| Année: |
1997 |
| Pays: |
Corée du Sud |
| Mission: |
CORÉE |
RÉGION DE CORÉE
I. LA CORÉE: 1992-1997
1. LA VIE POLITIQUE
Depuis 1961 jusqu’à la fin de 1992, la Corée du Sud a connu seulement trois Présidents de la République, tous des généraux d’armée qui s’étaient eux-mêmes promus à la retraite anticipée afin d’avoir une toute petite apparence civile. Quant aux nombreux gouvernements successifs — et l’espérance de vie des cabinets ministériels n’est habituellement pas très longue — ils comptaient toujours un bon tiers de militaires de profession qui venaient à peine de troquer l’uniforme contre un costume de couleur.
Finalement, en décembre 1992, un véritable civil a été élu à la Présidence de la République. Politicien chevronné, il a fait pratiquement toute sa longue carrière dans l’opposition parlementaire. Il était encore le chef de l’un des partis d’opposition quand, en janvier 1990, il a « retourné sa veste » en vue d’être en meilleure position pour atteindre ses objectifs personnels et, avec la majorité de ses fidèles, a rejoint le parti qui détenait le pouvoir. Ce parti, essentiellement composé d’anciens militaires, était alors dans une situation quelque peu inconfortable au parlement, car il n’avait plus la majorité absolue, et son chef, le président Noh tai-ou, se trouvait plutôt mal à l’aise. Le ralliement de toute une moitié des députés de l’opposition lui apportait un grand secours. En contrepartie, Kim young-sam, chef du groupe des ralliés, recevait l’assurance d’être le candidat gouvernemental aux prochaines élections présidentielles. Dans l’histoire républicaine du pays, jamais un candidat d’opposition n’avait été élu à la magistrature suprême. Kim young-sam était effectivement élu à la Présidence de la République en décembre 1992. En entrant en fonction en février 1993, il proclame hautement que son gouvernement sera véritablement un « gouvernement civil », se distinguant des gouvernements des 30 années passées, qui avaient tous une coloration fortement militaire. Plus tard, il annonce un programme de décentralisation administrative, de « remise de l’histoire dans le droit chemin », de lutte contre la corruption généralisée.
En fin 1995 et au début 1996, les deux précédents Présidents de la République (Chon too-hwan, président de 1980 à 1987 et Noh tai-ou, président de 1988 à 1993) ont été condamnés à de lourdes peines, soit la prison à vie pour le premier, et 17 ans d’incarcération pour le second. Ils ont été reconnus coupables d’un double délit : celui de corruption à grande échelle, assortie d’un immense enrichissement personnel frauduleux durant leur mandat ; et celui de coup d’État militaire réalisé en plusieurs étapes en 1979-1980, assorti du massacre de la population civile à Kwangju en mai 1980.
Ce triple effort de décentralisation, de « remise de l’histoire dans le droit chemin » et de lutte contre la corruption a valu au Président de la République et à son parti un large soutien populaire, du moins dans les premières années de son mandat. On a pu penser alors que la justice commençait enfin à régner dans le pays, et que les libertés démocratiques avaient fini par retrouver droit de cité, mais les grands de la politique et de la finance ne cessent de se livrer à d’immenses trafics. Une bonne partie des hauts fonctionnaires de la Présidence de la République est en prison pour avoir « reçu », évidemment après les avoir exigés, des pourboires dont les « petits » se montent au million de francs français, et les « moyens » au million de dollars américains. Le fils cadet du Président de la République a lui aussi pris le chemin de la prison en mai 1997. Il s’était compromis dans toutes sortes d’affaires louches et cela avait entraîné la paralysie de la vie du pays en février, mars et avril 1997. Pour ce qui est de la cote du Président, elle n’atteint alors sans doute plus les 10 %. En septembre-octobre 1997, l’élection d’un nouveau Président de la République, le 18 décembre, ne s’annonçait pas du tout brillante pour les tenants du pouvoir politique, car selon les divers sondages d’opinion, leur candidat ne devait arriver qu’à la troisième place. Mais, si le candidat de l’opposition a fini par l’emporter et c’est une première dans l’histoire républicaine du pays avec 40,3% des voix, le candidat de la « majorité » politique s’est assez bien tiré d’affaire en obtenant 38,7 % des suffrages et en arrivant bon second. Le troisième candidat sérieux a obtenu 19,2 % des voix.
2. LA VIE ÉCONOMIQUE ET SOCIALE
Dans le contexte d’accords internationaux, la Corée du Sud a été contrainte de s’ouvrir partiellement, et va être contrainte de s’ouvrir de plus en plus aux produits de l’étranger. En même temps, un certain nombre d’entreprises coréennes va, s’établir à l’étranger, notamment en Chine, au Vietnam, en Indonésie, en vue de bénéficier de coûts de production plus intéressants, grâce aux avantages fiscaux qu’accordent les pays qui veulent développer leur industrie et grâce aux bas salaires qui y ont cours. Ce départ d’entreprises contribue à créer un certain chômage ou du moins un certain danger de chômage en Corée, mais dans le même temps, beaucoup de jeunes de l’Asie du Sud et du Sud-est viennent en Corée travailler dans les métiers « sales » dont les Coréens ne veulent plus.
On parle beaucoup de marasme, et c’est exact qu’un certain marasme existe. Mais il est facile de constater un développement rapide dans certains secteurs. La Corée du Sud reste sans doute le premier pays du monde pour la construction navale. Elle est le cinquième pour la construction automobile et exporte plus d’un million de voitures par an. Dans le pays, on peut se demander qui n’a pas de voiture, et les familles qui en possèdent plusieurs ne sont pas si rares. La multiplication des voitures cause, certains jours, d’immenses difficultés de circulation.
Et pourtant, on construit de nouvelles routes et autoroutes, tant en ville qu’entre les villes ; on construit de nouveaux ports, on construit de nouveaux aéroports. On construit de nouvelles lignes de métro à Séoul et dans cinq autres villes, on construit de nouvelles villes et, dans les grandes villes, on construit de nouveaux quartiers ou on reconstruit des quartiers entiers. On construit une nouvelle ligne de chemin de fer pour permettre au TGV de joindre les principales villes du pays.
La multiplication des téléphones de poche est telle qu’on ne peut guère faire 10 pas dans la rue ou un court trajet en bus ou en métro sans voir quelqu’un recevoir ou adresser un appel téléphonique sur son appareil de poche. De plus en plus de Coréens possèdent leur ordinateur personnel et sont reliés entre eux sur divers réseaux nationaux ou avec Internet.
Mais malgré cela, tout le monde parle de stagnation économique. C’est en partie exact, car le taux annuel de croissance n’est plus que d’environ 5 %, au lieu des 9 ou 10 % d’il y a quelques années et des 14 ou 15 % d’il y a dix ans. Un tel ralentissement semble inévitable quand un certain niveau de développement a été atteint.
Le fait est que l’on voit tomber en faillite non seulement un bon nombre de petites et moyennes entreprises, mais encore quelques grandes et même très grandes entreprises. La principale cause semble être qu’ils ont voulu trop grandir, et trop vite grandir, sans en avoir les moyens, seulement en empruntant trop d’argent, au point de devenir incapables de faire face à leurs obligations financières. Il n’en est pas moins évident que la Corée, quoique démunie de toute richesse naturelle, regorge d’argent, ce qui ne signifie pas, et loin de là, que les Coréens qui étaient si pauvres il y a 30 ou 40 ans soient tous devenus riches. Cela n’empêche pas que l’État soit au bord de la faillite et dans l’incapacité de rembourser les emprunts qu’il a fait à l’étranger ; pour faire face à ses obligations à court terme, il a dû demander une aide d’urgence au Fonds monétaire international. Tout en consommant et en gaspillant à la mesure de ses moyens, une partie importante de la population vit dans un grand sentiment d’insécurité.
Ce n’est sans doute pas sans raison qu’une chaîne privée de radio rappelle deux ou trois fois par jour que « tous les ans nous mettons l’équivalent de 50 milliards de francs français de nourriture à la poubelle alors que 8 milliards suffiraient à procurer à la Corée du Nord affamée la nourriture qui lui fait défaut chaque année ».
De temps en temps, on voit des immeubles s’effondrer en cours de construction ainsi que des ponts. Quant aux causes de ces accidents, outre le besoin irrésistible de « faire vite » (le mot « vite » est l’un des mots le plus fréquemment employé de la langue coréenne), on peut citer l’insouciance ou la négligence dans quelques cas, mais surtout la non-observance des normes. C’est ainsi qu’une grande entreprise qui a obtenu un marché pour la construction d’un pont ou d’un immeuble commence par s’assurer d’un copieux bénéfice, puis cède le marché en sous-traitance à plusieurs entreprises qui ont dû payer des pourboires pour obtenir ce marché, mais tiennent elles aussi à leurs bénéfices. Dans ce but, elles « sabotent » le travail en réduisant, du pourcentage qui leur paraît convenir, le fer ou le ciment qui devrait rentrer dans le béton.
3. LE MONDE DU TRAVAIL (LA VIE SYNDICALE)
La Corée a depuis longtemps une « Fédération nationale des Syndicats » (FNS) qui est coiffée par le ministre du Travail et inféodée à lui. La loi interdit à certaines catégories d’employés de se syndiquer, par exemple les fonctionnaires, les employés des industries travaillant pour la défense nationale, et notamment les enseignants, non seulement ceux qui se trouvent dans l’enseignement public et sont donc fonctionnaires, mais encore ceux qui se trouvent dans l’enseignement privé. De plus certaines entreprises, ou certains groupes d’entreprises, en particulier l’immense groupe Samsong, refusent par principe à leurs employés la possibilité de se syndiquer, mais ont à la place des sortes de « comités mixtes d’entreprise » constitués de délégués du patronat et de délégués des employés. Les entreprises habilitées à avoir des sections syndicales comptent en réalité assez peu d’ouvriers syndiqués, guère plus de 10 % des travailleurs du pays. Mais depuis une dizaine d’années, on a vu se constituer un « syndicat des enseignants » forcément illégal. Plus récemment on a vu se constituer une (illégale) Fédération des Syndicats démocratiques (FSD), qui regroupe des syndicats tout à fait légaux. Cette illégale Fédération des Syndicats démocratiques aurait autour de 550 000 adhérents. La FNS aurait un peu plus d’un million d’adhérents. Mais le pays compte plus de 13 millions de travailleurs.
La Corée a voulu, en 1996, devenir membre de l’Organisation de Coopération et de Développement économique ainsi que de l’Organisation internationale du Travail. Cette dernière a exigé, comme condition préalable, que soit amendée la législation coréenne du travail pour la rendre « internationalement acceptable ». Les autorités coréennes concernées ont promis de faire le nécessaire et, dans ce but, a été mise sur pied une « commission pour la révision de la loi du travail ». Cette commission était composée de représentants tant du gouvernement que du patronat et des ouvriers. Et ceux-ci étaient représentés par des délégués de la Fédération nationale des syndicats, ce qui va de soi, et même par deux délégués de la Fédération des Syndicats démocratiques. À la suite de ses travaux, cette commission avait remis au gouvernement un « projet d’amendement des lois du travail » qui, s’il ne pouvait entièrement donner satisfaction à tout le monde, était tout de même assez raisonnable, Mais, tout à coup, le 26 décembre 1996 à 6 heures du matin, alors que les séances du Parlement n’ouvrent en principe qu’à 10 heures, les 154 députés de la majorité se réunissent en grand secret et, en l’espace de 5 minutes, adoptent, sans le moindre examen, une dizaine de textes de lois, dont un ensemble de « lois du travail ». Entre-temps, des « experts » (en contrefaçon ?) avaient rédigé, secrètement et sur commande, des textes bien différents de ceux qui se trouvaient depuis quelque temps en attente. Ces nouveaux textes étaient nettement favorables aux patrons et aussi nettement défavorables aux travailleurs. Dès qu’elle apprend ce qui vient de se passer, l’opposition parlementaire crie au scandale et la FSD lance un mouvement de grève qui est très largement suivi. Les dirigeants de la FSD, pour la plupart des catholiques, décident de camper sur le parvis de la cathédrale malgré un froid très rigoureux, peu propice au camping.
Il faut noter ici que la cathédrale catholique de Séoul est devenue tout un symbole. Des dizaines de groupes, catholiques ou non, y ont tenu des centaines de rassemblements ou manifestations en faveur de la démocratisation, des détenus politiques, des personnes injustement expropriées, des victimes de toutes sortes d’injustices. Mais pas une seule fois, en plus de trente ans de dictature militaire ou semi-militaire, les forces de police n’avaient franchi la « porte » (il n’y a d’ailleurs pas de porte) qui permet de passer de la rue à l’enceinte, fort vaste, de la cathédrale et de ses nombreuses dépendances.
Mais, au mois de septembre 1995, les « forces de l’ordre » du gouvernement « civil et démocratique » n’ont pas hésité, elles, à se montrer plus hardies ou plus impudentes que la police des régimes dictatoriaux et à s’introduire dans l’enceinte de la cathédrale pour procéder à des arrestations.
En raison de ce précédent, on se demandait, durant la première moitié de janvier 1997, quelle serait la nuit que les « forces de l’ordre » allaient choisir pour s’emparer des dirigeants syndicaux de la FSD. Le curé de la cathédrale se démène cette fois encore pour tenter une médiation quand tout à coup le Président de la République fait savoir qu’il invite le Cardinal archevêque de Séoul à la Présidence le 17 janvier. Les jours suivants, il invite les dirigeants protestants et bouddhistes, puis les chefs des divers partis politiques. Il commence enfin à se rendre compte qu’il a fait fausse route et qu’il lui faut faire marche arrière.
Le 10 mars 1997, en un vote régulier cette fois-ci, le Parlement passe une nouvelle législation qui est un compromis auquel ont fini par aboutir les divers partis politiques. La nouvelle législation du travail comporte encore bien des dispositions fort défavorables aux travailleurs. Parmi celles-ci, on peut d’abord citer le principe de « l’adaptation des horaires de travail ». D’autre part, s’il « s’avère que des réductions du personnel sont nécessaires pour que l’entreprise soit rentable », et « après entente avec le syndicat, s’il en existe dans l’entreprise, ou avec les représentants des employés dans le cas où il n’y a pas de syndicat, » le patron peut licencier autant d’employés qu’il juge nécessaire. Par contre, la nouvelle législation du travail admet le principe du pluralisme syndical.
À l’approche de l’élection du Président de la République, le président de la FSD a été choisi par différents groupes privés comme « candidat populaire » à la Présidence de la République. L’intéressé et ceux qui le soutiennent savent bien qu’il n’a aucune chance d’être élu. S’il se présente comme « candidat populaire », c’est pour se distinguer des 3 « candidats bourgeois », et ainsi préparer un climat favorable à la formation d’un « parti travailliste » qui sera le porte-parole des masses populaires.
4. LA VIE INTERNATIONALE
La Corée du Sud a longtemps considéré ses grands voisins de l’ouest, la Chine et la Russie, comme particulièrement dangereux et, depuis l’époque de la « guerre froide », elle les a considérés comme ses principaux ennemis, notamment en raison de l’immense soutien qu’ils apportaient ouvertement à la Corée du Nord. Mais l’abandon par la Russie de son idéologie marxiste et son incapacité à apporter une aide économique ou militaire de quelque importance à son petit protégé nord-coréen a amené un grand refroidissement dans les relations entre la Russie et la Corée du Nord. En même temps, les relations entre la Russie et la Corée du Sud ont été normalisées et semblent être au « beau fixe » tant au niveau politique qu’au niveau des échanges économique.
Si la Chine continue d’accorder une certaine aide à la Corée du Nord, son réalisme lui fait préférer la Corée du Sud qui, au prix d’une rupture avec Taiwan, a normalisé ses relations avec Pékin. Une parfaite amitié semble s’être développée entre Séoul et Pékin. Les capitaux et les industriels sud-coréens sont fort bien accueillis en Chine et celle-ci écoule en Corée du Sud toutes sortes de produits industriels à bon marché et des produits agricoles.
Le voisin de l’est, le Japon, reste toujours à la fois méprisé et envié. La Corée du Sud a grandement besoin des produits de l’industrie japonaise pour outiller ses entreprises, et la balance commerciale est largement favorable au Japon chaque année. D’autre part, la littérature, la musique, les films japonais sont interdits en Corée. Cela n’empêche que, quand on connaît les bonnes adresses, on peut trouver autant de revues, de cassettes, que l’on veut. De temps en temps, on réveille de puissants sentiments anti-japonais. On cite en exemple les gouvernements occidentaux qui ont fait « amende honorable » à leurs anciennes colonies. De temps en temps, revient sur le tapis le problème des « réparations » que le Japon doit apporter aux « femmes de réconfort ». On appelle ainsi les 150 000 jeunes filles, à 80 % coréennes paraît-il, les autres étant chinoises du continent ou de Taiwan ou des Philippines, qui, dans les années 1943-1945, ont été enrôlées de force pour devenir des prostituées au service de l’armée japonaise et dont les rares survivantes ont actuellement 70 ans ou plus.
Mais dans tous les aspects de ses relations avec le Japon, la Corée estime toujours que son honneur national est en jeu, même quand il s’agit des choses les plus futiles, comme par exemple un match de football.
En enfouissant « l’honneur » au fond de la plus profonde de ses poches, le vice-Premier ministre qui est chargé de l’économie et des finances de la Corée du Sud a fait un voyage éclair au Japon, en fin novembre 1997, pour quémander une aide financière d’urgence de plusieurs centaines de millions de dollars US afin d’éviter au pays de tomber dans l’insolvabilité. En effet, la Corée du Sud a besoin de bien plus d’argent qu’elle n’en a demandé au Fonds monétaire international, si elle veut rembourser à temps ses emprunts à court terme.
5. LES RELATIONS AVEC LA CORÉE DU NORD
Depuis les années 1970, des conversations se sont plusieurs fois tenues entre des responsables politiques des deux Corées « en vue de réduire la tension qui règne sur la péninsule ». Des négociations ont également eu lieu entre des délégués de la Croix-Rouge « en vue de remédier aux souffrances des 10 millions de personnes » dont les familles ont été brisées par la guerre de 1950. Mais ces rencontres n’ont abouti à rien de concret et ne se sont même pas tenues ces dernières années.
Par contre, des hommes d’affaires sud-coréens sont parfois autorisés à se rendre en Corée du Nord en vue d’y établir des entreprises, tandis que des représentants d’organismes caritatifs sud-coréens peuvent parfois s’y rendre pour distribuer des secours en nature aux populations affamées. Dans le même temps, des espions nord-coréens s’infiltrent périodiquement en Corée du Sud et y recrutent des collaborateurs, y compris parmi des personnes haut placées. Quand ces espions sont finalement arrêtés par la police sud-coréenne, ils sont naturellement condamnés à des peines extrêmement lourdes.
Après 20 mois de très longues « négociations préliminaires », un accord est finalement intervenu pour des « négociations proprement dites », qui ont débuté le 9 décembre 1997 à Genève entre des représentants officiels de Corée du Sud, de Corée du Nord, des USA et de la Chine, « pour établir une paix durable sur la péninsule coréenne ». Ces pourparlers n’ont naturellement abouti à rien de concret, si ce n’est à un accord pour que les quatre parties se réunissent à nouveau le 16 mars 1998. Aboutiront-elles à quelque chose de sérieux avant la première Assemblée générale MEP du vingt-et-unième siècle ?
Robert JÉZÉGOU
II. L’ÉGLISE EN CORÉE
Statistiques au 31 décembre 1996
(René DUPONT)
— Corée du Nord : pas de données.
— Corée du Sud : 3 560 000 fidèles (sur 45 500 000 habitants soit 7,8 %), 2 330 prêtres coréens (dont 2 090 diocésains) et 210 étrangers, 1 590 séminaristes (dans 7 grands séminaires), 570 frères, 7 500 sœurs, 310 missionnaires ad exteros soit 280 sœurs, 30 prêtres, 10 laïcs et 10 frères (non compris les 110 prêtres et 90 sœurs chargés des communautés
coréennes à l’étranger).
1. L’ÉGLISE EN CORÉE DU NORD
Les chrétiens en Corée du Sud aiment se dire une moitié d’Eglise : c’est une façon de rappeler l’existence de chrétiens en Corée du Nord. Mais on sait très peu de choses sur eux. On sait qu’ils existent, qu’ils ne sont qu’une infime minorité, qu’ils n’ont pas de prêtre, qu’ils ne sont pas autorisés à se réunir... sauf dans une église catholique (et deux temples protestants) en ville de Pyongyang, la capitale.
Nous (c’est-à-dire un groupe de six Bénédictins et trois confrères MEP) avons visité l’église catholique de Pyongyang à l’heure de l’office, un dimanche matin en avril 1997 : une centaine de personnes en rangs bien ordonnés, une bonne chorale, un officiant entouré de deux assistants en aube, une belle liturgie de la parole avec lectures, cantiques, quête, prière des fidèles... Tout magnifiquement ordonné ! Trop bien ordonné probablement pour ne pas laisser planer des doutes : combien de chrétiens et combien de figurants y avaient-ils parmi eux ? — Les avis diffèrent. Avant l’office, quand nous avions parlé de célébration eucharistique, le responsable, M. Jules Cha, nous avait dit clairement que « comme c’était notre première visite, il valait mieux que nous assistions dans l’assemblée ». Nous avions accepté. Après l’office toutefois, comme les gens avaient très vite vidé les lieux et que nous restions à peu près seuls, M. Cha nous a permis de célébrer : ce que nous avons fait, en ajoutant ce qui manquait pour que ce soit une messe ! Il ne pouvait sans doute pas nous permettre davantage, vu que celui qui aurait présidé l’Eucharistie aurait aussi prêché ce qui n’était pas concevable.
Les religions ont chacune un coordinateur national et sont regroupées dans un organisme central : il se trouve que le coordinateur catholique, M. Samuel Chang, est également en charge de l’organisme central. À New York puis à Beijing, M. Chang a plusieurs fois rencontré les représentants officiels de l’Église catholique de Corée du Sud : la prochaine rencontre pourrait avoir lieu à Pyongyang.
La présence visible de l’Église catholique se concrétise néanmoins par la construction d’un hôpital, intitulé « hôpital du peuple » en coréen et « hôpital catholique international » en anglais, dans une zone franche que les Coréens du Nord ouvrent aux investisseurs étrangers. Les Pères Bénédictins de Saint Ottilien sont à l’origine de ce projet, ce qui explique notre visite : nous y allions officiellement pour l’ouverture des travaux.
La constitution de la Corée du Nord ne parle pas de liberté de conscience mais parle de liberté de religion, tout en précisant qu’aucune influence étrangère ne saurait être tolérée. Pratiquement, le « système » qui régit le pays fait office de religion : l’un de nos guides nous a dit, en privé, qu’il « croyait » (au sens fort) dans le système. Le « système » est un communisme coréanisé, bâti autour de la personne de M. Kim II-Sung : quoiqu’il soit mort en 1994, « le vénérable leader Kim II-Sung est éternellement avec nous », proclament partout les slogans.
Tout ce qui est dit de l’Église catholique dans les paragraphes qui suivent ne concerne que l’Église dans le Sud.
2. LES ACTIVITÉS SOCIALES ET CARITATIVES DE L’ÉGLISE CATHOLIQUE.
Cette première approche va nous permettre de saisir en partie l’impact de l’Église sur la société.
Ces activités sont considérables. Au plan national d’abord, l’aide à l’étranger (Corée du Nord mais aussi de nombreux pays africains) se calcule en millions de dollars. Au niveau des paroisses, les chiffres suivants sont communiqués par les confrères qui sont curés de paroisse ; la « part des pauvres » comprend tout ce que les paroissiens donnent pour les nécessiteux ; certaines données de base sont exactes, d’autres sont des estimations ; quant au nombre de paroissiens, il s’agit simplement de ceux qui assistent aux messes du dimanche et du samedi soir, y compris les enfants, les personnes âgées, les catéchumènes... ; pour les dessertes, il s’agit aussi uniquement de ceux qui participent aux offices. En 1997, chez Jean Crinquand, « la part des pauvres » est de l’ordre de 33 000 F français venant de 180 personnes, et du même ordre, chez Antoine Gaztambide, venant de 220 personnes à la paroisse et de 60 personnes dans les dessertes ; chez Gilbert Poncet, de l’ordre de 67 000 F venant de 275 personnes, et du même ordre chez Jean Ollivier venant de 240 personnes à la paroisse et 150 dans les dessertes ; chez Auguste Plassier, de l’ordre de 140 000 F venant de 680 personnes, et chez Jean Blanc, de l’ordre de 235 000 F venant de 850 personnes.
Quant aux œuvres spécialisées, leur nombre a pratiquement doublé ces dernières années : les centres de lépreux disparaissent parce qu’il n’y a plus de nouveaux lépreux, mais les asiles de vieillards, les centres pour handicapés, les maisons spécialisées pour les jeunes (comme celle dont Philippe Blot est chargé) ou les femmes en détresse... se multiplient rapidement. Les congrégations religieuses féminines, qui ont un personnel nombreux et jeune, aiment se spécialiser dans ce genre de service. Sur un total d’environ 400 centres dans le pays, un tiers est de dimensions modestes (moins d’une trentaine de pensionnaires, comme là où est Pierre Mésini, par exemple), la majorité a entre 50 et 300 pensionnaires (comme chez Paul Couvreur, par exemple) et certains sont gigantesques, tel le « village fleuri » qui, en plusieurs endroits, prend soin de quelque 3 000 personnes. Le problème c’est le financement. Le gouvernement ne finance habituellement pas les constructions, mais il finance la majorité des frais de roulement quand les œuvres entrent, bien sûr, dans les catégories qu’il a définies : certaines œuvres n’entrent pas dans ces catégories ou ne veulent pas y entrer pour éviter des contrôles. Le reste est ordinairement assuré par des « associations de soutien » qui publient chacune un petit bulletin de liaison pour donner des nouvelles, encourager les bienfaiteurs et collecter des fonds. D’après les statistiques, ces associations assureraient 80 % du budget global, nouvelles constructions y comprises, de l’ensemble de ces centres. Le tout est extrêmement varié, très désordonné — ce qui crée beaucoup de tensions — et très lourd, trop lourd pour les chrétiens, mais en même temps admirable.
L’Église catholique est tellement reconnue comme attentive aux nécessiteux que les autorités civiles lui confient, de plus en plus, l’administration de nombreux nouveaux centres sociaux publics. La Corée, en effet, s’efforce de rattraper son retard au point de vue social, mais il y a encore beaucoup à faire, pour les drogués ou déments par exemple. Cette dernière formule a bien des avantages parce que les constructions sont faites par l’État et que les employés, ordinairement des religieuses, sont aussi, en grande partie, à la charge de l’État. Des initiatives récentes, tant de l’État que de l’Église, tentent de compléter ce dispositif par des services à domicile.
3. PRÉSENCE DE L’ÉGLISE DANS LE MONDE SCOLAIRE ET HOSPITALIER
Traditionnellement, les Églises s’intéressent aux écoles et hôpitaux. En Corée aussi les protestants surtout.
L’Église catholique prend soin de quelque 200 jardins d’enfants pour environ 25 000 élèves, d’une dizaine d’écoles élémentaires pour 5 000 élèves, d’une soixantaine d’établissements du second degré pour 70 000 élèves, et d’une dizaine d’IUT et universités pour 30 000 étudiants, auxquels il faut ajouter une dizaine d’écoles spécialisées pour 1 500 sourds muets, aveugles, handicapés...
Les écoles catholiques, ordinairement entre les mains de religieux ou religieuses, sont de bonne tenue. Mais dans quelle mesure sont-elles « catholiques » ? — L’État, en effet, donne des subsides mais interdit à toute école confessionnelle de donner préférence, dans le recrutement, aux fidèles d’une religion, si bien que 90 % des élèves ne sont pas catholiques. Avantages et inconvénients se compensent. Dans les jardins d’enfants, avec l’accord des parents, on peut donner un enseignement à base religieuse, mais ailleurs, on est pratiquement très limité. Qui plus est, dans les lycées, la compétition scolaire est considérable : une école est censée « valable » si elle réussit à faire entrer beaucoup d’élèves dans de bonnes universités : le résultat est que la formation humaine et spirituelle est souvent déficiente. Quant aux universités, ce sont des gouffres au point de vue financier, et les difficultés concrètes, avec les professeurs en particulier, sont telles que, même les Sœurs du Sacré-Cœur, en 1995, ont renoncé à leur université et en ont fait « cadeau » au diocèse de Séoul qui l’a englobée dans un ensemble universitaire comprenant aussi le grand séminaire.
Les hôpitaux catholiques, liés entre eux, sont aussi de très bonne tenue : une vingtaine d’hôpitaux généraux (comme celui dont Robert Jézégou est aumônier) soit un total de 9 000 lits. Les petits dispensaires d’autrefois ont à peu près tous disparu, car la médecine moderne exige des investissements considérables et un personnel hautement qualifié.., mais c’est un bout sans fin : plus on investit, plus il faut investir. Par contre, le petit hôpital de la Sainte-Famille par exemple (où Jacques Denès assure l’Eucharistie le dimanche, Emmanuel Kermoal en semaine et où travaille un coopérant) est totalement gratuit pour des gens hors-catégories, des travailleurs étrangers illégaux entre autres, et ne fonctionne qu’avec des volontaires et par des dons.
4. PRÉSENCE DE L’ÉGLISE DANS DIFFÉRENTS ARÉOPAGES
Dans le domaine artistique : architecture, littérature, théâtre, cinéma, musique... les catholiques sont curieusement très présents, avec des productions très « inculturées ». L’exemple typique est la statue du Christ ressuscité à l’entrée de l’esplanade de la cathédrale de Séoul.
L’hebdomadaire coréen « Newsmaker » a publié, en octobre 1996, une enquête sur les 10 personnes les plus influentes en Corée, les 10 plus beaux types d’hommes et les 10 plus beaux types de femmes. Le cardinal Kim passe largement en tête des personnes les plus influentes ; il est suivi en 3e et 8e position par des gens notoirement catholiques. Pour les beaux types d’hommes, le 2e est un artiste de cinéma catholique et le 10e un prêtre. Quant aux femmes, la 8e est une romancière catholique.
Alors qu’ailleurs ils ont souvent du mal à communiquer, là les catholiques sont très mêlés et liés aux protestants et bouddhistes.
Les maisons d’éditions, soit officiellement catholiques soit dans les mains de laïcs catholiques, publient beaucoup : des revues, des livres (surtout des traductions), des bandes dessinées, des cassettes aussi et des CD... Il y a de tout, du meilleur au pire. La production théologique et philosophique locale est pauvre.
Le réseau de la radio « Paix », à l’origine lancé par le diocèse de Séoul, s’est implanté en 1996 dans l’ensemble du pays. À cette radio et à un journal hebdomadaire du même nom qui tire à 100 000 exemplaires, s’est ajouté, en 1995, la télévision « Paix ». Le gouvernement, en effet, en lançant la télévision câblée a proposé à chacune des religions les plus répandues (bouddhique, protestante et catholique) un canal de télévision et elles ont accepté. On peut discuter de l’opportunité de cette décision, parce que les religions qui ont une importance considérable dans la société coréenne sont ainsi un peu écartées des grandes chaînes et parce qu’entretenir une chaîne de télévision coûte les yeux de la tête ; toujours est-il que les catholiques ont aussi leur canal et que ça marche de 10h du matin à 11 h du soir, dans tout le pays, pour celui qui est câblé.
Dans d’autres domaines, on pourrait aussi essayer de mesurer l’impact de l’Église. Les généraux de l’armée coréenne sont catholiques à 20 %. Les députés, présents dans tous les partis, sont catholiques à 20 % ; le parti au pouvoir a choisi un candidat catholique à l’élection présidentielle parmi 7 prétendants dont 4 catholiques ; le candidat à la présidence du principal parti d’opposition est catholique. Bien sûr, tous ne sont pas des modèles mais ils sont là.
Des exemples similaires pourraient être trouvés dans le monde rural, universitaire, ouvrier... Il est curieux que cette Église très traditionnelle, même si son impact n’est pas aussi effectif qu’on le désirerait, soit aussi bien intégrée à la société dans son ensemble.
5. L’ÉGLISE VUE DE L’INTÉRIEUR ET SON ÉVOLUTION
L’Église coréenne est très organisée, encadrée, structurée, comme la société coréenne elle-même. Les statistiques nationales des 3 dernières années indiquent que le nombre des baptêmes d’adultes se maintient à 100 000 par an et celui des enfants à 40 000 ; ce n’est pas ce qui est ressenti ordinairement au niveau des communautés. On s’alarme au contraire de ce que le nombre des catéchumènes diminue et de ce que le nombre des non-pratiquants augmente, surtout parmi les jeunes. On cherche des raisons : augmentation considérable du niveau de vie et des loisirs, décadence morale concernant l’argent et la vie sexuelle, nombre accru de femmes mariées au travail, Église moins engagée...
Le nombre des prêtres coréens augmente de 100 à 140 par an et celui des paroisses de 30 à 40 par an. Il y a donc un surplus de prêtres par rapport aux places disponibles dans les paroisses, ce qui incite les missionnaires à chercher des ministères hors-paroisse. Par contre le nombre des entrées dans les séminaires oscille entre 214 (en 94), 237 (en 95) et 146 (en 96) avec une tendance à la baisse (pas dans le diocèse de Taejon, me dit-on). Le nombre des entrées dans les communautés religieuses d’hommes et de femmes diminue aussi : 1 193 novices (en 94), 1 026 (en 95), 962 (en 96). Il faut savoir que, dû à la limitation des naissances, le nombre de jeunes dans cette tranche d’âge diminue et qu’ils viennent, presque tous, de familles n’ayant qu’un ou deux enfants. Les communautés de religieuses en particulier sont très vivantes : témoin la communauté dont Marcel Pélisse est aumônier et le carmel de Séoul dont Armel Durand est aumônier.
L’augmentation du nombre des fidèles, la démocratisation de la société coréenne, la multiplicité des informations, l’ouverture à l’ensemble du monde... font que l’Église coréenne est de plus en plus diversifiée. Les individus sont de plus en plus différents les uns des autres ; certains chrétiens disent avec malice qu’ils ont bien leurs croyances et leurs dévotions à eux...mais qu’ils n’en parlent pas à leur curé parce qu’il ne serait pas d’accord. Quant aux communautés, elles sont aussi de plus en plus diversifiées : on trouve de tout dans l’Église de Corée, du plus traditionnel au plus pointu. On trouve aussi, mais c’est très récent, des communautés étrangères importantes : Stanislas Gzella, curé des étrangers à Taegu, a 400 Philippins à la messe du dimanche.
6. M. ET Mme « CATHOLIQUES MOYENS »
M. et Mme « Catholiques moyens » sont fiers d’être chrétiens et, en particulier, d’appartenir à la religion catholique : elle a bonne réputation, car le cardinal Kim est une personnalité marquante, les prêtres sont respectés, les religieuses dévouées, les chrétiens plus honnêtes que les autres. Ils sont de classe moyenne supérieure, vivent dans un appartement nouvellement construit dans un grand ensemble et ont fait un pèlerinage en Terre Sainte en passant par Lourdes et le 128 rue du Bac.
Ils ont deux enfants comme tout le monde, parce qu’à l’accouchement du dernier, la sage-femme a demandé à Madame s’il fallait faire le nécessaire pour en rester là : elle a dit « oui » puisque tout le monde fait comme cela. Et puis tout est si cher maintenant : les loyers, l’essence pour la voiture, les choux pour le « kimchi »... qu’elle va reprendre du travail pour arrondir les fins de mois et qu’un troisième enfant aurait vraiment été de trop.
Monsieur est fidèle à la messe du dimanche, sauf... s’il doit assister à un mariage par exemple (ce qui n’est pas rare puisque presque tous les mariages se font le dimanche) ; il se confesse à Noël, à Pâques aussi si les circonstances s’y prêtent ; il est membre de la confrérie Saint André Kim et est toujours volontaire pour assurer le service d’ordre aux grands rassemblements d’Église. Madame est plus fervente : elle ne manquerait pas la messe du dimanche, ni celle du mercredi parce qu’elle est suivie de la réunion hebdomadaire de la Légion de Marie dont elle est vice-présidente, ni celle du vendredi parce que c’est celle du groupe biblique dont elle est secrétaire, ni même ordinairement celle du samedi parce que, ce jour-là, les membres de l’association Sainte Cécile balayent l’église et arrangent les fleurs, sans compter une heure d’adoration par semaine dans le cadre de la confrérie du Saint Sacrement et sans compter les rencontres mensuelles au niveau du quartier, « cellule » de base de la paroisse, ni celles du renouveau charismatique...
M. et Mme se font des soucis pour leurs enfants : ceux-ci vont à l’école, bien sûr, mais, en dehors de cela, ils prennent des leçons de piano, de taekwondo, d’anglais, de mathématiques... et il faudrait encore qu’ils assistent aux cours de catéchisme. Heureux s’ils assistent à la messe du samedi après-midi pour les jeunes. D’ailleurs ils n’en font qu’à leur tête, regardent en cachette des vidéos porno et rateront sans doute leur entrée à l’université. On ne sait pas comment les prendre.
M. et Mme aiment bien leur curé, malgré ses façons de faire autoritaires, surtout question finances. Avant Noël, en effet, M. le curé rencontre les chefs de famille individuellement pour fixer avec eux le montant de leur dernier du culte l’année suivante ; sans compter les quêtes ordinaires, les quêtes extraordinaires, l’œuvre des vocations, les intentions de deux ou trois journaux ou revues chrétiennes, les cotisations des mouvements et « associations de soutien », l’aide d’urgence aux Coréens du Nord.., et la construction de la troisième nouvelle église dans le district ! Pour être bon chrétien, il faut beaucoup de temps et beaucoup d’argent. Pas étonnant que les petites gens s’en éloignent discrètement.
Mais c’est beau quand même d’être chrétien. M. et Mme n’hésitent pas à inviter leurs parents et amis à le devenir. Et quand ils réussissent à conduire quelqu’un au baptême, ils en sont fous de joie !
III. LES CONFRÈRES MEP
GROUPE DE SÉOUL ET DE SA RÉGION
(Emmanuel KERMOAL)
Séoul et la province du Kyong-Gi qui l’entoure représentent environ 18 millions d’habitants sur les 45 que compte la Corée. Trois diocèses sont au service de cette population pleine d’énergie et grouillante de vie : le diocèse de Séoul, celui d’Inchon, et celui de Suwon. Nous sommes 7 MEP à travailler dans cette région, dont 6 à Séoul et un à Suwon. Depuis 1992, nos deux anciens, le père Singer et le père Coyos nous ont quittés pour un repos bien mérité dans la maison du Père.
Marcel Pélisse (70 ans) : La vie de Marcel est partagée entre deux activités qui remplissent bien ses journées. Il travaille au Centre de Recherche pour l’Histoire de l’Église de Corée. Il met sur ordinateur tous les documents MEP concernant cette Église, documents que les MEP ont donnés, ou ceux qui étaient conservés aux Archives de l’archidiocèse de Séoul, qui sont traduits selon les besoins.
Comme il fallait un toit à Marcel avec le bol de riz, le cardinal Kim l’a nommé aumônier de la maison-mère d’une des plus grandes congrégations religieuses coréennes (Sœurs de Notre-Dame du Perpétuel Secours). Il y assure la messe quotidienne avec prédication et les confessions. Il y mène une vie de religieux à l’ombre des religieuses.
René Dupont (69 ans) : En dehors de son travail de régional qui demande pas mal d’attention et pas mal de temps, beaucoup de prédications : des retraites spirituelles pour prêtres, séminaristes, religieux et religieuses ; des conférences un peu partout, surtout dans les paroisses. Le contact avec les gens se fait sur place dans le village de Haengju où il vit, près de l’aéroport de Séoul, à 25 km de la maison régionale. Il fait aussi du travail pastoral dans la communauté chrétienne de Haengju.
Armel Durand (69 ans) : Depuis 19 ans, Armel est au service des Sœurs du carmel de Séoul où il célèbre la messe tous les matins. il leur donne aussi un cours de Bible tous les mois. En plus de cela, les Sœurs lui demandent différents services comme par exemple la traduction de lettres et de différents documents, ce qui lui prend pas mal de temps.
Armel est aussi aumônier de la communauté francophone de Séoul. Il assure la messe pour la communauté tous les samedis soir, il organise les cours de catéchisme pour les enfants, et anime un groupe d’études bibliques. En plus, il participe aux différentes activités de la communauté francophone dans le but de connaître le plus de monde possible. Parmi les confrères, Armel est sans doute le plus informatisé parmi nous. L’Internet n’a plus de secret pour lui.
Robert Jézégou (68 ans) : Pendant 7 ans, Bob a travaillé comme aumônier à l’hôpital de Pupyong, en ville d’Inchon, hôpital dont une congrégation de religieuses est propriétaire. Envoyé par décision unilatérale de son évêque, il y a été « accueilli comme un chien dans un jeu de quilles » en novembre 1990. Il s’est efforcé de s’y rendre aussi invisible que possible, tout en s’occupant de son mieux des malades, dont en moyenne 10 % sont en fait des catholiques, et en célébrant les offices pour les religieuses qui n’ont pas fait beaucoup d’efforts pour que les malades puissent y participer. Au mois de décembre 1997, Bob a été nommé aumônier de la maison de retraite que tiennent à Suwon les Petites Sœurs des Pauvres.
Jacques Denès (66 ans) : Après avoir arrêté ses cours de français à l’université, fin 1995, Jacques continue son travail d’accueil des confrères et des hôtes de passage à la maison régionale. Beaucoup de coopérants sont passés durant ces années. Nous accueillons le dixième actuellement. En général, tout s’est bien passé, excepté quelques petits problèmes avec l’un ou l’autre.
En plus de son travail à l’accueil et à l’économat à la maison régionale, Jacques passe beaucoup de temps à donner des confessions à la cathédrale de Séoul et dans deux communautés religieuses. Il assure la messe du dimanche à l’hôpital de la Sainte-Famille. Au milieu de ces activités, Jacques n’a pas le temps de s’ennuyer.
Pierre Mésini (64 ans) : Pierre est revenu parmi nous après avoir passé une vingtaine d’années en France comme prêtre ouvrier. Il a pris du temps pour se réadapter à la vie et à la langue coréennes qu’il n’a pas oubliées. En 1997, il a passé plusieurs mois dans une maison accueillant des marginaux, des paumés, des alcooliques près de Taegu. En ce début de décembre, il vient de commencer une nouvelle vie à Séoul. Dans la journée, Pierre travaille à l’accueil des gens qui viennent se faire soigner gratuitement au dispensaire Saint-Joseph, situé dans un quartier populaire de Séoul. Il y rencontre des tas de pauvres. Le soir, il rentre à la maison de Moktong, un centre pour alcooliques qui veulent s’en sortir, dépendant aussi du dispensaire Saint-Joseph. Il y vit avec 3 pensionnaires, deux séminaristes, une religieuse péruvienne. C’est un nouveau travail pour Pierre au milieu des pauvres. C’est pour cela qu’il est revenu en Corée, continuant sa mission au milieu des plus pauvres et des paumés.
Emmanuel Kermoal (53 ans) : Comme la plupart des confrères de Séoul, sa vie est partagée entre différentes activités. Manu est nommé officiellement à la mission ouvrière du diocèse de Séoul. Depuis 1993, il accompagne plusieurs équipes d’ACO. Trois jours par semaine, il travaille comme manœuvre dans une petite usine de recyclage du plastique. Il y a une dizaine de travailleurs en tout dont deux Péruviens. Deux jours par semaine, il donne une dizaine d’heures de cours de français dans une université non confessionnelle. Tous les matins, il célèbre l’Eucharistie à l’hôpital gratuit de la Sainte-Famille, situé pas très loin de chez lui. Depuis un peu plus de deux ans, un prêtre américain de la société Maryknoll réside chez lui. Le week-end, la maison est souvent pleine de Péruviens, ce qui met un peu d’ambiance dans la petite maison.
GROUPE DE TAEJON
(Paul COUVREUR)
Rappelons d’abord que le diocèse de Taejon correspond à la province du Chungnam (3.180 000 habitants). Pour un total de 170 000 baptisés, il compte, à ce jour 81 paroisses et 168 prêtres. Dans ce presbytérium relativement jeune (50 prêtres n’ont que 10 ans d’ordination, 100 n’ont pas encore atteint 25 ans d’ordination), il n’y a plus que 9 étrangers dont 6 MEP (entre 69 et 56 ans). Il se fait que l’aîné et le benjamin de notre groupe se trouvent tous deux en ville de Taejon (1 300 000 habitants, 33 paroisses). C’est par eux que nous commençons notre visite des confrères.
La paroisse de Jean Blanc (69 ans) est située près de l’autoroute Séoul-Pusan. La gare routière, l’évêché, et le carmel de Taejon sont sur son territoire. Quand Jean y a été nommé en août 1993, c’était la plus grosse paroisse du diocèse.
Elle fut heureusement bientôt divisée en deux. Il y reste pourtant 4 000 habitants (classe moyenne et commerçants) et 800 personnes pour la pratique dominicale. Il y a donc de quoi faire.
Jean trouve quand même le temps d’assurer les confessions au carmel ainsi que chez les Petites Sœurs des Pauvres dans deux diocèses voisins. L’évêque l’a aussi choisi comme confesseur, avec la recommandation expresse de lui rappeler chaque mois la date du jour de lessive ! On serait incomplet si on n’ajoutait pas que Jean sait aussi se détendre, notamment en enfourchant son scooter pour avaler des kilomètres et en faisant du scrabble. Il gagne presque toujours, surtout quand il joue seul !
De chez Jean Blanc, il suffit de traverser le grand axe routier qui mène à l’autoroute pour se trouver chez Auguste Plassier (56 ans). Le milieu est ici plus populaire. 50 000 personnes vivent dans ce quartier situé entre la gare routière et celle du chemin de fer. Cette paroisse fut fondée il y a 30 ans par le père Haller, quasiment au milieu des rizières, juste à côté de la maison régionale MEP d’alors. Depuis, la ville s’y est étendue et la paroisse a dû être divisée et redivisée.
Auguste a pour l’instant un vicaire coréen qui lui allège efficacement la tâche : 800 personnes aux messes dominicales, 28 groupes de Légion de Marie, réunion mensuelle des chrétiens dans chaque quartier, etc. Auguste ne chôme donc pas, mais il sait aussi s’arrêter. C’est d’ailleurs souvent chez lui que les 6 confrères MEP se retrouvent pour leurs réunions de groupe. L’atmosphère n’y est pas triste et on n’en ressort jamais la faim au ventre et la gorge sèche !…
Si l’aîné et le benjamin de notre groupe se trouvent dans des paroisses importantes en ville de Taejon, les quatre autres travaillent en zone rurale, dans des lieux qui, à vrai dire, ne font guère d’envieux parmi le clergé local.
Rendons-nous d’abord chez Jean Ollivier (68 ans) qui est curé de la paroisse de Teoksan à 25 km à vol d’oiseau de la côte ouest. Autrefois ce n’était ici que la campagne, mais on y a découvert des sources d’eau chaude et cette agglomération de 4 500 habitants est en passe de devenir une ville d’eaux thermales avec déjà presque 120 restaurants et des hôtels qui sortent de terre comme des champignons. Cela affecte évidemment la pastorale, et l’assistance aux messes dominicales est très sensiblement en baisse : le nombre des catholiques de l’extérieur venant passer les week-ends sur les lieux ne suffit pas à renflouer celui des gens du cru que l’industrie touristique retient à la maison.
Il n’empêche que Jean trouve toujours de quoi s’occuper. Si les confessions au carmel de Taejon (en alternance avec Jean Blanc) et les conférences aux sessions du Cursillo n’y suffisent pas, il poursuit l’étude du coréen qu’il a pourtant la réputation de bien posséder : l’état de son dictionnaire est encore plus lamentable que celui de son bréviaire et ce n’est pas peu dire.
À quelque 15 minutes de voiture de chez Jean Ollivier et en allant vers l’intérieur des terres, on arrive chez Jean Crinquand (61 ans), à Ungbong, petite bourgade de 4 100 habitants. Ici aussi le milieu change : au milieu des cultures et des vergers traditionnels, on voit apparaître des ateliers et des usines. Un important lac artificiel, originellement destiné à l’irrigation, attire maintenant beaucoup d’amateurs de pêche. L’église ici n’est pas bien grande mais suffit aux 180 personnes qui s’y rassemblent pour les messes dominicales. Le zèle et les deniers de ces braves gens ont fait que cette ancienne desserte a pu devenir paroisse il y a 12 ans. L’ambiance est sympathique et on sait y partager le Pain et la Parole sans négliger le verre de l’amitié.
Jean ne se fait donc pas de mauvais sang : il en produit au contraire du fort bon qu’il va régulièrement offrir à l’hôpital diocésain de Taejon où il se rend chaque semaine pour assurer la confession à des religieuses.
En remontant de Taejon vers Séoul et à peu près à mi-chemin, nous voici chez Gilbert Poncet (58 ans) à Ibjang. Ici aussi on peut voir encore des rizières et des vignobles nationalement réputés, mais de tous côtés ont surgi des usines fort importantes, à la production très diversifiée : des armatures métalliques aux mémoires électroniques, sans oublier les produits de beauté Yves Rocher.
Gilbert est arrivé ici au milieu de son mandat de supérieur régional, quand, réalisant que sa charge ne l’occupait pas à plein temps, il avait demandé à l’évêque sa nomination dans une petite paroisse. Il s’agit en fait, ici aussi, d’une ancienne desserte qui rassemble 275 personnes aux messes du dimanche. Gilbert y travaille d’arrache-pied à une évangélisation de base dans tous les domaines de la vie. Ajoutez à cela qu’il prêche des retraites à des prêtres et à des religieuses, qu’il assure des cours au noviciat des Petites Sœurs des Pauvres et que et que... on n’a bien souvent que le travail que l’on se donne !
Il faut descendre vers le sud pour découvrir entre Kongju et Nonsan le nouveau (1995) centre diocésain pour handicapés où réside Paul Couvreur (57ans). Son évêque l’a envoyé ici il y a deux ans pour y assurer l’Eucharistie et l’accompagnement spirituel, mais sa mission principale est ailleurs : depuis 1993 il est complètement détaché des responsabilités pastorales en paroisse, pour réaliser à plein temps, une présence d’Église dans le monde paysan non baptisé et ce, par le partage des travaux des champs et des rizières. Peu à peu et tout naturellement, des relations humaines authentiques, et donc des ponts se créent, contribuant ainsi à la formation de l’unique famille des enfants de Dieu avec leurs différences. Et quand le Seigneur en appelle certains à faire la démarche d’entrée en Église visible, la joie est encore plus grande. Paul s’estime heureux dans cette insertion et souhaite pouvoir la poursuivre le plus longtemps possible, avec aussi l’espoir que bientôt des prêtres coréens pourront eux- mêmes s’atteler à cette tâche si Dieu le veut et l’évêque aussi.
GROUPE D’ANDONG ET DE TAEGU
(René DUPONT)
Dans le sud, dans la province de Kyongsang-do, siège de l’archevêché de Taegu, travaillent encore trois confrères ; deux dans le diocèse d’Andong dont notre supérieur régional actuel a été évêque : le P. Antoine Gaztambide et notre benjamin le P. Philippe Blot. Dans celui de Taegu ne reste que le P. Stanislas Gzella. C’est vraiment un petit reste, mais qui porte témoignage de la catholicité.
Antoine Gaztambide (66 ans) : ancien de Birmanie, après avoir dirigé de main de maître pendant longtemps de grosses paroisses de ville à Andong ou Sang-djou, a été très heureux d’hériter d’une petite paroisse rurale. Mais alors qu’il pouvait auparavant compter sur la collaboration de ses chrétiens pour son travail apostolique, il doit maintenant faire face à peu près seul à toutes les activités de la vie paroissiale. Or sa paroisse est relativement étendue et d’un relief accidenté et ses chrétiens dispersés, ce qui fait qu’il est souvent sur les routes pour les visiter. À la paroisse même, un jardin d’enfants tenu par les Sœurs lui permet des contacts précieux avec les parents dont beaucoup ne sont pas chrétiens ; mais cela ne suffit pas à ses activités et, depuis plusieurs années déjà, il s’intéresse beaucoup à l’histoire de l’Église de Corée en particulier à un proto-chrétien ayant vécu dans son territoire. Ce lettré, homme droit et sincère, bien avant l’introduction de l’Église, ayant eu connaissance des livres chinois du P. Ricci, sous l’inspiration du Saint-Esprit, se mit à croire et à pratiquer. En lutte aux objections des siens, il se réfugia dans les montagnes pour pouvoir vivre selon sa foi ; cet endroit est devenu un petit centre de pèlerinage et le P. Gaztambide, avec le soutien de son évêque, essaie de le développer.
Philippe Blot (39 ans) : ne regarde pas le passé mais l’avenir. Déjà comme vicaire, il avait été mis en contact avec la misère des enfants des rues et avait tâché de leur porter toute l’aide qu’il était en mesure de leur donner. Après deux ans comme premier curé d’une nouvelle paroisse détachée de Sang-djou, où il s’était donné de tout cœur aux malheureux, vieux ou jeunes, (pour lesquels il avait même fondé un club de foot), son évêque ayant reconnu son charisme pour les enfants, vient de lui confier la charge d’un foyer pour ces enfants des rues. C’est une œuvre à fonder et ce n’est pas un mince travail. L’œuvre a reçu une aide substantielle des MEP, ce qui inaugure bien pour l’avenir, mais ce ne sont pas les soucis qui manquent : question de méthode d’éducation, de réinsertion dans la société, etc., etc., mais le P. Blot a un tempérament qui lui permet de faire face à toutes les difficultés.
Stanislas Gzella (68 ans) : se trouve à l’évêché de Taegu. En titre, il est chargé des archives. L’archevêché de Taegu, ayant été fondé par les Missions Étrangères, beaucoup des anciens papiers sont en français ; il faut donc les lire, les traduire, les organiser. Depuis un an et demi, il s’occupait aussi des travailleurs étrangers. Phénomène récent en Corée, mais qui a pris une importance considérable ces dernières années. A Taegu, ils sont environ 28 000 dont plus de la moitié sont en situation irrégulière. Il est en contact souvent avec les Philippins, mais il y a aussi des Vietnamiens, des Pakistanais, des Mongols, des Canadiens français etc. Il a donc une paroisse internationale, mais dont l’avenir n’est pas très brillant vu la situation économique actuelle de la Corée. Les problèmes ne manquent pas. Il est aussi aumônier à temps partiel pour le carmel dont il assure la messe quatre fois par semaine. Sermon coréen pour les unes, en anglais pour les autres. Pour se distraire, il s’occupe aussi des constructions du diocèse. Le travail ne manque pas.
De 1992 à 1998, trois confrères nous ont quittés pour un monde meilleur : ce sont les Pères Roger Noël (en février 1992), Pierre Singer (en février 1992 aussi) et Célestin Coyos (en mars 1993).
HORS GROUPE
Pierre Bertrand (70 ans) : Pierre avait déjà quitté le ministère actif depuis plusieurs années pour se retirer en ville de Andong quand il s’est avéré en décembre 1994 que les soins prodigués sur place ne suffisaient plus. Après quelques mois passés chez les Petites Sœurs des Pauvres pour lui permettre de retrouver suffisamment de forces pour le voyage, il est rentré en France en juillet 1995 et a rejoint notre maison Saint-Raphaël à Montbeton. Il a suffi qu’un petit vaisseau se bloque ! Cela peut nous arriver à tous. Il missionne toujours... d’une autre façon.
Pierre Domon (60 ans) : Parti à l’Assemblée générale 1992 comme délégué des confrères, Pierre n’est pas encore de retour en Corée. Il attend le feu vert des médecins en luttant, comme Jacob, avec qui ? Un ange, Dieu ? « Je remise ma lettre idéale que je rêve toujours de t’adresser... Les réveils sont toujours prosaïques et je n’y coupe pas ! » écrit-il dans une dernière lettre. Les jeunes prêtres coréens qu’il a eus comme élèves, ceux surtout qu’il a eus comme dirigés pendant la vingtaine d’années où il a été leur maître dans deux grands séminaires, parlent souvent de lui. Il est toujours présent et missionne d’une autre façon, lui aussi.
Michel Roncin (52 ans) : réside à Bruxelles quand il ne parcourt pas le monde. Nommé pour 4 ans d’abord, puis renommé encore pour 4 ans par le Saint-Siège, il est aumônier du MMTC (Mouvement mondial des Travailleurs chrétiens). Une tâche qui lui convient parfaitement. Lisez ses articles dans INFOR, le bulletin de liaison du mouvement, articles parfois repris par notre bulletin « Missions Étrangères de Paris » et vous en serez facilement convaincus. Il a acquis une compétence exceptionnelle, ancrée dans la foi, aux prises avec les implacables conditions du monde des travailleurs dans les cinq continents. Une tâche vraiment humaine, une tâche vraiment sacerdotale, une tâche vraiment missionnaire.
Jean Bideau (71 ans) : Après avoir lutté, comme un Breton sait le faire, pendant de longues années, Jean a finalement décidé de se retirer à notre maison Saint-Raphaël de Montbeton. La maladie ne l’a pas abattu, c’est lui qui a décidé de l’accepter. Vincent et Anne, les époux qui ont été à ses côtés pendant presque toute sa vie en Corée, ont eu deux garçons : l’un est déjà prêtre, l’autre est diacre ; Jean sera parmi nous ici pour l’ordination sacerdotale de ce dernier en 1998.
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