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Rapport annuel des évêques

Année: 1982
Pays: Corée du Sud
Mission: Corée

Région de Corée


I. LA RÉPUBLIQUE DE CORÉE :
ÉVOLUTION POLITIQUE, ÉCONOMIQUE ET SOCIALE


I. La fin d’une époque

A l’automne 1979 le gouvernement du Président Pak Chung Hee semble tenir le pays bien en main. Un décret d’urgence, ─ le neuvième du genre depuis 1974 ─ est en vigueur depuis le 13 mai 1975. Ce décret, à peu près contemporain de la « libération » du Vietnam, interdit pratiquement toute contestation. Le Président de la République a inauguré son cinquième mandat présidentiel à la fin de décembre 1978, après avoir été élu par le collège électoral unanime (parmi les 2.578 bulletins de vote on avait toutefois trouvé un bulletin nul).
Pourtant on sait que le pays réel ne correspond pas au pays légal. Aux élections législatives de décembre 1978, malgré les nombreuses fraudes qu’il pouvait impunément se permettre, ─ tel électeur avouait avoir voté 18 fois ─ le parti gouvernemental n’a remporté que 32 % des voix. C’est seulement grâce à des lois électorales commodes qu’il a obtenu 66% des sièges du Parlement, en attendant de s’associer quelques députés supplémentaires qui ont été élus comme députés indépendants.
Les choses ont commencé à se gâter à partir de l’été 1979. Le parti d’opposition a tenu ses assises nationales le 30 mai et, contrairement à toute attente, son président, si modéré et si coopératif qu’il était surnommé par les mauvaises langues « vice-président de la République », M. Lee Chul-Sung est battu. Il doit céder sa place à M. Jim Young-Sam, un homme bien plus combatif, dont l’accession à ce poste n’est pas faite pour plaire au parti gouvernemental. Aussi, dès juin 1979, ce dernier a-t-il multiplié les déclarations critiquant ou dénigrant le parti d’opposition et son nouveau chef. En même temps des groupes d’inconnus ont saccagé le siège de ce parti et le domicile de son président. La police a saisi plusieurs éditions successives du journal du parti, et le directeur du journal a été emprisonné le 31 juillet.
Toujours fin juillet, l’arrestation d’un membre de l’Association Catholique des cultivateurs a provoqué de nouvelles difficultés dans les relations de l’Eglise avec le pouvoir. Le paysan a été condamné après un simulacre de procès et une campagne de diffamation a été lancée contre l’Église. L’évêque d’Andong, Mgr Dupont, a été menacé d’expulsion.
Le 9 août 1979, deux cents ouvrières d’une entreprise se sont rassemblées au siège du parti d’opposition pour crier leur détresse. Durant les semaines précédentes, elles ont à plusieurs reprises occupé les bureaux de leur entreprise ou fait la grève de la faim pour réclamer le paiement de leurs salaires impayés. Chaque fois la police est intervenue pour les disperser et soutenir les patrons malhonnêtes ou indélicats. Finalement, les patrons ayant décidé de licencier les ouvrières, celles-ci sont allées demander du secours au siège du parti d’opposition. Durant la nuit du 10 au 11 août, pendant le couvre-feu, un millier de policiers et CRS ont pris d’assaut le siège du parti et arrêté toutes les ouvrières rassemblées dans l’auditorium, sous prétexte que leur réunion était illégale. Quelques membres du parti ont également été arrêtés. Dans la mêlée, une cinquantaine d’hommes politiques, de journalistes et de policiers, ainsi qu’une trentaine d’ouvrières, ont été blessés. Une des ouvrières a été tuée.
Le pouvoir a profité de ces deux incidents pour s’attaquer aux Églises chrétiennes et à leurs organismes d’action au sein de la société, notamment à l’Association Catholique des cultivateurs et à la Mission Urbaine Ouvrière des Protestants. Il a fait emprisonner et condamner par les tribunaux des membres de ces mouvements comme fauteurs de troubles. Le 16 août, le Ministère de la Justice a annoncé une enquête, ordonnée par le Président de la République, sur l’activité des mouvements chrétiens d’action sociale, qui « sont, de toute évidence, des organismes subversifs ». Le Ministère de l’Information et de la Culture, qui contrôle les religions, n’est pas demeuré en reste. Le 4 septembre, il a annoncé que le gouvernement ferait désormais une distinction « entre la grande majorité des pasteurs catholiques et protestants qui se dévouent de toutes leurs forces à l’évangélisation proprement dite, et la minorité de ceux qui, sous prétexte d’évangélisation, incitent les citoyens à violer la loi ». Il a menacé de « prendre des mesures appropriées contre ces éléments impurs ». Le gouvernement n’a jamais admis la déclaration du Synode Romain de 1971, selon laquelle l’action pour la justice est partie intégrante de l’évangélisation.
La presse, plus libre à cette époque qu’elle ne l’est aujourd’hui, a multiplié les articles critiquant sévèrement les activités des Églises au sein de la société et donné la parole aux dirigeants des Églises répondant à ces critiques.
Le 14 septembre, le Ministère de la Justice a rendu public un long rapport sur les activités sociales de divers organismes d’Eglise. Selon ce rapport, aucune preuve démontrant que ces organismes soient pro-communistes n’a été trouvée, mais certaines de leurs activités doivent être considérées comme débordant le cadre de ce qui est permis par la loi, ou même franchement illégales. En même temps, le Ministère a bien reconnu du bout des lèvres que quelques entreprises ont manqué à leurs devoirs vis-à-vis de leurs ouvriers, et que les inconséquences de la politique gouvernementale ont provoqué le mécontentement des paysans. Mais le Président de la République a profité de la publication de ce rapport pour faire savoir aux Églises, et aux mouvements qui s’en réclament, que toute activité illégale ou nuisible à l’ordre public serait réprimée.
Après les Églises, est venu le tour des politiciens de l’opposition. Ceux-ci, qui avaient trouvé une nouvelle vigueur depuis qu’ils s’étaient donné un nouveau chef, subissent de violentes attaques. Le régime a commencé par trouver trois individus pour déposer une plainte en justice contre l’élection de M. Kim Young-Sam à la présidence du parti de l’opposition. Selon les plaignants, l’élection est entachée de nullité du fait que certains des délégués aux assises nationales étaient d’anciens détenus politiques privés de leurs droits civiques. Le 8 septembre, la cour a rendu son verdict : elle a destitué M. Kim Young-Sam de la présidence de son parti et nommé à sa place un président intérimaire.
Défiant ouvertement la cour, le président élu du parti a refusé de céder sa place, soutenu en cela par les cadres du parti. Il est même allé plus loin. Tout en demandant aux militaires de rester neutres dans le conflit entre l’opposition parlementaire et le pouvoir, il a lancé un appel à l’action populaire pour renverser le régime dictatorial du Président Pak Chung-Hee. La tension est alors montée de jour en jour, chacun se demandant pourquoi le pouvoir n’arrêtait pas le chef de l’opposition. Craignait-il de faire un nouveau martyr politique après M. Kim Dae-Jung, et ainsi de précipiter des événements incontrôlables ? Estimait-il que le soutien dont M. Kim Young-Sam bénéficiait au sein de son parti et, peut-être, à l’étranger était trop puissant ? Toujours est-il que, quelques jours après la décision du tribunal, la presse cessait de l’appeler « l’ex-président du parti » pour lui rendre son titre. Quant à l’intéressé, il se permettait de violer le décret d’urgence presque chaque jour, sans pour autant être inquiété.
Le 4 octobre, réuni pour sa session ordinaire annuelle, le Parlement a décidé d’expulser de son sein le chef de l’opposition. Le vote, qui aurait été acquis de toute façon aisément, puisque la majorité gouvernementale détenait plus des deux tiers des sièges, a encore été facilité : seule la majorité a pu y prendre part, les CRS ayant empêché la minorité d’opposition d’entrer dans la salle des débats. La proposition de la résolution d’expulsion, le débat et le vote, acquis par 159 voix contre zéro, n’ont duré que deux ou trois minutes. Aussitôt le vote acquis, la majorité a décrété la mise en vacances du Parlement pour dix jours. Les membres de l’opposition ont alors décidé de boycotter les futures séances du Parlement puis, le 13 octobre, de renoncer en bloc à leur mandat de député. Cette dernière décision obligeait en principe le gouvernement à procéder à des élections partielles, formalité redoutable pour lui en raison du climat qui régnait dans le pays.
La destitution de M. Kim Young-Sam, restée sans effet pratique, et son expulsion du Parlement n’ont ainsi servi à rien sinon à renforcer l’opposition et à augmenter les tensions. Étant donné les moyens considérables dont disposait le régime, on pouvait penser qu’il allait tout simplement balayer l’opposition parlementaire et, pour jeter du lest, prendre quelques mesures destinées à faire oublier la crise économique devenue de plus en plus préoccupante. En réalité sa fin approchait.
Le 15 octobre, le Parlement devait reprendre ses travaux, mais la majorité gouvernementale a jugé plus prudent d’en prolonger les vacances. M. Kim Young-Sam, violant une fois de plus le décret d’urgence, a demandé une révision de la Constitution qui permette de garantir la liberté des élections et, le lendemain, l’émeute a éclaté à Pusan, seconde ville du pays, dont M. Kim est justement l’un des représentants au Parlement. Des milliers d’étudiants et de jeunes ouvriers ont incendié postes et voitures de police et cassé les vitres des bâtiments administratifs, des bureaux d’un journal pro-gouvernemental et de la station de télévision officielle. L’émeute s’étant ensuite étendue à la ville de Masan, le gouvernement a proclamé la loi martiale dans la région de Pusan-Masan et envoyé les militaires écraser les manifestants avec leurs chars.
La police a procédé au ratissage du pays, sans pour autant parvenir à arrêter tous les manifestants. M. Kim Young-Sam s’est empressé de déplorer les violences des émeutiers, mais il a aussi lancé un avertissement au Président Pak : « Le seul moyen d’éviter des troubles pires encore que l’émeute de Pusan-Matan est d’opérer un profond changement de politique. Le régime est à bout de souffle et, s’il ne prépare pas très rapidement un transfert pacifique du pouvoir, de nouveaux incidents graves sont à prévoir. »
Au moment où les jeunes émeutiers de Pusan et de Masan, largement soutenus par la population locale, faisaient fi pendant plusieurs jours de la loi martiale, des manifestations ont éclaté successivement dans bon nombre d’universités du pays, pour protester contre les restrictions imposées aux libertés. La police, les CRS et leurs gaz lacrymogènes sont parvenus à chaque fois à disperser les manifestants, mais selon certaines rumeurs, un soulèvement simultané de toutes les universités est prévu pour le 29 octobre.
Le 25 octobre, la majorité parlementaire a décidé, pour la troisième fois, de prolonger les vacances du Parlement, en attendant que les membres de l’opposition acceptent de retirer leur démission et de venir occuper leurs sièges.
Le directeur de la KCIA (Korean Central Intelligence Agency) est en principe celui qui détient les meilleures informations sur la situation du pays. Le 26 octobre au soir, ce fidèle du Président Pak Chung-Hee se trouve à table avec son maître, lui-même accompagné de personnes de son entourage ainsi que de charmantes demoiselles dont ni le nom ni la qualité ne seront révélés aux profanes. Le directeur de la KCIA a-t-il invité le Président, ou est-ce le Président qui a invité le chef de sa police ? Nul ne le saura jamais. De toute façon, la scène a lieu dans l’un des restaurants secrets que possède la République et qui sont destinés à satisfaire tous les plaisirs. Au cours du repas une dispute éclate entre les deux hommes. Le Président ayant reproché au policier sa mollesse et son incapacité à réprimer les troubles, celui-ci se croit à la veille d’être limogé. Il tire alors son revolver et tue le Président.
Selon le rapport officiel, le meurtrier a agi dans l’intention de s’emparer du pouvoir. Celui-ci affirmera toujours par la suite que son but a été d’éviter les pires malheurs au pays. Quoi qu’il en soit, l’assassinat du 26 octobre 1979 n’est que l’aboutissement d’un processus devenu inéluctable : la soif effrénée de pouvoir du Président Pak, sa nervosité face à la critique, ses réactions démesurées à toute expression d’un désir des opposants d’avoir part aux responsabilités, l’ont rendu odieux. Ses ennemis ont oublié les bienfaits qu’il a apportés au pays en matière économique pendant ses 18 années de gouvernement. Le moment était venu pour lui de disparaître.

2. Le brouillard

Le meurtre du Président de la République créait un grand vide politique, du fait qu’il détenait pratiquement tous les pouvoirs. Sans doute la Constitution prévoyait-elle, en cas d’empêchement du Président, que le Premier Ministre, M. Choe Kyu-Ha, deviendrait Président intérimaire ; et ainsi fut fait, en même temps qu’était proclamée la loi martiale.
Mais la plus grande incertitude régnait quant à l’avenir du pays quand, le 10 novembre, le Président intérimaire annonça qu’une élection présidentielle aurait lieu dans les trois mois et que la Constitution serait ensuite amendée : il proclamait en fait la condamnation mort du système politique en vigueur. Il précisait que le Président à élire devrait ne pas aller jusqu’au bout de son mandat mais, après avoir fait amender la Constitution à la suite d’une large consultation populaire, préparer une nouvelle élection présidentielle ; le tout « en vue de permettre un progrès politique correspondant aux progrès économiques déjà réalisés dans le pays ».
Quelques jours plus tard, au Parlement, le parti gouvernemental et le parti d’opposition se réconciliaient pour créer une commission spéciale pour la révision de la Constitution. Le vent ayant tourné, on vit bon nombre de défenseurs acharnés de l’ancien régime se transformer en partisans d’une révision constitutionnelle, de l’abrogation du décret d’urgence et de la libération des prisonniers politiques, bref parler comme le faisait l’opposition un mois plus tôt. Quant aux Universités, qui avaient toutes été fermées le lendemain de la mort du Président Pak, elles pouvaient rouvrir leurs portes dès le 19 novembre. Le pays, dans l’attente, était très calme.
Tout laissait croire que l’actuel Président intérimaire serait aussi le Président de transition et qu’il se donnerait seulement quelques mois, un an au plus, pour accomplir cette transition. Effectivement, le 6 décembre, il était le seul candidat à l’élection qu’il remportait à l’unanimité des suffrages. Dès le lendemain, il abrogeait le décret d’urgence qui prévoyait des peines de prison pour les citoyens ayant critiqué la Constitution ou manifesté la volonté de l’amender. Il libérait aussi certains prisonniers politiques, mais en nombre bien insuffisant pour satisfaire tout le monde.
Le Président de transition était connu pour n’avoir guère d’ambitions politiques. On allait voir que, de plus, il n’était guère pressé. Le 18 janvier 1980, il se contentait de promettre une lente réforme dont la réalisation devrait s’étendre sur une longue période de 12 à 18 mois... « en mettant les choses au mieux et à condition que tout marche bien ». Curieusement il réservait au gouvernement le droit de préparer la nouvelle Constitution, alors que le Parlement avait déjà déterminé une procédure de révision dans laquelle, sans pour autant exclure le gouvernement, il s’attribuait à lui-même le rôle prépondérant.
Depuis la mi-novembre 1979, la « Commission spéciale du Parlement pour la révision de la Constitution » était au travail. Après avoir entendu de nombreux experts et organisé des conférences contradictoires dans toutes les grandes villes du pays, cette Commission mettait peu à peu au point un projet de Constitution qui, dans ses grandes lignes, devait ressembler d’assez près à la Constitution en vigueur jusqu’en 1969. Les points principaux de ce projet étaient :
─ Élection du Président de la République au suffrage universel, et non plus par un collège électoral taillé sur mesure, pour un mandat de quatre ans renouvelable une fois au maximum.
─ Élargissement des pouvoirs du Parlement, notamment de son droit de contrôle de l’exécutif
─ Protection contre l’abus des mesures d’urgence : le Président est autorisé à y recourir en certains cas extrêmes, sans pour autant pouvoir les utiliser pour se maintenir indéfiniment au pouvoir.
La lenteur prévue pour cette réforme constitutionnelle fit surgir bien des doutes sur la volonté réelle du gouvernement d’y procéder. D’ailleurs, dans tous les rouages de l’administration, les postes étaient occupés par des hommes de l’ancien régime, dont tout portait à penser qu’ils étaient allergiques au changement. De même les principaux bénéficiaires du développement économique réalisé dans les dernières années, dirigeants des grandes entreprises industrielles et leurs bailleurs de fonds, avaient bien des raisons de préférer cet ancien régime. Quant aux militaires, notamment ceux qui avaient dû appliquer la loi martiale, ils ne se montraient guère enthousiastes à l’idée de voir le pays dirigé par des politiciens professionnels.
Cependant le gouvernement lâchait du lest. Le 29 février 1980, il finit par rendre leurs droits civiques (droit de voix active et passive, droit au travail, droit d’obtenir un passeport et de voyager à l’étranger, droit à réintégrer l’université, etc.) à 678 personnes qui en avaient été privées à l’époque du Président Pak, ayant passé un certain temps en prison pour raisons politiques. Parmi elles on trouvait 373 étudiants, 24 professeurs d’université, 42 hommes d’Église (un évêque, quelques prêtres et séminaristes, des pasteurs protestants), 22 professionnels de la politique, dont un ancien Président de la République, etc. Le plus célèbre était certainement M. Kim Dae-Jung qui, lors de la dernière élection présidentielle en 1971, avait officiellement obtenu 46 % des voix, malgré les nombreux truquages destinés à faire réélire le Président déjà en place. Depuis son enlèvement par des agents du gouvernement, à Tôkyô en août 1973, les persécutions qu’il n’avait cessé de subir durant les sept dernières années avaient fait de lui un symbole de la résistance à la dictature de Pak Chung-Hee.
On vit alors les forces politiques se regrouper peu à peu autour des « trois Kim ». Kim Jong-Pil, héritier de fait et neveu par alliance du Président défunt, dirigeant la coalition ayant soutenu ce dernier, mais suffisamment réaliste pour accepter une certaine évolution du système ; Kim Young-Sam, chef de l’opposition parlementaire depuis la fin du mois de mai 1979, dont les événements récents avaient montré la clairvoyance ; et Kim Dae-Jung, qui venait de sortir de prison et de retrouver ses droits.
Cependant on pouvait se demander quel était le jeu des militaires. Leur attitude pendant le procès de l’assassin du Président Pak, leur empressement à emprisonner ceux qui manifestaient trop clairement leur opinion en faveur d’une abrogation immédiate de la Constitution, leur sévérité à censurer la presse, manifestaient leur détermination et rappelaient à tous qu’ils entendaient exercer une influence. Les plus hauts dirigeants de l’armée affirmaient n’avoir aucune intention de s’ingérer dans les affaires politiques du pays, mais d’autres, parmi eux, donnaient l’impression d’être fort attachés à l’ancien régime, de vouloir réduire au minimum les réformes démocratiques et les retarder le plus possible.
Les intentions de certains d’entre ces officiers s’étaient manifestées le 12 décembre 1979. Ce jour-là, le commandant des services de sécurité militaire, un certain général Chun Doo-Hwan, avait opéré un véritable coup d’état au sein de l’armée en faisant arrêter et emprisonner le commandant en chef. Cette action, menée en lien avec de fidèles admirateurs du Président assassiné et de son régime, n’était pas de bon augure pour la démocratisation du régime. Tout en affirmant leur volonté de ne pas faire de politique, les dirigeants militaires faisaient montre de leur puissance et contraignaient le gouvernement à entériner les promotions et les limogeages décidés arbitrairement par eux.
Alors que les forces politiques s’organisaient autour des trois Kim, ces derniers commençaient à parcourir le pays pour une campagne électorale à peine déguisée. Les militaires, de leur côté, faisaient courir de fausses rumeurs à leur sujet : Kim Jong-Pil était trop corrompu, Kim Young-Sam trop capricieux, Kim Dae-Jung trop gauchisant ─ sans doute parée que se référant volontiers aux encycliques sociales ─. Malgré cela les Kim rassemblaient des foules et, malgré la censure, la presse rendait compte largement de leurs déplacements et rencontres.
En avril 1980, six mois après la mort du Président Pak, on était toujours dans l’incertitude. Tandis que le gouvernement semblait gouverner, les politiciens se démenaient sans que les autorités désignées par la loi martiale pour maintenir l’ordre se manifestent de façon trop indiscrète. Le peuple, lui, attendait avec résignation les changements promis.
Des problèmes surgirent alors au sein de l’opposition. D’abord M. Kim Jong-Pil fut soudain contesté dans son propre parti, pour avoir amassé d’immenses richesses au temps de l’ancien régime et pour ses liens idéologiques et familiaux avec le Président défunt. Il se trouva ainsi contraint d’exclure du parti quelques jeunes députés, tandis que d’autres prenaient les devants, le quittant d’eux-mêmes pour éviter l’expulsion.
D’autre part, la rivalité entre Kim Young-Sam et Kim Dae-Jung se transformait parfois en violentes confrontations dans les sections locales du parti d’opposition. Ces confrontations semblaient d’ailleurs plus ou moins téléguidées par la police et les autorités, qui se contentaient d’assister au spectacle sans intervenir.
Par la bouche du Président de transition, le gouvernement se remit à insister sur la primauté de la sécurité nationale, refrain qui avait été chanté sur tous les tons au temps du régime précédent. Il mit à nouveau en garde contre les « abus de la démocratie », le Premier Ministre soulignant que ce serait une erreur de rejeter en bloc toutes les institutions du passé et que tout ce qu’il y avait de bon devait être conservé. Des ministres commencèrent à se prononcer en faveur de la création d’un nouveau parti, qui serait la force motrice du nouveau régime et qui ne devrait rien avoir de commun avec les forces politiques présentes.
La confusion régnait. Aussi pouvait-on s’inquiéter du rôle que jouaient les militaires quand, le 14 avril 1980, on vit le général Chun Doo-Hwan, déjà directeur des services de sécurité militaire ─ et de ce fait responsable de l’application de la loi martiale ─ devenir directeur intérimaire de la redoutable KCIA. En principe la loi n’autorisait pas un militaire en activité à accéder à la fonction de directeur, c’est pourquoi le général prenait le titre d’intérimaire. En fait cela lui donnait d’immenses pouvoirs, dont le droit de participation au conseil des ministres et aux principales décisions gouvernementales, et le droit de diriger tous les services de surveillance de la population. La raison donnée à sa nomination était la nécessité de sauvegarder la sécurité nationale, mise en danger par les provocations répétées des Nord Coréens à la ligne de démarcation et par l’impatience politique manifestée par l’ensemble du pays. Quant à l’intéressé, il se donnait le beau rôle en affirmant que son premier, objectif était de réformer la KCIA, pour en réduire les effectifs et le champ d’activité.
Ainsi, tandis que continuaient les travaux de la Commission pour la réforme de la Constitution, et malgré l’activité déployée par les politiciens, il était pratiquement impossible de prévoir l’issue de la période en cours. Les réformes annoncées seraient-elles démocratiques ? Si oui, dans quelle mesure ? On était en plein brouillard.
De ce brouillard, certains étaient impatients de sortir. En avril 1980, dans une ville de province, des mineurs de fond se révoltèrent contre leurs dirigeants syndicaux corrompus, qui avaient accepté des compromis inadmissibles avec les patrons en matière de salaires. Leur révolte dégénéra rapidement en émeute populaire, émeute aussitôt durement réprimée par la police et les autorités chargées d’appliquer la loi martiale.
Les étudiants estimèrent alors, une fois encore, de leur devoir de prendre parti et de réveiller les endormis en vue d’obliger le gouvernement à définir sa ligne de conduite. Dans la plupart des établissements des manifestations commencèrent, les meneurs demandant la suppression de la surveillance policière à l’intérieur des Universités, la démission des professeurs vendus au régime précédent et le droit pour les étudiants d’élire démocratiquement leurs représentants. Exigeant la suppression de la censure, une accélération du processus de démocratisation et l’abrogation de la loi martiale, les manifestants fixèrent une date limite au gouvernement : si le 15 mai celui-ci n’avait pas proposé un calendrier et un programme clair de libéralisation, ils descendraient dans la rue.
Le Premier Ministre se fit alors menaçant, insistant sur la nécessité d’assurer la stabilité avant la libéralisation. Les militaires, de leur côté, annoncèrent que 80.000 soldats Nord Coréens avaient disparu de leurs bases, sans aucun doute pour tenter d’envahir le Sud. (Les troupes américaines niaient pourtant cette information. Et d’ailleurs les généraux du Sud n’hésitaient pas à dégarnir le front et à envoyer leurs troupes maintenir l’ordre à Séoul). Kim Dae-Jung, pour sa part, lança plusieurs appels au calme, « pour ne pas donner aux éléments antidémocratiques l’occasion de prendre le pouvoir et de ruiner tout espoir de libéralisation ». Rien n’y fit : les étudiants finirent par envahir les rues. Ils se sentaient d’ailleurs encouragés par des déclarations que venaient de faire des groupes d’intellectuels, de journalistes et de professeurs d’Université, et par une déclaration des évêques catholiques datée du 8 mai.
Le 15 mai, les étudiants étaient cinquante mille sur l’esplanade de la gare principale de Séoul, réclamant en premier lieu la démission du Premier Ministre et le retrait du général Chun DooHwan. Ceux d’entre eux qui voulurent se rendre dans le centre de la ville trouvèrent sur leur chemin des barrages infranchissables de CRS et de militaires.
Ainsi l’agitation qui couvait depuis deux semaines était à son comble. Après coup, on est étonné par l’abondance des informations publiées par la presse à propos de cette agitation. Les militaires chargés de la censure croyaient-ils de leur intérêt d’en montrer l’importance ? Quoi qu’il en soit, satisfaits de leur performance ou inquiets de voir la population adulte rester inerte, les étudiants décidèrent d’accorder quatre ou cinq jours de répit au gouvernement en même temps qu’à eux-mêmes un délai de réflexion.
Huit jours plus tard, le 17 mai 1980, les militaires prenaient leurs décisions. Ils en faisaient part au Président de transition et exposaient leurs exigences au gouvernement qui, réuni d’urgence et sous bonne garde, ne pouvait faire autre chose que de les entériner.
Le 17 mai à minuit, la loi martiale était renforcée, et assortie de la fermeture des Universités. Toute activité politique était déclarée interdite, y compris la critique de l’ancien système et du Président assassiné. Quelques heures plus tôt, des forces de police assistées de troupes en armes avaient assiégé le domicile des politiciens, étudiants et journalistes les plus en vue. Accusés de sédition ou de corruption, les uns étaient assignés à résidence, les autres jetés en prison.
En même temps qu’il faisait procéder au nettoyage de la scène politique, le Président de transition renouvelait la promesse de respecter le calendrier établi par le gouvernement pour une réforme constitutionnelle. Il s’engageait à ce qu’une nouvelle Constitution soit présentée au peuple avant la fin de l’année et les nouvelles Institutions mises en place au printemps 1981. Naturellement la question se posait de savoir comment et par qui cette nouvelle Constitution serait rédigée. Il devint bientôt évident que le travail serait fait par les militaires et à leur profit. Ce qu’on a appelé pudiquement « l’affaire de Kwang-Ju » le montra clairement.

3. L’affaire de Kwang-Ju

Le 18 mai, à Kwang-Ju, cinquième ville du pays et capitale de la province Chol-La Sud, plusieurs centaines d’étudiants tentèrent de manifester contre le renforcement de la loi martiale et contre l’arrestation de certains dirigeants politiques. Ils demandaient même le retrait du général Chun Doo-Hwan.
Les CRS et les militaires ayant traité les manifestants avec une brutalité révoltante, le lendemain c’était une foule de cinquante mille personnes qui s’opposait aux forces de l’ordre. Le 20 mai la foule des manifestants atteignait 200.000 personnes. Elle saccageait les stations de radio et de télévision du gouvernement, occupait les édifices de l’administration, saisissait des armes dans les entrepôts et désarmait des militaires. Les excès de la répression, menée avec une cruauté inouïe, porta à son paroxysme la colère de la population, qui s’insurgea tout entière contre les forces de l’ordre.
Temporairement vaincue, l’armée dût alors se retirer de la ville, accompagnée de l’administration et de la police. La plupart des villes et bourgades de quelque importance de la province suivaient d’ailleurs le mouvement d’insurrection.
Strictement censurée, la presse garda au début un silence total sur ces événements. Quand, au bout de quatre jours, elle fut autorisée à en parler, ce fut pour déplorer les émeutes et donner entièrement tort à la population, pour mettre en garde aussi contre de soi-disant fausses rumeurs accusant abusivement les militaires de brutalité. Ce fut enfin pour accuser les Coréens du Nord et Kim Dae-Jung, déjà emprisonné, d’avoir organisé toute l’affaire.
Maîtresse de la ville, la population mit sur pied un comité de conciliation qui parlementa avec les autorités et tenta de trouver une formule de règlement pacifique acceptable par tout le monde. Non seulement ce comité n’aboutit à rien, mais tous ses membres furent ensuite emprisonnés et certains d’entre eux condamnés à de lourdes peines. Entre-temps, l’archevêque de Kwang-Ju et la Conférence Épiscopale avaient lancé un appel au gouvernement, sans plus de résultat. Finalement le 27 mai au matin les militaires reprenaient le contrôle de la ville. Selon la version officielle, le total des morts au cours de cette opération aurait été de 189 et celui des blessés d’un millier. En réalité, chacun sait que le bilan fut beaucoup plus lourd.
Le 20 mai, le cabinet avait démissionné en bloc, officiellement pour assumer la responsabilité des manifestations d’étudiants de la semaine précédente, en réalité pour se débarrasser de ses membres de tendance libérale. Ce même jour le Parlement devait en principe rouvrir ses portes. Les membres de l’opposition qui se présentèrent trouvèrent le chemin barré par les militaires et, réduits à l’impuissance, annoncèrent leur intention de démissionner. En principe il eût fallu une session plénière du Parlement pour approuver la nomination d’un nouveau Premier Ministre et accepter la démission des parlementaires décidés à partir. Mais à quoi bon les principes désormais ?
Dans ces conditions, le nouveau Premier Ministre avait beau affirmer que le calendrier des réformes défini par le précédent gouvernement serait respecté, qui pouvait espérer une libéralisation du régime ?
Le jour même où les forces armées reprenaient la ville de Kwang-Ju le gouvernement avait été contraint de décider la création d’un Comité National de Sécurité qui, essentiellement composé de militaires, était effectivement dirigé par le général Chun Doo-Hwan. Ce Comité allait désormais prendre les principales décisions et manœuvrer le Président de la République et les ministres comme de simples marionnettes. Sa constitution ayant été décidée par le conseil des ministres, l’apparence de la légalité était sauve, comme on avait déjà sauvé les apparences lors du limogeage des cadres supérieurs de l’armée, le 12 décembre 1979.
Détenant désormais pratiquement tous les pouvoirs, le général Chun Doo-Hwan pouvait généreusement abandonner la direction intérimaire de la KCIA à l’un de ses amis, le 2 juin. Il conservait cependant son poste de directeur de la Sécurité Militaire. Lui aussi affirmait que le calendrier des réformes précédemment annoncé serait respecté, à condition toutefois que la situation reste calme. Il insistait sur le fait que seul le gouvernement aurait l’initiative de la réforme. En réalité, il se comportait comme étant lui-même, et à lui seul, le maître absolu.
Ayant effectivement pris le pouvoir, tout en maintenant pour la forme un gouvernement civil, les militaires entreprirent l’épuration de la société. Les bureaux des agences japonaises de presse furent fermés, et leurs journalistes expulsés, sous prétexte qu’ils avaient publié de fausses nouvelles. En réalité, ils avaient diffusé des nouvelles parfaitement exactes mais déplaisantes pour les militaires. Plusieurs journalistes locaux furent emprisonnés à leur tour pour avoir violé la loi anti-communiste, c’est-à-dire pour avoir protesté contre la censure ou tenté de l’ignorer. De nombreux journalistes coréens travaillant pour des publications étrangères furent victimes d’intimidations ou même enlevés.
Puis vint le tour des politiciens corrompus les plus en vue, qui avaient été arrêtés dans la nuit du 17 au 18 mai. En échange de leur renonciation « volontaire » à leur fortune illégalement acquise et à toute activité politique à l’avenir, les autorités nouvelles décidèrent de ne pas les poursuivre en justice. Par contre, d’autres politiciens qu’il était impossible d’accuser de corruption étaient accusés de complot contre la sécurité de l’État, et maintenus en prison en attendant de passer en cour martiale, Les accusations portées contre certains d’entre eux paraissaient parfois dénuées de tout fondement.
Ensuite on procéda à l’élimination de milliers de fonctionnaires et de cadres d’entreprises nationalisées ou de banques, pour motif de corruption ou d’incompétence. Enfin, environ 20,000 jeunes, étudiants ou syndicalistes, accusés d’avoir entrepris des activités illégales, furent envoyés dans des camps de redressement confiés aux militaires, situés aux abords de la ligne d’armistice séparant la Corée du Nord et la Corée du Sud depuis 1953. Toutes sortes de gens officiellement qualifiés de voyous subirent également le même sort, parce que considérés comme dangereux pour la sécurité nationale.
Plus de deux cents périodiques, de valeur inégale mais certains fort sérieux, reçurent une interdiction définitive de paraître. Tous les journalistes de la Radio et de la Télévision se virent priés de démissionner afin de laisser les coudées franches à leur employeur, c’est-à-dire aux militaires. Environ quatre cents journalistes furent ainsi épurés pour avoir dans le passé critiqué trop ouvertement le gouvernement, s’être plaints du manque de liberté de la presse, ou encore à cause de leurs liens d’amitié avec certains hommes politiques influents. Six cents imprimeries ou maisons d’édition se virent retirer leur licence. La presse autorisée à survivre, elle, ne cessait de vanter les mérites du général Chun Doo-Hwan.
Finalement, après avoir fait le vide devant lui, ce dernier obtenait sa quatrième étoile le 6 août. Assuré du parrainage du général commandant les 40.000 soldats américains stationnés en Corée du Sud, il contraignait le Président de transition, M. Choe Kyu-Ha, à démissionner le 16 août. Après avoir abandonné la direction de la Sécurité Militaire à son ami le plus sûr, il apparaissait à la télévision pour parler de la nouvelle époque de justice et de bien-être qu’il entrevoyait pour son pays. Enfin il retournait à la vie civile le 21 août, pour se faire porter à la présidence de la République le 27 août, par le collège électoral unanime (2.525 voix et un bulletin nul...). Pour réaliser l’opération on avait suivi la procédure prévue par une Constitution condamnée à mort depuis dix mois, qui prouvait ainsi qu’elle avait la vie dure.
Ainsi, en l’espace de quelques mois, le pays du Matin Calme avait connu cinq Présidents : un assassiné, un intérimaire (26 octobre 6 décembre 1979), un Président de transition (6 décembre 1979-16 août 1980), un nouvel intérimaire (16-27 août 1980), et enfin le Président de la « Nouvelle Époque ».
Restait à doter le pays d’un arsenal législatif approprié à cette nouvelle époque. Une Constitution était proposée au peuple le 29 septembre, et elle était approuvée par referendum le 22 octobre 1980. 95,5 % des électeurs ont, dit-on, participé au referendum, 91,6 % ayant voté oui. Cinq ou six mois plus tôt le même texte aurait probablement été rejeté par le même pourcentage de non, mais le vent avait tourné... Au moment du vote, les électeurs, lassés, influencés par une campagne à sens unique, n’avaient guère le choix.
Plus que le texte même de la Constitution, ce qui portait à conséquence pour l’immédiat, c’était les suppléments qui autorisaient le Président de la République à dissoudre le Parlement et tous les partis politiques. Le Président usa de la permission sans tarder. Ces suppléments prévoyaient également la création d’un Conseil Législatif provisoire, dont les attributions seraient celles du pouvoir législatif jusqu’à l’élection du Parlement. Il était précisé que les lois promulguées par ce Conseil ne devraient pas être discutées ni contestées. Ses membres devaient représenter les diverses catégories sociales, mais le texte ne prévoyait ni comment ni par qui ils seraient choisis. En fait ses 81 membres seront choisis directement par le Président Chun : la plupart seront des militaires amis du Président.
Une des premières activités de ce Conseil sera de promulguer une loi interdisant toute activité politique jusqu’au 30 juin 1980 à quelque 800 personnes considérées comme indésirables par le nouveau régime. Viendra ensuite toute une série de lois : une loi fondamentale définissant le rôle de la presse, invitée à servir en tout premier lieu les intérêts de l’État ; une loi sur les rassemblements et manifestations, donnant à la police le droit de disperser tout rassemblement, même tenu intra-muros ; une loi sur les activités syndicales, privant pratiquement de tout pouvoir les organisations de travailleurs ; une loi sur la protection sociale, permettant de mettre en quarantaine dans des établissements spéciaux, ─ et ce pour une durée pouvant aller de 7 à 10 ans ─, tous les débiles mentaux et criminels de droit commun ayant fini de purger une peine de prison « au cas où ils risquent de nuire à la société à l’avenir » ; une loi sur l’élection et le fonctionnement du Parlement, sur l’élection du Président de la République ; une autre concernant la création et le fonctionnement des partis politiques, etc. Tout ce travail législatif aboutit en fait à une sorte de loi martiale habillée en civil, ou à un ensemble de décrets d’urgence à durée permanente.
Pour autant ce n’était pas un régime de terreur qui s’installait. Simplement des précautions étaient prises pour que le pouvoir de la « Nouvelle Époque » voulue par le Président Chun ne soit pas pris au dépourvu en cas de difficultés.
Dans le même temps où légiférait le Conseil législatif, le gouvernement prenait des mesures populistes, auxquelles le public applaudissait volontiers : par exemple, l’interdiction des cours privés pour étudiants, qui jusqu’ici favorisaient les enfants de riches et surtout ruinaient les familles de la classe moyenne, ─ les pauvres, eux, ne pouvant songer à se payer ce luxe ─ ; l’augmentation très importante du nombre des candidats autorisés à entrer à l’Université, ─ malheureusement le recrutement des professeurs qualifiés n’était pas prévu, non plus que la construction des installations nécessaires…─ ; le Président cherchait à obtenir l’estime du peuple en rendant visite et en prodiguant des encouragements sur leur lieu de travail aux paysans, ouvriers mineurs, employés de la voirie, etc.
A la mi-novembre 1980, le gouvernement complétait la mise en ordre de la presse, prétendant d’ailleurs que les mesures imposées par lui étaient prises spontanément par les journalistes intéressés. Il s’appropriait toutes les stations privées de radio et de télévision, et contraignait les divers groupes de presse à fusionner en une seule agence facile à contrôler. Il forçait les journaux de province à se regrouper, de manière à ne pas laisser subsister plus d’un journal local par province. Il interdisait aux journaux d’avoir des correspondants locaux dans le pays, les nouvelles devant être distribuées par l’unique agence nationale de presse. Toutes ces mesures étaient présentées comme destinées à garantir la liberté de la presse en remplaçant l’influence de certains intérêts privés par le contrôle de l’État. Enfin, dans les derniers jours de novembre, 67 publications se voyaient notifier l’interdiction de paraître.
Les activités politiques interdites depuis le 17 mai étaient à nouveau autorisées, à la double condition d’être organisées uniquement intra-muros et d’avoir pour but unique de fonder des partis politiques «qui puissent convenir à la nouvelle époque ».
On vit aussitôt apparaître une multitude de partis. Un Parti Démocratique pour la Justice, se présentant comme le futur parti gouvernemental, se constitua autour de généraux et de colonels récemment rendus à la vie civile. Ses slogans étaient : justice sociale, démocratie et bien-être. Un Parti National, essentiellement composé de fidèles du défunt Président Pak rescapés de l’épuration, se présenta comme parti de soutien au nouveau régime mais fut par la suite contraint de passer à l’opposition. Un Parti Démocratique Coréen, animé par des membres de l’ancienne opposition parlementaire que l’épuration avait épargnés, eux aussi, pour préserver la façade du nouvel édifice politique, se présentait, de son côté, comme « la véritable alternative au parti gouvernemental ». Malgré le discrédit jeté sur les gens avouant des sympathies pour le socialisme, deux partis socialistes virent le jour, eux aussi d’abord faits pour décorer la façade et destinés surtout à attirer au régime les bonnes grâces des pays scandinaves et ouest européens, par l’intermédiaire de l’Internationale Socialiste. Bien d’autres petits partis aux noms étranges firent encore leur apparition, fondés par d’illustres inconnus, dont l’efficacité principale fut de disperser les voix des électeurs avant de sombrer rapidement dans l’oubli.

4. La Nouvelle Époque

La Nouvelle Époque a commencé avec l’avènement de la Ve République qui, comme les précédentes, s’est constituée autour du dogme de la primauté de la défense nationale sur toute autre considération. Les étrangers ont parfois peine à comprendre la constante préoccupation des gouvernements successifs de la Corée du Sud pour cette sécurité. Elle est pourtant bien compréhensible si on se rappelle que le pays est toujours sous la menace des canons des frères ennemis du Nord, dont l’objectif avoué est de communier toute la péninsule.
Dès le début, le gouvernement entreprit une campagne anti-corruption, malheureusement entachée d’un grave défaut. Sans couleur de purification il s’agissait en fait surtout d’éliminer les adversaires et de tenir en laisse les opposants, La police commit de nombreux abus, jusqu’à se croire au-dessus de la loi. Les victimes de ses agissements eurent souvent l’impression d’être méprisés, aucune chance ne leur étant laissée de recouvrer la plénitude de leurs droits. Par ailleurs, la révélation au grand jour d’un énorme scandale financier, qui faillit mettre à terre toute l’économie du pays, fut l’occasion pour tous de constater que les plus hautes instances de l’État n’étaient pas à l’abri des ravages de la corruption que l’on prétendait supprimer.
Le régime fit aussi de grands efforts pour se rendre populaire, mais la plaie ouverte lors des événements de Kwang-Ju était encore trop vive pour que le rapprochement souhaité puisse avoir lieu. L’incendie du Centre culturel américain de Pusan en 1982 montra l’existence d’un sentiment anti-américain parmi les jeunes. Le procès des gens inculpés dans cette affaire, parmi lesquels un prêtre catholique accusé d’avoir donné asile aux autres alors qu’ils étaient en fuite, a été une nouvelle occasion de frictions entre le gouvernement et l’Église, les évêques ayant pris la défense du prêtre.
Vers la fin de l’année 1982, l’ancien leader de l’opposition M. Thomas Kim Dae-Jung a été libéré. L’événement a été interprété par les media comme un signe de la volonté d’apaisement du gouvernement. En fait, il est de notoriété publique que ce sont les pressions exercées par les États-Unis, le Japon et la France pour l’obtenir qui sont à l’origine de cette libération. Plusieurs pays étrangers faisaient de cette libération une condition sine qua non pour que le Président Chun puisse être reçu par eux.
En 1982 le gouvernement est parvenu à maîtriser l’inflation, Pendant toute cette période les Coréens ont donné des preuves supplémentaires de leur acharnement au travail et de leur capacité à se mobiliser pour atteindre les objectifs qu’on leur propose. La perspective des Olympiades Asiatiques en 1986, et surtout celle des Jeux Olympiques de Séoul en 1988 sont pour eux des stimulants efficaces, que savent utiliser les mass media pour les encourager.
Progressivement s’opère un changement de mentalité. Alors que les traditions confucéennes honoraient le statut social et l’autorité, désormais les critères de la réussite se trouvent dans le travail et dans la fortune. L’évolution n’a lieu que très lentement. En même temps qu’ils accueillent la technologie occidentale, les Coréens tiennent à préserver leur identité et évitent les ruptures révolutionnaires avec leur passé. Les relations sociales sont encore vécues, même à l’intérieur de l’entreprise moderne, selon des modèles déroutants pour les partenaires étrangers des Coréens. Les feuilletons diffusés par la télévision sont très révélateurs de la persistance de ces modèles anciens au moment même où la nation tout entière consacre ses énergies à la modernisation.
Le phénomène va de pair avec des manifestations d’une fierté nationale qui se trouve renforcée par la concurrence avec les pays étrangers dans le domaine économique. Le patriotisme des Coréens s’explique par l’histoire et par la situation actuelle du pays divisé en deux. On a pu se rendre compte qu’il est très vivant lors des incidents provoqués par la tentative des Japonais en 1982 de modifier dans les manuels d’histoire les passages faisant ressortir leur responsabilité dans la dernière guerre.

5. La croissance économique

A. Développement industriel

L’économie de la Corée est un édifice fragile qui a un besoin impérieux de stabilité politique pour ne pas s’écrouler. On a parlé de miracle coréen à propos du remarquable essor de cette économie ; l’évolution au cours des années qui ont suivi la mort du Président Pak incite à plus de modération dans la louange, même s’il reste vrai que la volonté propre aux Coréens de relever tous les défis demeure un facteur de dynamisme assez étonnant.
Un des éléments frappants qui caractérise la période récente est l’évolution des échanges. Alors qu’elle était très fermée au départ, cette économie est maintenant très ouverte : en 1980, les exportations représentaient 27 % du PNB. Le commerce extérieur (importations et exportations) constituait 63 % du même PNB en 1980 et 77 % en 1981. La même année 1981, à la fin du IVe Plan, les exportations s’élevaient à 21,5 milliards de dollars US et le taux de couverture était de 81 %.
Depuis 1965 le Japon est devenu le premier fournisseur de la Corée tandis que les États-Unis restent leur premier client. On assiste depuis peu à une diversification des partenaires, en direction du Marché Commun, du Moyen-Orient et de l’Afrique. La Corée s’intéresse également aux pays socialistes et à la Chine, qu’elle touche par Hongkong.
Si le PNB a été multiplié par 4,5 en 20 ans, de 1962 à 1981, c’est l’accroissement des exportations qui a permis ce progrès.
Cette croissance rapide a permis de mener une politique dynamique de l’emploi. Jusqu’en 1978, le taux de croissance de l’emploi dépassait celui de la force de travail, ce qui avait entraîné une réduction du chômage. Ce dernier a cependant recommencé à augmenter à partir de 1979 ; en 1980 il était de 5,2 %.
Le IVe Plan (1977-1981) devait marquer le passage à une étape où la priorité serait donnée à l’industrie lourde, mais le choc pétrolier, l’augmentation des taux d’intérêt et une mauvaise récolte en ont empêché la réalisation. En lançant en 1977 son programme d’investissements pour l’industrie lourde, le gouvernement eut le tort de sous-estimer certains signes de surchauffe (hausses de prix et de salaires). Le résultat fut une production excédentaire, surtout dans le secteur de l’automobile et celui des gros équipements électriques, alors qu’on se trouvait dans un contexte de récession mondiale.
La tendance inflationniste s’en trouva accentuée, et la compétitivité des industries légères se dégrada, au profit de Taiwan, de Singapour, de la Malaisie et des Philippines.
Dans le Ve Plan (1982-1986) l’industrie lourde aura toujours une part importante des investissements, mais il n’est plus question de négliger les industries légères, comme le textile, les chaussures, etc. Le Plan prévoit au contraire d’améliorer leur compétitivité en renouvelant les équipements. Par contre on note un certain infléchissement de la politique vers une libéralisation progressive, inaugurée par la privatisation de deux banques. Le Plan insiste sur la nécessité de promouvoir les petites et moyennes industries, et de les amener à un niveau technologique voisin de celui des grandes, en vue de favoriser les relations de sous-traitance et d’empêcher les grandes entreprises d’importer pièces ou composants qu’elles pourraient trouver sur place. Actuellement 21 % seulement des PMI seraient des entreprises sous-traitantes des grandes firmes, alors qu’au Japon la proportion est de 61 %. Le Ve Plan veut supprimer ce handicap.
Par ailleurs, les produits de l’industrie légère qui assuraient il y a 20 ans l’essentiel des exportations de produits manufacturés, n’en représentent plus que la moitié aujourd’hui. La Corée se dégage peu à peu des exportations à fort capital humain pour s’engager dans des productions qui nécessitent un haut niveau de technologie, ce qui explique le fort développement actuel de l’ingénierie.
Les Coréens ont acquis un grand nombre de licences durant ces dernières années et ont fait appel à des technologies importées. D’après l’Institut coréen de Science et Technologie, dans les 20 dernières années, plus de 1.500 accords de licence ont été effectués. La capacité d’ingénierie n’a peut-être pas suivi la multiplication des licences, mais cela a permis à la Corée de participer à de grands travaux à l’étranger. Par exemple, le volume des contrats de construction à l’étranger a été de 11 milliards de dollars US en 1981, et on estime que la moitié de ces contrats correspondent à des rentrées nettes de devises dans le pays. Le Moyen-Orient est le marché privilégié ; 113 firmes habilitées par le gouvernement coréen y travaillent.

B. Développement agricole

Dans les pays dits semi-industrialisés le développement industriel s’accompagne souvent d’un effondrement de l’agriculture, l’exode rural réduisant une productivité agricole déjà faible, si bien que la facture alimentaire est la première rançon à payer d’une industrialisation entreprise à l’écart de l’agriculture.
Cela n’a pas été le cas en Corée. Le développement agricole semble avoir participé au développement économique global. Les rythmes étant différents, l’agriculture a connu une phase de détérioration relative de sa position au cours de la première période de l’industrialisation jusqu’en 1972, mais grâce aux changements de priorité effectués par le IIIe Plan un rattrapage a pu être réalisé. Paradoxalement l’essor rapide de l’agriculture pose maintenant un problème, l’élévation des revenus ayant provoqué une diversification de la consommation alimentaire.
Les terres agricoles ne couvrent que 23 % de la superficie du pays, soit 0,07 hectare par habitant. Les sols sont très acides et moyennement fertiles en dépit d’alluvions volcaniques. Les hivers froids raccourcissent les périodes de culture et limitent les possibilités de double récolte. De plus la pluviosité capricieuse est souvent insuffisante au moment du repiquage du riz au printemps et trop abondante au moment de la récolte. Des inondations fréquentes aggravent l’érosion sur les pentes déboisées. En 1980 un hiver froid a entraîné une chute de 30 % de la production.
La culture du riz domine le paysage agricole. Elle suppose une grande concentration de travail et de capital humain, et nécessite des soins continuels. L’exode rural peut très vite tourner en catastrophe s’il empêche le respect du calendrier qu’elle impose.
Un gros effort a été fait pour l’irrigation et, dès 1980, plus de 80 % des rizières pouvaient être irriguées sans attendre la pluie.
L’utilisation des engrais s’est aussi généralisée. Dès 1960 la Corée avait sa première usine d’engrais ; elle exporte maintenant une partie de sa production.
Bien que la petite taille des exploitations ne facilite pas la mécanisation, le gouvernement a encouragé son essor par des crédits et des subventions. L’utilisation des motoculteurs se généralise peu à peu : leur nombre a passé de 36 pour 1.000 exploitations en 1975 à 135 pour 1.000 en 1980.
L’intensification de la mécanisation agricole a offert un débouché élargi à l’industrie, qui est aussi devenue exportatrice ; la moitié des machines agricoles du Japon proviennent de Corée. La plus importante des entreprises coréennes de machines agricoles vient d’implanter une unité de production de motoculteurs en Thaïlande.
Malgré les efforts déployés pour améliorer les rendements, et malgré les mesures de protection dont a bénéficié l’agriculture, l’autosuffisance en céréales n’a pas encore été atteinte. Si les aléas climatiques expliquent les mauvais résultats des années 1979-1980, la politique agricole défectueuse doit être aussi incriminée.
En effet, le soutien accordé au prix du riz alimente l’inflation. Acheté à deux fois et demi le prix mondial aux producteurs, le riz revient à une fois et demi ce prix aux consommateurs. Pourtant, bien que sa production soit encouragée, il tient de moins en moins de place dans la consommation alimentaire. Celle-ci se diversifie au profit du blé, de la viande et de produits transformés par l’industrie agro-alimentaire. D’après le Ministère de l’Agriculture, on devrait assister à une baisse de la consommation de riz per capita de 132 kg en 1980 à 124 kg en 1986.

C. Facteurs de la croissance

La Corée est un des pays qui ont le plus bénéficié de l’aide américaine depuis la guerre : elle a reçu 15 milliards de dollars US entre 1946 et 1976. C’est cette aide qui lui a permis de survivre comme État indépendant, mais c’est seulement dans les années 70 qu’elle fut relayée par des crédits commerciaux et que les investissements proprement dits venant de l’étranger ont constitué un apport important. Les entreprises de 20 pays différents ont investi en Corée, dont le Japon (56,7 %) et les États-Unis (22,1 %) sont les principaux ; viennent ensuite les Pays-Bas (5 %), la Grande-Bretagne (1,8 %), la France (1,1 %).
La contribution de l’épargne nationale à l’investissement a toujours été croissante. En 1977, alors que l’épargne étrangère finançait moins de 10 % de la formation brute de capital fixe, la Corée approchait de l’objectif d’autonomie qu’elle s’était fixé, quand la crise l’a empêchée de l’atteindre.
La somme des capitaux étrangers investis joue un rôle modeste face aux emprunts massifs contractés auprès du système financier international. La Corée a su tirer parti des crédits qui lui ont été consentis pour reconstruire et développer son autonomie. Sa dette s’élevait à 32,5 milliards de dollars US à la fin de 1981. Des estimations officieuses font même état d’une dette totale de 38 milliards de dollars. Pourtant le poids de cette dette n’apparaît pas encore comme une contrainte excessive et le pays peut faire face à ses engagements. Le service de la dette représentait 13,5 % des exportations en 1980. Le Ve Plan prévoit de maintenir la dette au-dessous de 50 % du PBN et le service de la dette à moins de 12 % des exportations, en faisant davantage appel aux banques internationales de développement et en attirant plus d’investissements directs.
Cette évolution d’une économie assistée vers une économie jouissant du crédit des milieux financiers internationaux a été rendue possible par l’attitude des travailleurs coréens. La main-d’œuvre coréenne est connue comme docile et peu revendicative. Grâce à elle l’économie a atteint un dynamisme qui a attiré les entreprises et les capitaux étrangers.
Salaires faibles et horaires de travail prolongés ont largement contribué au, succès dont se félicitent les dirigeants. Il n’y a pas de salaire minimum obligatoire ; l’exode rural et le climat répressif ont limité les exigences salariales. Pourtant la politique de stabilisation pratiquée en 1981, qui a ramené l’inflation de 34 % à 12 % et le taux de croissance à 7,1 % a été cruellement ressentie par les travailleurs. Leur pouvoir d’achat a sensiblement diminué, tandis que les faillites et la récession provoquaient une nette augmentation du nombre des chômeurs : de 540.000 en 1979 à 750.000 en 1981.
Tous les Coréens n’ont pas bénéficié également des fruits de la croissance rapide des 20 dernières années. On estime à 5 % la part de la population qui vit au-dessous du seuil de pauvreté absolue, et à 14 % le pourcentage des ménages qui reçoivent moins d’un tiers du revenu moyen et se situent en dessous de la ligne de pauvreté.
La poussée inflationniste de ces dernières années a détérioré le climat social ; elle a réduit le volume des exportations traditionnelles et rendra difficile la diversification des échanges vers des produits demandant plus de technologie. L’évolution sera plus longue que prévu.
Un effort pour réduire les hausses salariales paraît nécessaire, mais il ne sera accepté que si, parallèlement, s’affirme un État soucieux de la satisfaction des besoins : logement, santé, éducation, etc. La priorité accordée à l’industrialisation et à la croissance a dans le passé conduit à négliger de trop nombreux problèmes sociaux.
Le Ve Plan (1982-1986) prévoit l’augmentation des dépenses sociales. Celles-ci, qui ne représentaient que 2 % du PNB en 1981, doivent atteindre de 4 à 6 % dans cinq ans. L’essentiel des efforts concernera la santé et les assurances sociales qui, rendues obligatoires pour les grandes entreprises en 1977, devront être étendues en 1986 à toutes celles employant plus de 5 salariés. L’assistance aux plus démunis qui ont un salaire inférieur à 1.000 F en 1981, soit 3,7 millions de personnes, devrait être nettement accrue.
Pendant le Ve Plan, il est prévu également de construire 1,5 million de logements. En 1982, 600 % des habitants de Séoul possèdent un appartement L’accent doit être mis désormais sur les logements sociaux et l’amélioration des infrastructures (adduction d’eau et sanitaires).
Quelle que soit l’évolution des orientations de la politique économique, la croissance coréenne restera longtemps encore tributaire des exportations. Les objectifs du Ve Plan en témoignent, puisqu’il prévoit une croissance de 5 % de la consommation privée en estimant à 20 % le rythme annuel de croissance des exportations. Il sera sans doute difficile de rompre avec l’habitude prise de favoriser les exportations. Un choix délibéré en faveur du marché intérieur correspond à une option politique difficile à faire parce qu’elle irait à l’encontre de nombreux privilèges établis.


II. L’EGLISE EN CORÉE

1. L’Église qui est en Corée

En 1984 l’Église de Corée célébrera le deuxième centenaire de sa fondation. La préparation de ce centenaire fournit aux catholiques du pays une excellente occasion de tenter un bilan des progrès accomplis depuis les débuts, et de réfléchir aux orientations à prendre pour se renouveler dans la fidélité à l’Évangile. Jeune encore comparée à d’autres, l’Église de Corée connaît les difficultés de l’adolescence, mais aussi un dynamisme que beaucoup lui envient. En particulier, au cours des dernières années son développement a été véritablement spectaculaire.
Alors que, dans la plupart des pays industrialisés, le matérialisme envahissant a porté de rudes coups à la religion traditionnelle, réduisant les préoccupations spirituelles à la portion congrue, l’Église qui est en Corée au contraire semble progresser au même rythme que celui de la modernisation du pays.
Si en Europe, depuis un certain temps déjà, beaucoup de chrétiens ayant pris leurs distances par rapport à l’Église, les vocations sacerdotales et religieuses ont très sensiblement diminué, en Corée au contraire nombreux sont ceux qui manifestent leur confiance en l’Église, et c’est un grand sujet de satisfaction de constater que le nombre des vocations est toujours en augmentation.
Saint Cyprien notait déjà que le sang des martyrs est une semence de chrétiens. L’histoire des cent premières années de l’Église de Corée est l’histoire d’un siècle de persécutions. On estime à plus de 10.000 le nombre de chrétiens qui, avec leurs missionnaires, ont versé leur sang pour la foi au cours de cette période. Le progrès actuel de l’Église doit être considéré dans sa continuité avec ce passé glorieux, dont les chrétiens Coréens sont fiers en même temps qu’ils sont fiers de leur foi. Enracinés dans ce passé, c’est dans le souvenir de leurs traditions que ces chrétiens puisent des raisons d’espérer et l’énergie nécessaire pour de nouveaux progrès.

A. Légitime fierté des chrétiens coréens. Limites de la réussite

Il n’est pas facile de porter une appréciation sur la vie d’une Église. A plus forte raison est-il risqué d’établir des comparaisons. Plutôt que de se livrer à ce jeu, en signalant quelques ombres qui ternissent la réussite de l’Église en Corée, on entend seulement contribuer à ce bilan réaliste souhaité par les évêques pour stimuler les efforts à venir.
De passage à Séoul en 1981, le P. Stan Rougier titrait un de ses reportages : Ruée vers Dieu en Corée. Il traduisait ainsi le sentiment qu’éprouvent souvent les catholiques coréens. Ceux-ci ne sont pas peu fiers de voir les catéchumènes affluer dans les paroisses, les paroisses des grandes villes en particulier. Ils peuvent ressentir l’impression que leurs compatriotes se tournent vers l’Église et attendent quelque chose d’elle. L’accroissement récent du nombre des chrétiens n’est pas négligeable.
Il ne faudrait pourtant pas se leurrer : si de nombreux baptisés sont fervents, certains le sont moins et s’éloignent plus ou moins vite de la pratique. Il arrive que soient recensés dans les statistiques des chrétiens dont on a perdu la trace depuis longtemps. Les messes dominicales des grandes villes, où l’assistance est très nombreuse, ne doivent pas donner le change : l’évangélisation en profondeur des fidèles n’est pas toujours suffisamment faite, et elle est d’ailleurs bien difficile à réaliser dans certaines paroisses immenses : les 115 grosses paroisses de la ville de Séoul, par exemple, doivent faire face à de redoutables problèmes pastoraux.
Beaucoup de prêtres donnent le témoignage d’une vie humble et pauvre, toute dévouée à leurs ouailles, mais il arrive aussi, hélas, que d’autres soient moins édifiants. A côté de nombreux laïcs luttant généreusement pour la justice, on en trouve d’autres qui cèdent à l’attrait du profit et acceptent bien des compromissions.
Dans l’ensemble de la participation des fidèles à la liturgie et la fréquentation des sacrements atteignent un niveau bien supérieur à ce qu’on observe en France, par exemple. Mais le renouveau voulu par le Concile de Vatican Il n’est pas pour autant devenu partout une réalité.
En admirant la vitalité de l’Église en Corée, on doit donc aussi être attentif à certaines déficiences qui ne permettent pas d’en parler avec un optimiste sans nuances.

B. Organisation et structures de l’Église

Les catholiques coréens attendent beaucoup du prêtre. Ils ont une haute idée de son rôle et se tournent volontiers vers lui pour lui demander conseils et directives. Dans les paroisses le curé dispose d’un grand pouvoir, souvent renforcé par les moyens financiers considérables que les fidèles mettent à sa disposition : denier du culte, honoraires de messes et offrandes variées.
On doit bien reconnaître que certains résistent mal à la tentation du cléricalisme : abus d’autorité de la part du prêtre, passivité regrettable des laïcs... Beaucoup parmi ces derniers, d’ailleurs, ont conscience des inconvénients d’un système où l’on s’accommode trop facilement d’habitudes héritées peut-être d’un confucianisme abâtardi : le respect de l’autorité doit être compatible avec une authentique prise de responsabilité de la part des chrétiens.
L’ordre et l’efficacité qui caractérisent les entreprises dirigées par l’Église ne seraient pas forcément compromis si les prêtres partageaient plus volontiers leurs pouvoirs avec tous les baptisés. Il semble nécessaire de veiller dès maintenant à corriger les déviations engendrées par une insistance excessive sur le rôle du prêtre au détriment de celui des simples baptisés. Sinon on peut craindre que, parmi ces derniers, beaucoup, déçus par l’Église, ne s’écartent rapidement d’elle.
Les prêtres étant respectés, beaucoup de jeunes gens cherchent à le devenir. Comme on l’a signalé plus haut, les vocations sont nombreuses. La Corée compte trois grands séminaires et un quatrième est en préparation. On peut se demander toutefois si la diminution récente du nombre des naissances, et donc des familles nombreuses, n’aura pas, à brève échéance, un effet négatif sur le nombre des entrées au séminaire.
L’histoire des origines de l’Église en Corée explique peut-être, pour une part, la situation actuelle. En envoyant les Missions Étrangères de Paris en Corée, il y a 150 ans, le Pape répondait à un appel. Après sa fondation par des laïcs la communauté chrétienne avait passé 35 ans sans pouvoir obtenir les prêtres qu’elle désirait. Cette attente forcée, comme aussi le respect des notables dans un pays de tradition confucéenne, ont probablement contribué à valoriser la fonction du prêtre dans l’esprit des chrétiens.
L’ecclésiologie du Concile de Vatican II devrait permettre de retrouver un plus juste équilibre. Et on devrait s’acheminer désormais vers une remise en honneur du laïcat. Des laïcs mieux formés et plus conscients des exigences de leur vocation propre dans l’Église pourraient prendre une plus grande part aux décisions intéressant sa vie.

C. L’Église dans la société civile

Il serait injuste de dire que, jusqu’ici, l’Église n’a pas cherché à rendre service à la société coréenne. Mais elle a été lente à prendre conscience de sa mission en ce domaine, et ses efforts sont restés sporadiques et limités. C’est assez récemment qu’une action des chrétiens en faveur de la justice a commencé à s’organiser. Encore faut-il ne pas majorer la portée de cette nouveauté. Il y aurait quelque exagération à parler de la communauté chrétienne en Corée engagée comme un seul homme dans la lutte pour la justice et la défense des droits de l’homme. Les catholiques se mobilisent souvent plus facilement pour défendre leurs prêtres ou les intérêts de l’Église que pour d’autres causes. On souhaiterait qu’il y en ait davantage parmi eux à se soucier des victimes non chrétiennes des injustices engendrées ou tolérées par le régime en vigueur.
L’Église est impatiente d’augmenter ses effectifs. L’accroissement du nombre des baptisés, le désir d’accueillir les sympathisants amenés en grand nombre par les fidèles, risquent de faire passer au second plan la qualité du témoignage rendu par les chrétiens. Le cardinal Kim Soo-Hwan lui-même, le jour du 150e anniversaire de la fondation du diocèse, posait la question devant plus de 500.000 personnes réunies sur la grande place de Yoido à Séoul : « Nous parlons souvent des pauvres, mais sommes-nous pauvres nous-mêmes ? Ne sommes-nous pas trop préoccupés de développement numérique et matériel ?... » C’était reconnaître que l’Église elle-même a besoin d’être évangélisée et de se convertir.
Beaucoup de chrétiens donnent l’impression de ne pas mesurer les conséquences provoquées par l’industrialisation rapide et aussi par la crise économique récente. Bien qu’ayant profité de la modernisation, le monde des travailleurs est victime de l’insuffisance des lois sociales, mal protégé en cas de conflit. De nombreux ouvriers sont exploités, livrés sans défense à l’arbitraire des patrons. Salaires insuffisants, chômage... aucun de ces fléaux n’épargne la Corée. Les bienfaits de la croissance n’ont été que très inégalement répartis. Trop de chrétiens et de prêtres se comportent comme s’ils étaient indifférents à ces injustices. Éducation des consciences, réflexion sur les contradictions du développement économique, formation de militants chrétiens : un champ immense serait ouvert à l’activité de l’Église qui est malheureusement laissé en friche ou presque.
La célébration du deuxième centenaire qui approche devrait permettre aux catholiques de mieux prendre conscience de l’urgence de la tâche à accomplir dans ces différents domaines et de toutes les dimensions de l’évangélisation.

D. La préparation du deuxième centenaire

C’est pour favoriser cette prise de conscience qu’a été prise la décision de tenir un Synode Pastoral National en 1984. Le travail de préparation de ce Synode a commencé depuis bientôt trois ans au niveau des diocèses et des paroisses, par des enquêtes concernant tous les secteurs de la vie de l’Église. L’information obtenue grâce à ces enquêtes a été ensuite centralisée par un comité directeur d’une quinzaine de membres, dont un évêque. Ce comité travaille en lien avec différentes commissions, au nombre de douze, autant que de sujets traités ; par exemple : le clergé et sa formation, les laïcs, les religieux, la doctrine, la pastorale des sacrements, les mouvements d’action catholique et de spiritualité, etc.
Chaque commission comprend une douzaine de membres, religieux et laïcs, chargés de réfléchir, avec l’aide d’experts, sur l’information qui leur est fournie, faisant ainsi en quelque sorte la révision de vie de l’Église. Une réunion générale a lieu tous les trois mois, qui fournit l’occasion a chaque commission, à tour de rôle, de faire un rapport sur le travail accompli par elle. Tout cela doit aboutir à la publication d’un Directoire qui viendra remplacer le dernier en date, publié en 1931 à l’époque de Mgr Gustave Mutel, MEP.
D’autre part, en réaction contre la tentation de triomphalisme, la décision a été prise de renoncer à la construction d’un quelconque bâtiment-souvenir coûteux, comme on l’avait un moment envisagé. En signe de la volonté de servir de l’Église, les évêques ont décidé que l’argent qui aurait pu être utilisé à des constructions de prestige serait consacré à opérer des yeux plus de 4.000 malades sans ressources dans les hôpitaux catholiques, dans la logique du slogan du bicentenaire : « J’ai vu la Lumière. »
La Corée souffre d’être coupée en deux. Une grande partie de la population est affectée par cette situation. Dans un premier temps, entre 1945 et la guerre de 1950, on a assisté à un exode : tous ceux qui ont pu fuir le Nord ont envahi le Sud, dont la population a beaucoup augmenté ; elle est devenue le double de celle du Nord. Plus de dix millions de Coréens sont directement touchés par les conséquences de cet exode et par le maintien d’une frontière arbitraire au 38e parallèle : dispersion des familles, séparation des parents et enfants, etc. Tous les efforts tentés par la Croix-Rouge pour réunir ces familles séparées ont échoué.
Au Nord l’Église a été démantelée, les pasteurs ont été tués, les fidèles dispersés. Mais il est certain qu’il y a encore des chrétiens. Il y a maintenant quelques années, un espion nordiste en prison dans le Sud, ne racontait-il pas à un catholique, emprisonné avec lui pour délit d’opinion, que dans son village les gens utilisaient entre eux des noms bizarres : les noms de baptême sont donc toujours en usage.
En préparant le bi-centenaire, l’Église de Corée prend conscience de sa responsabilité missionnaire à l’égard de ses membres vivant au Nord du 38e parallèle. Elle projette d’établir une station de Radio qui couvrirait non seulement la Corée du Nord mais aussi la Mandchourie et le Nord de la Chine. Dans ces pays vivent des minorités coréennes importantes : 2 millions en Chine et 1 million en Mandchourie. Provisoirement l’Église utilise la Radio Nationale pour une émission religieuse dirigée vers le Nord
Depuis 1980 on a commencé la mise en application d’un plan pastoral quinquennal destiné à sensibiliser la communauté chrétienne tout entière à différents aspects de sa vocation. 1980 a été l’année de la famille ; 1981 celle de l’évangélisation du voisin (il y eut cette année-là plus de 100.000 baptêmes...) ; 1982 a été l’année de la communauté paroissiale unie autour de son curé ; 1983 sera l’année du diocèse rassemblé autour de l’évêque et 1984 sera celle de la communauté catholique nationale. L’accent sera mis sur la nécessité de lutter contre l’esprit de clocher et la tentation de repli sur soi, aussi bien dans les paroisses que dans les diocèses et les mouvements d’Action Catholique. Un rassemblement autour du Pape Jean Paul II, officiellement invité, est prévu.
Pour expliquer les défauts des chrétiens d’aujourd’hui, il serait trop facile d’incriminer la catéchèse faite autrefois par les missionnaires MEP. Certains leur font différents griefs. On leur reproche par exemple d’avoir été trop sévères, d’avoir prêché un Dieu Juge plutôt qu’un Dieu Amour, d’avoir trop insisté sur les fins dernières au détriment des tâches du chrétien dans la vie présente, de n’avoir pas bien compris le culte des ancêtres, etc. Ces critiques, souvent injustes, ne sont de toute façon guère pertinentes. Elles feignent d’ignorer que le contexte dans lequel se trouvaient les missionnaires et les questions auxquelles ils devaient répondre étaient bien différents de ceux d’aujourd’hui.
Il reste vrai que les chrétiens coréens, tout en reconnaissant théoriquement l’importance de l’engagement social de l’Église, ne se sentent pas tous et toujours suffisamment concernés par les exigences pratiques de cet engagement. Les traditions de piété filiale et la persistance du culte des ancêtres contribuent à ouvrir le cœur des chrétiens à la grâce, mais elles ne suffisent pas à endiguer le matérialisme envahissant. En Corée aussi les progrès de la société de consommation commencent à produire les effets qu’on a connus ailleurs : perte du sens du sacré, affaiblissement des contraintes sociales facilitant l’expression religieuse, etc. L’affluence actuelle dans les Églises et le succès que ces dernières rencontrent risquent bien de n’être que provisoires si l’accent n’est pas mis dorénavant davantage sur la nécessité de la conversion personnelle et l’évangélisation en profondeur des baptisés.
Un sondage Gallup sur la religion, effectué de décembre 1981 à février 1982, montre bien que l’Église de Corée n’est pas assurée d’un avenir sans nuages (cf. Chosen Ilbo, 11 novembre 1982). Un questionnaire ayant été distribué à 1.422 personnes (570 hommes et 612 femmes), 42 % des personnes interrogées affirmaient croire en l’existence de Dieu ─ (84 % des protestants, 75 % des catholiques, 35 % des bouddhistes et 24 % des gens sans religion).
A propos de la vie future, 30 % des personnes interrogées seulement disaient y croire : 58% des protestants, 54 % des catholiques, 24 % des bouddhistes et 17 % des sans religion.
Les résultats du sondage indiquaient aussi que plus les gens sont pauvres plus la croyance diminue.
Enfin 55 % des personnes interrogées disaient pratiquer une religion.
Au cours de son histoire, la Corée a connu successivement l’animisme, le bouddhisme et le christianisme, les mentalités et le système des relations sociales ayant été d’autre part fortement influencés par le confucianisme. Le Coréen se montre tolérant et manifeste volontiers une tendance au syncrétisme. Cela ne le gêne guère de pratiquer plusieurs religions à la fois. Au milieu du siècle dernier, en particulier, cette tendance au syncrétisme a joué un rôle important au moment où le christianisme tentait d’étendre son influence. Présenté comme le produit d’une culture étrangère, assimilé à la « science de l’Occident », le catholicisme se heurte au mouvement dit du Tong-Hak ─ soit : « science de l’Orient » ─, et de leur confrontation naquit une nouvelle religion ayant emprunté des éléments à l’un et à l’autre, la religion du Chen-Do ou chemin du ciel.
Dans son message de Noël 1982, et dans une interview accordée au journal Kyong-Yang, le 23 décembre de la même année, le Cardinal Kim Soo-Hwan a eu l’occasion d’expliquer le sens qu’il donne au bi-centenaire et de proposer quelques orientations aux catholiques au commencement d’une nouvelle étape de l’évangélisation. Il l’a fait en faisant appel à l’histoire étonnante des origines de l’Église en Corée. Il rappelait qu’il y a deux cents ans, c’est en étudiant les sciences, en cherchant des moyens pratiques de faire évoluer leur pays que des jeunes intellectuels confucéens découvrirent le christianisme. Ils étaient en quête d’une sagesse susceptible de les faire progresser, soucieux d’efficacité, bien plus qu’intéressés par des spéculations abstraites. Ce n’est donc qu’indirectement qu’ils découvrirent les vérités de la foi dans le livre du P. Matteo Ricci, la vraie doctrine de Dieu, et formèrent la première communauté chrétienne.
Dans la suite, la politique isolationniste de la Corée de l’époque, et les rivalités des factions politiques entre elles, gênèrent le développement de cette communauté, qui connut cent ans de persécutions. La fermeture du pays lui valut de prendre un retard important qu’il est en train de rattraper depuis quelques années. Ainsi doit faire aussi l’Église, disait le cardinal. Pour cela les chrétiens doivent aujourd’hui imiter leurs pères dans la foi, en particulier en étant décidés à tout sacrifier pour atteindre à la vérité, une vérité qui soit vraiment sagesse, source de vie et lumière pour tous leurs concitoyens.
Le cardinal faisait ensuite part de son souci devant le risque couru par l’Église d’un développement matériel et numérique trop rapide qui ne serait pas accompagné d’une évangélisation en profondeur formant des chrétiens vraiment conscients de leur rôle de levain dans la pâte. Il insistait pour dire que le bi-centenaire devrait être pour les catholiques coréens une chance d’entendre à nouveau l’appel lancé à l’Église universelle par le Concile demandant aux chrétiens de se convertir intérieurement, pour que l’Église qui est en Corée devienne réellement le sacrement de Jésus-Christ pour la nation tout entière. En conclusion, il invitait les jeunes en particulier à une plus grande générosité dans leur engagement au service de la société.
Le Protestantisme coréen fêtera de son côté son premier centenaire en 1984. A la fin de l’année 1982, l’Église presbytérienne a réalisé, pour sa part, un sondage pour connaître l’opinion des non-chrétiens sur l’Église. Les réponses obtenues montrent que le souci du cardinal Kim est justifié : 70 % des personnes interrogées reprochent à l’Église d’être trop préoccupée de développement matériel et numérique. « Il y a trop de clochers », disent-elles. De fait, le voyageur qui débarque à Séoul est surpris par la multiplicité des clochers qu’on voit partout dans la ville. A la vue de ce foisonnement anarchique on ne peut se défendre d’une impression de gaspillage.
La plupart des questions portaient sur la contribution des chrétiens dans les domaines de l’éducation, de l’action caritative et hospitalière, ainsi que sur le soutien qu’ils apportent aux travailleurs et aux paysans. La majorité des réponses reconnaissaient comme positive la contribution des Églises à l’éducation (53 %), de même l’effort fait dans le domaine caritatif (65 %) et dans le domaine moral (54 %). Par contre l’aide apportée aux travailleurs et aux paysans, les activités dans le secteur hospitalier et le souci de former des leaders utiles à la société étaient jugés nettement insuffisants.
Les non-chrétiens disent aussi ne pas comprendre la division des Églises, le grand décalage qui existe entre le discours des chrétiens et leur comportement, et leur excessive préoccupation pour l’argent.
Les résultats de ce sondage fournissent ainsi opportunément des indications montrant la nécessité du retour à l’essentiel que soulignait de son côté le cardinal Kim.

2. Situation des missionnaires MEP dans l’Église de Corée

Au début de 1982, l’Église de Corée comptait 940 prêtres coréens, 619 grands séminaristes, 3.161 religieuses coréennes, et 250 missionnaires étrangers, dont 171 prêtres séculiers répartis entre 4 sociétés : Missions Étrangères de Paris : 24, Maryknoll : 35, Saint-Colomban : 98, et N.-D. de la Guadeloupe : 14.

Quelques chiffres pour les années 1980-1981

Superficie du territoire : 98.477 km2
Population : 37.448.836 habitants
1980 1981

Catholiques recensés 1.321.293 habitants 1.439.778 habitants
Adultes baptisés 54.387 87.350
Enfants baptisés 24.792 31.878
Non-pratiquants 161.138 172.948
Catéchumènes 46.101 57.535
Diocèses 13 13
Évêques coréens 12 12
(dont deux auxiliaires)
Évêques étrangers 3 3
(un MEP, un MM, un SSC)
Paroisses 589 617
Dessertes 1.753 1.736
Prêtres coréens 901 940
Prêtres étrangers 259 259
Frères coréens 159 191
Frères étrangers 39 82
Religieuses coréennes 3.011 3.161
Religieuses étrangères 158 161
Grands séminaristes 528 619

Les données ci-dessus ne sont évidemment pas l’expression d’une théologie missionnaire, mais une simple constatation. Il serait dangereux de juger le dynamisme d’une communauté d’après la seule augmentation des chiffres d’une année à l’autre. A l’époque de l’ordinateur, la tentation est grande de tout mesurer par l’arithmétique, aussi dangereuse que la tendance à juger d’après les apparences et à considérer la face plus que les qualités cachées. Le proverbe qui dit que les statistiques sont menteuses est sans doute particulièrement vrai quand il s’agit de réalités spirituelles.
Le clergé coréen, nombreux maintenant, a conscience de sa force, et l’Église s’est depuis longtemps affranchie de sa dépendance vis-à-vis des Instituts missionnaires comme les MEP, Maryknoll et Saint-Colomban, pour prendre en mains sa propre destinée. Probablement l’ensemble des prêtres coréens n’estiment plus nécessaire la présence des missionnaires étrangers, même si certains, parmi eux, lui reconnaissent une utilité pour signifier la catholicité de l’Église ou, plus prosaïquement, parce que les missionnaires apportent une aide financière appréciable.
Certains diocèses, celui de Séoul surtout, affrontés aux problèmes du développement rapide dont on a parlé, acceptent volontiers que les Sociétés missionnaires prennent en charge la construction des églises. Certains Instituts le font encore ; ce n’est pas le cas des MEP.
S’ils acceptent une aide, en personnel et en argent, venue de l’étranger, les évêques et les prêtres coréens tiennent à manifester que ce sont eux les responsables des décisions. Le missionnaire doit donc rester petit et humble. Il doit aussi être reconnaissant à ceux qui l’accueillent malgré ses défauts, envers lesquels les Coréens se montrent le plus souvent très indulgents.
Quand on demande aux fidèles leurs préférences, ils répondent évidemment qu’ils préfèrent avoir pour curé un Coréen, ce qui est pour eux un sujet de fierté, mais cela ne les empêche pas de travailler volontiers avec les prêtres étrangers. Dans certaines paroisses, le fait que le curé soit étranger semble ne pas poser de problème particulier. Dans d’autres, des incompréhensions surgissent. Le dialogue entre les partenaires peut être naturel et vrai, comme aussi il peut être empêché par des préjugés ou le manque de sincérité. Il en va d’ailleurs de même quand curé et paroissiens sont compatriotes. En définitive, l’attitude des Coréens à l’égard des missionnaires dépend essentiellement des efforts faits par ces derniers pour comprendre le pays et pour témoigner leur respect à leurs hôtes.
Les missionnaires doivent s’appliquer à créer les conditions d’une communication vraie, et se persuader que ce n’est pas leur origine ou la couleur de leur peau qui y fait obstacle. Le plus souvent ceux qui n’y parviennent pas doivent incriminer leurs propres insuffisances et, en tout cas, bien se garder de critiques injustifiées contre l’Église locale.
La fonction des Instituts missionnaires en Corée est en train d’évoluer, les évêques semblent préférer traiter directement avec chacun des membres de ces Instituts travaillant dans leur diocèse. Par exemple, dans le cas des MEP le supérieur régional n’est pratiquement pas consulté pour les nominations. Dans la mesure où le besoin de missionnaires étrangers paraît moins évident que dans le passé, les Sociétés missionnaires ne sont plus considérées comme des intermédiaires indispensables, et intéressent probablement moins l’évêque, en tant que corps constitués, qu’autrefois.
Pourtant les services rendus par ces Sociétés missionnaires à leurs membres restent toujours aussi utiles. Il est difficile de passer avec les évêques des contrats en bonne et due forme et, si les diocèses prennent en charge la subsistance ordinaire des missionnaires travaillant pour eux, l’assurance et les frais de maladie trop considérables sont le plus souvent à la charge de l’Institut.
La question de l’aide financière fournie par certains Instituts sous différentes formes est une question délicate. Cette aide n’a évidemment pas à être utilisée par les donateurs pour exercer une influence particulière à l’intérieur de l’Église. Elle a pour effet regrettable, quand elle est continuée trop longtemps, de retarder le jour où une collaboration entièrement désintéressée pourra se réaliser et évoluer vers de véritables échanges entre Églises.
On peut noter aussi, dans le chapitre des difficultés à résoudre, des différences de perspectives qui existent parfois entre missionnaires étrangers et responsables coréens. La pastorale dirigée par ces derniers est tout entière centrée sur la paroisse, peu sensible aux diversités et à la spécificité des milieux sociaux. Certains missionnaires étrangers font une analyse des besoins de l’Église assez différente de celle qui est communément admise et qui leur semble ne pas tenir suffisamment compte de l’existence des conflits et des antagonismes de classes. Parmi ces missionnaires, quelques-uns éprouvent même un sentiment de frustration en constatant que leur manière de voir n’est pas comprise et que leurs initiatives sont contrecarrées.
Un bon moyen pour eux de lutter contre la tentation de découragement est de ne pas perdre de vue que des millions de non-chrétiens attendent encore la lumière de l’Évangile. Sans revendiquer une quelconque exclusivité de l’apostolat parmi ces derniers, ils pensent avoir été envoyés en Corée d’abord pour eux.
Les missionnaires étrangers peuvent certainement donner un témoignage de désintéressement au service de cette cause de l’évangélisation des non-chrétiens, et ce témoignage est accepté dans la mesure où les missionnaires savent rester humbles.
Dans une Église qui cherche à devenir véritablement servante et pauvre, il reste place pour tous ceux qui, quel que soit leur âge, se donnent à la prière et s’efforcent de vivre eux-mêmes les Béatitudes.

Le groupe régional MEP

Depuis le dernier rapport (1977-79) le nombre des missionnaires MEP a diminué de 11 %. Ils ne sont plus que 24.
Une nouveauté est qu’un bon tiers du groupe, soit 9 confrères, a pris des engagements pour l’enseignement du français à temps partiel, dans une université proche, et même parfois assez éloignée. La demande et le manque de professeurs sont grands. On peut voir dans ce travail un moyen d’avoir des contacts avec la jeunesse non chrétienne, et il peut donc être considéré comme missionnaire. Cependant le groupe s’interroge sur la limite à ne pas dépasser pour qu’il reste compatible avec les exigences du ministère paroissial qui reste confié dans la plupart des cas à ces missionnaires.
Les confrères sont toujours dispersés dans six diocèses :

─ L’archidiocèse de Kwang-Ju, dans le Sud-Ouest de la péninsule, où Pierre DOMON (45 ans) est fidèle à son poste de professeur (Christologie et Nouveau Testament) au grand séminaire régional. En ce moment, il supervise la traduction en coréen du « Vocabulaire de Théologie Biblique », à laquelle il a pris une large part.

─ L’archidiocèse de Taegu, dans le Sud-Est, où Stanislas GZELLA (53 ans) toujours secrétaire à l’archevêché, est aussi vice-directeur de l’hôpital dont il a assuré la construction. Il enseigne également le français à l’université.

─ Le diocèse de Inchon, ville satellite et port de Séoul, où Robert JÉZÉGOU (54 ans) est curé de Ju-Won. Cette paroisse de fondation récente s’est rapidement développée. Elle sera bientôt divisée, donnant naissance à une autre.
Tous les autres missionnaires sont répartis entre trois autres diocèses :

─ L’archidiocèse de Séoul (8.900.000 habitants).
Célestin COYOS, doyen du groupe (75 ans), et ancien du diocèse de Andong, est aumônier des Sœurs des Bienheureux Martyrs coréens. Il vient de traduire en coréen la vie de Bernadette Soubirou, qui se vend comme des petits pains, et il met la dernière main à la traduction de son livre « Ma captivité en Corée du Nord. »

Pierre SINGER (73 ans), ancien missionnaire de Taejon, est depuis 1969 aumônier des Sœurs de la Sainte-Famille, congrégation qu’il a fondée en 1942.

Emile FROMENTOUX (73 ans) assure l’économat régional depuis plus de vingt ans.

Emmanuel KERMOAL (38 ans) est vicaire d’un prêtre coréen dans une paroisse populaire. Il se consacre à l’apostolat auprès des jeunes travailleurs et enseigne aussi le français à l’université.

Michel RONCIN (36 ans), vicaire d’un curé coréen dans la banlieue de Séoul, se consacre à l’apostolat des jeunes ouvriers.
Tous deux prennent leur part du ministère paroissial ordinaire, et font de nombreuses visites de familles. Ils font partie d’une équipe de partage comprenant trois pradosiens, un salésien américain et des sœurs pradosiennes.

Marcel PÉLISSE (55 ans) a été réélu Supérieur régional pour un second mandat à la fin de 1982. Il s’occupe de la communauté française à la paroisse internationale, et va aider un prêtre coréen le dimanche.

Armel DURAND (54 ans), détaché de Andong, assure la messe au Carmel de Séoul et enseigne le Nouveau Testament à l’Institut national de catéchétique.

─ Le diocèse de Taejon, au Centre-Ouest de la Corée du Sud.
Six confrères y travaillent au sein du presbyterium diocésain, secoué depuis quelque temps par pas mal de difficultés. La coutume est de changer de paroisse tous les cinq ans : trois confrères ont changé de poste en octobre 1982.

Jean OLLIVIER (54 ans) a quitté la paroisse de Non-San, à laquelle il avait insufflé un nouveau dynamisme, pour devenir curé de la cathédrale à Taejon, à son corps défendant. Mission délicate, dans un diocèse où les MEP ne sont qu’une faible minorité.

Jean CRINQUAND (47 ans) a été curé de la petite ville de Yu-Seong, à quelques kilomètres de Taejon, ville d’eaux où passe beaucoup de monde. Il enseigne le français à l’université.

Auguste PLASSIER (41 ans) a été nommé curé de Sin-Ryé-Won, quartier excentrique de la ville rurale de Ye-San. Lui aussi enseigne le français.

Jean BLANC (55 ans) est tout près d’Auguste Plassier à Hap-Tok, où se trouve la maison natale du Bienheureux Kim André, premier prêtre coréen. Il est chargé d’une vieille chrétienté dispersée dans de nombreux villages.

A l’évêché de Taejon, Jacques DENÈS (51 ans) est secrétaire de Mgr Hwang depuis plus de dix ans. Il assure la messe dominicale au Carmel de Taejon. Il enseigne dans plusieurs universités.

Enfin, à Kong-Ju, Paul COUVREUR (43 ans) dirige un Centre pour étudiants. Il enseigne le français à l’université pour gagner sa vie. En plus des étudiants, sa préférence va à l’apostolat des prisonniers et des tuberculeux. Il est en train de bâtir une petite chapelle pour ces derniers. Il fait également la liaison avec la paroisse où il aide le dimanche.

─ Le diocèse d’Andong, dans le Centre-Est de la péninsule.
A tout seigneur tout honneur, Mgr René DUPONT (54 ans) mène son diocèse de main de maître. Son presbyterium a la réputation d’être uni et sans histoires. Il vient d’acheter un vaste terrain pour y bâtir et transférer l’évêché et ses services. L’aide qu’il a reçue après la vente d’un terrain appartenant aux MEP a été appréciée.
Au printemps 1983, le presbyterium doit avoir une session d’aggiornamento avec une équipe de l’East Asian Pastoral Institute de Manille.
Depuis que Taegu est devenu ville dépendante du Ministère de l’Intérieur, la ville d’Andong est candidate pour devenir le centre administratif de la province du Kyong-Sang Nord. Cette promotion lui vaudrait sans doute un accroissement de population.
Sept missionnaires MEP travaillent actuellement dans le diocèse de Andong.

Antoine GAZTAMBIDE (51 ans) à Thae-Wha dong, dans l’une des trois paroisses de la ville épiscopale. La population du quartier est assez mouvante à cause des nombreux fonctionnaires sujets à de fréquents changements. La paroisse a été construite en souvenir du 25e anniversaire de l’ordination sacerdotale de Mgr Dupont, et financée en grande partie par le Père Auguste Paillet, ancien missionnaire de Corée. Sur le plan diocésain, Antoine est responsable d’un mouvement familial. Il enseigne aussi le français à l’université.

Complètement à l’Est, à Uljin, sur la mer du Japon, se trouve Louis FEUVRIER (55 ans), grand amateur de pêche sous-marine. Sa communauté chrétienne est difficile à rassembler, à cause de sa ressemblance avec celle de Corinthe. Sur le territoire de la paroisse une usine électrique atomique est en construction ; Louis Feuvrier enseigne le français aux cadres coréens des entreprises françaises qui travaillent à ce chantier.

A Bong-Hwa, Roger DOC (56 ans) est chargé d’un territoire assez vaste, ce qui l’oblige à de nombreux déplacements. En 1982 il a eu un petit accroc de santé qui l’a obligé à prendre un congé de maladie en France. Il a repris son poste en 1983.

Un des proches voisins de Roger Doc est Pierre BERTRAND (55 ans), curé de la nouvelle paroisse de Pung-Ki.

A l’ouest d’Andong, on trouve Roger NOËL (57 ans) curé de Mun-Kyong. Il est aidé dans sa paroisse par des religieuses qui tiennent un jardin d’enfants. Lui aussi enseigne le français à temps partiel.
La sous-préfecture de Mun-Kyong, qui compte cinq paroisses sur son territoire, a été ouverte très tôt à l’évangélisation. C’est aussi le seul secteur industriel du diocèse. On y trouve des mines de charbon et des cimenteries.

A l’extrémité ouest du diocèse, Jean BIDEAU (56 ans) réside dans la sous-préfecture de Sang-Ju qui, elle aussi, a une forte proportion de chrétiens. Sa petite communauté a fait ces dernières années de grands progrès. Jean Bideau pratique l’homéopathie et, en soignant les malades, a l’occasion de parler à de nombreux non-chrétiens.
Il faut citer enfin deux autres confrères de la région, provisoirement détachés en France pour le service des vocations : Gilbert PONCET (43 ans), en France de 1980 à 1983, et Étienne PERRIN (43 ans) qui, après une année passée à Séoul pour se perfectionner en coréen, lui succédera en 1983. En acceptant le rappel à Paris de ces deux confrères pour un service de Société, la Région de Corée a consenti un grand sacrifice.
Les activités propres au groupe MEP sont relativement peu nombreuses, les missionnaires s’efforçant de se fondre le plus possible à l’intérieur du presbyterium du diocèse dans lequel ils se trouvent. Pourtant chaque année ont lieu deux rencontres de tous les confrères de la région, une au début de l’année, consacrée à des échanges sur les expériences des uns et des autres ou sur un thème d’intérêt commun, et une autre à l’automne, alternativement pour une retraite ou pour une session de formation permanente. Par ailleurs, à l’échelon local les confrères d’un même diocèse se retrouvent entre eux une fois par mois.
En réalité c’est surtout dans les communautés chrétiennes que les missionnaires trouvent le soutien dont ils ont besoin pour leur vie sacerdotale. Ces communautés, en général très vivantes, composées de chrétiens fiers de leur foi, provoquent normalement le prêtre à une plus grande fidélité. Elles réclament de sa part un engagement total à leur service.
A la différence de ce qui se passe en d’autres pays, en Corée la possibilité d’annoncer l’Évangile par un enseignement explicite et de conduire des catéchumènes au baptême est aussi un stimulant pour les missionnaires. Ces derniers sont heureux de vivre dans cette Église de Corée, dont ils ont bien conscience en définitive de recevoir davantage qu’ils ne donnent.


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