souffrances, les restrictions, exerçant nos forces, nous exalterons les voies de la Patrie. — Toutefois, l’Evêque faisant remarquer aux Autorités supérieures que les églises catholiques étant des lieux uniquement consacrés à l’offrande du saint sacrifice, à la prière et en général aux cérémonies purement religieuses, et que celles d’un caractère spécialement civil ne peuvent guère y être admises, le Gouvernement Général a reconnu le bien-fondé de ces remarques et a donné des ordres dans ce sens aux polices locales. Il a été convenu qu’un mât de pavillon serait élevé à l’entrée des églises et que salutations, prestation de serments, etc, y seraient faites selon les instructions des Autorités. Du reste, à l’occasion des fêtes nationales et à certains jours fixés, des prières publiques sont assurées pour la paix, la prospérité de l’Etat et aux intentions de Sa Majesté l’Empereur. En outre des quêtes sont faites ces jours-là pour venir en aide aux combattants japonais et soulager la misère des victimes de la guerre. Au début, ces prescriptions nouvelles ont jeté un certain trouble dans la communauté catholique, mais peu à peu leur but étant mieux compris, elles ont été unanimement observées. D’ailleurs les relations entre la Mission catholique sont restées, dès le principe, aussi bonnes que possible. Il arrive parfois en province que certains chefs subalternes de police manifestent un zèle intempestif, mais le Gouvernement Général, averti par l’Evêque, engage discrètement ses subordonnés à modérer leurs prétentions.
« Après avoir exposé brièvement notre situation avec les Autorités du pays pendant les hostilités sino-japonaises, venons-en maintennt à l’état de la Mission. Durant ce dernier exercice, la population catholique du Vicariat de Séoul est passé de 66.217 à 69.911, soit un gain de 3.694 chrétiens obtenus par les nouveaux adultes baptisés et par l’excédent des naissances sur les décès.
« Les Coréens ont toujours été nomades ; sans motif bien apparent, ils changent facilement de milieu ; c’est ainsi que dans le cours de l’année nous avons enregistré 2.944 immigrés et 3.075 de nos chrétiens émigrés en d’autres coins de la Corée, au Japon et en Mandchourie. Les catholiques coréens qui se trouvent en Mandchourie sont plus de 2.000 ; deux prêtres coréens ont été envoyés, l’un à Moukden, l’autre à Kirin, pour y exercer leur ministère auprès de leurs compatriotes. En Corée, comme partout ailleurs, nos paysans sont attirés vers les villes et centres industriels par l’espoir d’y trouver un gain moins aléatoire que dans la culture des champs et des rizières. Ces chrétiens qui deviennent porte-faix, employés, ouvriers ne trouvent pas dans ce nouveau genre de vie grande facilité pour accomplir leurs devoirs religieux. En général, cependant, ils font preuve de bonne volonté pour satisfaire aux principaux préceptes de l’Eglise. Il y en a bien quelques-uns qui deviennent trop insouciants de leurs devoirs, surtout parmi les nouveaux baptisés, mais il est très rare de les voir retourner au paganisme ; leur foi plutôt endormie peut être facilement réveillée par le danger de mort et par d’autres circonstances graves qui les obligent à réfléchir.
« Séoul, par suite de l’immigration et de l’extension de son territoire, est devenu une grande ville dépassant 700.000 habitants ; les chrétiens, d’après le dernier recensement de décembre 1937, sont au nombre de 12.884 répartis en 4 paroisses, dont l’une — la paroisse de la cathédrale — est administrée par un missionnaire secondé par un prêtre coréen ; les autres paroisses ont à leur tête le clergé indigène. Deux nouveaux districts ont été érigés et trois nouvelles églises construites ; l’une d’elles sera désormais réservée aux 414 chrétiens japonais établis à Séoul. Un missionnaire, depuis de longues années, est spécialement chargé d’eux. Quant aux Japonais catholiques disséminés dans l’intérieur, ils peuvent facilement entrer en relations directes avec les prêtres coréens qui parlent couramment la langue japonaise.
« Si nos catholiques sont fidèles à remplir leurs devoirs religieux, c’est parce qu’ils connaissent parfaitement la religion. En Corée, nous avons conservé une excellente coutume, introduite par les premiers missionnaires, qui consiste à faire passer chaque année à tous nos chrétiens, jeunes et vieux un examen de catéchisme ; moyen très efficace d’assurer la persévérance dans la foi. Pour encourager l’émulation chez eux, il a été fait, à l’automne dernier, l’essai d’un concours écrit de doctrine pour les chrétiens d’abord, puis, pour les chrétiennes des 4 paroisses de Séoul et enfin pour les enfants des écoles paroissiales de la ville ; l’essai nous a paru si encourageant que nous avons résolu de continuer les années suivantes. Un missionnaire de province écrit dans son rapport qu’il a actuellement plus de 300 garçons et filles qui suivent régulièrement le catéchisme de persévérance. « Mon principe, dit-« il, est que jeunes gens et jeunes filles doivent, jusqu’à l’âge de 25 ans au moins, apprendre « la doctrine qui leur sera enseignée dans un cycle de trois ans. »
« Parmi les 25 missionnaires de ce Vicariat deux sont absents, l’un en congé régulier, l’autre retenu en France depuis 3 ans par la maladie ; en outre, trois sont en demi-retraite à cause de leur mauvaise santé. Nos 55 prêtres coréens nous rendent de grands services en travaillant de leur mieux à l’œuvre commune. L’un d’eux est actuellement à l’Institut Catholique de Paris pour y prendre des grades, deux en Manchoukouo comme nous l’avons signalé plus haut. Au grand séminaire, 30 séminaristes suivent les cours de philosophie et de théologie ; et dans le courant de l’année 1939, sept seront ordonnés prêtres. Le petit séminaire, commun aux Vicariats apostoliques de Séoul et de Taikou, ainsi qu’aux trois Préfectures apostoliques, a 180 élèves dont 88 appartiennent au Vicariat de Séoul. Le recrutement du clergé indigène paraît donc assuré à l’avenir.
« Avant de terminer ce rapport, je veux noter que le 21 juillet dernier nous avons commémoré le 50e anniversaire de l’arrivée en Corée des Sœurs de Saint Paul de Chartres. En 1888, l’Eglise de Corée sortait à peine des catacombes ; aussi la première installation des Religieuses fut plus que modeste, et les épreuves ne manquèrent pas, comme du reste cela arrive à toute bonne œuvre appelée à faire le bien dans le monde. Deux Sœurs françaises : Sœur Zacharie, la Supérieure, Sœur Estelle, future maîtresse des novices et 2 jeunes Chinoises du couvent de Saïgon formaient la petite troupe des intrépides religieuses. Sœur Zacharie mourut au printemps suivant et Sœur Estelle resta longtemps aux portes de la mort... Mais ce n’est pas ici le lieu de faire l’historique de ces 50 années et de dire tous les bons offices que les Sœurs de Saint Paul de Chartres ont rendus et continuent à rendre à la Mission. Tenons-nous-en seulement à l’éloquence des quelques chiffres suivants. Actuellement, près de 200 Coréennes sont Religieuses de Saint Paul de Chartres et se dévouent avec zèle aux œuvres de charité et d’instruction. En cette seule année 1937, à Séoul-ville, elles ont ondoyé « in articulo mortis » 421 adultes et 3.515 enfants de païens ; elles ont soigné dans leur dispensaire 10.750 malades et à domicile 10.155 ; à Chemulpo, 178 ondoiements d’adultes à l’article de la mort et 921 d’enfants de païens ; enfin, elles ont donné leurs soins au dispensaire de cette localité à 22.106 malades et à domicile à 5.181 personnes. Daigne le divin Maître les récompenser de leur inlassable dévouement.
« Les Missions de Corée ont été spécialement recommandées à la prière chrétienne par l’Intention missionnaire du mois de novembre. Appuyés sur ce secours si puissant de la catholicité, nous avons pleine confiance que le Seigneur daignera nous conserver le bienfait de la Paix et étendra de plus en plus son Règne dans notre cher pays de Corée. »



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