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Rapport annuel des évêques

Année: 1979
Pays: Corée du Sud
Mission: Corée

Région de Corée


COMPTE RENDU 1977-1979


I. Le monde dans lequel nous vivons et travaillons

a) Contexte politique :

Il a été marqué par un durcissement du régime en même temps qu’une montée de l’opposition. L’escalade dans la répression, surtout après juin 1979, a amené la fin tragique du président PAX CHUNG-HEE, le 26 octobre 1979.
Pour comprendre il faut rappeler quelques faits antérieurs à 1977. En 1974, nous sommes en régime présidentiel. Le président a, de fait, tous les pouvoirs qu’il a pris lui-même grâce à une réforme de la Constitution, et l’idéologie est celle de la « Sécurité nationale ». Au nom de celle-ci, tout est permis. Le décret d’urgence de janvier 1974 permet de mettre à l’ombre tout citoyen qui ne contrôle pas sa langue, même si sa critique se veut constructive. Toute opposition est taxée de communisme et d’antipatriotisme. Cela n’a pas changé et s’est même amplifié. Malgré les quatre-vingt-six libérés de juillet 1979 et les cinquante-trois dont quarante-quatre étudiants du mois d’août 1979, il y aurait encore des centaines de prisonniers politiques. Durant l’été de 1979, fertile en événements, des dizaines de gens ont été arrêtés, parmi eux trois prêtres: un de Andong, un autre de Chen-Ju et un autre de Séoul.
La session parlementaire extraordinaire de juillet 1979, où l’Opposition demandait la formation d’une « commission parlementaire pour les affaires constitutionnelles », euphémisme pour demander le retour à la normale et la réforme de la Constitution, n’a abouti qu’à l’arrestation de l’imprimeur qui a publié le débat...
Dans un souci d’unité, de rassemblement de tout le peuple derrière le président, pour faire face au communisme et en vue du développement économique, le mouvement dit des « Nouveaux-Villages »a été lancé en 1971. Le mouvement demande aux gens de se prendre en charge et de moins compter sur l’aide extérieure que sur eux-mêmes. Ainsi avec des prêts du gouvernement, les toits de chaume ont été remplacés par des tuiles ; les villages ont été désenclavés pour permettre aux voitures d’y accéder ; des digues et des ponts ont été construits ; des travaux d’irrigation ont été faits, etc. mais cela n’a pas engendré « l’homme-nouveau » attendu. Ce mouvement, plus fort à la campagne qu’en ville, est devenu rapidement un moyen de quadrillage et d’asservissement de la population, soumise au matraquage de la propagande. Les gens ont été mis au travail et des résultats incontestables ont été obtenus au niveau matériel, mais les gens ont été tournés exclusivement vers le matériel, ne pouvant plus penser et n’en ayant pas le loisir; c’est devenu comme une religion nouvelle, avec des sessions de formation, etc. Il fallait lui donner des principes, qu’on trouve dans le mouvement parallèle dit du « Nouveau-Cœur », lancé en 1977, chaperonné par la fille aînée du président et qui joue à ses côtés le rôle de première dame de Corée. Le mouvement demande aux gens d’exister pour le pays, d’épargner, de mener une vie frugale en suivant les vieux principes confucéens à savoir la fidélité au pays, la piété filiale envers les parents, le respect des autorités et les bonnes manières.
La chute de Saïgon en 1975 a marqué un durcissement du régime. Le choc psychologique « orchestré» a favorisé un certain regroupement derrière le président. La découverte successive des tunnels creusés par les Nord-Coréens à travers la zone démilitarisée, et annoncée à des moments précis à la population pour la détourner des problèmes intérieurs; l’assassinat de deux officiers américains à Panmunjom en août 1976 ; l’annonce du retrait des troupes U.S. de Corée... sont autant d’événements qui ont été habilement utilisés pour entretenir la psychose de la peur de la guerre.
Par ailleurs des mesures comme la modification du code pénal (mars 1974) prévoyant sept ans de prison pour tout Coréen parlant mal de son pays devant un étranger ; celle de la loi sur l’immigration (1977) permettant de limiter l’activité sociale des étrangers et prévoyant leur expulsion ; les décrets d’urgence, surtout le nº 9 (mai 1975), l’extorsion d’offrandes volontaires pour la défense, la délation (la K.C.I.A. a trois cent mille agents, soit 1 % de la population: ils se trouvent dans tous les bâtiments publics : écoles, hôtels, restaurants, banques, etc. et agissent dans tous les milieux, y compris chrétiens), l’intensification de la surveillance des universités, des Eglises et de la presse font que les libertés individuelles et les droits de l’homme sont bafoués.
Du reste pour le Coréen nationaliste, « l’étranger ne comprend rien à la chose coréenne », car pour le pouvoir l’intérêt collectif l’emporte sur la liberté individuelle. Un dirigeant coréen expliquait ainsi aux correspondants de presse que « l’équation entre démocratie et élections régulières ou changement de régime est une interprétation abusive du mot et qu’insister sur le fait que démocratie veuille dire réconcilier les conflits d’intérêts est méconnaître la réalité à laquelle est confrontée la Corée. L’existence collective coréenne, sujette aux menaces du Nord, différencie le sens du mot liberté en Corée et dans les démocraties occidentales. Ici ce mot ne supporte aucun relâchement en faveur de l’irresponsabilité individuelle. Là ce mot veut dire libération de la pauvreté, de l’ignorance, de la violence et de l’humiliation. Or c’est seulement lorsque l’existence collective est assurée et qu’une vie décente et digne est garantie qu’une liberté de style occidental est possible ». Il ajoutait « qu’un leadership politique « musclé » était nécessaire afin d’assurer un développement économique « ordonné » et de procurer à la Corée une place honorable sur la scène internationale ». Tel est le point de vue du pouvoir (Korea Time de juillet 1979).
D’autre part il semble que la visite du président CARTER, en juin 1979, ait consacré la dictature du président PAK. C’est du reste ce qu’a dit Mr. KIM YOUNG-SAM à un journaliste américain et qu’on lui reproche. Consécration qui n’alla pas sans concessions. En dessous du « fla-fla » de la visite, l’armée des suivants s’occupa activement de commerce même au détriment de certains pré-engagements de la Corée avec des tiers (cf. Le Monde, 31 octobre 1979). Dans un toast le président CARTER parla des droits de l’homme disant qu’ils allaient de pair avec le développement économique. Auparavant M. Cyrus VANCE avait présenté aux Affaires étrangères coréennes une liste de trois cent et quelques noms de prisonniers politiques, demandant la révision de leur procès et leur élargissement (cf. Journal télévisé américain en Corée). Les 139 libérés des 17 juillet et 15 août étaient des gens qui pour la plupart avaient presque fini de purger leur peine.
Que l’Amérique, qui a tant fait pour la liberté dans ce pays, et qui continue à donner des millions de dollars chaque année, veuille s’occuper des droits de l’homme se comprend fort bien, encore qu’elle ait deux poids et deux mesures suivant les pays. Sans l’Amérique il n’y aurait peut-être pas de Corée, en tout cas elle ne serait pas ce qu’elle est actuellement. Après le départ de M. CARTER, les Coréens ne se firent pas faute de dire comment ils avaient ressenti la chose. Mr. KIM DAE-JUNG, pourtant pas suspect d’être favorable au régime, disait au correspondant du « Monde »: « Le combat des droits de l’homme, c’est notre affaire et si CARTER doit nous aider c’est de l’extérieur ». Il faisait sans doute allusion au fait que le président CARTER avait voulu rencontrer et en fait avait rencontré les personnalités de l’Opposition, les représentants des religions dont le cardinal KIM...
Quant au renvoi aux calendes du retrait des troupes U.S. de Corée, la raison officielle est que l’armée de terre nord-coréenne a augmenté ses effectifs. Elle serait passée de cinq cent cinquante mille hommes à six cent cinquante mille. Mr. THAE WAN-SON, cité plus haut, expliquait aux journalistes étrangers le point de vue coréen: « Le fait d’avoir différé le retrait des troupes américaines ne signifie pas qu’il n’y aura pas de tension dans la péninsule, car le but ultime de P’yongYang reste la réunification par les armes, et son refus à l’ouverture de Séoul-Washington pour une rencontre à trois en est la preuve. En effet le Nord pense qu’une fois les Américains partis, l’instabilité va s’installer au Sud, ce qui serait le premier pas vers une débâcle à la vietnamienne » (cf. K.T.). On peut penser que la Chine, n’ayant nulle envie de voir les navires de guerre russes patrouiller de chaque côté de la péninsule coréenne, a été pour quelque chose dans le maintien des troupes U.S. en Corée du Sud.
Le 18 octobre 1979, en visite à Séoul, Mr. BROWN, secrétaire d’Etat américain à la défense, renouvelle à la Corée du Sud l’engagement des Etats-Unis de supporter militairement la République de Corée. Mr. BROWN remettait également au président PAK CHUNG-HEE une lettre du président CARTER qui lui demandait de mettre un frein à ses répressions contre les droits de l’homme, mais le gouvernement coréen retint, de la visite du secrétaire d’Etat américain à la défense, que les droits de l’homme et de la défense sont des choses différentes et que les Etats-Unis ne se serviront pas de leur rôle militaire en Corée du Sud pour faire pression sur le régime Pak. En effet ils savent que l’engagement américain n’est pas que pour leur protection, mais qu’il constitue un point essentiel du dispositif stratégique et diplomatique des Etats-Unis dans leurs liens avec Pékin et Tokyo et pour leurs positions dans le Pacifique (cf. Le Figaro du 29 octobre 1979). Le non-retrait des troupes U.S. le prouve.
Si, pour la période qui nous concerne, on a assisté à un durcissement du régime, consacré par la venue du président CARTER, cela ne veut pas dire que le peuple coréen, si patient et doté d’une force d’inertie pas ordinaire, soit content. En effet, en juillet 1978, le président PAX fut élu pour la quatrième fois, par les membres du « Congrès national pour l’unification » à l’écrasante majorité de 99,9 %. Mais il faut préciser qu’il ne pouvait y avoir qu’un seul candidat et que les membres dudit Congrès sont triés sur le volet. Le peuple manifesta son « ras le bol » lors des législatives (début de 1979), où l’opposition récolta 1,1 % de plus de voix que le parti au pouvoir, mais sans pouvoir obtenir la majorité à la Chambre des députés, car le système donnant au président le droit de nommer un tiers des députés a permis au parti gouvernemental de conserver la majorité.
En juillet 1979 le Korea Time faisait état d’un sondage, réalisé par un professeur de l’université Yon-Sei, sur l’état d’esprit des hauts-fonctionnaires du gouvernement. La moitié de l’échantillon interrogé doutait de l’efficacité de la campagne « anti-concussion ». Seulement 25 % d’entre eux désiraient voir la génération suivante les suivre dans la même voie. Mais la majorité était fière d’elle et de son niveau et pensait appartenir aux premiers rangs de la classe moyenne des contribuables; cependant 28 % d’entre eux n’étaient pas de cet avis et les raisons de leur mécontentement variaient suivant leur âge: les plus jeunes se plaignaient de la rigidité du système bureaucratique, tandis que les autres souffraient de n’être pas reconnus par le public...
A la lassitude que peuvent éprouver certaines personnes soumises à l’arbitraire du régime s’ajoute aujourd’hui le mécontentement d’une partie de la population, qui souffre des difficultés économiques et sociales que rencontre le pays. En effet la croissance de ces dernières années a fait apparaître une nouvelle génération plus exigeante dans ses revendications politiques et économiques, mais aussi plus difficile à satisfaire que leurs parents qui ont connu la détresse, la misère de la guerre et de la période qui a suivi.
Cela explique la confluence des mécontentements de l’été 1979. En fin juillet c’est l’affaire du paysan chrétien du diocèse de Andong, qui avait demandé des compensations pour une mauvaise récolte. Ceci aboutit à un procès. C’est l’accusation faite à Mgr DUPONT de faire de la politique alors qu’il ne faisait que défendre les droits de l’homme.
En août 1979, la police charge contre 180 ouvrières de la Yong-Ho Trading, réunies dans l’immeuble du parti de l’opposition (N.P.D.). Elles réclamaient leur salaire en retard et protestaient contre leur licenciement. Il y eut une tuée, plusieurs blessés dont des députés et des journalistes.
Au début de septembre 1979, le tribunal de Séoul rend une sentence exécutoire qui disqualifie Mr. KIM YOUNG-SAM de ses fonctions de président du N.P.D.; le tribunal lui désigna un successeur qui n’arriva pas à regrouper derrière lui les membres du parti.
Sur ce Mr. KIM YOUNG-SAM eut une interview avec le New York Times où il déclarait que le « Président PAK était à la tête d’un régime de dictature d’une minorité » et demandait que « les Etats-Unis cessent de supporter le régime du président PAX et qu’ils fassent pression pour une démocratisation en Corée du Sud ».
Au début d’octobre 1979 cette déclaration servit de prétexte au gouvernement pour faire expulser Mr. KIM YOUNG-SAM de l’Assemblée nationale, ce qui, quelques jours plus tard, entraîna la démission collective des députés de l’Opposition.
Le 16 octobre 1979, à Pusan (trois millions d’habitants et seconde ville de Corée), les étudiants manifestent. La police intervient en force. Le 18 octobre la loi martiale y est déclarée. Les universités sont fermées, les rassemblements interdits, la censure instaurée, etc. Le même jour à Masan, ville voisine de trois cent mille habitants, les étudiants, et cette fois ils ne sont plus seuls, scandent « A bas la dictature », lancent des pierres contre le siège du parti gouvernemental, attaquent une vingtaine de postes de police (cf. Le Figaro 29 octobre 1979 et le K.T. d’octobre).
Le 26 octobre 1979, peu après 19 heures, le président PAX CHUNG-HEE et ses gardes du corps sont tués. il y a eu complot mais pas coup d’Etat. Le président a été tué par son propre chef des Services secrets (K.C.I.A.). Mr. KIM JAE-KYU a prémédité son coup. Il avait été accusé d’incompétence par le président, et ses relations avec le chef de la Garde présidentielle n’étaient pas bonnes. Il s’attendait à être limogé. Il a profité d’un repas en tête-à-tête avec le président et le chef du service de sécurité présidentielle pour les tuer tous les deux et faire exécuter par ses hommes les quatre autres gardes du corps qui se trouvaient à l’extérieur de la pièce où ils mangeaient (cf. La Croix 30 octobre 1979). L’Histoire dira comment cela s’est réellement passé.
Malgré cette nouvelle inattendue, le pays resta calme et stable et le contexte politique ne fut pas modifié en pire. La trêve politique s’instaura pendant la période de deuil jusqu’aux funérailles nationales qui eurent lieu le 3 novembre 1979.
Cette trêve terminée, les Coréens se demandèrent quel allait être leur avenir. La plupart des observateurs s’accordèrent à penser que les choses étaient allées trop loin. Le mécontentement populaire des derniers mois risquait de devenir un facteur avec lequel les dirigeants devraient compter.
Mr. KIM YOUNG-SAM, le premier à rompre la trêve politique, déclara qu’il « pensait que le système Yushin (= les Réformes revitalisantes) était mort avec le président et devait être aboli ». Il précisa « qu’il souhaitait une réforme de la Constitution qui ne soit pas menée de manière révolutionnaire mais légale ». Donc pour l’Opposition, d’abord réforme de la Constitution, puis élection directe du président au suffrage universel.
L’autre alternative semble avoir été indiquée par le président intérimaire Mr. CHOE KYU-HA lors de son message à la nation, après les funérailles: ce serait d’élire le président selon la Constitution actuelle, quitte au nouveau président à entreprendre la réforme avant la fin du mandat.
Par ailleurs on ne sait pas si, derrière le gouvernement civil, les militaires sont d’accord entre eux sur l’orientation à donner au pays (cf. Le Monde 7 novembre 1979).
Il reste à souhaiter que l’esprit de conciliation et de modération du peuple coréen l’emportera et que la Corée passera ce cap difficile pour continuer son développement avec des institutions démocratiques.

b) Contexte économique :

La Corée du Sud pratique une économie capitaliste. Elle a connu un développement fantastique pendant les quinze dernières années avec une expansion annuelle de 10 % de moyenne. Son P.N.B., dans le même temps, a augmenté de 14,4 %. Il a atteint les 1250 dollars U.S. en 1978. PAK CHUNG-HEE d’avoir mis le peuple
C’est sans doute le mérite du président coréen « debout », de lui avoir redonné sa fierté et de l’avoir empêché de rester un peuple « d’assistés-passifs ». Mais il s’agit d’un capitalisme sauvage, qui donne la priorité à l’économique sur l’humain. Pour reprendre les paroles du cardinal Etienne KIM: « Ce modèle de développement approfondit le fossé entre deux catégories de personnes: l’une faite d’une infime minorité de gens, économiquement des riches, politiquement des sujets, socialement des maîtres ; l’autre faite d’une très grande majorité de gens qui sont économiquement des pauvres, politiquement des objets et socialement des instruments » (Déclaration faite à Paris au C.C.F.D. en 1977).
Evidemment le niveau de vie s’est élevé. L’installation de l’électricité jusque dans les villages et par voie de conséquence l’arrivée de la télévision dans les foyers (un téléviseur pour six personnes), du téléphone dans les villages ; d’autre part le développement rapide du réseau routier qui a désenclavé la campagne, ont changé la vie des gens.
C’est en 1977 que les exportations ont franchi le seuil des dix milliards de dollars U.S. Environ 70 % de ces exportations sont absorbées par les Etats-Unis et le Japon. C’est également en 1977 que l’agriculture a été excédentaire avec une production de six millions de tonnes de riz et huit cent quatorze millions de tonnes d’orge (cf. Le quatrième Plan de développement économique, 1977-1981, R.O.K.).
Neuf (9) des grandes entreprises coréennes figurent sur la liste des cinq cents plus grandes firmes mondiales (la France en a 43) et l’une d’elles, la « Dae-Woo », arrive même parmi les dix premières (cf. K.T.) pour les ventes en 1979. Mais ce développement rapide, qui étonne le monde, s’est fait sur le dos des ouvriers et des paysans. Ces entreprises, privées mais financées par l’Etat, se servent du capital reçu comme le leur propre et, si elles payent des impôts, les bénéfices sont à elles. Si elles font des largesses pour les écoles ou les hôpitaux c’est pour moins payer d’impôts, alors que cet argent est celui du peuple, des ouvriers qui ne reçoivent pas de salaire convenable, n’étant en plus pas payés régulièrement quelquefois. C’est la raison de nombreuses grèves dans les entreprises, dont le public n’est pas au courant.
Pour obtenir des marchés par le « dumping » et pour être compétitif sur le marché international, on demande à l’ouvrier de se sacrifier pour le pays des ancêtres. Environ 70 % des salaires n’atteignent pas six cent cinquante francs par mois, alors que la vie est pratiquement aussi chère qu’en France.
Dans la façon de faire des entreprises, on retrouve des traces du mode de penser confucéen: les grandes sociétés, comme les notables d’antan, sont prêtes à aider les nécessiteux et à donner pour les écoles, les hôpitaux et la défense nationale... mais cela ne résout pas la question sociale.
D’autre part la valeur du travail manuel n’est pas encore très bien perçue par les parents et les jeunes qui sortent des écoles techniques, a fortiori par ceux qui sortent de l’université. Lorsqu’ils s’embauchent ils ont comme honte et il faudrait qu’ils soient bien rémunérés pour qu’ils puissent évacuer leur passé. Les ouvriers sortant du secondaire, du premier ou du second cycle, sont moins payés que ceux qui sont bardés de diplômes universitaires. D’après les statistiques du début de 1977, la masse de leur salaire ne représente que 44 % de l’ensemble, alors que dans le même temps elle représentait 80 % au Japon.
Si la Corée s’est relativement bien tirée de la crise du pétrole en 1973, il n’en va pas de même pour celle de 1979. Pour réajuster les prix après l’augmentation de l’O.P.E.C. il fallait une augmentation de 36 %. Or le gouvernement en fit une de 59 %. Avec une inflation galopante, la récession fut vite là. Pour les neuf premiers mois de l’année 1979, la vie a augmenté de 40 % environ, certains produits ayant augmenté de 80 % et même 100 %. Le prix de l’essence-super est de 3,85 F. Les petites et moyennes entreprises accusèrent le choc, le petit commerce fut désorienté, des portes se fermèrent… un secteur comme la pêche artisanale fut très touché à cause du carburant. Les matériaux ayant monté en flèche, le bâtiment stagna (40 % dit la presse locale). Pour le chômage, la presse a parlé de 5 %, ce qui ferait dans les trois cent mille chômeurs, mais ce chiffre est certainement à majorer car ceux qui ne travaillent qu’un jour par semaine sont comptés parmi ceux qui ont un job... Le choc pétrolier fut dur pour la Corée dont les exportations constituent 35 % du P.N.B. L’augmentation du coût de l’énergie et des matières premières est allée de pair avec une hausse des salaires considérée depuis trois ans comme une nécessité pour la stabilité politique.
La perspective des troubles sociaux malgré l’augmentation globale du niveau de vie — y compris dans les campagnes grâce à la hausse constante du riz, aliment de base, vendu plus cher que dans les pays voisins par décision gouvernementale — explique en partie l’attitude intolérante du pouvoir à l’égard d’une opposition pourtant modérée. « Plus de liberté politique, disait-on dans l’entourage du président, risque d’encourager des revendications sociales dont la satisfaction n’est pas dans les possibilités du pays à court terme » (cf. Le Monde du 31 octobre 1979).
A la campagne, dans le cadre des « Nouveaux-villages », les paysans doivent travailler et produire ensemble et vendre à la Coopérative agricole nationale qui fait la pluie et le beau temps en matière de prix.
Suivant les statistiques de 1977, la surface cultivée est de deux millions 231 mille hectares et la superficie moyenne d’une ferme est de 0,97 hectare. Par rapport à 1971, la superficie cultivée a diminué (2 millions 300 mille hectares en 1971) à cause sans doute des nouvelles routes qui ont englouti des rizières, et des surfaces construites ; mais la superficie moyenne des fermes a légèrement augmenté (= 0,91 hectare en 1971). Pour l’année 1980, le budget de l’Etat prévoit un gros achat de matériel pour mécaniser l’agriculture ; un remembrement a été opéré dans plusieurs régions et la tendance est à l’agrandissement de la superficie moyenne des fermes.
Actuellement la Corée a un troupeau de I million 453 mille bêtes à cornes ; elle élève 1 million 952 mille porcs et 26 millions 283 mille poulets. Quant à la pêche artisanale et industrielle, elle prend une moyenne de 2 millions 421.273 tonnes de poissons et de crustacés par an (cf. Statistiques de l’Economie coréenne, 1977, E.P.B.).
Les engrais et la main-d’œuvre sont très chers, si bien que le paysan a de la peine à subvenir à ses besoins, à ceux de sa famille, en particulier en matière d’éducation.
Pour augmenter le rendement à l’hectare, le Ministère de l’Agriculture a lancé diverses variétés de riz, qui réussissent plus ou moins bien, et qui sont aussi moins bonnes pour la consommation que le riz coréen traditionnel. En septembre 1979 les nouvelles variétés de riz valaient 360 F le sac de 80 kg, alors que le riz coréen traditionnel valait 550 F. En août 1979 deux typhons ont occasionné une perte de 11 % de la récolte de l’année. En 1977 la contribution de l’agriculture pour le P.N.B.était de l’ordre de 23,7 %.
En conclusion on peut dire qu’avec le développement économique le fait marquant est l’exode des campagnes, le déplacement de la population vers les villes et les centres industriels urbains. Par exemple la population du diocèse de Andong, essentiellement rural, est passée en quelques années de 1 million 750 mille à 1 million 573 mille habitants.. La ville de Taejon est passée de 400 mille à 600 mille habitants et atteindra le million dans un avenir rapproché. La ville de Séoul a atteint les huit millions d’habitants, un quart étant étudiants. C’est une immense fourmilière où l’on vient travailler et étudier, mais où il faut aussi lutter pour trouver le job et le toit malgré le boom économique.
La population de la Corée du Sud était de 36 millions 628 mille 485 habitants au mois d’octobre 1978, ce qui fait 368 habitants au km2. 20 % de cette population vit sur 0,6 % du territoire sud-coréen ; 64,3 % de la population vit dans 35 villes et la population rurale n’est plus que de 35,7 %.

c) Contexte social :

Au premier abord ce qui frappe, c’est la jeunesse de la population. 60 % a moins de 25 ans. En 1978, 5 millions 604 mille 365 enfants fréquentaient le primaire ; 2 millions 293 mille 124 le premier cycle du secondaire et 1 million 350 mille 600 le second cycle du secondaire (chiffres du Ministère de l’Education).
Lancé en 1962 dans le cadre du Plan de développement économique, le Planning familial continue de se développer. Le pourcentage d’application est passé de 38,3 % en 1973 à 49, 1 % en 1978, si bien qu’en Corée du Sud la croissance de la population est passée de 1, 87 % en
1972 à 1,6% en 1978. Outre le Planning familial, cela est dû. semble-t-il, à l’urbanisation, à la montée du niveau de vie et à une certaine tendance à se marier moins jeune.
Les résultats du Planning familial pour 1978 ont été positifs à 97 %. Les raisons de ce succès sont que, faisant partie du Plan de développement, l’argent n’a pas manqué ; que l’opposition religieuse malgré un document de l’épiscopat catholique n’a pas été très poussée ; enfin que les Associations féminines au sein du mouvement des « nouveaux-villages » a pu utiliser les organismes privés avec efficacité. En 1979 le service de propagande et d’information a intensifié sa campagne pour la stérilisation pure et simple. L’individu touche une prime s’il se fait stériliser...
En 1977 a été mise sur pied une ébauche de « Sécurité sociale ». Elle concernait les indigents et le personnel des entreprises de plus de 500 ouvriers, ce qui représentait 1 million 670 mille personnes. En 1979, cela a progressé puisque le personnel des entreprises de plus de 300 ouvriers en bénéficie ; et dernièrement on y a ajouté les militaires de carrière et leurs familles (450 mille personnes).
La Corée du Sud est bien équipée en hôpitaux dans les grandes villes. Un professeur de pédiatrie qui visitait les installations à Séoul disait que la Corée « était équipée pour les maladies de l’an 2000, mais qu’elle ne voyait guère ce qui se voit à l’œil nu »... il voulait parler de la tuberculose qui fait encore beaucoup de ravages.
La grande majorité des médecins se trouve en ville, alors qu’à la campagne on a le temps de mourir dix fois avant d’en avoir un à son chevet. En outre, à la campagne comme à la ville, la médecine chinoise traditionnelle a gardé ses clients.
Le Gouvernement, dans un but d’épargne et de lutte contre le gaspillage, a réglementé les rites de la vie familiale: mariage et enterrement, qui donnaient lieu à des dépenses folles.
Il a également œuvré et continue à le faire pour la rénovation de l’habitat à la campagne. Il consent des prêts remboursables sur plusieurs années... allant jusqu’à reconstruire des villages entiers en particulier en bordure des grands axes routiers.
Dans chaque agglomération ou même village le gouvernement a fait bâtir des maisons du peuple. C’est le centre du mouvement des « nouveaux-villages », où ont lieu les réunions ; des haut-parleurs invitent la population à se lever tôt, à nettoyer la rue, à aller au travail en commun, à se réunir, etc. On pense pour elle et on lui récite le catéchisme officiel qu’on lui rappelle par ailleurs par de nombreuses banderoles à slogans.
La recherche de la « face », un certain engouement pour les produits étrangers ou un a priori contre les produits fabriqués sur place, à moins que ce soit un amour exagéré de « l’American way of life », tout cela ensemble a engendré une atmosphère de mensonge. On trouve des « faux » dans tous les domaines : faux diplômes d’enseignants, médicaments ou produits alimentaires trafiqués, utilisation abusive de labels étrangers (Cardin par ex.) dans le commerce, et l’information tant officielle que privée ne faisant pas exception dans cette atmosphère générale...
Le gouvernement invoque toujours de bons principes: sentiment national, vertus traditionnelles: fidélité au pays, respect des autorités, piété filiale, réforme des mœurs, censure des pornos, etc. Mais de facto il s’en sert pour renforcer son idéologie. Les feuilletons de la télévision sont tous bien dirigés pour l’interprétation de l’histoire ou de l’événement du jour. Ce n’est pas l’homme qui doit être servi mais l’idéologie, d’où l’ambiguïté constante. Aussi ceux qui veulent essayer de dialoguer ou faire de la critique positive se trouvent sans cesse sur la corde raide, semblant ainsi s’opposer aux bons principes mis en avant.

II. L’Eglise en Corée du Sud

1. Les réalités politique, économique et sociale atteignent l’Eglise dans ce qu’elle est et ce qu’elle fait.

Au niveau de la liberté :

Ce que l’Eglise enseigne doit être dans. la ligne officielle du gouvernement, pour qui la religion n’est qu’une affaire de culte. Il n’est donc pas question de s’occuper du « social », et de ce fait l’Eglise est continuellement surveillée dans ses dires, ses faits et gestes. Cela explique les risques permanents de violer les décrets présidentiels qui n’admettent aucune critique ; d’où les difficultés pour les chrétiens qui, lorsqu’ils rentrent chez eux, sont récupérés par la propagande.
La liberté religieuse est inscrite dans la Constitution mais en pratique elle est soumise à l’idéologie de la « Sécurité nationale ». Dans une telle société l’ordre règne et l’Eglise en tant qu’institution est reconnue, voire aidée. La compromission avec le pouvoir est facile, mais dans cette société l’homme n’est plus qu’un exécutant d’ordres reçus d’en haut. Il arrive à ne plus penser et ne peut avoir d’initiative.

Au niveau de la participation et de l’engagement apostolique :

Les nombreux chrétiens qui sont fonctionnaires se coupent de l’Eglise par la force des choses et, à la campagne au moins, à cause de diverses réunions, du travail en commun, de l’entraînement militaire, qui se font souvent par coïncidence aux heures des offices religieux, les chrétiens sont gênés. Pour la moindre réunion de prêtres la K.C.I.A. est informée et enquête, soit directement soit par personne interposée, sur le contenu de la réunion et ses participants. Les mouvements d’Action catholique comme la Jeunesse ouvrière chrétienne, le mouvement des paysans catholiques sont mal vus du pouvoir et pourtant ils ne font qu’apprendre aux gens à se prendre en charge et à penser en chrétien. C’est une ingérence continuelle de la police secrète dans les affaires de l’Eglise.

Comment l’Eglise réagit-elle ?

D’une manière générale, sa réaction se veut basée sur l’Evangile, le Concile et l’enseignement des papes. Mais certains prêtres et fidèles coréens, plus orientés vers le maintien des institutions dans lesquelles il faut être pour pouvoir être reconnu et travailler, donnent plus d’importance au danger du communisme, préférant une attitude de prudence, et se taisent tout en essayant de tirer le meilleur profit de la situation. Les autres, plus orientés vers le problème des droits de l’homme, prennent davantage de risques. Ils portent leurs efforts sur l’information et la conscientisation et veulent dès maintenant transformer la société par des actions plus engagées. Ils font passer les hommes avant les institutions.
Ce clivage se retrouve pour les mêmes raisons au sein de l’épiscopat. Tous d’accord pour dire que le matérialisme s’installe partout, et reconnaître que c’est à l’Eglise de rappeler les valeurs spirituelles et la dignité de l’homme, ils se divisent sur la façon de procéder. Car sans vouloir nier les abus du pouvoir et la violation des droits de l’homme, attaquer sans répit le gouvernement et les chefs d’entreprises, c’est, disent-ils, faire le jeu des nordistes qui se réjouissent des dissensions du Sud. Ce à quoi on peut répondre que c’est le pouvoir qui fait le jeu du Nord lorsqu’il emploie les mêmes méthodes que lui. Pour les autres, l’Eglise doit être la conscience de la société et la voix des sans-voix, car c’est disent-ils, la seule façon d’obliger le gouvernement à faire avancer la question sociale.

2. Quelques chiffres:

Fin 1976 Fin 1978
Superficie = 98 477 km2
Population 34 788 000 habitants 36 628 485 habitants
Catholiques recensés 1 052 691 » 1 189 863 »
Adultes baptisés dans l’année 32 746 » 34 313 »
Enfants de chrétiens baptisés 17 979 » 18 302 »
Non-pratiquants 129 774 » 143 236 »
Catéchumènes 24 544 » 26 813 »
Diocèses 13 » 13 »
Evêques : coréens 10 » 10 »
étrangers 3 » 3 »

Maryknoll 1 (1961)
St-Colomban 1 (1966)
M.E.P. 1 (1969)

Paroisses 480 » 552 »
Dessertes 1 785 » 1 780 »
Prêtres : coréens 696 » 832 »
étrangers 289 » 259 »
Frères : coréens 157 » 167 »
étrangers 37 » 45 »
Religieuses : coréennes 2 531 » 2 867 »
étrangères 192 » 169 »
Grands séminaristes 400 » 432 »
Petits séminaristes 173 »

Ainsi que le disait le précédent rapport, ces chiffres ne sont que des points de repère et ne sont nullement l’expression d’une théologie de la Mission. Ils indiquent seulement que le nombre des missionnaires étrangers a encore diminué pendant cette période et que l’Eglise en Corée, bon an mal an, enregistre entre 30 et 36 mille baptêmes d’adultes sans compter les enfants de chrétiens...

3. L’Eglise en Corée est traditionnelle et romaine. Elle sent l’étranger. Même si les missionnaires désirent la voir se coréaniser un peu, elle n’a pas l’air d’être pressée de le faire. De nombreux prêtres coréens ont étudié à l’étranger, sont revenus, ont peut-être alors perçu qu’il fallait faire quelque chose, mais vite repris par le « ron-ron »de l’institution, n’ont rien fait. Actuellement quatre-vingt-cinq prêtres coréens étudient de par le monde. Les évêques eux-mêmes avouent qu’ils sont tellement occidentalisés qu’ils ne voient pas où commencer en la matière... De fait le « rite » fonctionne bien et I’Eglise ne sent pas le besoin de changer.
L’Eglise en Corée est très réceptive et donne même l’impression d’être un peu étouffée, car de l’étranger on lui sert tout sur un plat : qu’il s’agisse du cursillo, du mouvement charismatique, des cercles bibliques, etc. Elle met tout en route, mais n’a guère le temps de digérer et de prendre des initiatives.
Elle a dû faire face aux problèmes de l’heure. Le durcissement du régime a limité sa liberté d’action, mais elle reste le seul endroit où l’on puisse s’exprimer malgré le carcan du régime. L’urbanisation rapide l’a un peu débordée : un quart des baptisés se trouvent à Séoul dans une centaine de paroisses. Le boom économique et maintenant la récession lui posent de sérieux problèmes...

Mais l’Eglise en Corée vit sa Mission d’évangélisation :

Au niveau du témoignage :

Le témoignage de vie dans I’Eglise en Corée est d’abord donné par tous ceux qui ont accepté, au nom de 1’Evangile, une forme de vie avec les autres: les petits frères et petites sœurs du Père de Foucauld, les sœurs du Prado, les militants de la J.O.C., du mouvement des paysans chrétiens, des évêques, des prêtres et cette foule de laïcs des deux sexes qui sont victimes de l’oppression perce que chrétiens: qu’ils soient fonctionnaires, commerçants, ouvriers ou paysans ; enfin ceux qui sont en prison pour motif de conscience, témoin ce petit paysan du diocèse de Andong qui a accepté qu’on proclame la vérité pour que d’autres ne subissent pas le même sort, sachant très bien que ce serait pour lui la prison et son cortège de misère...

Au niveau de l’annonce explicite du message :

On trouve des « prophètes ». Parmi eux les prêtres de « l’Association nationale pour la défense de la justice », le cardinal KIM et d’autres évêques dans leurs prêches et messages occasionnels, la Conférence épiscopale dans ses déclarations, qui essaie d’apporter des réponses à des problèmes concrets en se référant à 1’Evangile et au Concile. Malheureuse-ment, du fait de la censure, du manque de cohésion du corps épiscopal et du manque de moyens, les résolutions ne sont souvent que des paroles sans grands effets, du moins apparents.
Le groupe des « prêtres pour la justice » regroupe cent cinquante prêtres environ. C’est un groupe informel qui n’a pas de président mais simplement un correspondant dans chaque diocèse. Ils ont évolué car ils ont compris rapidement qu’il ne suffit pas de dénoncer, mais qu’il fallait en même temps accorder sa vie à ce que l’on dit. Ils ont des réunions mensuelles dont la participation atteint le tiers des membres, ils étudient l’Ecriture et cherchent une base théologique à leur action.
On trouve ensuite les « Réunions de prières », au cours desquelles les fidèles et prêtres très nombreux sont invités à prier et à méditer des textes choisis en rapport avec des problèmes d’actualité, des cas d’injustice sociale et d’oppression. La plupart du temps il y a deux parties:
d’abord la messe avec un sermon sur la question, puis une seconde partie où l’on s’exprime et où on informe. Quand il y a une troisième partie c’est la descente dans la rue. Une intention de conscientisation n’est pas absente de ces réunions de prières. De plus, dans la situation actuelle, c’est pour l’Eglise comme une soupape de sécurité. car on peut y exprimer sa foi, quitte à être arrêté à la sortie (la police secrète étant toujours présente).
Il y a encore tous ceux qui rappellent l’enseignement de l’Eglise dans la prédication ordinaire, dans l’approfondissement de la catéchèse et lors des diverses réunions d’action catholique.
Dans la mesure où cette annonce reste sans lien bien concret avec la vie quotidienne, les risques d’accrochage avec la police sont rares, mais dès que l’on parle davantage en liaison avec l’actualité, les événements de la vie et les situations humaines, on est davantage dans la ligne de mire de la police secrète omniprésente. Enfin au stade de l’adhésion vitale de la communion et de l’entraînement pour un nouvel apostolat, c’est une nouvelle manière d’être et de croire dans l’Eglise en Corée, avec initiative apostolique: c’est la vie chrétienne ouverte sur l’extérieur ; encore que beaucoup de progrès soient à réaliser pour faire que l’Eglise soit davantage dans le monde.
En Corée l’ensemble de la pastorale est centré sur l’apostolat paroissial et l’Eglise insiste sur cette manière d’être et de vivre ensemble. On invite à participer à la vie sacramentelle et à amener les non-chrétiens à l’Eglise pour la préparation au baptême: qui amène son père ou sa mère, qui amène sa sœur ou son frère ou son ami… cela fait boule de neige.
En ville il y a beaucoup de catéchumènes, les églises sont pleines le dimanche, il faut passer des heures au confessionnal... les paroisses se gonflent jusqu’à six ou sept mille chrétiens. C’est un peu l’arbre qui cache la forêt, car de nombreux chrétiens venus de la campagne sont « paumés » et n’arrivent pas toujours à s’intégrer et le lien avec la communauté se distend, puis casse et ils restent dans la nature jusqu’au jour où un prêtre, une
religieuse ou un ami les ramène à 1’Eglise...
A la campagne c’est beaucoup plus difficile, car les paroisses sont plus petites, il y a moins de catéchumènes et moins d’éléments actifs, et lorsque vous avez bien préparé et baptisé vos gens, ils s’en vont vers la ville. Pour 1978, dans le diocèse de Andong, malgré les 478 baptêmes d’adultes et les 303 baptêmes d’enfants de chrétiens, l’augmentation n’est que de 67 personnes. C’est également sensible au diocèse de Taejon: 1332 d’augmentation pour 2962 baptêmes d’adultes ou d’enfants de chrétiens.
Les laïcs ont commencé de prendre leur place, mais dans la mesure où une importance exagérée est donnée aux finances. Il existe le danger d’une Eglise installée, qui a sa raison d’être en elle-même, qui perd de son dynamisme en se fermant sur elle-même. Actuellement une prise de conscience est en train de se faire pour que l’Eglise, riche en ville, vienne en aide à l’Eglise pauvre à la campagne. Tout se fait par relations, mais telle paroisse de ville aide telle paroisse de province. En 1978, pour la première fois, l’archidiocèse de Séoul a prévu dans son budget la somme de 30 millions de wons (300 000 francs) pour aider les diocèses pauvres: c’est un commencement.
C’est un peu un cercle vicieux, car qui dit paroisse, dit constructions et œuvres donc argent. Pourquoi faut-il qu’il n’y ait qu’un seul modèle de paroisse, valable en tout temps et en tout lieu où, à l’église et au presbytère, il faut nécessairement ajouter une salle d’œuvres, un couvent pour les religieuses de la paroisse, un jardin d’enfants, etc.?
Sur le plan diocésain aussi l’Eglise investit beaucoup dans le bâtiment : écoles, hôpitaux, etc. Avec son arrière-fond confucéen elle a besoin de la « face » pour se poser et les non-chrétiens la considèrent comme riche...
Pourquoi faut-il beaucoup d’argent dans l’Eg1ise pour vivre pauvrement ? N’est-ce pas parce que l’Eglise se veut « au service » des pauvres au lieu de se vouloir pauvre elle-même? Pourquoi faut-il qu’il n’y ait qu’un seul modèle de paroisse structurée à tel point qu’elle n’est viable que sur un territoire donné où il y a une communauté suffisamment nombreuse et stable ?... Autant de questions que le temps et la nécessité permettront sans doute à l’Eglise en Corée de résoudre, à moins qu’un dépouillement à la « Combes » vienne précipiter les événements et lui donne l’occasion de se purifier.
A nos yeux d’Européens, devant l’urbanisation, une pastorale de milieu s’impose, mais dans cette société coréenne, cristallisée par le confucianisme, où les relations verticales l’emportent sur les relations horizontales, les prêtres n’en sentent pas le besoin et n’en voient pas la nécessité. La « pauvreté » n’est pas perçue de la même façon et pour eux c’est sans doute à l’Etat et aux grandes entreprises à supprimer le paupérisme, alors que le Christ nous a avertis que nous aurions toujours des pauvres parmi nous.
Ils seraient plutôt poussés à l’évangélisation des élites pour que tout le monde suive ensuite. De fait, la guerre de Corée (1950-1953) n’a pas changé la mentalité des Coréens. A ce moment-là, tout le monde s’est trouvé au point zéro et ce n’est que vers les années 70, avec l’industrialisation et la ruée des campagnards vers les centres urbains, qu’on a vu apparaître et vouloir se former ce que nous, nous appelons une « classe » ouvrière (mot interdit dans le vocabulaire officiel) en face d’une classe moyenne qui vit bien et qui n’a pas envie que ça change. Ce n’est que peu à peu qu’une pastorale de milieu va se mettre en place, mais pas au rythme que nous, étrangers, le désirerions. Si nous pensons à de nouvelles insertions, il faut aider à dépasser cette mentalité actuelle selon laquelle il n’est d’apostolat dans l’institution que dans la structure paroissiale.
N’empêche que l’Eglise en Corée se veut missionnaire, elle est ouverte et elle essaie de se remettre en cause au fil des événements. En 1979, l’archidiocèse de Séoul a eu son « aggiornamento » avec une équipe de l’Institut de pastorale des Philippines. C’est méritoire pour un presbyterium nombreux, divisé sur les problèmes de l’heure, pas facile à mener et très attaché à ses privilèges. Ce sera un pas en avant pour le faire descendre de son piédestal et débloquera peut-être la pastorale paroissiale...
En 1978 une grande paroisse de la banlieue ouvrière de Séoul a été confiée à un pradosien coréen (le seul) ayant un vicaire pradosien français appelé par le cardinal KIM.
Un certain nombre de séminaristes recherchent un autre style de vie, vont travailler en usine pendant les vacances, pratiquent la révision de vie, etc. Les petits frères du Père de Foucauld viennent d’avoir leur premier prêtre, qui poursuit son travail de manutentionnaire dans une usine.
La jeunesse ouvrière chrétienne comme Le mouvement paysan chrétien sont très actifs malgré leur petit nombre. Ils ont eu des actions à retentissement national, qui ne sont pas sans influencer la question sociale, quoi qu’on en dise, pour la faire avancer ne serait-ce que de quelques millimètres...
Le renouveau pour la connaissance de l’Ecriture est significatif. Les religieuses, très nombreuses et qui jouent un rôle important dans la catéchèse paroissiale, semblent même avoir une longueur d’avance sur le clergé lui-même. De nombreuses sessions diocésaines et nationales sont organisées aux époques favorables de l’année.
Enfin le fait que des instituts comme les petites sœurs du Père de Foucauld ou du Prado se recrutent semble indiquer un changement dans la vision des choses, et les fraternités dans les bidonvilles que le Cardinal va visiter ont un grand rayonnement.

III. Comment participons-nous à cette mission ?

Le groupe M.E.P. de Corée a quarante-neuf ans de moyenne d’âge. Son intégration est d’autant plus facile, qu’il ne compte que vingt-sept membres. Il ne représente que 3 % à peine de l’ensemble du clergé coréen, la proportion de l’ensemble des missionnaires étrangers étant encore de 31 %. Nous sommes à la même enseigne que le clergé local, que ce soit pour les nominations ou les ressources. C’est ce qui nous distingue un peu de Maryknoll, de Saint-Colomban et des Mexicains (N.-D. de la Guadeloupe), qui ont encore des « chasses gardées » et des ressources venant de leurs sociétés, sans rapport avec nos cent dollars annuels et l’aide à l’apostolat que nous avons. Ce n’est pas une critique car cela a joué dans le temps pour notre intégration. Cela nous différencie a fortiori des religieux qui sont aussi sous le contrôle de l’évêque, mais sans y être tout en y étant, ce qui leur permet les coudées plus franches pour de nouvelles insertions. Enfin le fait d’avoir un confrère comme évêque de Andong ne constitue pas un privilège pour le groupe M.E.P. du diocèse. Du reste au début de 1979 il a parlé à son clergé de sa démission qui approchait avec le 10e anniversaire de la fondation du diocèse (25 juillet 1969)... depuis le gouvernement a essayé de le chasser...
Nous sommes réduits à l’état de « petit-reste » qui a sa place au service de cette Eglise. Mais même comme « clergé d’appoint », les plus jeunes d’entre nous se sentent et se veulent davantage au service de la Mission dans cette Eglise particulière. Et si ceux qui, parmi nous, ont de nombreuses années de présence ici le sentent moins, les derniers arrivés sentent bien que les « locaux » dans l’ensemble n’éprouvent pas le besoin d’avoir des étrangers avec eux et n’attendent pratiquement rien d’eux. Cela se sent mais ne se prouve pas. De fait, pour la période qui nous concerne, le personnel missionnaire étranger a encore diminué de 7,5 %, et s’il devait nous arriver de devoir quitter la Corée, ce ne serait nullement une catastrophe pour l’Eglise en Corée...
Nous sommes par contre bien acceptés des chrétiens, mais la curiosité vis-à-vis de l’étranger est moins grande, car il n’est plus considéré comme un être extraordinaire.
Nous sommes dispersés dans six diocèses :

Archidiocèse de Kwang-Ju dans le sud-ouest de la péninsule. Pierre DOMON (1938) se trouve au Grand Séminaire régional où il est chargé de la Christologie et du Nouveau Testament.
Archidiocèse de Taegu dans le sud-est de la péninsule. Stanislas GZELLA (1930) est secrétaire à l’évêché, chargé des constructions dans le diocèse.
Diocèse de Inchon, ville satellite de Séoul, et port de Séoul. Robert JÉZÉGOU (1930) a commencé en 1978 une communauté de ville avec une population mouvante. Paroisse de « Ju-Won ».

Outre ces trois confrères qu’on pourrait dire « isolés », tous les autres sont regroupés dans trois autres diocèses :

Diocèse de Taejon au centre-ouest de la Corée du Sud.
Jean BLANC (1928), paroisse de So-San, 2 555 chrétiens.
Jean OLLIVIER (1929), paroisse de Non-San, 2 691 chrétiens.
Jean CRINQUAND (1936), paroisse de Kyu-Am, 1 142 chrétiens.
Auguste PLASSIER (1941), paroisse de Yu-Gu, 639 chrétiens.
Gilbert PONCET (1939), Apostolat des étudiants, Aumônerie de la prison et de l’hôpital du lieu.
Jacques DÉNÈS (1932), secrétaire de l’évêque du lieu. Service du Carmel le dimanche.

Diocèse de Andong centre-est de la Corée du Sud.
Mgr René DUPONT (1929), évêque de Andong en 1969.
Roger NOEL (1926), paroisse de Mun-Kyong, 1 729 chrétiens.
Roger Doc (1927), paroisse de Bong-Hwa, 534 chrétiens.
Etienne PERRIN (1939), paroisse de Ju-P’yong, 897 chrétiens.
Jean BIDEAU (1927), paroisse de Hwa-Ryong, 769 chrétiens.
Louis FEUVRIER (1928), paroisse de Ul-Jin, 739 chrétiens.
Antoine GAZTAMBIDE (1932), paroisse de Thae-Hwa-Dong (Andong-vile), commencée le 1er décembre 1979.
Pierre BERTRAND (1928), en congé régulier.
Léon HAROSTÉGUY (1942), étude de la langue à Séoul.

Archidiocèse de Séoul où nous avons repris pied si l’on peut dire. Il y a nos trois aînés :
Pierre SINGER (1910), aumônier des sœurs de la Sainte-Famille.
Célestin COYOS (1908), aumônier des sœurs des Bx martyrs coréens.
Emile FROMENTOUX (1910), Maison régionale, économe.

Sont venus suscessivement à Séoul :
Roger LEVERRIER (1928), professeur aux Langues étrangères et Etudes culturelles.
Emmanuel KERMOAL (1945), vicaire d’un prêtre coréen, apostolat d’ouvrier.
Michel R0NCIN (1946), vicaire d’un prê-prêtre coréen ; apostolat ouvrier.
Armel DURAND (1929), aumônier du Carmel de Séoul. Cours du soir à l’institut catéchétique (Ec. sainte).
Paul COUVREUR (1940), envoyé à la région, étude de la langue.
Marcel PÉLISSE (1928), maison régionale, vicaire les samedi et dimanche.

Comme missionnaires étrangers, nous voudrions être considérés comme membres à part entière du presbyterium où nous sommes. Nous sentons que nous avons une expérience propre à apporter et désirerions être reconnus comme tels.
Nous voudrions nous entendre dire davantage: « On a besoin de toi », car quel dynamisme peut avoir quelqu’un qui ne se sent pas désiré ? Il y a une certaine conversion permanente à faire pour permettre cet accueil et trouver son job...
Nous voudrions que les évêques soient plus attentifs à toutes sortes de ministères possibles, car c’est à eux de faire le « discernement des esprits » plus qu’à imposer une seule manière de penser l’évangélisation. Prendre des risques c’est en fin de compte donner à la vie des possibilités de jaillir...
Nous participons nous-mêmes à la Mission de l’Eglise en Corée en essayant de débloquer certaines situations : faire en sorte que l’apostolat ne soit pas basé uniquement sur l’argent; faire que l’esprit du Concile inspire de plus en plus les nouveaux rites, souvent appliqués dans l’esprit de l’Eglise pré-conciliaire ; faire prendre conscience du besoin de renouveau paroissial ; aider à faire découvrir et à maîtriser certains mouvements comme le Mouvement de Renouveau charismatique ; aider à satisfaire des besoins comme la connaissance plus approfondie de 1’Ecriture ; aider l’Eglise à s’ouvrir par notre témoignage de vie, etc.

Le témoignage du dernier arrivé...

La ville de Séoul fait en ce moment d’importants travaux pour l’élargissement des principaux axes routiers. Pour laisser la place à la circulation, des maisons se trouvent éventrées, mais très rapidement, de nouvelles façades clinquantes font leur apparition. Avec un peu de recul, on peut souvent apercevoir, derrière ces façades en trompe-l’œil, les vieilles bâtisses qui n’ont pas changé. En regardant derrière, on constate aussi un espace habitable minime, parfois réduit à un mètre de profondeur.
Depuis un an que je suis à Séoul, cela m’a impressionné et j’ai cru pouvoir y déceler une image, sinon de toute la Corée, au moins de sa capitale. La façade en jette plein la vue, mais ce qu’il y a dans la maison (les gens et leurs conditions de vie) n’est pas aussi reluisant.
Oui, il y a un réel et rapide développement matériel du pays: infrastructures, usines, bâtiments en chantier, hôtels de luxe, parc automobile, etc. Dans la rue, vous croisez des gens, souvent élégamment habillés, souriant la plupart du temps... On fait la queue devant les cinémas, on se retrouve au restaurant ou à la cafétéria : la vie semble aussi belle et aussi libre qu’ailleurs... Parfois des foules énormes se rassemblent pour crier des slogans politiques ; les jeunes réservistes mobilisables se comportent comme s’ils étaient convaincus du bien-fondé de leur entraînement militaire d’un jour par mois: ils semblent tous marcher comme un seul homme derrière leur leader...
Vue sous un autre angle, Séoul est une mosaïque d’édifices chrétiens de toutes sortes et vous fait l’effet d’une ville à majorité chrétienne. Assistez aux offices dans les paroisses: vous n’en croirez pas vos yeux du nombre de ceux qui sont là, de leur pratique sacramentelle, de leur participation à la liturgie. Si vous séjournez en paroisse quelque temps, vous serez frappés, entre autres choses, du nombre de baptêmes demandés et administrés, dus la plupart du temps au zèle des baptisés. L’organisation des paroisses, depuis les employés des services administratifs paroissiaux aux différents chefs de quartier, ne vous échappera pas non plus: tout semble tourner en rond...
C’est un fait, la façade de la société et de l’Eglise coréennes est impressionnante : elle est « riche » dans tous les sens du terme, mais la pauvreté n’en est pas moins réelle. Des fissures apparaissent derrière la façade, qui ne vouent pas nécessairement la maison à sa ruine, mais qui peuvent constituer autant de brèches, autant d’appels d’air « revitalisant » pour employer la terminologie officielle.
Oui, derrière, au-delà, voire tout à côté de la façade clinquante, il y a un nombre de pauvres insoupçonnable pour le touriste qui ne passe pas la porte de la maison.
Il y a tous ces jeunes ouvriers qui s’agglutinent en ville ; leurs allures extérieures reflètent la rapide évolution industrielle mais leurs tripes sont profondément rurales et traditionnelles. Il y a tous ces jeunes qui n’ont pas la parole et qui doivent s’effacer. Il y a toutes ces femmes dont le visage parfois, mais toujours le cœur, est meurtri par une exploitation incroyable. Il y a... Ceux qui habitent la maison de Corée depuis plus longtemps que moi pourraient allonger cette liste de bavures, de cassures, de débris, de gâchis...
Mais la pauvreté matérielle n’est pas que misère, elle est aussi richesse évangélique. Le sourire persistant des Coréens n’est pas surfait: ils savent accueillir la vie, s’en réjouir en de nombreuses occasions tout autant qu’ils l’encaissent au long des jours. Saint Paul n’a pas défini autrement la vertu de pauvreté, accueil du moment présent: « Je sais vivre dans l’abondance, je sais vivre dans la gêne » (Philippiens 4, 12). Les courbettes coréennes ne sont pas qu’une façade de politesses réservées à plus haut que soi : elles sont aussi signes de l’attention à l’autre. Montez dans un bus avec un bagage à la main, même si vous fréquentez encore l’école primaire: la personne assise à côté de vous, vous en déchargera bien vite, la plupart du temps.
Imprégnés de confucianisme, les Coréens ont vitablement besoin d’être guidés et enseignés par ceux qui détiennent le pouvoir et le savoir. Certes, ils en sont victimes souvent, mais cela n’est-il pas aussi une ouverture vers la Foi, où la Personne du Christ devient le Leader et où l’on se laisse mener par l’Esprit ?
Oui, il y a des pauvres et parmi eux des pauvres selon les Béatitudes, des pauvres riches de générosité et d’idéal, des pauvres qui souffrent parce qu’ils ont soif de Vérité et de Justice, des pauvres qui cherchent à rendre la vie plus humaine: ils sont ces germes de Vie, ces brèches qui feront que la façade ne sera plus assimilée à toute la maison.
Vue de l’extérieur, l’Eglise, ici à Séoul (cette précision est importante), est riche sans doute, parce que les pauvres n’y sont presque pas, eux qui n’ont pas la « face » et qui n’ont donc rien pour embellir une façade. Parmi ces pauvres « qui sont loin », il en est qui sont tout proches du Christ, qui prennent conscience que la vie chrétienne n’est pas à réduire aux statistiques des participants au culte, encore moins aux chiffres du denier du culte. Pour eux, la vie chrétienne n’est pas un décorum extérieur, vernis superficiel, mais c’est toute la vie de l’homme, la vie de tous les hommes qui doit être fermentée de l’intérieur, en profondeur.
Des mouvements d’action catholique spécialisée comme la J.O.C. et l’A.C.O. germent à l’ombre de nos églises ; des communautés religieuses, comme les fraternités du Père de Foucauld ou celle du Prado, témoignent du nécessaire enfouissement au cœur des masses pour que le grain puisse porter du fruit. Il y a des séminaristes, des prêtres, locaux et étrangers, qui s’emploient à voir, à vivre au-delà de la façade et à en dépasser les murs. Bien d’autres germes de vie sont là qui n’apparaissent pas encore, mais c’est le propre de tout ce qui est enfoui, incarné...
L’avenir est donc porteur d’espérance, précisément parce que la façade, si elle fait partie de la maison, n’est pas toute la maison. Il ne s’agit pas de débaucher ceux qui travaillent à embellir, à élargir, à renouveler cette façade, il s’agit de construire toute la maison, dans l’har-monie, avec tous ceux qui y habitent.
Des pierres vivantes sont là, en attente, et c’est avec elles que je souhaiterais, ici en Corée, aider à l’édification du Peuple de Dieu, Temple de l’Esprit du Christ. C’est une autre spécialisation, c’est une autre adaptation, à harmoniser avec les autres manières de bâtir. Il ne s’agit pas moins que de « faire toutes choses nouvelles », pour que le Christ apparaisse Vivant à la face du monde et que « là où il est, tout l’homme et tous les hommes soient aussi »!



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