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Rapport annuel des évêques

Année: 1985
Pays: Corée du Sud
Mission: Corée

Région de Corée


I. LE CONTEXTE POLITIQUE


En janvier 1983, M. Nakasone, Premier ministre japonais, effectua en Corée une visite historique : c’était la première visite d’un chef de gouvernement japonais depuis la fin de la guerre en 1945. Elle marquait le caractère stratégique de la coopération entre les deux pays. Au printemps de 1983, des observateurs japonais assistèrent aux grandes manœuvres de l’armée coréenne.
Pourtant l’année 1983 aura été pour ce pays une des plus tragiques depuis la fin de la guerre de Corée, il y a trente ans. La destruction par la chasse soviétique d’un Boeing 747 de la Korean Air Lines, au-dessus de la mer d’Okhotsk, le 1er septembre 1983, a stoppé la politique d’ouverture que Séoul avait esquissée en direction des pays socialistes ; elle a ravivé aussi la mobilisation anti-communiste entretenue par le régime militaire.
Le vol 007 de la Korean Air Lines garde son mystère : nul ne saura jamais avec certitude pourquoi l’avion a pénétré dans l’espace aérien soviétique. Le rapport donné par l’Organisation de l’aviation civile internationale, en décembre 1983, a retenu l’explication la plus plausible : une erreur de programmation dans le processus de navigation enregistré par ordinateur sur le Boeing. Elle a aussi mis en cause le manque de vigilance et d’attention de l’équipage sud-coréen. Elle a estimé enfin que l’aviation soviétique n’avait pas fait les efforts requis pour identifier l’appareil avant de l’abattre.
L’attentat de Rangoon qui, le 9 octobre 1983, a décimé le gouvernement sud-coréen (dix-sept morts, dont quatre ministres) a été perpétré par un commando nord-coréen. Il a amené la péninsule au bord de la confrontation armée. Il a renforcé la position de ceux qui, à Séoul, justifient le régime autoritaire par la menace permanente que fait peser sur lui le régime communiste du Nord.
Dans ce contexte, la visite du président Reagan à Séoul, en novembre 1983, prit valeur de symbole. Habillé en G.I., il se rendit sur la ligne de démarcation du 38e parallèle et, là, rappela l’engagement des États-Unis dans la défense de la Corée du Sud. Les 40 000 soldats américains, dotés d’armes nucléaires tactiques, montrent que la Corée est une « zone vitale pour la défense des Etats-Unis ».
L’attentat de Rangoon visait le chef de l’Etat, le président Chun. Il n’a pourtant pas déstabilisé le régime dont le président s’est contenté d’un énième remaniement de son gouvernement. Au contraire, il a affaibli, semble-t-il, les adversaires d’un régime issu d’un coup d’État et de la répression de l’insurrection de Kwang-Ju, en 1980. Pour isoler les contestataires et soigner à l’extérieur son image démocratique, le régime a pris des mesures de libéralisation : levée des interdictions qui frappaient les hommes politiques du gouvernement précédent, sauf une quinzaine d’entre eux, dont M. Kim Dae Jung, libé-ration d’un certain nombre de détenus politiques et réintégration d’étudiants.
Malgré cela, l’opposition n’a pas désarmé. En août 1983 s’est constitué un « Front Démocratique » qui demande une révision de la Constitution : élection du Président au suffrage universel, rétablissement des libertés démocratiques et libération de tous les détenus politiques. Aux manifestations sur les campus a répondu une vigoureuse répression policière.
Plusieurs fois le président Chun a déclaré son intention de quitter le pouvoir à l’expiration de son mandat, en 1987, et de procéder à une libéralisation de la vie publique au fur et à mesure du développement économique.
En 1983, l’inflation, qui était de 25 % au début des années 80, a été ramenée aux environs de 2 ou 3 %. Ces succès économiques restent cependant très dépendants d’un environnement international incertain. A la fin de 1983, quand la Corée du Nord fit de nouvelles propositions pour des négociations tripartites (les deux Corée et les Etats-Unis), on eut de l’espoir pour des investissements étrangers. Mais Séoul a refusé ces propositions. Il n’est pas étonnant que la question coréenne reste au centre des multiples rencontres entre responsables américains, chinois, soviétiques et japonais. Tous proclament leur volonté de réduire cette tension qui, 1983 l’a montré, pourrait être facilement explosive.
L’année 1984 a été marquée par la venue du Pape en Corée, par le voyage de M. Chun Doo Hwan au Japon, et par des contacts entre les deux Corée.
Le pape Jean-Paul Il a passé cinq jours en Corée, du 3 au 7 mai 1984. Il a présidé les fêtes du bi-centenaire de l’Eglise catholique et canonisé 103 des nombreux martyrs dont s’honore l’Église de Corée.
C’est par une citation de Confucius, en coréen, que le Saint-Père Ouvrit son premier discours aux Coréens : « N’est-ce pas une joie que d’avoir un ami qui vient de si loin ? ». C’était tout à la fois un hommage aux traditions confucéennes profondes et une habile adresse à tous, bouddhistes et protestants compris. La venue du Pape n’eut pas qu’un impact religieux. Les Coréens ont eu le sentiment d’être reconnus par une autorité morale et spirituelle mondiale. Telle est peut-être la vraie raison de la ferveur et de la joie que le peuple coréen a manifestées à cette occasion.
Les médias firent une place de choix à l’événement. Le gouvernement collabora, lui aussi, non sans peut-être certaines arrière-pensées, aux préparatifs de cette visite, en fournissant un lieu pour la célébration, des gardes du corps et un hélicoptère pour les déplacements du Pape. L’extraordinaire déploiement de police fut quelque peu gênant. Certes on craignait un attentat, mais on voulait surtout montrer au monde, à deux ans des Jeux asiatiques et à quatre ans des Jeux olympiques, qu’on était en sécurité en Corée du Sud. La visite du Saint-Père a constitué un test qui l’a prouvé.


RELATIONS CORÉE-JAPON

En septembre 1984, le président Chun rendit sa visite à M. Nakasone et fut reçu par le vieil Empereur du Japon. Peut-être s’attendait-il à une amende honorable pour les exactions commises pendant la période coloniale. Il ne fut question que de regrets, mais pas de pardon mutuel.
Pourtant le passage de M. Chun au Japon a suscité, dit-on, de l’intérêt pour la Corée et les relations entre les deux pays. Plusieurs œuvres parues à cette occasion le prouvent : un livre, Le Japon vu par les Coréens, une chanson écrite pour les Coréens résidant au Japon, Come back to Pusan, un film de Nagisa Oshima, Mort par pendaison, qui montre les exactions des Japonais en Corée, mais qui n’a pas été projeté en Corée. Les films et les chansons japonais sont en effet interdits en Corée. Un journal comme l’Asahi n’a que très peu de lecteurs dans la péninsule.
En 1983, M. Shintaro Abe, ministre japonais des Affaires Etrangères, avait proposé la création d’un comité culturel coréano-japonais. Les Coréens ont refusé, le journal Chosen Hbo parlant de « menace d’invasion culturelle ». Le modèle japonais de développement fait envie mais, pour se sentir lui-même, le Coréen doit prendre ses distances par rapport à lui ; à la limite, il doit être anti-japonais. Pris entre la Chine et le Japon, les Coréens ont toujours lutté pour garder leur identité culturelle. Les Japonais ont annexé la Corée à un moment crucial de son histoire, alors que la classe dirigeante de l’époque avait été incapable d’ouvrir son pays à l’Occident. Les Japonais trouvèrent rapidement des collaborateurs au sein de cette classe qui devint ainsi le modèle historique de ceux qui s’associent à l’étranger dont ils subissent l’influence. Depuis lors, le nationalisme en Corée ne s’en prend pas tant à l’étranger qu’à l’immobilisme des dirigeants. On peut le constater aujourd’hui sur les campus universitaires.
Si la Corée du Nord, communiste, a éliminé tous ceux qui avaient collaboré avec la puissance coloniale, il n’en a pas été de même dans le Sud. Pour se justifier du reproche que lui fait le Nord d’être vendu aux Américains et aux Japonais, le Sud organise périodiquement des démonstrations anti-japonaises. En fait, il reste bon nombre de politiciens formés et influencés par la culture japonaise. Les nouveaux technocrates, eux, ont grandi sous le régime de Lee Sung Man et, protégés par leurs parents du contact avec le Japon, ils ont étudié en Amérique. Leur génération a tendance à penser que le Japon n’est qu’une copie de l’Occident et que, tant qu’à faire d’imiter, mieux vaut se référer directement à l’Occident lui-même.
La rivalité entre la Corée et le Japon, à propos de leurs relations avec la Chine, ne date pas d’aujourd’hui. La Corée, jalouse de son indépendance, a toujours prétendu que la culture chinoise avait transité par la Corée pour atteindre le Japon. Par contre, les intellectuels omettent de dire que la culture occidentale leur vient par le Japon, à travers le prisme japonais.
La jeune génération est plus touchée par la culture moderne japonaise que les générations des années 50-60, car le Japon est devenu une grande puissance économique et la Corée du Sud est maintenant assez riche pour en subir l’influence. Les sentiments anti-japonais des jeunes d’aujourd’hui sont plus complexes que ceux de leurs aînés. Peut-être haïssent-ils leur propre attirance pour le modèle japonais.


CORÉENS AU JAPON

Vers la fin de l’année 1984, dans une interview à un journal japonais, M. Yang Tae Ho, Coréen âgé de 38 ans, né au Japon et ne parlant pas le coréen, déclarait : « Plutôt que d’avoir une patrie théorique, il vaut mieux se montrer accueillant aux valeurs universelles... Je ne suis ni japonais ni la reproduction miniature d’un citoyen coréen… Nous sommes des Coréens au Japon et si la première génération est venue ici contre son gré, nous, nous aimons vivre ici. » M. Yang a publié un livre, We can’t go back to Pusan, en réponse à la chanson du chanteur populaire sud-coréen Cho Yong Pil.
88 % des Coréens du Japon sont main-tenant de la deuxième et même de la troisième génération. Ils ne sont pas allés sou-vent en Corée, pas plus au Nord qu’au Sud. Il est pour eux naturel d’affirmer leurs racines nouvelles, japonaises, même si cela ne leur est pas toujours facile. La différence culturelle entre les parents et les enfants est une des conséquences caractéristiques des migrations. Les parents ne trouvent leur identité que dans la continuité culturelle. Ils souffrent donc de voir leurs enfants participer d’une culture qui les a fait souffrir dans le passé. A cela il faut ajouter la pression des deux gouvernements coréens. La Corée du Nord surtout incite ses ressortissants à rester attachés à leur patrie d’origine. Selon son idéologie du « Djou Che » (ne compter que sur soi), elle essaie de tenir en laisse les adhérents de l’Association des Coréens du Nord au Japon. Ces derniers restent nettement séparés des Japonais ; ils ont leurs écoles, leurs banques, etc. Ce type de nationalisme est un obstacle majeur à l’intégration.
Au Japon, les Coréens, aussi bien les pro-P’yong Yang que les pro-Sudistes, sont chaque année invités à venir en Corée du Sud, à l’occasion du Nouvel An lunaire ou de la fête d’automne Ju Sok. En fait, les deux associations de Coréens au Japon sont devenues comme de petites patries pour personnes âgées. Les jeunes ne s’y sentent pas à l’aise, comme le montre le titre à la fois humoristique et réaliste du livre de M. Yang, We can’t go back to Pusan.


RELATIONS NORD-SUD

En janvier 1984, la Corée du Nord, soutenue par la Chine, propose la tenue d’une réunion tripartite avec la Corée du Sud et les États-Unis. Dans un premier temps Séoul refuse mais, sous la pression américaine, assouplit sa position et laisse finalement la porte ouverte, en insistant sur la nécessité de conversations préalables directes entre le Nord et le Sud.
Durant l’été 1984, le fleuve Han dépassa sa cote d’alerte, provoquant des inondations. La Corée du Nord proposa pour les victimes une aide de douze mil-lions de dollars, surtout en riz. Séoul accepta l’offre, en refusant toutefois que la distribution soit faite par les Nordistes. Ainsi, pour la première fois depuis l’armistice de 1953, des convois de camions venus du Nord franchirent le trente-huitième parallèle et des bateaux accostèrent à Inchon.
Peu après, les deux Croix-Rouge décidèrent de reprendre leurs contacts en vue de résoudre les problèmes humanitaires des familles séparées. Puis, le 15 novembre 1984, des délégations gouvernementales discutèrent d’une éventuelle coopération économique. Les pourparlers sont restés jusqu’ici sans résultat, mais de tels contacts n’avaient plus eu lieu depuis 1972. Ils ont d’autant plus surpris qu’à peine un an auparavant avait eu lieu l’attentat de Rangoon.
Mais, le 27 novembre 1984, la radio de P’yong Yang annonçait la suspension des contacts avec Séoul, à la suite de l’incident sanglant dont Panmunjeom avait été le théâtre quelques jours auparavant : un Soviétique, dans sa fuite vers le Sud, avait provoqué une fusillade où trois Nord-Coréens et un Sud-Coréen avaient trouvé la mort. Vassily Yakovlevich était en mission à P’yong Yang jusqu’en janvier 1985 : deux mois avant l’expiration de son mandat, il avait tenté de choisir la liberté, au grand dam des Nord-Coréens.
1985 est l’année où s’est préparée et concrétisée la rencontre des familles séparées, trente du Nord et trente du Sud. Cette rencontre eut lieu du 20 au 23 septembre. Outre les familles elles-mêmes, chaque délégation comprenait des journalistes de la presse écrite et télévisée et une troupe artistique, en tout plus de cent personnes. Durant quelques jours avant le départ, les membres des familles avaient subi une préparation leur permettant de savoir ce qu’ils pourraient dire et ce qu’il ne faudrait pas dire. Mgr Daniel Chi avait refusé d’y prendre part. Il y avait un agent de la police secrète pour cinq membres de la délégation et un agent nord-coréen par personne. L’ange gardien de Mgr Chi était un homme distingué, patient, qui semblait avoir vécu à l’étranger, et qui connaissait parfaitement le passé de l’évêque, y compris son emprisonnement et sa déclaration de conscience des années 70. Il ne le quitta pas d’une semelle. A Monseigneur qui lui disait qu’il n’aimait pas le communisme, il répondit qu’en Corée du Nord il ne s’agissait pas de communisme mais de socialisme, et qu’en Corée du Sud ce ne devait pas être mieux sous le joug américain.
Monseigneur Chi rencontra sa sœur cadette et son beau-frère. Il apprit d’eux que sa sœur et son frère aînés, ainsi que plusieurs neveux, étaient décédés. Comme il disait à sa sœur qu’ils se retrouveraient tous au ciel, celle-ci lui répondit que les citoyens de Corée du Nord possédaient déjà le paradis. Comme il protestait, lui disant, à mots couverts, qu’elle était vic-time de la propagande, elle se récria avec indignation. Racontant par la suite cette rencontre, Mgr Chi avoua qu’elle fut pour lui un crève-cœur. Pressé de donner ses impressions, il ne put que répéter : « C’est triste ! C’est trop triste ! ».
Avec l’accord des autorités nord-coréennes, un pasteur organisa une célébration de la Parole ; puis Mgr Chi célébra la messe avec une cinquantaine de personnes du Sud. C’était sa première messe sur sa terre natale, la première messe célébrée dans le Nord depuis trente-cinq ans, un peu comme le dégel d’une terre dure comme la pierre. Cette visite a ainsi été comme une première brèche dans le mur de séparation, signe que Dieu voit certainement la misère de son peuple.

Il n’y a pas actuellement d’Église visible en Corée du Nord, même s’il y a des chrétiens dans la clandestinité. Mais on peut peut-être avoir quelque espoir pour l’avenir, car la Corée du Nord est obligée de s’ouvrir au monde et, par le fait, aux religions. Comment poursuivre cette ouverture sans se renier ? Cette rencontre a sans doute marqué une étape sur le chemin de l’ouverture, peut-être de la réunification, mais cette réunification n’est pas pour demain.


PROSPECTIVE

La Corée du Nord arrive à la fin d’une époque. Sous le gouvernement de Kim Il Sung, le pays a réussi un développement remarquable, tout en restant isolé du monde extérieur. Nous manquons d’informations sur l’histoire du régime et sur la situation présente. On n’en peut connaître quelque chose que grâce aux témoignages des rares voyageurs qui ont pu s’y rendre.
Comparé à l’URSS et à la Chine, le régime nord-coréen représente le degré extrême du communisme. Le parti unique est omniprésent. Il compte trois millions de membres sur dix-neuf millions d’habitants. Il est au-dessus de l’État, le Bureau politique étant au-dessus du gouvernement. Au niveau de la production dans les entreprises, ce sont, semble-t-il, les cellules du Parti qui assument la direction.
Le culte de la personnalité dont Kim Il Sung est l’objet conduit à des excès incon-nus ailleurs. Le conformisme idéologique est total. L’histoire de la révolution a été écrite en fonction du chef. A la libération, il rejoint le pays en tant qu’officier de l’armée rouge et se retrouve à la tête du parti communiste en 1945. Il s’est ensuite imposé par des purges sanglantes qui ont éliminé nombre de cadres localement connus. Les militants communistes du sud du pays ont été liquidés comme boucs émissaires de la défaite après la guerre de Corée de 1950-53.
Le régime n’a rien de démocratique, mais réprime avec férocité tous ses opposants. Dans un article paru en 1981, The North Korea enigma, John Halliday citait la réponse du poète chilien Genaro Carnero Checa, qu’on interrogeait sur son soutien inconditionnel à la Corée du Nord : « Les Coréens du Nord ont combattu les Américains ; ils ont réalisé des choses incroyables en matière économique. Leur pays est le seul pays du Tiers monde où chacun bénéficie d’un bon service de santé, d’une bonne éducation et d’un bon loge-ment… mais c’est le pays le plus triste et le plus misérable où je me sois rendu de ma vie. Là-bas je sens sombrer mon cœur ». Le poète parlait sans doute de l’écrasement de l’homme sans liberté aucune.
La modernisation du Nord est impressionnante. Elle permet de comprendre la stabilité du régime. Le pays serait quasiment auto-suffisant en matière alimentaire, grâce à une agriculture mécanisée qui utilise largement les engrais produits sur place. L’industrie lourde couvre une partie de ses besoins avec ses tracteurs, ses automobiles, ses produits chimiques. Le pays exporte de l’armement vers l’Iran, le Zimbabwe. Il a ses chantiers navals. L’industrie légère n’a pas été sacrifiée au développement de l’industrie lourde. Le pays s’est rapidement urbanisé mais, apparemment, d’une façon équilibrée, sans la constitution de bidonvilles, sans métropoles tentaculaires. P’yong Yang est une ville très aérée de 800 000 habitants.
Le point noir semble être la technologie, qui est peu avancée. L’intensité du travail ne suffira pas à assurer la hausse de la production, grave problème car, depuis les années 70, la Corée du Nord n’a pas pu régler sa dette extérieure qui est de deux milliards de dollars.
Les responsables de la planification nord-coréenne pensent qu’il faudrait rendre plus active la coopération avec l’URSS et les pays de l’Est européen. C’est dans ce but, semble-t-il, que Kim Il Sung s’est rendu à Moscou. Mais il faudrait aussi inciter les capitaux occidentaux et japonais à s’investir sous forme de « joint ventures » avec les capitaux locaux. Une réforme est en cours, qui permettra une décentralisation.
Il y a aussi des facteurs politiques de déséquilibre. La menace de guerre a probablement servi à mobiliser la population du Nord, y compris sur le front de la production, d’autant que le régime contrôle sévèrement l’information et la connaissance du monde extérieur. La population du Nord croit encore que c’est le Sud qui a envahi le Nord en 1950. L’isolement du pays est tel que les gens ne savent rien de la situation internationale.
Les succès économiques, les progrès sociaux, l’efficacité des moyens de con-trôle idéologique, comme la censure de l’information, ont assuré la longévité du régime. Mais qu’en sera-t-il demain ? Kim Il Sung est âgé de plus de 70 ans. Il prépare activement sa succession, tout en gardant en main les affaires du Parti. La mort du « Grand Dirigeant » peut ouvrir une crise profonde. Il a su maîtriser par son autorité les tensions internes du Parti, mais des troubles peuvent éclater au moment où il cèdera le pouvoir à son fils Kim Jeong Il.
En Corée du Sud, on parle de rencontre au sommet des deux gouvernements du Nord et du Sud. M. Pak Tong Jin, du ministère de la Réunification, a récemment déclaré qu’une telle rencontre, si elle avait lieu rapidement, favoriserait grandement la réunification pacifique. Entre la reconnaissance bilatérale de facto et les concessions mutuelles pour la réunification, il y a un grand fossé. Où se fera la rencontre ? A Séoul ? A P’yong Yang ? Nul ne le sait. La rumeur parle d’un pays neutre.
Les médias ont annoncé, le 31 octobre 1985, que Kim Jeong Il, fils de Kim Il Sung, devait bientôt faire un voyage à Moscou, sans doute pour y recevoir l’investiture comme successeur de son père.


POLITIQUE INTÉRIEURE EN 1985

Janvier 1985 a vu la constitution dans le Sud d’un « Nouveau Parti Démocratique » (NPD) qui a profondément marqué les élections législatives du 12 février 1985. Le 8 février, M. Kim Dae Jung, exilé aux Etats-Unis, rentrait en Corée. Il fut cueilli froidement par la police à l’aéroport de Kimpo, séparé séance tenante de sa suite d’Américains et de Coréens, et conduit manu militari à son domicile, où il est assigné à résidence.
M. Lee Min Woo, encore privé de ses droits civiques un mois auparavant, devint président du NPD, le 18 janvier. Il fit une entrée fracassante dans la campagne électorale, tenant un langage qu’on n’avait pas entendu depuis longtemps : « le soi-disant ordre nouveau établi en 1980 n’est qu’une impasse qui ne mène nulle part ». Il rejoignait l’opinion exprimée par un diplomate : « En dépit de ses velléités, le régime, dont la base est beaucoup plus militaire que populaire, se crispe et ferme le jeu dès que le processus qu’il a lui-même engagé échappe tant soit peu à son contrôle ».
L’opposition fut autorisée à critiquer le régime, mais la liberté ne lui en a été laissée que dans le cadre limité des réunions électorales où assistaient les candidats de la circonscription, chacun ayant son temps de parole. Pour le reste, les moyens d’information sont restés sous le contrôle de la censure officielle. « La télévision et la presse sont les instruments de la dicta-ture. Si l’information était libre, le régime ne tiendrait pas une semaine » a déclaré M. Kim Yong Sam au correspondant du Monde (Le Monde du 13 février 1985).
Durant la campagne électorale l’argent a coulé à flots, malgré les appels à la modération lancés par le gouvernement. Ces appels avaient peu de chances d’être entendus, les allées du pouvoir étant le théâtre de scandales financiers de grande envergure. La dénonciation de la corruption fut un des thèmes de la campagne de l’opposition, avec d’autres comme l’élection du président au suffrage universel, la critique de certains aspects de la politique économique, les inégalités sociales criantes, l’absence de salaire minimum garanti, l’endettement des paysans et le poids de la dette extérieure.
La majorité eut beau menacer ; le régime de Chun ou le chaos, et mettre en garde contre les dangers que feraient courir au pays des excès démocratiques face aux menées du Nord, l’irruption du NPD, le retour de Kim Dae Jung et la maturité politique des Coréens ont permis de mettre en place une véritable opposition grâce aux élections.
Faut-il rappeler que chaque circonscription a deux députés, que 92 autres sont désignés par un système de proportionnelle qui avantage le parti majoritaire ? Malgré ce système qui leur est défavorable, les partis d’opposition ont envoyé 128 députés à l’Assemblée, contre 148 pour le parti gouvernemental, sur un total de 276.
Pour la première fois depuis qu’il est en fonction, le président Chun s’est ainsi trouvé devant une véritable opposition. Les députés de l’opposition lui ont demandé une entrevue pour lui présenter un plan de restauration de la démocratie, prévoyant sa démission pour 1987, quelque temps avant l’expiration de son mandat. Le parti gouvernemental a alors réagi avec virulence, exigeant de l’opposition qu’elle reconnaisse la Constitution en vigueur. L’épreuve de force ne fut évitée que de justesse, par une sorte de reconnaissance indirecte du système. Le gouvernement n’insista pas davantage : il a besoin de l’opposition pour la préparation des divers jeux internationaux qui vont se tenir à Séoul. Mais le problème politique demeure.
De nombreux politiciens se plaignent d’avoir été injustement privés de leurs droits civiques par le gouvernement Chun. Ils disent aussi que, dans le système actuel, l’élection du président est trop influencée par le gouvernement. Ce dernier, lui, ne veut rien changer à la Constitution. Il joue sur les divisions internes du NDP. En effet, bien que n’ayant pas retrouvé ses droits, Kim Dae Jung a, lui aussi, ses partisans au sein de cette formation et se trouve être le rival de Kim Yong Sam.
M. Han Sung Ju, professeur à l’Université nationale de Séoul, est un des sages qui expliquent que l’opposition doit proposer une alternative modérée pour que le pouvoir revienne aux civils. La démocratisation ne peut se réaliser que progressivement si on veut éviter une déstabilisation de l’équilibre politique et social. De nombreux Coréens préfèrent la sécurité à la vraie démocratie, considérant qu’ils n’ont en réalité pas le choix. Ils ne veulent pas courir le risque de tomber dans le cercle vicieux où la répression succède au défoulement. De plus, l’opposition doit veiller à ce que, si elle arrive au pouvoir, ce ne soit pas grâce à une intervention militaire qui rendrait la situation pire encore qu’elle n’est présentement.
Selon M. Han, le peuple coréen veut voir le parti gouvernemental et l’opposition jouer le jeu démocratique. La situation politique actuelle demande que, de part et d’autre, on fasse preuve de modération et qu’on pratique le compromis. Le parti gouvernemental doit montrer sa volonté de composer avec l’opposition et lui permettre de participer à l’exercice du pouvoir. L’opposition doit, de son côté, reconnaître qu’arriver au pouvoir n’est pas une fin en soi, et reconnaître aussi ce qui a été fait de bien par les gouvernements qui ont dirigé le pays jusqu ici.
La contestation étudiante n’a pratique-ment jamais cessé. Les jeunes n’ont peut-être pas de programme bien défini, mais ils se disent que, si dans le pays personne ne bouge, le gouvernement ira de plus en plus loin dans l’oppression, et que la démocratisation et la justice sociale seront toujours renvoyées aux calendes grecques. Ils improvisent des campagnes de protestation au gré des événements.
Lorsque leur agitation favorise la poli-tique du gouvernement, par exemple, les campagnes contre l’Amérique qui veut obliger la Corée à ouvrir ses marchés aux produits américains, on peut se demander si le pouvoir n’est pas heureux de la tolérer pour donner au régime un air de démocratie. Mais on ne peut approuver les violences auxquelles se livrent les étudiants. Le cardinal Kim le rappelait, au mois de juin 1985, dans une interview à l’Asian Focus : « Je leur ai dit que, moi aussi, j’étais pour la démocratie et que je partageais leur souci des droits de l’homme, mais je ne peux pas approuver les procédés auxquels ils recourent. En tout état de cause, je n’aime pas la violence. Et puis quels résultats peut-on escompter de manifestations qui n en finissent pas ? Cela me laisse sceptique. Cependant si vous me demandez si j’ai trouvé une solution de juste milieu, satisfaisante pour tous, je vous dirai que non. Je pense que le rôle de l’Église en Corée est d’être un instrument de paix, de réconciliation et de pardon. En même temps elle doit promouvoir la justice et défendre les Droits de l’homme ».



II. LA CONJONCTURE ÉCONOMIQUE EN 1985


1º On remarque d’abord un net ralentissement de la croissance économique, qui s’est amorcé depuis mars 1984. Les prévisions officielles de croissance du PNB qui étaient de 7,5 % pour 1985 ont été revues à la baisse et ramenées à 6,3 %. En fait le PNB ne devrait augmenter que de 5 à 6 % en 1985.

2º Ce résultat, décevant en regard de la performance réalisée par l’économie coréenne en 1983 (9,5 %) ou même en 1984 (7,5 %), sera pourtant supérieur à celui de la plupart des pays nouvellement industrialisés de l’Asie. Il s’explique par un fléchissement de la demande intérieure et de la formation du capital brut, par un net recul des exportations surtout.

a) La croissance de la demande intérieure s’est tassée. Elle n’a été que de 4,1 % en moyenne annuelle pour le premier trimestre 1985, contre 6 % pour la même période en 1984. Ce chiffre n’a pu être atteint que grâce à une hausse de 13 % en moyenne annuelle des dépenses gouvernementales. La consommation des ménages n’a augmenté que de 3,5 % pour les six premiers mois de 1985.

b) La nette stagnation de la formation brute de capital traduit la diminution de l’activité économique, surtout sensible dans le bâtiment. Mais aucun dérapage inflationniste n’est encore apparent au niveau des prix. La hausse des prix a été de 1,2 % au premier semestre 1985 pour les prix de gros, et de 2,2 % pour les prix de détail, par rapport à la même période de 1984.

c) On constate un dérapage des exportations, mais le volume des importations demeure contrôlé.
Les exportations ont atteint 15,8 milliards de dollars US pour le premier semestre 1985, en recul de 3,5 % par rapport au résultat de la même période en 1984. La plupart des secteurs connaissent ce recul à l’exportation. Les plus touchés sont les chantiers navals (– 23 %o) et les industries du bois (– 19,8 %). Le secteur, pourtant prometteur, de l’électronique n’a pas été épargné (– 5,1 %). Par contre, le secteur des industries mécaniques enregistre une forte croissance (+ 32,8 %), ainsi que celui des industries chimiques (+ 16,9 %).
Les importations cumulées atteignent 16,7 milliards de dollars pour le premier semestre 1985, en diminution de 7,3 % par rapport à la même période de 1984. La maîtrise des importations a été rendue possible par une légère diminution des achats dans pratiquement tous les secteurs concernés. Le secteur des biens d’équipement et des transports se signale en particulier par une baisse massive de ses achats à l’étranger (– 46,7 %). Cela traduit bien la volonté du gouvernement de ne pas se départir de la politique de stabilisation poursuivie depuis quatre ans, si ce n’est par quelques ajustements limités pour s’adapter à la conjoncture internationale défavorable aux exportations coréennes.

d) On remarque également une réduction substantielle du déficit de la balance des paiements. Il était de 0,91 milliard de dollars à la fin de juillet 1985, supérieur de 500 à 700 millions de dollars à ce qu’était l’objectif gouvernemental, mais c’est une nette réduction par rapport à la même période de 1984 où le déficit s’élevait à 1,34 milliards de dollars.

e) Enfin, lourde est la dette extérieure. Elle a atteint 45,3 milliards de dollars à la fin de juillet 1985, soit 100 millions de plus que l’objectif gouvernemental. Selon les statistiques officielles, les intérêts payés pendant cette période se sont élevés à 2,317 milliards de dollars. En incluant les emprunts faits à l’étranger par les firmes coréennes, la dette dépasserait 50 milliards de dollars.

3º Ajustements ponctuels prévus pour le deuxième semestre 1985, afin de respecter les objectifs de croissance de l’année.
Plus de 500 milliards de wons (1 dollar US = 895 wons) sont accordés par la banque centrale aux banques locales en difficulté pour qu’elles puissent rééchelonner leurs dettes. Le taux d’intérêt de ces prêts est de 3 % , au lieu de 5 à 8 % précédemment.
Des mesures de relance ont été prises. Les crédits à l’exportation seront plus favorables aux exportateurs coréens. L’avance qui leur sera consentie se fera sur la base d’un taux de change de 740 wons par dollar, au lieu de 710 précédemment. De plus, les crédits à l’investissement seront augmentés, d’une part pour les PME avec une enveloppe de 100 milliards de wons de crédits supplémentaires, et d’autre part pour l’industrie textile, avec une aide de 50 milliards de wons pour sa modernisation. Le secteur du bâtiment n’a pas été oublié. Pour le stimuler le gouvernement a décidé de construire une ville industrielle de 27 km2 sur des terrains à gagner sur la mer dans le district de Sihwa, dans la province de Kyonggi. Le coût total du projet est estimé à 698,5 milliards de wons.
Par ailleurs, un supplément de 257,2 milliards de wons au budget de 1985 a été voté par l’Assemblée nationale. Ce supplément porte à 12,2 % l’augmentation du budget par rapport à celui de 1984.
Enfin la révision du système fiscal des entreprises sera opératoire dès la fin de 1985. Cette mesure vise à assainir la structure des ressources des entreprises, dont l’endettement est souvent excessif. Elle comprend des déductions d’impôts accordées aux entreprises qui financent leur croissance par des augmentations de capital social, un amortissement accéléré pour les achats d’immobilisation, et la suppression des réductions de taxe sur les crédits à court terme.

4º Prévisions pour la fin de 1985.
Comme il faut un délai pour que mesures aient de l’effet, une croissance du PNB de 5% en base annuelle pour le second semestre de 1985 paraît envisageable.
Selon les prévisions du “Korean Development Institute”, la balance des paiements devrait connaître un excédent de 0,18 milliard de dollars, ce qui ramènerait son déficit de l’année à 0,90 milliard. Cet excédent doit être alimenté par une reprise espérée des exportations. Le commerce extérieur a été excédentaire en juin et en juillet. De plus, la dépréciation du won par rapport au dollar devrait permettre aux produits coréens d’être plus compétitifs sur les marchés étrangers.
L’objectif gouvernemental était une hausse modérée des prix, de l’ordre de 2 %. Il devrait être atteint. Pourtant les mesures de relance, en particulier la libéralisation des prix dans le secteur du logement et le relâchement de la politique monétaire, risquent de provoquer un dérapage vers la fin de 1985.


5º Problèmes de structure
La baisse de la compétitivité des exportations coréennes et l’importance du sous-emploi constituent les deux principaux problèmes de structure auxquels le gouvernement n’a pas encore su trouver de solution satisfaisante.
La multiplication récente des conflits du travail et l’augmentation moyenne des salaires qui en est résultée (7,5 %) ont contribué à accélérer la baisse de compétitivité de l’industrie coréenne en termes de productivité du travail par rapport à la plupart des autres pays d’Asie.
La comparaison de l’évolution des coûts horaires du travail dans l’industrie textile, effectuée par le “Korea Consulting Group”, fournit un bon exemple de ce phénomène au cours des quatre dernières années.

Comparaison des coûts horaires de travail
(en dollars US)
1980 1982 1984
Corée 0,78 1,53 1,89
Hongkong 1,91 1,40 1,65
Taïwan 1,26 1,43 1,64
Inde 0,60 0,66 0,71
Thaïlande – – 0,56
Pakistan 0,34 0,37 0,49
Chine – – 0,26
Indonésie – – 0,22

Pour assurer le maintien du plein emploi, il faudrait créer chaque année 4 à 500.000 emplois. Le nombre total d’emplois créés en 1981 a été de 300.000, en 1982, de 400.000, et en 1983, de 100.000 seulement. En 1984, le marché du travail a connu un solde négatif : 100.000 emplois ont été perdus. Le chômage s’est donc accru. Il est sous-estimé par le gouvernement qui le chiffre à 4 % en juillet 1985, alors qu’il doit être en réalité de 11 %. Et selon toutes probabilités il devrait augmenter encore.


LA JUSTICE SOCIALE

Depuis le rapport de 1980-83, la justice sociale n’a guère progressé. Dans le contexte politique actuel, une action revendicative est facilement taxée de collusion avec le communisme et suspectée de faire le jeu de la Corée du Nord.
Au printemps de 1985, lors de la préparation d’une lettre pastorale sur la doctrine sociale de l’Église, certains évêques ont tenu à rencontrer des travailleurs sur leur lieu de travail et dans leur vie. Le cardinal Kim est allé voir des mineurs. Mgr Dupont est allé passer deux jours dans une famille. Le 5 juillet, en la fête de Saint Kim Dae Gun, les évêques ont publié un document intitulé « Pour une société plus humaine ». Entre autres, ils insistaient sur la nécessité d’un plus juste salaire pour chacun car, en Corée, le SMIG n’existe pas. Les petits patrons sont impuissants à lutter contre les monopoles. Les paysans, comme les pêcheurs, sont criblés de dettes. Les évêques notaient aussi le droit imprescriptible qu’ont les employés de négocier avec leurs employeurs le montant de leur salaire et, si besoin est, d’engager des actions collectives pour faire aboutir leurs revendications.
En novembre 1984 eut lieu une grève visant à obtenir une augmentation de 8,6 % , pour atteindre le salaire minimum de 130.000 wons (environ 1.300 Francs). Le Korea Time notait que 9,3 % des travailleurs syndiqués touchaient moins de 100.000 wons par mois. 70 % de ces travailleurs appartiennent au textile, 15,3 % à la métallurgie, 13 % à l’industrie chimique. Le journal ne comptait pas les milliers de travailleurs des PME.
Les évêques réclamaient aussi une politique de lutte contre le chômage, pour sauvegarder les droits fondamentaux des travailleurs. Ils soulignaient la nécessité d’un système de sécurité sociale, du développement de la stabilité de l’emploi, de l’apprentissage, de la réduction des heures de travail (actuellement 56 heures par semaine), de la suppression des renvois non motivés. Pour terminer, ils donnaient des directives pastorales pour permettre à l’Église de se mettre au service de tous, « y compris des déracinés qui ont émigré de la campagne vers les villes, et de les aider à atteindre un niveau de vie véritablement humain ».
En octobre 1984, le rapport national de Justice et Paix traitait du logement dans le cadre de l’urbanisation. Il notait que les gens de la campagne, happés par les centres urbains où ils deviennent de la main-d’œuvre à bon marché, n’arrivent pas à se loger. Les municipalités elles-mêmes demandent des loyers prohibitifs pour des travailleurs qui doivent se contenter de salaires de misère.


III. LE CONTEXTE RELIGIEUX
PLACE DU CATHOLICISME


Le missionnaire doit connaître le terrain dans lequel il sème, l’efficacité de son action dépendant pour une large part de la qualité de ce terrain.
Il doit aussi distinguer la croissance de l’Église visible des progrès de l’évangélisation en profondeur : l’une et l’autre ne coïncident pas forcément. Quoi qu’il en soit de la valeur des acteurs qui s’y consacrent, missionnaires étrangers, prêtres et laïcs coréens, l’évangélisation est largement dépendante de facteurs sur lesquels ils n’ont pas de prise.
A quelles causes peut-on attribuer les conversions de non-chrétiens dont rendent compte les statistiques ? Quelles sont les motivations profondes des convertis ?
Aujourd’hui, en Corée, toutes les religions manifestent une grande vitalité. Elles ont une place reconnue dans la société coréenne, leurs finances sont prospères, leurs fidèles sont unis entre eux. Pourtant il semble qu’aucune d’entre elles ne joue un rôle vraiment décisif dans la communauté nationale. On peut se poser la question : à qui les Coréens s’en remettent-ils aujourd’hui pour « gérer le sacré » ? Les religions qui ont toujours eu une place dans l’histoire du pays assuraient cette gestion du sacré qui est leur fonction propre, accomplissant une sorte de service public, plus ou moins reconnues par les autorités comme ayant compétence en ce domaine, au risque d’être même tenues en tutelle par le pouvoir politique. Qu’en est-il aujourd’hui ?


1º LE RÔLE DES RELIGIONS EN CORÉE

On peut distinguer cinq courants ou cinq familles religieuses qui se partagent les fonctions traditionnellement dévolues à la religion : la religion populaire, le bouddhisme, le confucianisme, les religions nouvelles et le christianisme.

a) La religion populaire, centrée sur la communauté rurale, tend à la protection, à la prospérité et à la cohésion de cette communauté. Elle accompagne les grands moments de la vie. Par ses jeux quasi liturgiques (noli) et ses divers sacrifices, elle organise l’espace et le temps dans la reconnaissance d’un monde qui échappe à la volonté des hommes et sur lequel on ne peut mettre la main.
Méprisée par le bouddhisme, elle l’a cependant contraint à lui faire une place, pour le culte des génies protecteurs des montagnes, près des temples où ces génies sont installés. Le confucianisme l’a traitée de haut comme la religion des illettrés, opposés à ceux qui savent, bonzes et lettrés. Au début du mouvement des « nouveaux villages », cette religion populaire a été suspectée. On a même détruit les sonangdangs, endroits qui abritaient la table des sacrifices, mais elle a été peu à peu récupérée par le folklore. Ses jeux font partie de toutes les kermesses (Min Sok Jae) qu’organise le gouvernement.

b) Le bouddhisme, malgré son passé prestigieux, se trouve un peu dans la même situation que la religion populaire ; il doit faire front à la modernité, comme le christianisme sociologique en Europe. Il connaît une crise d’identité, avec de graves problèmes d’organisation interne. Il n’a pas su se rendre accessible, ses textes demeurant incompréhensibles aux gens ordinaires. Des rivalités entre sectes ont diminué son prestige et son autorité. Il garde pourtant son rang comme une grande force traditionnelle dont le patriotisme est au dessus de tout soupçon.
La flamme du bouddhisme n’est pas éteinte : 18 % des Coréens s’en réclament. Les jeunes bouddhistes sont actifs sur les campus des universités et des collèges. C’est le bouddhisme qui a façonné l’âme coréenne et lui a donné sa grandeur, qui lui a inculqué la patience, le souci de la destinée, le détachement des biens de ce monde, la tolérance. Perfection que le christianisme n’a peut-être pas encore égalée dans ce pays.
Mais son approche de la vie est devenue désuète. Il s’avère incapable de prendre en considération l’histoire, les problèmes économiques. Il semble trop préoccupé d’échapper au temps et aux apparences, trop peu soucieux de la société en son ensemble et des droits de la personne. Exilée dans la montagne, la communauté des moines propose un refuge, une consolation, un chemin d’intériorité, mais elle n’a pas de prise sur le monde en devenir.
A la fin du XIVe siècle, avec le changement de dynastie, le bouddhisme a subi une grande défaite politique, et s’est trouvé relégué dans les campagnes, loin des centres urbains de décision. Il a été combattu tour à tour par le confucianisme, qui représentait à l’époque un effort de sécularisation, et par les différentes formes de christianisme, tous ces adversaires faisant de lui leur cible commune et l’obligeant à se tenir sur la défensive.

c) Les religions nouvelles, elles ont toujours existé, leur caractéristique principale étant d’être éphémères. Elles représentent un phénomène de contestation du pouvoir politique. Nées en temps de crise, elles sont syncrétistes, fortement politisées, violentes et nationalistes, reflétant bien l’âme coréenne en quête de son identité. Souvent dirigées par un leader d’origine populaire, non dépourvu d’instruction et bon manieur de foules, elles donnent corps à une réaction contre le vide social et intellectuel. A défaut d’être très unifié leur contenu dogmatique est précis, et très en prise sur la réalité sociale. Ces religions gèrent la « violence du sacré ». Parmi elles on peut citer le Tong Hak, le Ch’on Do Kyo, les sectes du Pak Ch’ang No et de Moon Son Myong.

d) Le confucianisme, bien que n’étant pas une religion au sens propre, prend sa part de l’administration du sacré, en organisant des relations entre l’État et les individus, entre les vivants et les morts. Très présent par ses rites minutieux et par ses fêtes, il tente de rationaliser les rapports humains, enseignant une morale fondée sur la raison et le devoir. Si on compare le bouddhisme au Kant-de la raison pure, le confucianisme serait un peu le Kant de la raison pratique. Son mouvement Sil Hak pousse à l’approche pragmatique de la réalité et encourage la volonté de transformer la situation matérielle et politique. Il recommande le respect des autorités, et favorise le goût de la réflexion, exige de ses adeptes une grande attention aux relations humaines et le souci de l’État.

e) Les différentes confessions chrétiennes. Le catholicisme qui s’est d’abord trouvé seul représentant du christianisme dans ce contexte religieux déjà riche, a été depuis cent ans confronté à de multiples formes de protestantisme. Pendant cette période, les confessions chrétiennes se sont livrées à une lutte d’influence qui aurait pu aboutir à les neutraliser. En réalité, paradoxalement, la division des Églises, bien qu’apparaissant scandaleuse, a été un facteur favorisant leur expansion. Séparées, les Églises font moins peur que si elles constituaient un ensemble monolithique.


2º L’ARRIÈRE-FOND CORÉEN

L’analyse du phénomène religieux ne suffit pas à rendre compte, à elle seule, du traitement réservé au sacré dans la société coréenne. Pour le comprendre, il faut chercher plus loin. En fait, la Corée n’a cessé de vivre un véritable drame : celui du pouvoir et de l’autorité à tous les niveaux. La légitimité n’a jamais su s’établir sans dramatiser, sans exagérer ses positions, que ce soit dans la société politique, où l’autorité n’est pourtant guère contestée, ou que ce soit dans la famille au sein de laquelle, sous des apparences sereines, l’autorité ne sait pas faire place aux cadets. Les critères de choix ne sont pas la compétence et l’efficacité dans les tâches imparties mais, au lieu de reposer sur un compromis, l’autorité est toujours obtenue par un coup de force. Pour se légitimer, elle devra donc faire appel au sacré.
Le sacré « fascinosum et trememdum », c’est d’abord le pouvoir, pouvoir vertical et non autorité horizontale. Pour justifier son emprise, le pouvoir humain va se référer à, et exploiter, un sacré que l’homme ne contrôle pas et qui détermine sa vie. Ainsi protégé il pourra dire : c’est comme ça, nul n’y peut rien. Réfugié dans l’aura de ce qui va de soi, il ne saurait être discuté, sans que soient mises en cause les bases de la société, société dont l’équilibre est fragile. La menace précède donc toute discussion du pouvoir. De même qu’autrefois la légitimité dynastique n’a pas suffi, aujourd’hui les élections ne sont pas un critère suffisamment crédible. Alors qu’ils devraient satisfaire tout le monde, ni le contrat social, ni la souveraineté du peuple, ni les valeurs démocratiques ne font le poids. La notion même du pouvoir est fautive dès le départ, ce qui explique l’instabilité de la société coréenne et les appels continuels à l’union lancés par ses chefs.
Cette société doit recourir aux impératifs moraux du confucianisme pour justifier les inégalités, le droit des aînés, les rapports d’allégeance et de compagnonnage dans les allées du pouvoir. Le caractère impératif des rapports sociaux est continuellement rappelé. L’autorité de Confucius sert de garant et donne une base à la société qui a toujours reposé sur elle. Sous peine de se renier, on ne peut donc la remettre en cause, comme s’il s’agissait d’une philosophie parmi d’autres. Elle se trouve sacralisée.
A cette réalité qui règle, de fait, les rapports de l’univers et de la société humaine, correspond un double céleste. C’est la notion de principe, de loi, d’axiome métaphysique, qui n’a jamais été remise en cause, loi descendue du ciel (Kai Ch’on Djol), même si les hommes en aménagent les données (Ch’é Ch’on Djol, c’est-à-dire constitution). La mention de la fête du Kai Ch’on Djol (ouverture du ciel) au calendrier national montre bien que la nation ne peut se passer d’un fondement originel et mythique.
Pour reconnaître et célébrer ce sacré, avant tout politique, des rites sociaux et religieux vont prendre corps. L’importance des « Siks » n’est pas un effet du hasard. Ces cérémonies célèbrent le pouvoir. Les places y sont soigneusement distribuées, la disposition même de la cérémonie montrant qu’il s’agit d’un rite social et national. Chacun a sa place, les uns sur l’estrade, les autres au loin, simples spectateurs. Il ne s’agit pas seulement de sécurité, mais d’une distinction des rôles. Les participants sont triés sur le volet, n’importe qui n’étant pas admis à célébrer le pouvoir. Le public, lui, est relégué à l’extérieur et surtout devant son téléviseur.
La fréquence de ces rites, répétés à dates fixes, entraîne comme une « messianisation » de toute la vie nationale, fuite en avant systématiquement organisée, permettant de faire miroiter un avenir qui se garde bien de prendre rendez-vous avec l’histoire. On utilise constamment, liée à ce messianisme, la notion de pays martyr, éternelle victime des autres et d’une agression extérieure, affirmation gratuite qui cache l’impossibilité de prendre en mains son destin, de construire une société qui soit le fruit d’un contrat, d’une entente et d’une alternance au pouvoir. C’est toujours le tout ou rien. Ce messianisme comporte aussi, pour les dirigeants, le risque de se croire investis d’une mission mondiale de défense contre le communisme. Le pouvoir se présente comme le rempart de la démocratie, sinon du monde libre. Il a tendance à mettre en avant sa « situation spéciale », qui lui permet tous les abus.
Dans un psychodrame de cette dimension, la tentation est grande de vivre à huis clos, de se replier sur soi. C’est pourquoi les frontières ont été si longtemps fermées. La barrière de la langue garantit aussi le secret des affrontements, les Coréens ne disant aux étrangers que ce qu’ils veulent bien. Le public coréen est d’ailleurs, lui aussi, écarté du débat, la presse locale ne lui donnant aucune information sur les vraies questions. La tendance et la tentation sont de sauvegarder, à tout prix, son image à l’extérieur. Le paraître devient plus important que le faire, le dynamisme de la vie coréenne étant mobilisé à son service.
Les religions tirent profit de ce fond religieux. L’Église catholique tend à se démarquer des autres mais, elle aussi, trouve avantage dans ce drame du pouvoir.


3º L’APPORT SPÉCIFIQUE DES CONFESSIONS CHRÉTIENNES

La fréquentation des églises et des temples ne date pas d’hier. On a entendu parler du christianisme en Corée depuis près de quatre cents ans. Les livres chrétiens et les persécutions ont marqué l’histoire du pays. Sans revenir sur les détails de cette histoire au XIXe siècle, on peut dire que depuis lors le catholicisme jouit d’un capital de sympathie en Corée, même si on ne peut parler d’une vraie symbiose entre lui et la société. Le XXe siècle, lui, a été et est encore celui du protestantisme.
Les catholiques ont été les premiers arrivants, les premiers à affronter la culture coréenne, à parler de Jésus-Christ et à présenter la morale chrétienne et ses exigences. Très soucieux de se démarquer de toute activité touchant à la politique, les missionnaires MEP de l’époque n’ont pas cherché à imposer aux catholiques un mode de vie occidental, ni cherché à exercer une influence culturelle. Tout a changé avec l’arrivée des protestants dans les années 1880, quand la liberté religieuse a été acquise pour tous. Très liés au pouvoir de leur pays d’origine, les missionnaires protestants sont, en Corée, comme une part de l’Amérique. Représentants de la culture américaine, ils ont apporté avec eux tout un système d’éducation sans se soucier de l’adapter. Ils n’éprouvaient pas le besoin de mettre en cause leur propre civilisation, qui fonctionnait si bien, venant à bout de la maladie et de l’ignorance. Ils ont ainsi imposé le modèle américain sans se soucier de savoir s’ils violaient ou non la culture locale.
Alors que les missionnaires français, victimes de la séparation de l’Église et de l’État en France, se tenaient résolument à l’écart des questions politiques, les protestants, eux, se sont d’emblée liés au pouvoir et ont épousé facilement la cause de l’indépendance coréenne. Le problème de la séparation du religieux et du politique ne se posait pas pour eux. Bien que n’étant pas parvenus à lancer un grand quotidien comparable au « Kyong Yang » des catholiques, les protestants ont pourtant exercé une grande influence, notamment dans le domaine de l’éducation, par les écoles.
L’interprétation libre de la Bible a de même été pour eux un outil efficace, utilisable dans les catégories de la pensée coréenne traditionnelle. Alors que le catholicisme, à cause de sa rigidité, paraît ressembler à certains égards aux nouvelles religions, le protestantisme, divisé et sans préoccupation dogmatique, semblait plus acceptable, faisait moins peur. Il faut dire aussi que les protestants disposaient de fonds importants et d’un personnel très nombreux, comparé à celui des catholiques. Peu soucieux de grands principes, ils ont connu le succès, grâce à leur pragmatisme, leur bonne volonté, leur efficacité dans le soulagement des misères.
En un sens on peut dire qu’aujourd’hui le catholicisme vit, lui aussi, à l’heure protestante en Corée : il doit essayer de se démarquer de lui, sans agressivité, ne serait-ce qu’en multipliant les statues. Il demande aux études bibliques un appui pour sa pastorale. Son unité monolithique fait contraste avec les divisions des protestants.


4º LA SITUATION POLITIQUE PRÉSENTE

On dit que l’engagement de l’Eglise pour les Droits de l’homme lui a valu la confiance et l’admiration de la population. Cela est exact, mais il reste à expliquer pourquoi on trouve des catholiques dans les deux camps, celui du pouvoir et celui de l’opposition. Comment, fréquentant les mêmes églises, les catholiques ont-ils pu y trouver de quoi nourrir, les uns leur soutien à l’idéologie du pouvoir, les autres leur sympathie pour l’utopie de l’opposition ?
Voulant tout contrôler, le régime en place ne laisse aux citoyens aucune marge de liberté et d’initiative. De nombreuses bonnes volontés, découragées par lui et inemployées, vont s’investir dans les Églises. Conséquence de la dictature, l’innocence est suspectée. N’est innocent que celui à qui est conféré un brevet de respectabilité par les autorités. Frustrés, beaucoup de gens de bonne foi viennent chercher dans les Églises un endroit où leur innocence est bienvenue, reconnue, appréciée pour elle-même.
Beaucoup de gens sont également insatisfaits pour d’autres raisons : la recherche à tout prix des biens matériels ne comble pas leurs aspirations profondes. Devant la montée du matérialisme, ils éprouvent le besoin d’un supplément d’âme.
Il faut noter aussi que, le régime faisant profession d’anticommunisme, on peut difficilement se dire athée en Corée. Ce faisant, on risque d’être rapidement taxé de communisme. L’armée elle-même travaille au réarmement moral et utilise les religions pour le promouvoir.


5º LA CROISSANCE DES ÉGLISES

Peut-on parler d’une tactique des Églises exploitant l’insatisfaction des gens pour s’assurer de nouveaux adhérents ? Ce serait bien simpliste. En fait personne ne maîtrise le phénomène religieux. Certaines confessions ou sectes parviennent à exercer une influence non négligeable dans ce contexte, mais il est difficile de repérer les ressorts de leur action. Malgré ses lourdeurs le catholicisme, lui aussi, tire son profit de la situation en laissant la porte grande ouverte à tous ceux qui sont en quête de raisons de vivre.

a) En fait, qu’attend un Coréen de la religion ? Il a avant tout deux exigences un grand désir de sincérité et d’innocence, de pureté de cœur et de vie, et le désir de faire tout son possible. Pour orienter sa vie morale, il trouve des repères dans la tradition bouddhique et confucéenne. Grâce à elle, il connaît les impératifs de la loi naturelle dont le respect est la condition nécessaire pour une vie familiale et sociale harmonieuse.
Il attache beaucoup de prix à la paix du cœur, qui est la première conséquence de la sincérité envers soi-même. Le souci de s’affirmer comme être moral passe pour lui avant celui de chercher la sécurité en ce monde.
Cette paix du cœur doit être préservée dans les relations avec autrui. Les liens de dépendance aux autres contribuent d’ailleurs à l’approfondir et à la renforcer. Par contre, le Coréen éprouvera souvent une difficulté à se situer par rapport à Dieu. Il se représente Dieu comme un juge, mais plutôt que de faire appel à lui pour intervenir en sa faveur, il le prendra à témoin de sa bonne foi, de son innocence, de l’injustice qui le frappe.
Il n’éprouve pas le besoin d’explications et de raisonnements logiques pour justifier ses croyances : il attend d’abord d’elles qu’elles lui parlent au cœur.

b) Il est peu important pour un Coréen de définir le contenu de sa foi. Ce qui compte à ses yeux, c’est d’avoir une attitude droite. Quand il prie, il manifeste à la face du monde et du Ciel sa bonne volonté, et il prend l’univers à témoin, sans s’adresser à un Dieu personnel, susceptible d’intervenir en sa faveur. Le Ciel est pour lui comme un élément du monde, mais sans relations privilégiées avec les hommes. La vie dépend du Ciel, qui garantit la Justice, mais l’idée de rétribution n’existe pas. On ne demande pas de comptes au Ciel.
Le Coréen désire de toutes ses forces croire en autrui. Là où ne règne pas la confiance mutuelle, il est désorienté. Mais les relations de confiance, qui règlent si bien les rapports familiaux, n’ont pas pu se développer à l’échelle de la nation, malgré les appels lancés par le pouvoir. Il n’est évidemment pas possible de vivre dans la société politique sur un mode familial. Au-delà du cercle étroit où fonctionnent l’allégeance et la confiance commence le règne de la loi pour tous. Cette loi n’est d’ailleurs moyen de répression que par intermittence. On l’applique ou on ne l’applique pas suivant qu’on en sent le besoin, ou encore suivant qu’on veut faire sentir sa puissance et ennuyer quelqu’un. C’est pourquoi, en cas de contravention, on se sent toujours autorisé à demander l’indulgence, comme si elle était un dû, du seul fait qu’elle est demandée gentiment.
Les noms donnés aux dieux ont un caractère anthropomorphique très marqué, mais ils peuvent servir de supports pour qualifier un Principe qui est bien au-delà de ce monde. L’Ancien Testament utilisait de même des noms qu’emploient encore aujourd’hui les pasteurs pour prêcher le mystère de Dieu. Les nouveaux chrétiens sont invités à rencontrer le Dieu nommé Père comme celui qui rassemble tous les hommes et les appelle à dépasser leurs différences.
Pour un Coréen, la confession des fautes est essentiellement une demande : par elle, on demande d’être reconnu innocent. La faute est toujours le fait d’une sentence déclaratoire que le Juge n’est pas obligé de prononcer, qu’il ne peut avoir la cruauté de prononcer si on l’a prié de n’en rien faire. Cette manière de voir n’est pas hypocrite, puisque la faute est d’abord ignorance. La promesse sincère de ne plus recommencer doit suffire en principe à prouver la bonne foi.
Il semble bien que, durant le catéchuménat, ces attitudes et ces conceptions ne sont pas fondamentalement remises en question. On continue à penser au même Ciel. Aucune religion n’ayant le monopole du service de la mort, l’Église catholique se trouve bien placée avec ses messes pour les défunts, qui constituent un des atouts de l’apostolat. Les baptêmes « in articulo mortis » sont très nombreux : face au grand passage, personne ne refuse la promesse du bonheur éternel et la possibilité d’être enterré dans un cimetière catholique.
Il y a donc un risque : la pratique religieuse est souvent vécue comme l’observation d’une série de pratiques rituelles auxquelles on se plie volontiers. La réception du baptême, parfois conféré bien rapidement, la fréquentation des sacrements, la multiplication des communions peuvent aller de pair avec une ignorance grave de leur signification, sans remise en cause suffisante des attitudes antérieures à la foi.
Le temps est, en quelque sorte, recyclé, grâce aux calendriers liturgiques abondamment distribués aux fidèles, qui peuvent affirmer leur appartenance à l’Église en les utilisant. Outre le Carême et l’Avent, ils indiquent le mois de Saint Joseph, le mois de la Vierge, le mois des martyrs, celui du Sacré Cœur, du Rosaire, les messes des premiers vendredis de chaque mois.
Les rites d’entrée dans le sanctuaire sont minutieusement fixés : signe de croix à l’eau bénite, dont il est fait par ailleurs grand usage dans les maisons, salutation à la Vierge, dont la statue est à la porte, inclinations à l’autel, tenant lieu des génuflexions occidentales.
Les insignes de la foi, images pieuses, croix bénites, trouvent place dans les maisons, les magasins et les restaurants. Sur la porte d’entrée de la demeure familiale, une petite plaquette indique qu’on est chrétien. On tient à se distinguer ainsi et à manifester son appartenance à l’Eglise, comme on affirme son identité.
La vie chrétienne ne se réduit certes pas à ces pratiques, mais elles jouent un rôle considérable dans l’existence des baptisés. Tout se passe comme si elles avaient été facilement acceptées, comme naturalisées en douceur, les Coréens ayant un grand souci de se conformer aux convenances, de faire ce qui est requis.
Il semble qu’on assiste ainsi à une redistribution de la gestion du sacré en Corée, l’Église catholique est bien placée pour tirer parti de ce changement, les croyances de la religion populaire trouvant à se réinvestir, sans drame ni déchirement, dans la confession du nom du Christ. La question est de savoir si, dans tous les cas, il s’agit de vraie conversion. Une christianisation rapide des pratiques de la vie quotidienne n’est pas forcément synonyme d’évangélisation en profondeur,
Deux mondes bien différents se côtoient : celui de la vie courante, où chacun s’efforce de vivre conformément à sa foi ou à ses convictions, et le monde de la religion, dans lequel ce qui compte en définitive c’est la satisfaction d’être reconnu. L’Église permet à ces deux mon-des de se rencontrer dans une certaine mesure : on peut-lui demander aussi bien cette sorte d’assurance qu’on trouve dans l’observation des rites qu’une inspiration et une force pour faire face aux responsabilités de la vie professionnelle et familiale. L’Église se trouve aussi relativement bien placée pour répondre aux aspirations des gens, mieux en tout cas que les confessions protestantes. Le fondamentalisme de beaucoup de ces dernières est source de difficultés pour la jeunesse marquée par l’esprit scientifique.

Il est vrai aussi que beaucoup sont entrés dans les Eglises et en sont déjà sortis. Ceux-là n’ont-ils pas trouvé ce qu’ils cherchaient ? Peut-être ont-ils voulu rester propriétaires du sacré ; peut-être leur adhésion au christianisme ne leur a-t-elle pas permis de rompre avec la religion populaire qu’ils pratiquaient antérieurement. L’abondance des « conversions » invite à se demander si elles sont toutes authentiques.


IV. LE BICENTENAIRE DE L’ÉGLISE DE CORÉE
CANONISATION DES 103 MARTYRS


Le bicentenaire de l’Église de Corée a été célébré en 1984, et son point culminant a été la visite du Pape, la première visite d’un pape en Corée, et la canonisation sur place des 103 premiers saints de ce pays. Dans l’ensemble, cette année du bicentenaire a été un succès. Les mass media ont présenté l’Église sous un jour favorable, et la venue du Pape a été orchestrée de telle façon qu’en Corée nul n’ignore l’existence de l’Église catholique. On peut dire que l’impact de l’événement a été énorme sur l’ensemble de la population, dont la sympathie est désormais acquise à l’Eglise.
Le passage du Saint-Père ne semble pas avoir provoqué une accélération très sensible du rythme des conversions, dont le nombre annuel se maintient au niveau antécédent. Mais tous les catholiques ont fait de très grands efforts à l’occasion de sa visite : ils ont donné de leur temps, de leur argent, et ont beaucoup prié. Le bicentenaire et la canonisation leur ont montré, en échange, qu’ils étaient reconnus.
Les répercussions chez les protestants ont été assez inattendues. On redoutait une concurrence peu glorieuse entre l’Église catholique et les Églises protestantes, qui fêtaient, de leur côté, le centième anniversaire de leur arrivée en Corée. On craignant des manifestations de jalousie et des tiraillements, d’autant plus que l’ensemble des fidèles protestants étaient prévenus contre l’Eglise catholique, censée s’être éloignée de l’évangile. En réalité, ils ont été fort étonnés par l’attitude du Saint-Père et par ses paroles. Ils ont découvert un homme de prière et un message fidèle à l’Écriture, si bien qu’ils semblent maintenant considérer l’Église avec un regard nouveau. Ils envient la force que lui confère son ancienneté. Ils éprouvent la fragilité de leurs propres racines.
Comparé au bicentenaire catholique, le centième anniversaire de la présence protestante en Corée est passé presque inaperçu. Certes, les diverses confessions ont rassemblé beaucoup de monde, mais elles ont dû se partager la présidence des célébrations, leurs fidèles se découvrant plus désunis qu’ils ne le pensaient. Il se peut que les passages du protestantisme au catholicisme soient plus nombreux à l’avenir. Actuellement, ils représentent 20 % ou 30 % des entrées dans l’Église, selon les endroits.
Les Coréens ont procédé à une évaluation des fêtes du bicentenaire et ont reconnu certaines déficiences dans la préparation qui les a précédées. En particulier, le comité directeur chargé d’organiser cette préparation n’est pas parvenu à coordonner suffisamment les travaux des différentes commissions — il y en avait une dizaine — à qui étaient confiées des responsabilités, ce qui a provoqué un gaspillage des ressources en hommes et en argent. On a regretté surtout que la commission chargée d’animer le « Mouvement pour le renouveau spirituel », qui aurait dû avoir une action prépondérante, n’ait été constituée que tardivement et, par conséquent, n’ait pas pu remplir pleinement son rôle.
Un synode pastoral a été convoqué pour donner une nouvelle impulsion à la vie de l’Eglise, mais, là encore, malheureusement la préparation a laissé à désirer. La consultation à la base a été beaucoup trop rapide. Même dans les diocèses où on a obtenu la meilleure participation des fidèles, ils n’ont pu traiter que quelques-uns des sujets proposés. Le thème de l’inculturation, par exemple, n’a pas été abordé. Toutes les espérances qu’on avait mises dans ce synode n’ont pas été tenues.
La cérémonie de canonisation elle-même était le point culminant de toutes les célébrations. Ce fut certes une fête grandiose, mais l’importance de la rencontre avec le Pape a pu donner l’impression que la vénération des martyrs passait au second plan. Une collecte avait été faite parmi les chrétiens pour permettre à un millier de malades des yeux d’être opérés gratuitement et de voir la lumière, mais, le jour même de la canonisation, on a regretté que l’Eglise n’apparaisse pas davantage comme accueillante aux pauvres.
Les différentes quêtes organisées pour subvenir aux dépenses ont donné 3,4 milliards de wons, soit 3,82 millions de dollars US. 2,2 milliards ont été utilisés pour les fêtes du bicentenaire. Les évêques ont décidé d’attribuer le reste au Planning familial, à une campagne d’opérations des yeux pour d’autres aveugles, et à l’apostolat en Corée du Nord. Ils ont fait ériger une statue de saint André Kim Dae Gun, à Macao, face à la Chine, près de l’ancienne procure MEP, où le P. Libois a reçu en 1837 le jeune homme qui lui avait été envoyé par saint Pierre Maubant.
Le bicentenaire et la canonisation ont été l’occasion de plusieurs rencontres entre chrétiens coréens et chrétiens français. Une délégation de ces derniers s’est rendue à Séoul, représentant principalement les diocèses d’origine des dix missionnaires MEP compris parmi les nouveaux saints. Une équipe de confrères MEP s’est mise au service de ces pèlerins pendant leur séjour en Corée, pour les guider au cours de leur périple et leur faire connaître le travail des missionnaires. La différence de langues rendait la conversation difficile avec les chrétiens coréens, mais la communication s’établit rapidement à un autre niveau dans la prière et la joie partagées, dans l’estime et la reconnaissance réciproques. Un dialogue par interprètes permit de se rendre compte à quel point la culture et le contexte social particuliers à chaque pays conditionnent les préoccupations des uns et des autres.

En octobre 1984, plus d’un millier de Coréens, réunis à des représentants de la diaspora coréenne à travers le monde, firent le voyage de Rome pour la première fête des saints martyrs, canonisés quelques mois auparavant. Répartis en plusieurs groupes d’une centaine chacun, ils allèrent aussi visiter les diocèses de France d’où sont originaires les nouveaux saints français. L’accueil chaleureux qu’ils reçurent partout et les belles liturgies auxquelles ils participèrent les ont apparemment beaucoup impressionnés.


V. LA SITUATION DES MISSIONNAIRES
DANS L’ÉGLISE DE CORÉE


A) QUELQUES CHIFFRES POUR LES ANNÉES 1983-1984

Au début de 1985, l’Église de Corée comptait 108 prêtres coréens, 925 grands séminaristes et 3.705 religieuses coréennes. Les religieux-missionnaires étrangers qui travaillent avec eux étaient 336, soit une augmentation de 65 par rapport au dernier compte rendu. L’âge d’or que connaît l’Église de Corée attire de nombreuses congrégations religieuses. En 1985, 44 congrégations féminines et 16 congrégations masculines travaillent dans le pays. En revanche les missionnaires-prêtres séculiers ne sont plus que 136, en diminution de 12,4 % par rapport à la fin de l’année 1982. Ils se répartissent ainsi : 66 pour Saint-Colomban, 33 pour Maryknoll, 16 pour Notre-Dame de Guadalupe et 21 pour les MEP.
En 1985, les missionnaires de Saint-Colomban ont commencé à recruter des membres coréens, continuant ainsi la politique d’élargissement de leur institut inaugurée depuis plusieurs années : outre l’Irlande, berceau de l’institut, celui-ci recrutait déjà aux Etats-Unis, en Australie et en Nouvelle-Zélande. On peut certes penser que l’Église locale tirera profit du renforcement des instituts qui l’ont aidée à grandir. Mais le danger est de compromettre quelque peu le développement du jeune institut des Missions Étrangères de Corée. L’Église de ce pays a besoin de faire l’expérience de la transmission de la foi dans d’autres cultures pour être amenée à réfléchir sur sa propre foi et sur son contenu.

Superficie du territoire sud-coréen : 98.477 km2.
Population totale au Sud : 41 millions d’habitants.

1983 1984
Catholiques recensés : 1.711.367 1.848.476
Adultes baptisés : 99.979 119.227
Enfants baptisés : 37.042 39.401
Non-pratiquants : 178.902 202.955
Catéchumènes : 56.975 63.731
Diocèses : 14 14
Évêques coréens : 13 13
(dont 1 auxiliaire,
1 coadjuteur)
Évêques étrangers: 3 3
(1 MM, 1 SSC, 1 MEP)
Paroisses : 656 673
Dessertes : 1.708 1.731
Prêtres coréens : 1.059 1.081
Prêtres étrangers : 148 140
Prêtres religieux étrangers : 76 74
Frères coréens : 261 210
Frères étrangers : 41 36
Religieuses coréennes : 3.514 3.705
Religieuses étrangères : 153 226
Grands séminaristes : 784 925
Grands séminaires : 4 4


B) OBSTACLES A L’ÉVANGÉLISATION

Les obstacles qui retardent l’évangélisation sont nombreux, aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’Église.

A l’intérieur de l’Église, on peut relever :
— le nombre : l’augmentation considérable du nombre des chrétiens fait que nous sommes en partie débordés. On risque un manque d’attention aux personnes qui pourrait avoir des conséquences graves à la longue. La formation des catéchumènes, des séminaristes, des religieuses, se fait en série. L’administration des sacrements n’est presque jamais person-nalisée. On perd le contact avec un nombre très important de chrétiens, même nouveaux baptisés, quand ils quittent les campagnes pour les villes. En déménageant, ils disparaissent souvent sans laisser de traces. Maintenir le contact est déjà difficile à la campagne. C’est encore plus difficile en ville. Les églises bien remplies ne doivent pas faire illusion : beaucoup de ceux qui devraient les fréquenter les désertent ;
— le prestige : l’euphorie du bicentenaire et les succès extérieurs de l’Église sont en partie trompeurs. Un proverbe coréen dit : « Une maison qui chauffe vite se refroidit aussi vite ». L’Église court le risque de se satisfaire de ses succès, de s’enorgueillir, d’oublier ses faiblesses et de se laisser leurrer par l’engouement dont elle est l’objet ;
— l’argent : les Coréens sont très généreux. Le danger est énorme de donner trop d’importance à l’argent, d’en demander trop aux chrétiens, de construire des églises, des presbytères et des couvents trop luxueux, de favoriser ceux qui donnent le plus ; danger également pour les prêtres et les religieuses d’accepter des dons trop nombreux et trop impor-tants, si bien que les personnes consacrées ont la vie trop facile.

A l’extérieur de l’Église, les dangers sont évidents :
— les progrès rapides de la limitation des naissances, le grand nombre des avortements, des stérilisations, et la dégradation morale qui touche les jeunes de plus en plus tôt. Les efforts pour faire connaître les méthodes naturelles du planning familial de la part de l’organisation catholique sont presque ignorés du grand public et le succès, même parmi les catholiques, est tout à fait relatif ;
— le développement économique considéré comme un absolu. Il est presque impossible, même pour un prêtre ou un laïc conscients de ce désordre, de résister à l’influence du milieu ambiant. Le bonheur semble lié à l’argent, limité à lui, lié aussi au bien-être, à la gloire nationale et aux impératifs économiques ;
— un pouvoir civil faible, bien que cherchant à s’imposer. On peut craindre un avenir politique incertain, un danger permanent de coup de force militaire, ou des complications venant de la Corée du Nord. Les relations de l’Église avec le pouvoir actuel sont complexes et floues. L’attitude de l’Église à l’égard des étudiants, des travailleurs et des paysans, s’en ressent, et laisse apparaître des compromissions regrettables ;
— il faut aussi souligner le problème des relations avec les diverses dénominations protestantes. Comme il y a de nouveaux adeptes de part et d’autre, on oublie l’œcuménisme, qui serait pourtant indispensable pour évangéliser en vérité le monde coréen.

C) LE GROUPE RÉGIONAL MEP

Il est réduit à 21 missionnaires, en comptant l’évêque de Andong, ce qui représente une diminution de 12,5 % par rapport au dernier compte rendu.

1º L’archidiocèse de Séoul

C’est dans la capitale que les confrères sont le plus nombreux. Le 9 avril 1985, le P. Emile Fromentoux a pris sa retraite et quitté la Corée après quarante-neuf ans de bons et loyaux services, dont trente ans comme économe de la région. Il s’est retiré à Lauris. Nous deux aînés, les PP. Célestin Coyos et Pierre Singer sont toujours aumôniers de religieuses, dans deux congrégations purement coréennes, le P. Coyos chez les sœurs des Bienheureux Martyrs de Corée et le P. Singer chez les religieuses de la Sainte Famille. Tous deux ont fêté leurs noces d’or sacerdotales, le P. Coyos en septembre 1984, le P. Singer en septembre 1985. Tous deux furent fêtés et entourés comme ils le méritent. Pour tous les confrères de la région, qui suivent à vingt ans et plus d’intervalle, ils sont les maillons de la chaîne qui nous relie à nos illustres devanciers, canonisés ou non.
C’est Jacques Denès qui a succédé au P. Fromentoux comme économe régional. Il plaisante souvent en disant qu’il se retrouve patron de l’auberge MEP, le supérieur régional n’étant qu’un pensionnaire souvent absent, occupé qu’il est à courir par monts et par vaux pour assurer du ministère ou visiter les confrères. Le P. Marcel Pélisse a été réélu régional pour un second mandat en septembre 1983.
Emmanuel Kermoal et Michel Roncin, après avoir travaillé neuf ans environ comme vicaires d’un prêtre coréen, ont été affectés en février 1985 à la pastorale ouvrière, avec insertion dans un quartier de Séoul. Michel a été nommé aumônier de l’ACO de l’archidiocèse de Séoul. L’ACO n’étant pas encore organisée en mouvement national, il doit souvent se déplacer pour s’occuper d’équipes d’autres diocèses comme Inchon et Taejon. Emmanuel a été nommé aumônier auxiliaire de la fédération de la JOC de Séoul Nord, dont l’aumônier en titre est un jeune prêtre coréen du Prado. Il suit plus particulièrement deux équipes de garçons et participe aux activités de la fédération. Michel et Emmanuel habitent une maison qu’ils ont achetée, avec l’aide de la Région, à Miadong, dans le quartier nord de Séoul. Elle leur permet d’accueillir de petits groupes de travailleurs pour des journées de retraite ou de session pendant les week-ends.
Il faut mentionner qu’ils assurent eux-mêmes leur subsistance. L’un d’eux donne, deux fois par semaine, des cours de français à l’université ; on voit qu’ils n’ont pas choisi un genre de vie facile. Ils ne sont qu’au début de ce nouveau travail, et il est trop tôt pour faire un bilan, mais ils sont heureux d’être en contact avec les plus pauvres de la société coréenne. Ils sont également conscients des difficultés qui les attendent, car, même si ce travail est reconnu par l’évêque, il n’en est pas moins assez mal compris par l’ensemble du clergé coréen. Ils ont un peu l’impression de ramer à contre courant.
Toujours dans ce quartier nord de Séoul, Armel Durand, avec la régularité d’une horloge, assure la messe matinale du Carmel. Mais le plus clair de son temps, il le donne aux élèves de l’Institut National de Catéchétique, où il assure six heures d’Écriture Sainte par semaine.
En dehors de trois groupes diocésains (Séoul, Taejon, Andong), nous avons trois confrères qu’on peut dire isolés : Robert Jézégou, dans le diocèse de Inchon, Stanislas Gzella, dans l’archidiocèse de Taegu et Pierre Domon, au grand séminaire régional de Kwang Ju.
Robert Jézégou avait ouvert une nouvelle paroisse au sud de Inchon, dans une forêt de HLM au milieu d’une population mouvante. Il avait construit tout le complexe paroissial lorsque, à l’occasion de son départ en congé en 1983, il en céda une partie, territoire et communauté, à un prêtre coréen pour une nouvelle fondation. A son retour, début 1984, il fut nommé à Buch’on, ville satellite de Inchon, avec mission de faire une nouvelle fondation, rendue nécessaire par la division d’une paroisse.
En ville, les constructions poussent comme des champignons mais, vu la cherté des terrains, il n’est pas facile de s’implanter. Robert habite provisoirement le septième étage d’un immeuble ; le troisième étage d’un autre immeuble lui sert d’église.
Stanislas Gzella est toujours à l’archevêché de Taegu. Il est vice-directeur du grand hôpital, construit sous sa direction, que, depuis, il a agrandi. Il s’est également occupé de la construction d’une bonne dizaine d’églises dans le diocèse. Il travaille aussi à rassembler des documents pour écrire l’histoire de l’archidiocèse, qui est une fondation MEP.
Pierre Domon a commencé sa dixième année de professorat au grand séminaire de Kwang Ju. « Bos suetus aratro » devant l’Eternel, il a mené à son terme la traduction, faite en collaboration avec divers auteurs, du Dictionnaire de Théologie Biblique. Il enseigne toujours la Christologie et le Nouveau Testament. Pour l’Encyclopédie Catholique, il a rédigé les articles sur le salut, la grâce, Jésus-Christ et la résurrection. Dans la revue Jeon Mang, il a publié un article remarqué sur « Les problèmes de l’annonce du salut en Corée ». La revue mensuelle Vie évangélique profite également de ses conseils et de ses services. Il est à son aise et apprécié des étudiants qu’il soigne avec toute la conscience que connaissent bien ceux du diocèse d’Andong, où il travaillait précédemment.

2º Diocèse de Andong

Depuis le dernier compte rendu, le groupe MEP dans le diocèse de Andong (centre-est de la péninsule coréenne) n’a guère changé. Le petit reste qu’il était déjà est devenu encore plus petit. Nous ne sommes plus que cinq sur le terrain et quatre autres sont à l’extérieur. Ce qui est encourageant, c’est que le groupe des prêtres locaux ne cesse d’augmenter.
Dans sa majeure partie, le diocèse est rural. Il doit donc faire face aux problèmes que connaissent toutes les zones rurales, dont le moindre n’est pas le déplacement des populations vers les villes. Petit par la taille, il attire pourtant l’attention de tous par son esprit, par le dynamisme de la vie chrétienne qui s’y manifeste, et cela grâce à l’influence de son évêque, Mgr René Dupont. Ce dernier est très soucieux de former un laïcat qui prenne ses responsabilités ; il s’appuie pour cela sur le mouvement catholique paysan, mouvement qui ne plaît pas à tout le monde, et surtout pas aux gardiens de l’ordre à tout prix.
Les statistiques de fin 1984 donnent une population totale de 1.311.493, dont 35.225 catholiques. Les catholiques sont donc 2,7 % de la population locale, ou encore 1 pour 37 habitants. Les protestants représentent 10 % de la population. Depuis la fondation du diocèse, il y a seize ans, le nombre des catholiques n’a augmenté que de 8.000. Les migrations vers les villes affectent aussi bien les catholiques que les autres.
La ville de Taegu, qui était jusqu’alors capitale de la province de Kyong Buk, a été récemment élevée au rang de « ville spéciale », ce qui en fait l’équivalent d’une province. Provisoirement, l’administration de Kyong Buk est restée à Taegu, mais elle devra être transférée dans une autre ville qui lui succédera comme capitale. Andong est candidate à ce titre, mais elle n’est pas seule. Son avenir dépend en partie de la décision qui sera prise : si Andong devient capitale de la province de Kyong Buk, sa population, qui est de 110.000 environ en ce moment, augmentera, et la population de l’ensemble du diocèse se stabilisera un peu. Sinon, elle continuera à diminuer, et le diocèse deviendra encore plus petit ; un jour pourrait se poser la question de sa suppression ou d’un nouveau partage de territoire entre Taegu et Andong. L’équilibre financier du diocèse, malgré les efforts considérables des fidèles, plus généreux encore que ceux des villes, est difficile à trouver.
Le petit reste MEP travaille avec 25 prêtres locaux, 7 Maristes, dont 2 Mexicains, et 66 religieuses, dont 5 étrangères. Fort heureusement, cette équipe collabore avec de nombreux laïcs, extrêmement actifs. Bien que très sollicité à l’extérieur, Mgr Dupont reste l’animateur du diocèse auquel il réserve la priorité de ses soins. La construction du nouvel évêché, simple et fonctionnel, sur un terrain suffisamment grand et tranquille, s’est achevée en 1985.
Bien que les prêtres changent normalement de paroisses tous les cinq ans, Antoine Gaztambide en est à sa sixième année dans la plus récente des trois paroisses de la ville de Andong. Son travail est varié : outre le centre et les dessertes, il y a encore sur son territoire un village de lépreux, un centre pour handicapés physiques, une caserne et bientôt une prison. Il a de plus la responsabilité d’un mouvement familial..
A une soixantaine de kilomètres au nord-est de Andong, juste au pied de la chaîne de montagnes de T’ae Baik, à Poung Gi, on trouve Pierre Bertrand. Il est le premier curé de cette petite paroisse qui se développe lentement. Poung Gi veut dire : terre d’abondance. On y trouve du gin-seng, des pommes et de la soie, mais surtout du vent et des pierres.
A 80 kilomètres à l’ouest de Andong, la ville de Sang Ju compte 2 paroisses. Roger Noël a la charge de l’une d’elles. Pour la campagne, c’est une grosse paroisse ; il a en plus la charge de 7 ou 8 dessertes. Un autre que Roger pourrait être débordé en ayant à animer des groupes aussi nombreux, mais lui en a vu d’autres.
Jean Bideau est à Uljin, petite ville située à l’extrême nord-est du diocèse, à 180 kilomètres de Andong. La construction d’une centrale électrique atomique par la France lui vaut d’avoir une petite communauté française, dont il assure l’animation spirituelle. Parmi les travailleurs coréens qui sont venus là il y a aussi pas mal de catholiques. Tous les vendredis, de nombreux malades viennent profiter des connaissances de Jean Bideau en homéopathie et se faire soigner par lui. Pour l’instant, il fait du camping-car, son église et son presbytère ayant été rasés pour faire du neuf.
Le P. Louis Feuvrier a quitté la Corée au mois de septembre 1985. Il est curé à Ollioules, dans le diocèse de Toulon. Il n’est qu’à 45 kilomètres de Marseille où habite sa vieille maman.


3º Diocèse de Taejon

Successeur de Mgr Adrien Larribeau en 1965, Mgr Pierre Hoang s’est éteint en février 1984, après avoir été évêque, de Taejon pendant près de vingt années, au cours desquelles le nombre des paroisses a plus que doublé. Le nombre des chrétiens et celui des prêtres locaux ont aussi considérablement progressé. Comme les gens étaient plutôt économiquement faibles, peut-être aussi moins généreux qu’ailleurs, Monseigneur voyageait souvent d’un continent à l’autre pour accueillir les fonds nécessaires à la réalisation de ses nombreux projets. Un projet, un devis, le financement, la construction et l’inauguration, tout cela prend du temps et cause des soucis. Mgr Hoang a porté ces soucis tout en dirigeant le diocèse d’une façon très personnelle. Certains lui reprochaient de faire fi du principe de subsidiarité. Avec les années, un malaise s’est installé entre lui et ses prêtres. A sa mort la situation était assez difficile.
Son successeur, Mgr Joseph Kyong, rapidement nommé, arrivait de Séoul, où il avait été sept ans auxiliaire de l’archevêque. Il a vite pris la mesure de son diocèse, se révélant en premier lieu un administrateur hors pair. Tous les services du diocèse ont été restructurés. Pour insuffler partout un nouveau dynamisme, réunions, cercles d’étude, stages de formation, retraite, se succèdent, tant pour les laïcs que pour les prêtres et les religieuses. Mgr Kyong porte une attention spéciale aux dessertes pour les revitaliser, alors que la tendance générale était plutôt à les délaisser.
Le diocèse de Taejon a une population de 3.200.000 habitants, dont 100.000 catholiques qui se répartissent en 59 paroisses, avec 94 prêtres locaux à leur service. Les MEP n’y sont plus que 6, pratiquement le minimum pour constituer un groupe. Pour la période qui nous occupe nous avons enregistré un départ et une arrivée.
Jacques Denès succède à Émile Fromentoux comme économe. Pendant seize ans il avait assuré avec une fidélité exemplaire, une ponctualité et une stabilité remarquables, la fonction de secrétaire particulier de Mgr Hoang. Comme cette fonction ne l’occupait pas à plein temps, il enseignait le français dans plusieurs universités, et si les gens de Taejon ne connaissent pas tous la langue de Molière ce n’est pas la faute de Jacques. Il assurait d’autre part la messe dominicale au Carmel de Taejon, où il donnait des homélies particulièrement soignées.

Le revenant, c’est Gilbert Poncet. Après avoir été chargé pendant trois ans de la pastorale des vocations à Paris, il a cédé sa place, rue du Bac, à un autre « Coréen », Etienne Perrin, et retrouvé le poste qui était le sien auparavant. Paul Couvreur avait assuré l’interim. Gilbert réside à Kyong Ju, où il enseigne le français à l’université, afin de pourvoir à sa subsistance. Il est en contact avec les étudiants, dont il dirige avec brio le centre catholique. Il apporte aussi un soin particulier à la pastorale des prisonniers et des malades. Le dimanche, il aide le curé dans l’une ou l’autre paroisse de la ville.
Paul Couvreur est son compagnon. Il lui a remis avec plaisir l’apostolat auprès des étudiants pour se consacrer à un travail qui correspond mieux à son charisme. Sans vouloir ici mépriser les talents de quiconque, on peut dire que c’est un travail que nul autre que lui n’était en mesure de faire. En Corée, les campagnes sont un peu les parents pauvres. Les chrétiens des dessertes se sentent délaissés et frustrés par rapport à ceux des centres paroissiaux où réside un prêtre. Paul Couvreur essaye de partager la vie et le travail des gens de la campagne. Son travail à plein temps chez l’un ou l’autre, dans le village où il réside, lui permet une présence continue à la réalité de leur vie. C’est le témoignage missionnaire d’une présence gratuite. Il sera peu à peu reconnu par les chrétiens et par les prêtres. Les non-chrétiens, quant à eux, n’ont pas d’a priori vis-à-vis du prêtre. Leur seul sujet d’étonnement est que Paul ne les invite pas à venir à l’église et à se faire baptiser. Mgr Kyong semble avoir compris cette forme d’apostolat et, même si dans la suite Paul est nommé curé d’une petite paroisse, il pourra continuer sur sa lancée. Peut-être des difficultés surgiront-elles de la communauté, mais elle finira bien par comprendre que Jésus était aussi prêtre lorsqu’il rabotait dans l’atelier de son père adoptif à Nazareth. Pour l’instant, Paul rentre chaque soir à Kyong Ju pour partager le bol de riz, la prière et la messe le lendemain matin.
Début septembre 1985, Jean Crinquand a quitté Yu Seong, proche banlieue de Taejon, pour Ch’on Ui, petite paroisse de 50 chrétiens, fondée il y a cinq ans. Il bénéficie de la collaboration de religieuses pour le contact avec les gens. Pourtant la progression semble lente et difficile. Mais quand on appartient à la famille de saint Just de Bretenières, il n’est pas permis de se décourager.
Jean Blanc est solidement implanté à Hap Tok depuis cinq ans. C’est le type même de la paroisse rurale : un gros bourg avec une église aussi imposante qu’une cathédrale. Tout autour, dans un rayon assez restreint, une dizaine de dessertes. C’est une vieille chrétienté qui a fourni un bon contingent de vocations sacerdotales et religieuses, et la source n’est pas tarie. Avec 95 % de baptisés, Jean Blanc se demande comment aller aux non-chrétiens, mais le comble est qu’il arrive à présenter, à la fin de chaque année, un nombre non négligeable de baptêmes d’adultes. Chevauchant une petite mobylette, une casquette bleue « fend la bise » vissée sur un crâne plus que dégarni, il visite avec le zèle qu’on lui connaît un malade par-ci, un catéchumène par-là, un gosse qui a « séché » le catéchisme ou encore un enfant de chœur qui lui a fait faux bond le matin. Il vient de terminer la construction d’un nouveau presbytère, modèle du genre, doté d’un confort qu’il n’appréciera pas longtemps, car il a été pressenti pour un travail non paroissial dès le printemps 1986.
A une douzaine de kilomètres de là, Auguste Plassier a la charge de la paroisse de Sillyéwon. Il y a seulement quelques années, ce n’était qu’une modeste agglomération, située à un carrefour où la circulation est assez dense. Depuis un an, on a installé une filature qui occupe 3.000 ouvriers. Des appartements pour les employés ont été construits, de nouvelles maisons de commerce se sont ouvertes, si bien que Sillyéwon prend de plus en plus l’aspect d’une petite ville avec une population nouvelle. Tout cela n’a pas manqué de bousculer la vie coutumière et, par suite, la vie paroissiale. Le noyau de la paroisse était constitué de vieux chrétiens, à la vie spirituelle cramponnée et chevillée au passé, récalcitrants et réfractaires à tout changement. Toujours très près des gens, partageant leurs joies et leurs peines, avec diplomatie et une bonne dose d’humour, Auguste a su habilement amalgamer les deux groupes, les autochtones et les nouveaux venus, pour en faire une communauté assez soudée, sans problème majeur. Il attend impatiemment l’aide d’une communauté religieuse.
A 30 kilomètres plus loin vers l’ouest, à Hong Seong, ville de 35.000 habitants, se trouve Jean Ollivier. La paroisse date de quarante ans, mais le nombre des chrétiens ne dépasse guère 600, piètre résultat par rapport aux autres régions. La ville non plus ne s’est guère développée. Il lui a manqué d’avoir un homme politique influent originaire de l’endroit. Le retard est dû aussi au chauvinisme forcené des gens et à leur méfiance à l’égard de ce qui vient de l’extérieur. Cette étroitesse se fait sentir même à l’église, et c’est un handicap pour former une communauté unie. Par trois fois des religieuses ont essayé de vivre ici, mais elles ont dû partir à cause de l’ostracisme dont elles étaient victimes. Jean Ollivier exerce aussi son apostolat auprès des pensionnaires de la prison.
Deux fois par an, le groupe régional se réunit, mais les confrères se retrouvent aussi, plus ou moins fréquemment, dans chaque groupe pour échanger leurs expériences, leurs joies et leurs déboires. Ils n’oublient pas la prière communautaire, qui les aide à persévérer dans l’effort et le travail pour ce pays devenu leur seconde patrie.
Les missionnaires MEP, chacun à sa place, se trouvent confrontés aux problèmes de fond : comment évangéliser, comment faire progresser la mission, travailler à l’enracinement de la foi ? Pour les groupes de Taejon et de Andong ces problèmes se posent dans un contexte rural, dans un monde où les campagnes sont en perte de vitesse. Le milieu y est plus tradi-tionnel que dans les grands centres urbains. Peut-être est-ce parce que les missionnaires sont trop souvent plus citadins que campagnards dans leur mode de vie, leurs habitudes de pensée, leur langage, qu’ils ont peine à connaître en profondeur les mentalités et à comprendre la culture des paysans.
En ville les gens se sentent déracinés. Ils cherchent à préserver traditions et coutumes locales, mais ils éprouvent comme un vide face aux déséquilibres créés par l’évolution de la société. Ils sont insatisfaits par les réponses que donnent les religions anciennes aux questions posées par la vie moderne. On peut expliquer par cette situation les succès obtenus par l’Église ces dernières années.
Le christianisme ne sera véritablement adopté en Corée que lorsqu’il aura répondu aux aspirations profondes des Coréens et que ceux-ci pourront, grâce à lui, unifier leur foi et leur vie.


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