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Publication : Monita

Auteur: Pallu Lambert de la Motte
Chapitre: 1 - Eviter tout relâchement
Article: 1

Chapitre I

Le Missionnaire doit éviter tout relâchement


ARTICLE 1

Principales tentations auxquelles
les missionnaires sont exposés

Depuis l’apparition de la lumière de la foi dans les Indes, les missionnaires dévoués, s’employant sans relâche à la diffusion de l’Évangile, n’y ont jamais manqué. Mais, peu à peu, la première ferveur s’est évanouie chez quelques-uns à ce point que, abandonnant presque tout souci des peuples qui leur étaient confiés, ils parurent bientôt se désintéresser de leur propre salut. Les écrivains qui ont raconté les merveilles opérées par S. François-Xavier pendant son premier passage dans les Indes Orientales, relatent leur triste état.Des cas analogues se sont présentés dans les Indes Occidentales: Acosta en fait mention dans son livre sur la Conversion des Indes. Plût au Ciel que, de part et d’autre, il ne s’en fût plus produit dans la suite, et qu’il n’en existât plus aujourd’hui!
Pour prévenir ces malheurs, les missionnaires doivent surtout s’appliquer à en rechercher les origines. Un examen attentif leur montrera que les tentations auxquelles se laissent facilement aller ceux qui se détachent de leur Maître, sont précisément celles dont le démon a osé L’assaillir dans le désert; il verront encore que la chute dans l’abîme est facile. En effet, les soins exagérés du corps et les dispenses injustifiées ont graduellement affaibli chez plusieurs l’amour de Dieu au point de les réduire à oublier l’esprit pour s’attacher à la chair. La présomption en a entraîné d’autres: l’apprentissage de la vertu à peine achevé, alors qu’ils ne pouvaient encore se gouverner eux-mêmes, ils ont osé paître le troupeau du Christ; c’était entreprendre une construction, qu’ils étaient incapables d’achever.L’avarice enfin a fait aussi ses victimes: un désir insatiable de posséder leur a fait mener une vie fastueuse et molle.Voilà comment, de religieux, fervents adeptes de la pauvreté évangélique, ce vice a fait de vils esclaves de l’argent; voilà comment il a amené des serviteurs du Christ à se mettre au service du démon.
Eh bien, ces armes diaboliques, le missionnaire doit les briser.Si le Christ n’a pas voulu en être épargné, c’est pour apprendre aux siens à les vaincre. Ils doivent donc méditer sérieusement et souvent les divines réponses du Sauveur, qui ont terrassé vigoureusement l’ennemi: « L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. » (Matth. IV, 4) Que les missionnaires apprennent par là à vivre de Dieu par la prière, et à s’abandonner entièrement à la divine Providence. Il est encore écrit: « Vous ne tenterez pas le Seigneur votre Dieu. » (Matth. IV, 7) Que le missionnaire ne rêve pas les grandeurs; qu’il ait confiance, non pas en lui-même, mais en la toute-puissance de Celui qui le fortifie. Et enfin: « Arrière, Satan; tu adoreras le Seigneur ton Dieu, et tu ne serviras que Lui seul. » (Matth, IV, 10) Que le missionnaire n’aille donc pas oublier les choses célestes pour se laisser aller à celles de la terre.Pour tout dire en peu de mots, qu’il fuie les conversations oiseuses du monde; qu’il ne sorte que quand et où la charité le demande; qu’il soit ami de la solitude, appliqué à l’oraison, animé d’un zèle ardent, ne se consacrant qu’à une seule chose, mais s’y consacrant totalement, à savoir: au salut des âmes; qu’il se montre en toutes choses digne ministre de Dieu, riche en toutes sortes de vertus, de façon que les missionnaires de la région soient eux aussi excités par une louable émulation à mener une vie plus parfaite.

ARTICLE 2

Il faut éviter les soins exagérés
du corps

Il ne suffit pas de résumer sommairement les principales tentations et leurs remèdes; il faut encore examiner de près les ruses et les artifices du démon, et indiquer le moyen de les déjouer.
Les soins outrés du corps sont déjà malséants chez un chrétien ordinaire, puisque toute son existence sur la terre doit être une pénitence continuelle.Que dire alors de l’incompatibilité de ces préoccupations avec l’esprit apostolique? C’est aux Apôtres en effet, et aux hommes apostoliques, leurs successeurs, que le Christ adresse ces paroles de pressante exhortation à mener une vie plus austère: « Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il se renonce lui-même, qu’il prenne sa croix et me suive ». (Luc. IX, 23) Aussi, ce ne sont pas des hommes délicats et douillets, mais de rudes pêcheurs qu’Il se choisit pour Apôtres; habitués à lutter courageusement contre les difficultés, accoutumés à affronter les intempéries du climat, les ardeurs du soleil, les froids de l’hiver et bien d ‘autres incommodités, ils faisaient leurs délices de travailler au salut des âmes rachetées par le sang du Christ, au milieu de dangers sans nombre et de fatigues de toute sorte.
Et de fait, si nous considérons de près la vie du Christ Lui-même et des Apôtres, nous ne saurions trouver rien de plus pauvre et de plus austère.Jésus n’a pas même où reposer sa tête (Luc. IX, 58); les Apôtres sont en sa compagnie tellement pressés par la faim, qu’ils sont obligés, un jour de Sabbat, d’arracher des épis le long du chemin! Écoutons le langage de S. Paul: « A cette heure encore, nous souffrons la faim, la soif, la nudité, etc. » (I Cor. IV, II).
Mais venons-en à notre époque: S. François-Xavier, ce grand Apôtre des Indes, pendant toute sa vie affligea son corps de jeûnes fréquents et de mortifications souvent répétées; sa nourriture fut toujours frugale et de préparation facile; c’était une aumône qu’il demandait ou qu’on lui apportait; ce qui déterminait sa nourriture ou sa boisson, ce n’était pas la satisfaction du goût, mais l’exigence de la nature; il avait pour habitude de ne manger qu’une fois par jour, et, la plupart du temps, d’un seul aliment, destiné moins à flatter le palais, qu’à soutenir la nature.
Le démon, qui sait par expérience combien la vie rude et austère des hommes apostoliques lui est nuisible, use de mille artifices pour l’adoucir. Aussi n’inspire-t-il pas d’emblée un genre de vie trop libre à ces hommes qui semblent s’être étroitement attachés à la croix; mais il attire leur attention sur les labeurs continus qui épuisent les forces, sur les brusques changements de température, sur l’insuffisance des aliments, sur tout ce que redoute la nature.Il prétexte d’un autre côté que les missionnaires sont peu nombreux, leur représente combien utile et nécessaire sera leur action apostolique, leur persuade de mieux soigner leur santé et de prendre des ménagements dont il se servira pour les entraîner petit à petit dans le relâchement.
Que le missionnaire craigne prudemment, avec l’Apôtre, de se voir lui-même réprouvé, s’il ne châtie son corps et ne le réduit en servitude.De cette façon, il restera sourd aux insinuations diaboliques, et, loin de retrancher jamais de ses premières austérités, il les augmentera plutôt et gardera inviolablement le genre de vie auquel il a été initié.
Qu’il ait en horreur les mœurs trop libres de ces régions et qu’il ne fréquente pas les bains.Il s’abstiendra absolument du bétel 1 indien à moins que son refus ne constitue une impolitesse à l’égard des indigènes qui en présentent. Il s’abstiendra de mets recherchés et de douceurs de provenance exotique, et fera sa nourriture des aliments ordinaires de la région. Toutes ses habitudes enfin se régleront sur les besoins et non sur les satisfactions de la nature.


ARTICLE 3

De la présomption et de la vaine gloire

Ceux que le démon n’a pu réduire par la bonne chère sont tentés par lui de présomption et de vaine gloire. Ces pièges réussissent d’autant plus fréquemment qu’il est plus difficile de les éviter. La présomption est en effet une contrefaçon du zèle pour la gloire de Dieu, et la louange est la compagne inséparable de la vertu.
Pour les missionnaires, rien n’est donc plus dangereux que la présomption et la vaine gloire. C’est la présomption, en effet, qui fit de l’ange un démon; dès qu’elle pénètre dans l’âme du missionnaire, elle y détruit l’œuvre de Dieu en lui faisant entreprendre sans rougir plus qu’il ne peut faire. Quant à la vaine gloire, elle fait perdre2 en un moment la récompense légitimement attendue de plusieurs années d’efforts; enlevant à Dieu la gloire qui Lui est due, elle provoque l’indignation de Celui qui ne donne pas sa gloire à un autre.
C’est pourquoi le démon ne ménage aucun effort pour inoculer au missionnaire ces poisons mortels. S’il pouvait arriver à ses fins, il causerait du même coup la perte et de l’œuvre et de l’ouvrier. Aux yeux de celui-ci, il fait miroiter la gloire plus grande à procurer à Dieu et au Christ, l’immense moisson d’âmes totalement abandonnées, la nécessité de propager la religion chrétienne par toute la terre.Ensuite, très insinuant, il lui fait comprendre qu’il doit tirer parti des avantages qu’il tient tant de la grâce que de la nature. Et le missionnaire leurré se lance imprudemment dans trop d’entreprises; petit à petit il néglige ses exercices habituels d’oraison, d’examens, de vie intérieure; il est tout au dehors; il s’attache à toute autre chose qu’au devoir et s’oublie complètement lui-même.Privé bientôt de l’abondance des secours de la grâce et de l’assistance du Saint-Esprit, il est sans résistance devant les traits de la vaine gloire et tombe aussitôt dans de plus grands désordres: il méprise toutes les petites choses, secoue le joug de l’obéissance, n’imagine plus que de vastes projets, et ne rêve plus que grandes entreprises.Dès lors, on conçoit facilement dans quel abîme d’angoisses, d’égarements et de péchés il va misérablement tomber.
Au milieu des flots déchaînés de ces tentations, un seul port est ouvert au missionnaire: c’est celui de l’humilité. Qu’il s’applique donc à régler ses élans, non sur l’impétuosité de son zèle ou sur l’apparence de talents éminents, mais sur les devoirs essentiels que lui imposent sa qualité de missionnaire et sa promesse d’obéissance; qu’il apporte à tout ce qu’il fait un esprit pondéré, à l’exemple de Notre-Seigneur Lui-même. Des trente-trois années qu’Il vécut, Il ne consacra à la prédication que les trois dernières; Il restreignit son action aux étroites frontières de la Judée, séjourna rarement dans les grandes villes, chez les princes et les puissants; mais Il parcourut les bourgades et les hameaux en annonçant aux pauvres le Royaume de Dieu.
Qu’il mesure ses forces et ses capacités non à l’opinion des hommes, mais au jugement de Dieu seul; s’il lui arrive parfois de réussir, il doit être assuré que c’est l’œuvre non de celui qui a planté ni de celui qui a arrosé, mais de Celui qui a donné la croissance; qu’il rapporte donc tout à Dieu seul.Qu’il n’entreprenne jamais rien sans L’avoir consulté. Il se distinguera par un profond mépris de lui-même et accordera aux autres toute l’estime qu’ils méritent. Il fuira les applaudissements des hommes ou mieux, il les aura en horreur.S’il est vrai qu’une certaine considération est à rechercher, il en abandonnera tout le soin à Dieu, s’estimant heureux de souffrir à l’occasion quelque outrage pour Jésus-Christ. Enfin, quand il aura à écrire ou à parler de conversions, il ne le fera qu’en ces termes: « Il a plu à la Miséricorde divine de convertir autant d’âmes »; il se gardera bien de paraître jamais attribuer à la créature ce qui ne revient qu’à Dieu.

ARTICLE 4

De l’avarice

C’est à juste titre que l’Apôtre attribue à la concupiscence des yeux l’origine de tous les maux. En effet, outre que par sa nature pernicieuse, elle détruit l’esprit de pauvreté évangélique, elle est un foyer qui alimente toutes les autres passions. La concupiscence des yeux damne un nombre incalculable d’âmes, elle perd les missions les plus florissantes, elle ruine l’observance dans les ordres les plus saints et les mieux disciplinés. Il n’est point de peste qui ait jamais causé d’aussi grands ravages.Dès qu’elle a gagné le cœur d’un missionnaire, elle lui enlève aussitôt non seulement la paix de l’âme, mais aussi sa réputation et toute son influence.Celui-là en effet que l’on accueillait comme un père quand il se rendait utile aux autres, dès qu’il s’attache aux biens de la terre, on le craint comme un exacteur usant durement de son droit; celui qu’on louait comme placé au-dessus des choses périssables, on le blâme dès qu’on le voit asservi à la cupidité des choses périssables, et le coupable, se faisant son propre bourreau, se consume en mille tracas et soucis. Privé de la paix intérieure qu’il a perdue, il devient finalement incapable de s’appliquer à Dieu et de travailler au salut des âmes.
Aussi n’est-il rien que le Christ ait défendu aux siens avec plus de sévérité, que le souci anxieux de posséder et d’acquérir. C’est pourquoi ou bien Il a choisi des pauvres pour Apôtres, ou bien Il a rendu pauvres ceux qu’Il choisissait. Il a dit à ceux qui voudraient Le suivre de vendre tout ce qu’ils possédaient, pour ne plus chercher que le Royaume de Dieu en abandonnant tout autre souci (Matth. XIX, 27).
Oui, de toutes les tentations qui assaillent le missionnaire, celle-là met surtout son âme en danger, qui revêt le vice des apparences de la vertu. Car celui que cette soif dévore, met au compte de la prévoyance les appétits de l’avarice; il prétexte les besoins actuels de sa maison, l’ornementation des églises, l’apparat des fêtes. Il se fait ainsi qu’il n’a jamais trop, ni même jamais assez, quelque larges que soient les aumônes dont on le favorise. Il ne s’arrêtera pas là; il fera valoir qu’il faut propager la religion chrétienne, faire pour elle des démarches auprès des rois, capter leur bienveillance par des présents, gagner la considération du peuple par la magnificence extérieure, et sauvegarder sa dignité. Et le voilà enfin entraîné misérablement à accumuler des richesses par des moyens aussi honteux qu’illicites.
Il sera facile au missionnaire de démasquer cette subtile tentation et de se dégager promptement de ses filets. Il suffit qu’avec les Apôtres il renonce non seulement à ses biens, mais à lui-même (Matth. XIX, 27) pour suivre Jésus-Christ dans sa pauvreté.Qu’il préfère toujours l’indigence à l’abondance.Que, confiant ses soucis et ses espérances à la providence paternelle de Dieu, il ne s’inquiète pas du lendemain.Qu’il attache enfin plus de prix à mourir dans un manque absolu de toutes choses qu’à vivre dans l’abondance des délices.
Pourvu donc qu’il ait de quoi se nourrir et se vêtir, il s’estimera heureux. Il gardera la propreté dans sa mise, mais il évitera le luxe. Il ne recherchera pas la mondanité dans son mobilier, ni la somptuosité dans ses constructions, mais la simplicité chrétienne et la précieuse pauvreté.
Quand rien du nécessaire ne manquera dans sa maison, si on lui apporte des aumônes, il aura soin de les offrir à de plus pauvres.Enfin pour autant que le permettront les circonstances de temps et de lieu, il déposera son argent chez des personnes recommandables, pour être exclusivement consacré aux besoins de la mission. Ainsi, l’administration des biens extérieurs confiée à d’autres mains, le missionnaire sera affranchi du souci des biens terrestres, ne dépendra que de Dieu seul, et pourra se consacrer tout entier au divin ministère et travailler généreusement à la gloire de Dieu et au salut des âmes.


ARTICLE 5

De l’application à la prière

Le mal dont nous venons de parler a étendu ses ravages à l’Inde entière, au point que les trois vœux de religion, qui devaient être les remèdes les plus efficaces, n’ont même pu préserver certains religieux de ses funestes atteintes. On n’en peut donc douter: il faut qu’il existe une cause plus cachée de cette déchéance.Un examen plus approfondi ne nous en a fait découvrir qu’une seule: le relâchement de l’esprit d’oraison dans ces contrées est tel que nous pouvons nous écrier avec le Prophète: « la terre entière est livrée à la désolation, parce qu’il n’y a plus personne qui rentre en lui-même » (Jerem. XII, II). Rien de plus vrai: l’esprit de prière est nécessaire, et son efficacité s’étend à toute espèce de tentations, Jésus-Christ Lui-même le déclare expressément, quand Il dit: « Veillez et priez, afin que vous n’entriez point en tentation » (Marc. XIV, 38). Que si tel fut l’ordre de Notre Seigneur aux Apôtres mêmes, combien n’aurions-nous pas raison de dire que le missionnaire apostolique doit se restaurer du pain quotidien de la prière! S’il néglige de s’en nourrir, il faut qu’aussitôt il tombe en défaillance sur le chemin de la vertu. L’oraison est la source de toutes les vertus, et elle en est comme la tête.C’est elle qui nous enseigne la mortification.Elle est comme un miroir qui nous fait voir, même malgré nous, les moindres taches de notre âme. Et quand on s’applique comme il faut à les éviter, sans aucun doute on ne tombera pas dans des péchés plus graves.
Il y a plusieurs espèces d’oraison: la méditation ou l’oraison de discours, — l’oraison affective, — et la contemplation. Voici le genre qui paraît le plus approprié 1 au missionnaire: l’âme modère les mouvements violents de l’esprit et du cœur; sans s’attarder aux raisonnements, sans non plus se laisser emporter par des véhémentes affections, elle se place devant son Dieu comme une mendiante 2, dans un dépouillement général de toute créature par amour pour son Époux.
Mais l’esprit d’oraison n’est donné à l’homme que par un bienfait de Dieu, à qui il appartient encore d’inspirer la voie que chacun devra suivre. Il importe donc au missionnaire d’examiner attentivement d’après laquelle des trois sortes d’oraison précitées il se guidera. Heureux celui qui apporte dans la prière une volonté libre de toute attache aux créatures, qui ne s’appartient plus, qui se remet tout entier entre les mains de Dieu, de sorte que ce ne soit plus lui qui vive, mais le Christ qui vive en lui; non plus lui qui agisse, mais Dieu qui agisse par lui; de sorte qu’il n’agisse plus par une impulsion purement humaine, mais qu’il se rende à celle qui lui viendra du ciel.
Bien que toute la vie du missionnaire doive être une prière continuelle, et que rien ne puisse l’obliger à renoncer un seul instant à la présence même de Dieu, il doit en outre consacrer chaque jour un certain temps à adorer Dieu: au moins deux heures, conformément à la règle imposée à la plupart des religieux missionnaires, et selon l’usage religieusement gardé jusqu’ici par ceux qui mettent le plus de zèle dans l’accomplissement de leur charge apostolique.Qu’il se garde donc de se laisser jamais, sous n’importe quel prétexte, soustraire à ce salutaire exercice, à moins qu’une obligation évidente de justice ou de charité ne justifie une exception.Il ne manque pas, de nos jours même, de ministres de l’Évangile qui se donnent de tout cœur, comme les Apôtres, à la prière et la prédication.Leurs occupations prolongées et fatiguantes ne leur laissant de jour aucun moment de loisir, ils se dédommagent en reprenant sur la nuit le temps que le labeur du jour a enlevé à leur oraison; et ils sont d’autant plus heureux, que la journée entièrement employée à la gloire de Dieu leur donne plus de raisons de remercier l’Époux céleste au cours de la nuit. — Ces prêtres-là ne le cèdent en rien aux enfants du siècle, auxquels il ne déplaît pas de passer des nuits entières à célébrer avec éclat leurs noces ou leurs victoires. — Cette pratique était familière à Jésus-Christ, aux Apôtres, aux hommes apostoliques, et en particulier au grand S. François Xavier qui, comme nous le lisons dans sa vie, passait bien souvent la nuit en prière.


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