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Publication : Monita

Auteur: Pallu Lambert de la Motte
Chapitre: 4 - Instructions générales
Article: 1

Chapitre IV

Quelques instructions générales à observer
concernant le ministère de la prédication


ARTICLE 1

La prédication est le principal devoir de l’homme apostolique.
Elle doit aller de pair avec une vie exemplaire
toute de bienfaisance

Chacun comprend que la prédication est la partie essentielle de la charge apostolique, et que c’est sur elle que le missionnaire doit concentrer le travail de son esprit et tout son zèle.C’est dans ce but que Notre-Seigneur Jésus-Christ a choisi des Apôtres « pour les envoyer prêcher » comme s’exprime S. Marc. (III, 14.) Ces Apôtres se sont toujours crus astreints à l’obligation d’omettre et d’écarter tout ce qui serait peu en harmonie avec cette fonction. « Il ne convient pas, disent-ils, que nous laissions la parole de Dieu pour servir aux tables. » (Act. VI, 2.) Et S. Paul: « Ce n’est pas pour baptiser que le Christ m’a envoyé; c’est pour prêcher l’Évangile. » (I Cor. I, 17.) Les paroles par lesquelles S. Paul recommande à Timothée le ministère de la prédication sont certes bien dignes de remarque. « Je t’adjure devant Dieu et devant le Christ-Jésus qui doit juger les vivants et les morts, et par son apparition et par son règne, de prêcher la parole, d’insister à temps et à contre-temps etc. » (2 Tim. IV, I, 2.)
Mais en vérité, si la conduite ne répond pas au langage, le prédicateur obtiendra peu de chose, pour ne pas dire rien du tout. C’est pour cela que l’Apôtre écrit sagement à Tite: « Montre-toi toi-même à tous égards un modèle de bonnes œuvres. » (Tit. II, 7.) Et le Christ, lui-même, comme le remarque S. Luc, « commença par agir et par enseigner. » (Act. I, I.) Il voulait nous faire comprendre par là, à nous comme aux Apôtres, que la prédication doit toujours marcher de pair avec une conduite exemplaire. Or, la vertu de l’exemple est telle que S. Jean Chrysostome semble lui attribuer la conversion du monde par une douzaine d’hommes. « D’où vient, demande le même saint, qu’ils ont été grands aux yeux de tous? Du dédain des richesses, du mépris de la gloire, de l’éloignement complet de toutes les affaires séculières.Sans ces précautions, quand même ils auraient ressuscité des morts, non seulement ils n’eussent rendu service à personne, mais on les eût même pris pour des séducteurs. » (Hom. 46 in Matth.)
La dignité de la vie donnera aux missionnaires plus de crédit auprès des peuples que les miracles.Jean Baptiste n’a pas fait un seul miracle (Joan. X, 41) et cependant l’irréprochable sainteté de sa vie lui acquit assez d’autorité pour lui permettre de reprendre et les Prêtres et les Scribes, et les Rois eux-mêmes; bien plus, le tyran Hérode, « sachant que c’était un homme juste et saint, agissait souvent après avoir pris ses conseils. » (Marc. VI, 20.)
Il est évident que, pour émouvoir les cœurs et les convertir, l’exemple d’une vie sainte a plus d’influence que la prédication elle-même; car on persuade plus facilement par des actes que par des paroles. L’exemple rend facile et court le chemin de la vertu qui, si l’on se borne à en inculquer l’obligation, paraîtrait long et pénible.C’est là la meilleure preuve que notre religion n’est pas tellement difficile et ardue; de là vient aussi cette force toute divine qui inspire et insinue l’amour de la religion. De la part des infidèles, elle attire aux missionnaires le respect et l’admiration, leur concilie une bienveillance qui fait prendre plaisir à les voir et à les entendre, qui porte à rechercher leur société, qui décide à suivre leurs conseils et leurs avis.
Ajouter à une vie exemplaire ce second complément de la prédication qu’est le dévouement paternel, c’est s’ouvrir le chemin qui conduit le plus directement à la conquête des âmes. Car rien de tel que le dévouement pour nouer les liens de l’affection; il peut, comme il l’entend, sévir contre leurs vices et les engager à s’adonner à la vertu. Aussi l’Apôtre S. Paul a eu bien raison de nous recommander de ne jamais oublier de faire du bien. (Heb. XIII, 16.) Cette bienfaisance, le Christ l’exerça le premier: « Il passa en faisant le bien et en guérissant tous les malades. » (Act. X, 38.) Il semble en avoir fait un précepte aux Apôtres en leur disant: « Allez et prêcher; annoncez que le royaume des cieux est proche. Guérissez les malades, ressuscitez les morts, purifiez les lépreux, chassez les démons; ce que vous avez reçu gratuitement, donnez-le gratuitement. » (Matth. X, 7, 8.) Au reste l’Apôtre des Gentils, en se faisant le modèle de tous, a bien montré par son exemple quel cas l’homme apostolique doit faire de cette vertu! Voici ce qu’en dit S. Jean Chrysostome: « Paul donnait des preuves nombreuses de sa sollicitude et de sa prévoyance, en soulageant non seulement les âmes, mais aussi les corps.A ses yeux la seule chose digne de honte eût été de négliger quelque chose qui pût contribuer au salut du prochain. C’est vers ce but que tendaient tous ses actes et il n’hésita devant aucune mesure, n’épargnant ni sa parole, ni son argent, ni sa personne, pour ceux qu’il devait sauver. C’est que, disait-il, volontiers je me dépenserai et ne cesserai de me dépenser pour vos âmes. » (Hom. 3, de laud. Pauli.)
Infidèles, catéchumènes, néophytes, que tous sentent qu’ils ont dans le missionnaire un père et un avocat. Qu’il intervienne pour eux, en cas de nécessité grave et urgente, auprès du chef ou magistrat. Qu’il pourvoie à leur indigence, dût-il se réduire lui-même à la mendicité. S’il doit faire à quelqu’un des représentations par trop désagréables, il ne les fera pas par lui-même.Qu’il soit un père prévoyant pour ses enfants. Enfin que non seulement il sacrifie ce qu’il a, mais qu’il se sacrifie lui-même pour leurs âmes, quand bien même il ne serait pas payé de son amour par un amour égal au sien: qu’il attende moins le retour de ce qu’il a donné que le fruit à en retirer.
Il veillera néanmoins à ne pas se laisser guider par le sentiment au point de se faire pour ses ouailles, sous quelque prétexte que ce soit, le pourvoyeur des biens temporels, en dehors du cas de nécessité, et même de nécessité grave.
Ainsi donc le missionnaire se dévouera tout entier au ministère de la parole, en particulier et en public, pour les pauvres et pour les riches, pour les maîtres et pour les serviteurs; à tous il rompra et distribuera le pain sacré de l’Évangile. Il parcourera les routes, visitera les maisons, répandant partout la suave odeur de la connaissance de Dieu, invitant, conviant et pressant tout le monde aux noces du céleste Epoux.
Il prendra soin aussi que sa conduite n’enlève pas leur crédit à ses paroles.Il faut plutôt que la sainteté de sa vie soit la confirmation de sa prédication. « Sinon, dit S. Jérôme, n’importe qui pourrait à part soi objecter à sa prédication: pourquoi donc votre conduite ne correspond-elle pas à vos paroles? » (Epist. 2 ad Nepot.); ou bien encore l’infidèle estimerait que cette loi ne saurait être observée, parce qu’il verrait que le prédicateur lui-même ne l’observe pas.
Qu’une charité bienfaisante accompagne sa prédication et la rende plus acceptable. Il gardera pourtant en ce point une telle mesure qu’il ne fournira pas aux infidèles, attirés par l’espoir de ses faveurs, l’occasion d’embrasser la religion chrétienne dans le but de jouir d’avantages temporels.Il ne faut pas que l’on cherche Jésus pour avoir été rassasié, comme le firent les Juifs, préoccupés de la chair aux dépens de l’esprit.


ARTICLE 2

Le missionnaire ne doit pas exercer le ministère de la parole
sans s’être préalablement préparé devant Dieu.
— En quoi consiste cette préparation

« La parole de Dieu est une semence » (Luc. VIII, II); le missionnaire doit la préparer avec soin avant de la confier à l’intelligence de ses auditeurs. Car Dieu, en voulant subordonner le salut des peuples à la prédication des missionnaires, a voulu par là-même que ceux-ci se montrassent actifs dans le ministère, ennemis de l’oisiveté et de la paresse. Or ce n’est pas tant l’art que l’oraison qui doit apprendre au missionnaire à composer et préparer ses sermons. Partant, il lui sera très utile de coordonner et de préparer par un travail sérieux les matières dont il aura à entretenir le peuple; il les méditera ensuite attentivement devant Dieu et s’appliquera avec grand soin à les goûter d’abord lui-même et à en saisir toute la portée au fond de son cœur. Ainsi sa prédication sera, non un sec débit de mémoire, mais le fruit de ses ardentes méditations; il y mettra toute la chaleur de son âme.Et alors le lait de la dévotion coulera de ses lèvres avec l’abondance des grâces célestes; ou, si vous voulez, sa parole sera comme une étincelle du divin amour, jaillissant de sa bouche et embrasant le cœur de ses auditeurs.Ses sentiments et ses paroles, il les puisera à cette même source de l’oraison, par la grâce de Dieu à qui il doit confier toute la réussite de son entreprise. Ses efforts peuvent bien aboutir à un exposé des mystères de la foi, qui charme les esprits et ravisse d’admiration ses auditeurs; mais Dieu seul peut convertir les cœurs, y faire passer le fer rouge de la contrition, déraciner les vices et inculquer l’humilité, la charité et l’amour de toutes les autres vertus.
Il s’appliquera tout d’abord à parler un langage à la portée de tout le monde.Il omettra ce qui surpasse l’intelligence des simples et dont l’unique fruit est de les éblouir.Enfin, pour employer les termes du S. Concile de Trente, « qu’il nourrisse de paroles salutaires les peuples qui lui sont confiés, enseignant à tous ce qui est nécessaire pour le salut, et cela dans un langage facile et concis, en attirant leur attention sur les vices à éviter et les vertus à pratiquer afin d’échapper à l’enfer et de gagner la gloire céleste. » (Sess. 5, c 2, de Reform.)
Il considérera dans les saints Évangiles l’incomparable spectacle du divin Sauveur du genre humain.En lui étaient renfermés tous les trésors de la sagesse et de la science divine. Avec une bonté et une douceur sans pareilles, il s’abaissait au niveau d’un peuple grossier et ignorant, employait les paraboles et les comparaisons les plus vulgaires et les plus familières pour expliquer les mystères du Royaume des cieux et exciter les pêcheurs à la pénitence.
Pour finir et pour conclure en peu de mots par l’excellent conseil de S. Grégoire, « il pèsera ses paroles, saura ce qu’il aura à dire, à qui il s’adresse, à qui il doit le dire; comment il doit s’exprimer et combien de temps il doit parler.Docile au conseil de l’Apôtre, il mûrira son sujet, afin que sa parole soit toujours bien assaisonnée du sel de la grâce; il connaîtra son auditoire, parce que souvent une parole que l’un accepte, l’autre ne l’accepte pas; il aura l’à-propos, parce que souvent une parole est bien reçue pour avoir été différée, ou perd parfois toute son efficacité parce que l’on a manqué l’occasion propice. Le tour de phrase n’est pas indifférent, puisque les mêmes mots qui donneraient à quelqu’un du zèle pour les choses du salut, feraient tort à un autre.La mesure n’est pas moins à garder, de crainte de surcharger les faibles, d’ennuyer par des longueurs, de dégoûter par des blâmes ou des réprimandes. » (Hom. II. in Ezech.)


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