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Lettre commune

Année: 1914
Numéro: 54
Rédacteur:

SOCIÉTÉ

DES


MISSIONS - ÉTRANGÈRES
____

Compte rendu des travaux de l’année 1914





SÉMINAIRE Paris, le 31 décembre 1914.
DES
MISSIONS-ÉTRANGÈRES
____

LETTRE COMMUNE
Nº 54



A Nosseigneurs les Évêques
et à Messieurs les Missionnaires
de la Société des Missions–Étrangères


NOSSEIGNEURS ET MESSIEURS,

Au milieu des angoisses de l’heure présente, nous ne pouvons mieux faire que de dire, avec Mgr de Guébriant dans la conclusion de son rapport annuel :
« A la grâce de Dieu ! Plus terrible est la tempête qui ébranle le monde, plus rude est le « contre-coup qu’en reçoivent nos lointaines Missions ; plus ferme aussi est l’espoir que « nous jetons tout entier en Dieu et qui ne nous trompera pas. »
Nous faisons nôtres les paroles de Sa Grandeur, et nous les reproduisons en tête de cette Lettre Commune, parce qu’elles expriment bien les sentiments de filial abandon à Dieu et d’inébranlable confiance en sa Providence qui se partagent notre cœur, en face des terribles événements dont nous sommes témoins depuis cinq mois.
Abandon et confiance ! Telle doit être notre devise, au Séminaire et dans les Missions, en attendant qu’il plaise au Dieu des armées, en nous donnant la victoire, de faire cesser le fléau de la guerre qui désole l’Europe et la couvre de ruines.

Vous ne serez pas étonnés d’apprendre, Nosseigneurs et Messieurs, que le fonctionnement régulier du Séminaire subit un arrêt forcé, du fait de la guerre.
Notre Maison a déjà fourni, pour la défense de la patrie, 4 Directeurs : MM. Aubert, Roulland, Guiraud et Bouffanais, 103 aspirants et 2 frères auxiliaires. Sur ce nombre, nous comptons actuellement 6 tués, tous aspirants ; 6 prisonniers, dont M. Guiraud, et une quinzaine de blessés.
De leur côté, nos Missions ont payé un large tribut à la mobilisation. Plus de 200 missionnaires se trouvent sous les drapeaux, soit en France, soit à Tientsin, soit encore dans les colonies et pays de protectorat.
Ceux qui ont dû venir en France, sont arrivés à Marseille en bonne santé, et nous en avons vu un certain nombre à leur passage à Paris. Tous étaient gais et résolus à faire bravement leur devoir comme soldats, brancardiers ou infirmiers. Deux d’entre eux viennent d’être tués à l’ennemi : M. Alexis Ménard, directeur du Collège de Pinang, le 20 décembre, et M. Valentin Sommelet, missionnaire du Siam, hier, 30 décembre.
La mort d’un troisième, M. Jean Lagarrigue, missionnaire de Kumbakônam, paraît certaine, mais elle n’est pas encore prouvée d’une manière absolue ; c’est pourquoi nous ne l’avons pas notifiée officiellement aux confrères.
M. Cavaillé, tout jeune missionnaire du Siam, est prisonnier en Allemagne depuis longtemps déjà.
Les autres mobilisés donnent à tous l’exemple du courage et du dévouement, aussi bien dans les tranchées que dans les ambulances ; et si la cause de la France a encore besoin de sang, ils sauront mourir pour elle comme le sergent Alexis Ménard, qui a mérité d’être cité à l’ordre du jour de son régiment avec cette belle mention :

S’est offert spontanément le 20 décembre pour aller occuper avec sa demi-section un poste des plus dangereux. A entraîné ses hommes sous un feu des plus violents, et est tombé sur la ligne de feu mortellement blessé, ayant donné l’exemple du plus beau sacrifice.

Nous veillerons attentivement à ce que nos confrères soldats, infirmiers et prisonniers, ne manquent point du nécessaire ; et nous ferons tout ce qui dépendra de nous pour leur adoucir, autant que possible, les rigueurs du service en campagne, et celles, plus pénibles encore, d’une dure captivité. Après la guerre, nous en avons la confiance, ils reprendront le chemin de leurs missions respectives, « plus missionnaires que jamais », comme l’un d’eux l’écrivait à son Vicaire Apostolique.

Malgré les embarras de toute sorte contre lesquels NN. SS. Les Evêques et Vicaires Apostoliques ont eu à lutter après le départ de leurs missionnaires, tous ont tenu à nous adresser leur rapport annuel sur les travaux des ouvriers évangéliques, ou du moins le tableau des résultats obtenus en 1913-1914. De Tokio seulement, rien ne nous est venu : ni tableau. Le tableau des résultats du Siam fait aussi défaut. Ces documents ont dû s’égarer, selon toute probabilité.
Quoi qu’il en soit, nous avons la joie d’enregistrer, pour le dernier exercice, en dehors des deux Missions de Tokio et du Siam, les chiffres suivants :

Baptêmes d’adultes 31.788
Baptêmes d’enfants de païens 127.337
Conversions d’hérétiques 493

Cette fois encore, nous devons à Dieu de sincères actions de grâces pour les bénédictions qu’Il a daigné répandre sur les travaux de notre Société. Nous aimons, en particulier, à constater que le nombre de nos prêtres indigènes s’est élevé, depuis un an, de 911 à 940. De même, pour les écoles, nous remarquons un progrès notable : nous en avons 5.023, c’est-à-dire 238 de plus que l’an dernier, et le chiffre des élèves est de 167.456, ce qui donne une augmentation de 10.296 élèves en une seule année. Dieu soit béni !

Nos chrétiens de l’Extrême-Orient ont pris une part bien vive au deuil de l’Eglise, à l’occasion de la mort de Pie X. Dans certaines stations, ils se sont fait un devoir de réciter en commun l’office des Morts, pendant trois jours consécutifs, pour le repos de l’âme du saint père.
Après avoir pleuré le Pontife défunt, ils ont salué avec allégresse l’élection de Sa Sainteté Bennoît XV.

Nous devons signaler, parmi les faits importants de l’année, l’érection en Vicariat Apostolique de la Préfecture du Kouang-si ; la division de la Préfecture du Kouang-tong en deux Vicariats Apostoliques, celui de Canton et celui de Tchao-tcheou ; la démission de Mgr Mérel, Préfet Apostolique du Kouang-tong ; la nomination de Mgr Rayssac comme Vicaire Apostolique de Tchao-tcheou, et celle de Mgr Vincent Sage comme coadjuteur de Mgr Choulet, Vicaire Apostolique de la Mandchourie Méridionale.

Du 1er janvier au 31 décembre 1914, la mort nous a ravi 36 confrères, parmi lesquels M. Grosjean, Directeur du Séminaire de Paris et Procureur Général de la Société à Rome ; M. Luneau, Vicaire général d’Osaka ; M. Rêmes, ancien supérieur du sanatorium de Montbeton, et M. Th. Monbeig, missionnaire du Thibet, massacré au mois de juin près de Lithang.


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