| Année: |
1916 |
| Numéro: |
56 |
| Rédacteur: |
|
SOCIÉTÉ
DES
MISSIONS - ÉTRANGÈRES
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Compte rendu des travaux de l’année 1916
SÉMINAIRE Paris, le 31 décembre 1916
DES
MISSIONS-ÉTRANGÈRES
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LETTRE COMMUNE
Nº 56
A Nosseigneurs les Évêques
et à Messieurs les Missionnaires
de la Société des Missions-Étrangères
Le compte rendu de l’exercice 1915-1916 ne saurait mieux s’ouvrir que par la lettre de S. Em. le cardinal Gasparri, adressée à notre séminaires au nom de S. S. le Pape Benoît XV dans
les circonstances que nous résumons :
Depuis la séparation de l’Eglise et de l’Etat en 1905, notre recrutement avait éprouvé un ralentissement douloureux, qui s’est fortement accentué par la guerre.
Préoccupé de cette situation et désireux d’essayer d’y porter remède, le séminaire qui avait, pendant ces dernières années, prié plusieurs missionnaires de parler de notre œuvre dans les maisons d’éducation ecclésiastique, a demandé à un autre de nos confrères d’écrire une Notice propre à faire connaître avec précision notre Société, et destinée principalement aux grands et aux petits séminaires.
Cette Notice a été présentée au Souverain Pontife par l’intermédiaire de notre procureur général à Rome, en même temps que le compte rendu annuel des travaux accomplis dans nos missions.
En réponse à cet humble hommage, Sa Sainteté a daigné faire adresser à M. le supérieur du séminaire la lettre suivante, qui approuve et bénit notre propagande, accroît sa force et lui promet des succès plus assurés :
SEGRETERIA DI STATO Dal Vaticano, le 6 janvier 1917
DI SUA SANTITA
Monsieur le Supérieur,
Le Saint-Père a pris connaissance avec un vif intérêt de la très belle Notice sur la Société des Missions-Etrangères et du compte rendu des travaux de 1915 que vous lui avez offerts en hommage.
Assurément il n’est rien qui soit plus digne d’être connu, vénéré et secondé que les diverses Sociétés de missionnaires, dont l’action aide si puissamment à la diffusion de l’Evangile dans le monde, particulièrement au milieu des peuples assis à l’ombre de la mort. Votre Société, depuis sa fondation jusqu’à nos jours, présente à l’admiration de tout esprit sincère et ami du bien le tableau merveilleux de ses origines très saintes, de son très noble but, de son organisation et de son développement, de la vie de votre séminaire et de son règlement, de l’établissement de vos Missions, de la formation des clergés indigènes, de l’évangélisation proprement dite, de vos œuvres d’instruction et de charité, des services rendus à la science et à la civilisation. Ce tableau est magnifiquement éclairé par la lumière surnaturelle des vertus et de la sainteté d’un très grand nombre de missionnaires et par la gloire du martyre conquise par beaucoup d’autres.
En comtemplant ce passé si beau, le Saint-Père supplie le Maître de la Vigne de ne pas permettre que viennent à se tarir les sources d’un apostolat si glorieux pour l’Eglise et pour la France. Il a la ferme espoir que les Evêques de France uniront leurs efforts pour vous aider à maintenir le nombre de vos missionnaires et même à le multiplier, malgré toutes les difficultés du temps présent. Les Chefs des Diocèses savent, par une heureuse expérience, que plus ils fournissent un ample contingent au recrutement des ouvriers apostoliques dans les pays infidèles, plus Dieu accroît le nombre des vocations sacerdotales pour leurs propres diocèses.
C’est tout pénétré de la gravité de cette coopération unanime que le Saint-Père envoie avec effusion le bienfait de la Bénédiction Apostolique à vous, à vos collaborateurs, à toutes les missions de la Société et à toutes vos œuvres.
Veuillez recevoir, Monsieur le Supérieur, l’assurance de mes sentiments bien dévoués en Notre-Seigneur.
P. Card. GASPARRI.
C’est avec une profonde et bien vive gratitude que vous lirez, comme nous l’avons fait, ce précieux témoignage de la bienveillance du Souverain Pontife.
En remerciant la Providence de cette faveur, nous aurons garde d’oublier les actions de grâces que nous lui devons pour les succès qu’Elle a bien voulu, cette année même, malgré les extraordinaires difficultés actuelles, accorder aux labeurs de nos missionnaires et de leurs auxiliaires.
Le total des baptêmes d’adultes est de 36.434. C’est le plus haut chiffre que nous ayons atteint depuis 1904.
Les baptêmes d’enfants d’infidèles in articulo mortis dépasser également ceux de 1914-1915, puisqu’ils s’élèvent à 120.363.
Vous remarquerez, dans le tableau de la statistique générale, que le nombre des enfants recueillis dans les orphelinats et les crèches est beaucoup plus considérable que les années précédentes ; de 18.115 il passe à 25.028 ; c’est qu’il nons a paru bon d’y joindre, ce que nous ne faisions pas jusqu’à ce jour, les enfants placés dans les familles. Les missions, en effet, s’occupent de ces derniers d’une manière différente, mais au même titre que des premiers. Pour ce motif, ce tableau portera désormais le total des enfants reçus dans les crèches, dans les orphelinats et dans les familles.
Si maintenant nous jetons un coup d’œil d’ensemble sur nos missions, nous voyons les diocèses du Japon heureux de la visite de S. Exc. le Délégué apostolique Mgr Petrelli, espérant de bons résultats de son passage et de la très belle réception que lui a faite l’Empereur, mais redoutant la poussée du shintoïsme qui semble de plus en plus s’unifier avec les sentiments patriotiques des Japonais.
Nos missions de Chine vivent toujours au milieu des troubles politiques dont la fin semble assez éloignée. Cependant les résultats que l’Evangélisation obtient chez quelques-unes d’entre elles sont consolants. Telles les missions du Setchoan et du Kientchang qui, à elles quatre, comptent plus de 9.000 baptêmes d’adultes.
Plusieurs vicariats du Tonkin ont été éprouvés par des inondations qui ont engendré de grandes ruines et de nombreuses misères.
Les autres missions de l’Indo-Chine orientale, celles de l’Indo-Chine occidentale et de l’Inde ont vécu dans la paix. L’une d’elles, la Cochinchine septentrionale, a enregistré le chiffre élevé de 4.146 baptêmes d’adultes.
Le nombre de nos confrères rappelés à Dieu pendant cet exercice a dépassé un peu celui des années précédentes ; il est de 37.
Parmi nos chers disparus, M. Lesserteur, directeur du Séminaire, M. Darras, vicaire général de Pondichéry, M. d’Hondt, vicaire général du Siam, MM. Pageault et Villien du Coïmbatour, M. Maupoint du Setchoan occidental, M. Tardivel de la Birmanie méridionale étaient les plus âgés.
La guerre nous a enlevé M. Guiraud, directeur du Séminaire, MM. Bozec et Boxberger de la Cochinchine occidentale, MM. Nain et Laurent de Malacca, M. Auger de Hakodaté, M. Puyoo du Haut-Tonkin, M. Guillot de Séoul, et un de nos frères auxiliaires M. Bouchez
Voici d’ailleurs la liste totale de nos missionnaires et de nos aspirants morts pour la France depuis le commencement de la guerre jusqu’au 31 décembre 1916.
Diocèse Mission
Noms d’origine Séminaire Date et lieu de mort
MM. Année 1914
CUSIN C. Annecy. Tonsuré. 13 août.
Lac Blanc. Alsace.
VEILLET F. Annecy. Minoré. 13 août.
Lac Blanc. Alsace.
BROHAN J. Vannes. Minoré. 22 août.
Maissin. Belgique
LAGARRIGUE J. Rodez. Kumbakonam. Premiers jours novembre.
Flandre.
VIALA J. Mende. Diacre. 3 novembre.
Wytchaete. Belgique.
ROUZEYRE A. Mende. Diacre. novembre (avant le 6)
près Valmy. Marne.
Diocèse Mission
Noms d’origine Séminaire Date et lieu de mort
MM.
MÉNARD A. St-Brieuc. Collège général. 20 décembre.
Près d’Arras.
SOMMELET C. Langres Siam. 30 décembre.
Artois.
Année 1915
HÉGUY J. Bayoune. Minoré. février (avant le 23)
Aisne.
MAGNE P. Rodez. Minoré. 14 mars.
Beauséjour. Champagne.
BOULO J. Vannes. Séoul 23 avril
Argonne.
TROUILLET A. Paris. Minoré. 23 mai.
Artois.
BERGEROT J. Bayonne. Minoré. 15 juin
Alsace.
LOUAZEL L. Rennes. Tonsuré. Vers le 15 juin.
Artois.
MOTEL J. Rennes. Kouytcheou. 11 septembre.
Vitry-le-François. Marne.
COMPAGNON P. Autun Séminaire M-E. 21 septembre.
Champagne.
CUENOT L Besançon. Sous-diacre. 25 septembre.
Champagne.
BOURSOLLES A. Le Puy. Laos. 8 novembre.
Champagne.
ROBERT L. Lyon. Prêtre. 12 au 13 décembre.
Artois.
Année 1916
BRÉCHET J. Mende. Minoré. 26 février.
Vauquois. Meuse.
BOZEC J. Quimper. Cochinchine occid 27 février.
Verdun.
AUGER H. Verdun. Hakodaté. 6 mars.
inc. Paris. Verdun.
DUPAS G. Nantes. Laïque. 10 avril.
Verdun.
GUILLOT J. Annecy. Séoul 13 mai.
Verdun.
JULIENNE M. Bayeux Laïque. 22 mai.
Verdun.
NAIN C. Autun. Malacca. 28 juin.
Vichy. Allier.
BOXBERGER F. X. Paris. Cochinchine occid. 9 juillet.
inc. Versailles. Somme.
PÉTILLON J. Quimper. Minoré. 17 juillet.
Somme.
Diocèse Mission
Noms d’origine Séminaire Date et lieu de mort
LAURENT A. Arras. Malacca. 1er août.
Harbonnières. Somme.
DELMAS J Mende. Tonsuré. 25 septembre.
Combles. Somme.
BOUCHEZ F. Cambrai. Auxillaire. 21 octobre.
Somme.
PUYOO B. Bayonne. Haut-Tonkin. 3 novembre.
Fréjus. Var.
GUIRAUD M. Rodez. Séminaire M.-E 12 novembre.
Argonne.
Nous nous permettrons de joindre à ce tableau celui des missionnaires et des aspirants mobilisés qui, pendant le même laps de temps, ont obtenu par leur courage et par leur dévouement des récompenses militaires :
Ordre du jour de : A.= armée ; C. A. = corps d’armée ; D.= division ; B.= brigade ; R.= régiment ; Bn = bataillon ; M. M.= Médaille militaire ; S. S. = Service de santé ; M. Ep. = Médaille des épidémies
Diocèse Mission Ordre et date de la
Noms d’origine Séminaire citation (1)
MM. Année 1914
MÉNARD A. St-Brieuc. Collège général R. déc. 1914.
Annés 1915 et 1916.
COMPAGNON P. Autun. Séminaire M-E C. A. 1915.
AUGER H. Verdun. Hakodaté. D. 1915.
inc. Paris
BONNET M. Besançon. Nagasaki. D. 1915.
MÉNARD P. Lyon. Thibet. B. 1915.
BAILLY F. Nevers. Aspirant. R. 1915.
R. 1915.
MOLLARD G. Chambéry Aspirant D. 15 sept. 1915.
D. 5 mai 1916.
DECLERCQ A. Lille. Aspirant. R. 1915.
R. 1er août 1915.
TRANIER L. Paris. Aspirant. A. 1916.
L. H. 1916.
BOZEC J. Quimper. Cochinchine occid. 1915.
R. 1915.
NARP P. Bayonne. Cochinchine occid. A. 5 août 1915.
L. H. 1916.
BELLON E. Marseille. Aspirant. 3 sept. 1915.
M. M.
PÉTILLON J. Quimper. Aspirant. A. nov. 1915.
D. 30 sept. 1916.
LOUISON J. Saint-Dié. Setchoan orient. D. 1915.
(1) Quand nous ignorons la date de mois et de jour, nous plaçons les citations selon l’ordre dans lequel elles nous sont parvenues, excepté pour ceux qui en ont plusieurs.
Diocèse Mission Ordre et date de la
Noms d’origine Séminaire citation
R. 1915.
BOUCHEZ F. Cambrai. Auxiliaire. B. 1916.
A. 18 déc. 1916.
FEIGE C. Annecy. Aspirant. R. 1915.
ASTOUL E. Luçon. Aspirant. R. 1915.
CUENOT L. Besançon. Aspirant. C. A. 1915.
PEYNET J. Moulins. Taikou. D. 1915.
MATHIEU P. Le Puy. Pondichéry. B. 23 juill. 1915.
CORON F. Lyon. Setchoan orient. B. 1915.
COTREL P. St-Brieuc. Nagasaki. B. 1915 ou 1916.
MONCHALIN J. Le Puy. Pondichéry. R. 1915 ou 1916.
A. 11 juin 1916
MEYNIEL P. Saint-Flour. Maïssour. D. 1915.
A. 1916.
LE ROY J Vannes. Postulant. D. 1915.
BULLIARD M. Besançon. Kumbakonam. ?1916.
LURY D. Cahors. Tonkin marit. S. S. 15 mars 1916.
JAUGEY J. Langres. Séoul. R. 25 mars 1916.
GUILLOT J. Annecy. Séoul. D. 22 mai 1916.
VARENGUE E. Paris. Aspirant. D. 1916.
ESCALÈRE L. Angers. Cochinchine or. R. 1916.
Inc. Poitiers.
DEVRED E. Cambrai. Séoul. M. Ep. 17 juin 1916.
BOIS F. Chambéry. Nagasaki. Bn 4 juil. 1916.
BOXBERGER F. Paris. Cochinchine occid A. juill. 1916.
inc. Versailles.
CAVAIGNAC Rodez. Nagasaki. D. 1916.
LANSARD H. Paris. Cambodge. D. 14 juill. 1916.
BARBAROUX V. Gap. Aspirant. R. 1916.
CANELLE M. Arras. Taikou. R. 1916.
GUIRAUD M. Rodez. Séminaire M.-E. R. 1916.
A. 1916.
MORVANT J. Vannes. Aspirant. R. 1916.
THOMAS L. Rodez. Aspirant. R. 1916.
AUDREN P. St-Brieuc. Aspirant. R. 1916.
PROUVOST H. Lille. Aspirant. C. A. 1916.
DERUY G. Arras. Osaka. B. 1916.
FOURGS S. Aire. Malacca. B. 1916.
BODIN J. Laval. Séoul. B. 1916.
BERGÈS A. Toulouse. Osaka. R. 1916.
VANDEMPÉTRY G. Autun. Aspirant. R. 16 sept.1916.
FRANÇOIS J. Chambéry. Malacca. R. 28 sept. 1916.
NASSOY L. Nancy. Maïssour. M. Ep. 1916.
DÉNARIÉ G. Chambéry. Aspirant. D. 1916.
Assurément, ceux dont nous venons de citer les noms n’ont pas agi en vue de ces récompenses humaines. Ils n’ont eu d’autre désir et d’autre volonté que de remplir leur devoir, ne songeant qu’à l’unique et surnaturelle récompense ambitionnée de tout prêtre, fût-il soldat. C’est ce sentiment très fort qui les avait conduits en mission pour y travailler à la diffusion de l’Evangile. En revenant pour obéir à une loi que l’Eglise condamne, ils avaient profondément regretté, et à mesure que les années s’écoulent, ils regrettent plus vivement le champ de leur action apostolique. Mais l’auraient-ils voulu, qu’il leur eût été aussi impossible qu’au clergé de la métropole de demeurer à la tête de leurs paroisses. Nous n’écrivons ces lignes ni pour nos lecteurs de France, ni pour nos confrères ; mais, on nous a rapporté qu’à l’étranger, certains catholiques, bien disposés pour notre œuvre, avaient exprimé la pensée que les missionnaires auraient pu, sinon dû, profiter de leur éloignement pour ne pas revenir. Cette idée ne correspond pas à la réalité des choses.
Nous nous contenterons de dire que, dans une partie de l’Inde et dans toute l’Indo-Chine orientale, nos missionnaires vivent en pays de colonie et de protectorat français, que dans les colonies anglaises ils eussent pu être, en vertu d’un accord spécial entre les gouvernements, atteints par la loi, et enfin que dans les autres régions, comme la Chine ou le Siam, ils relèvent de la juridiction consulaire française.
Ces motifs, examinés avec sagesse et réflexion, suffiraient à expliquer pourquoi les missionnaires se sont rendus à l’appel qui leur était adressé. D’autres, de nature plus haute et plus délicate, pourraient être allégués, nous ne le ferons pas ; nous aujouterons seulement que, pour toutes ces raisons, étudiées et pesées ensemble, l’Eglise elle-même a toléré l’application d’une loi entièrement contraire à ses principes.
Mais avec quelle joie intense les ouvriers évangéliques reprendront la route de leurs missions et avec quel zèle ils y travailleront, pour essayer de réparer les brèches faites pendant les longs mois de leur absence !
En regardant cette année dans ses résultats heureux et dans ses échecs, dans ses malheurs et dans ses joies, en scrutant l’avenir qui s’éclaire si lentement, nous ne saurions mieux faire, nous semble-t-il, pour exprimer au Souverain Maître, nos sentiments de reconnaissance et d’amour, pour diminuer nos tristesses, fortifier notre courage, et placer nos espérances là seulement où elles sont infaillibles, que de répéter, en soumettant notre esprit et notre cœur à leur douce, et sainte vérité, ces paroles de l’Imitation :
« Seigneur, si vous voulez que nous soyons dans les ténèbres, soyez béni ; si vous voulez que nous soyons dans la lumière, soyez encore béni. Si vous daignez nous consoler soyez béni ; et si vous voulez que nous éprouvions des tribulations, soyez également toujours béni. »
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