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Rapport annuel des évêques

Année: 1939
Pays: Corée du Sud
Mission: Taikou
Rédacteur:Mgr Mousset

II. — Taikou.

Population catholique 27.431
Baptêmes d’adultes 1.881
Baptêmes d’enfants de païens 1.871
Conversions d’hérétiques 36


Bien que la Mission de Taïkou ait à regretter cette année une diminution sensible de baptêmes d’adultes et de catéchumènes sur l’exercice précédent, on ne saurait cependant assez remercier la divine Providence d’avoir béni les travaux des missionnaires et d’avoir permis d’obtenir, dans les conditions particulières où ils se trouvent, des résultats appréciables et inespérés.
« Nous comptions que cette année se terminerait le conflit sino-japonais, nous communique S. E. Mgr Mousset, mais notre espoir a été déçu. Notre situation ne saurait être comparée à celle de nos malheureuses Missions de Chine, directement et cruellement atteintes ; cependant, nous sommes touchés indirectement. Pour faire face à ce conflit qui menace de durer longtemps encore, les autorités du pays ont dû appliquer, d’une manière plus stricte la mobilisation déjà en vigueur des forces matérielles et spirituelles de l’empire et renforcer les restrictions précédemment imposées. Cet état de choses n’est pas sans susciter de graves obstacles à l’évangéIisation ; toutes les volontés sont dirigées vers un seul but : remplir ses devoirs patriotiques et répondre aux désirs du gouvernement, tout en assurant la subsistance de la famille, ce qui n’est pas toujours facile. Il ne faut donc pas s’étonner si certaines personnes désirant embrasser notre religion, en remettent l’étude à une époque plus calme. C’est à cette situation anormale qu’est due en grande partie la diminution des baptêmes, laquelle d’ailleurs est compensée par une augmentation de 108 baptêmes d’adultes à l’article de la mort.
« Dans la Mission, les autorités supérieures se montrent en général bienveillantes à notre égard, mais il est regrettable que des chefs subalternes, poussés par un zèle exagéré, croient devoir prendre des mesures excessives, souvent bien gênantes pour le missionnaire, et qui mettent nos chrétiens dans une situation difficile. Il faut cependant reconnaître que, lorsqu’on peut aborder directement ces fonctionnaires, la plupart du temps les difficultés disparaissent. C’est ainsi que dans une petite sous-préfecture, le sous-chef de la police s’était permis de prononcer des paroles injurieuses contre la religion et les fidèles, et avait interdit à tous d’avoir avec le missionnaire des entretiens particuliers, même pour la réception des sacrements. Profitant d’une occasion favorable, j’envoyai au chef de la police de l’endroit, un homme très au courant des affaires et suffisamment instruit sur la religion. Celui-ci fut très bien reçu et, en peu de temps tout fut parfaitement réglé ; un entretien de quelques instants avait suffi pour dissiper tout malentendu. Malheureusement, il arrive parfois que des paroles malveillantes dites par ces fonctionnaires sont entendues par les païens du voisinage, répétées par eux et amplifiées ; aussi quelques-uns de ceux qui avaient manifesté le désir de venir à nous, pris de crainte, remettent-ils à plus tard leur conversion.
« Un autre sujet de tristesse que signalent les missionnaires, c’est l’émigration de plus en plus considérable des chrétiens vers des régions mieux favorisées ou du moins qu’ils croient telles. Nos Coréens étant nomades par tempérament, il n’est pas rare de voir des familles entières changer de résidence deux fois dans l’année. Ce besoin de changement s’est beaucoup développé ces temps derniers par suite de deux années consécutives de récolte déficitaire et des facilités très grandes accordées par les autorités à ceux qui acceptent d’aller en pays étranger. Je ne crois pas exagérer, en évaluant à près d’un millier les chrétiens de cette Mission qui ont émigré au Japon, où actuellement ils sont certains de trouver un travail assez bien rétribué, et surtout en Mandchourie, où de vastes champs aisément transformables en rizières sont mis à leur disposition. Cet exode notable des chrétiens est la raison pour laquelle, malgré le nombre des baptêmes, la population catholique de notre Mission n’a augmenté que de 428 unités.
« Moins d’un mois après ma consécration épiscopale, j’ai eu la joie de conférer la première tonsure à 8 séminaristes, dont 7 appartiennent à la Mission de Taïkou et un à la Mission indigène de Zenshu. Ces jeunes clercs nous donnent les plus belles espérances ; daigne la divine Providence les maintenir toujours dans leurs excellentes dispositions. Actuellement, 76 séminaristes font leurs études aux grand et petit séminaires de Taïkou et de Séoul ; 16 appartenant aux Missions voisines. Jusqu’ici, les vocations ne manquent pas, espérons qu’elles continueront pendant longtemps à être nombreuses.
« Plusieurs confrères ont changé de poste et de situation dans la Mission : M. Beaudevin, laissant sa magnifique installation de Songtai à M. Cordesse, est venu à Taïkou où il cumule les fonctions de provicaire, de procureur et d’architecte. De tous ces emplois, c’est le dernier qu’il préfère ; il a d’ailleurs montré qu’il sait construire solidement. M. Bertrand, auquel le climat de Taïkou était défavorable, a quitté le secrétariat de l’évêché pour aller occuper sur le bord de la mer le poste de Fusan. Enfin, M. Julien, curé de la cathédrale, auquel une maladie chronique impose une tranquillité relative, est venu prendre la place de M. Bertrand. Ce n’est pas sans regret qu’il a dû quitter sa belle et importante paroisse où, depuis quelques années, il obtenait de très beaux résultats. Dans le cours de cet exercice, il a enregistré 134 baptêmes d’adultes et instruit 540 catéchumènes. De nombreuses conversions de protestants influents, dont plusieurs ont été ministres de cette religion, méritent d’être mentionnées.
« M. Paillet, chargé de la seconde paroisse de la ville de Taïkou, se réjouit d’avoir pu régénérer dans les eaux du baptême 99 adultes ; et ce chiffre supérieur à ceux qu’il ait eu jusqu’ici ne le satisfait pas encore. Il compte bien obtenir, dans sa paroisse et les chrétientés dont il a la direction, un nombre plus considérable de conversions ; et, en constatant comment vont les choses, il a toute chance de voir ses espérances se réaliser. M. Richard, qui avait dû l’an dernier aller à Hong-Kong pour y subir une grave opération, a été triomphalement reçu à son retour par ses excellents chrétiens. Son district, de fondation relativement récente, a été admirablement dirigé par son pasteur actif, zélé et plein de bonnes idées qu’il a toujours réussi à mettre à exécution. La population païenne a pour notre religion une réelle déférence, et l’école maintenant terminée, débute aussi bien que possible ; elle compte 173 élèves, païennes pour la plupart, mais qui presque toutes étudient la doctrine catholique, avec le désir d’être baptisées quand les circonstances le permettront. Un fait consolant pour le missionnaire est que, dans le cours de cette année, 18 baptêmes à l’article de la mort ont été donnés par des jeunes filles païennes de l’école à des moribonds qu’il était impossible d’atteindre directement dans des milieux absolument païens, éloignés et sans contact avec le prêtre. C’est donc avec une louable résignation que M. Richard a quitté ce poste si intéressant pour venir prendre à la cathédrale la place de M. Julien ; déjà, avec son activité coutumière, il s’est mis à l’œuvre, et nous espérons qu’avec l’aide de Dieu, il obtiendra dans cette paroisse importante des résultats aussi précieux que ceux qu’il a obtenus dans le poste qu’il vient de quitter. M. Hamon, pionnier infatigable, tout en s’occupant de ses nombreux chrétiens, travaille à fonder un nouveau poste. La chose n’est pas facile et les dépenses seront fortes, mais sans se laisser décourager par les difficultés présentes et celles qu’il prévoit, il continue à aller de l’avant ; il est probable qu’avec son savoir faire et sa remarquable persévérance, il atteindra le but qu’il se propose, M. Lucas, grâce à un généreux bienfaiteur, est tout heureux de pouvoir, dès cette année, construire dans son lieu de résidence une chapelle convenable mais de dimensions restreintes, qui pourra cependant contenir les chrétiens de l’endroit et des villages environnants. Son église sera construite en blocs de ciment, et le plan a été établi de telle sorte que, si besoin en est, un agrandissement soit facile.
« De son côté, M. Cadars terminera bientôt son église et son presbytère ; il travaille toujours avec ardeur à la conversion des habitants de la ville où il réside et qu’il appelle avec raison la « Rome du Bouddhisme ». Les résultats sont encourageants, mais il les voudrait meilleurs encore. Tout près de là, M. Froidevaux a obtenu, dans la seule ville de sa résidence, 60 baptêmes d’adultes et 27 dans les villages voisins. Afin de prendre plus efficacement contact avec les païens, il a demandé l’autorisation d’ouvrir une école maternelle ; les autorités du lieu et les habitants étant très favorables, il est à croire que l’autorisation demandée sera accordée. Les prêtres indigènes se rendant parfaitement compte des difficultés de plus en plus grandes de l’évangélisation des païens, redoublent de zèle et obtiennent de bons résultats. Plusieurs d’entre eux ont baptisé plus de 50 adultes et tous s’efforcent de trouver les meilleurs moyens de faire connaître la religion catholique. A Mounsan, M. Jean Kim a installé 3 religieuses coréennes pour leur confier le soin des malades et l’instruction des enfants. Arrivées depuis peu de temps, elles ont déjà donné le baptême à 30 personnes en danger de mort. L’expérience ayant démontré les effets excellents produits par la prédication dans les centres populeux, plusieurs prêtres ont demandé d’y transporter leur résidence afin d’atteindre un plus grand nombre d’infidèles : tout en admettant le bien fondé de ces demandes, il est difficile d’y faire droit immédiatement, car dans les villes les terrains et les constructions sont plus chers, ce n’est donc que bien lentement qu’il sera possible de faire les transferts nécessaires.
« On ne saurait passer sous silence l’œuvre excellente accomplie par nos dévouées Sœurs de Saint-Paul de chartres. Le noviciat terminé l’an dernier abrite maintenant 27 jeunes filles, qui, sous la direction de leur maîtresse des novices, se préparent à embrasser l’état religieux, 17 professes sont institutrices dans les diverses écoles de la Mission et donnent entière satisfaction. D’autres s’occupent avec un zèle et un dévouement admirables aux différentes œuvres qui leur incombent. Le dispensaire, sous la direction de Sœur Renée, a reçu 56.451 visites, et plus de 6.000 ont été faites à domicile. A la crèche, 14 bébés reçoivent les soins maternels des religieuses, avant de passer à l’orphelinat proprement dit qui compte 55 enfants. Le Consul de France, venu à Taïkou au printemps dernier, écrivait quelques semaines plus tard à la sœur supérieure : « De la visite que je vous ai faite, j’ai remporté une impression qui n’est pas près de s’effacer de ma mémoire. Je ne manquerai pas d’en faire part à l’ambassade. Avec les faibles moyens dont vous disposez, vous pouvez en effet être fière de vos œuvres qui ne prospèrent que grâce à votre dévouement incessant. » — On ne saurait rien ajouter à ce bel éloge si bien mérité.
« Tels sont les résultats de l’année qui vient de se terminer. Que nous réserve la prochaine ? Nous ne saurions le prévoir, mais sans être pessimiste, humainement parlant on ne peut se défendre d’une certaine anxiété. Actuellement, sévit une réelle famine ; depuis 80 ans, on n’avait pas eu une pareille année, disent les Coréens âgés ; d’autre part, les difficultés éprouvées durant l’exercice qui vient de s’écouler vont en augmentant, mais sachant que la divine Providence ne leur fera pas défaut, avec une confiance entière, tous les missionnaires, pleins d’ardeur, travaillent avec une énergie admirable pour surmonter les obstacles de toute sorte qu’ils rencontrent sur leur route. »



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