| Auteur: |
Pallu Lambert de la Motte |
| Chapitre: |
8 - Des néophytes |
| Article: |
1 |
Chapitre VIII
Des néophytes
Il faut inculquer les enseignements de la foi aux adultes, non seulement avant, mais aussi après le baptême. Le Seigneur a dit: « Allez donc, enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit ». Mais il ajouta immédiatement: « en leur apprenant à garder tous les commandements que je vous ai donnés » (Matth. XXVIII, 19, 20). On doit donc apprendre aux néophytes à pratiquer toutes les bonnes œuvres, et s’appliquer à leur donner une connaissance exacte de tous les devoirs auxquels ils devront être fidèles après le Baptême et de tout ce qui est requis pour mener une vie pieuse, sobre et chaste. Il s’agit pour eux de puiser vie et consistance dans la parole de Dieu, afin qu’ils soient dans le giron de l’Église comme de nouvelles plantes en pleine croissance et que le fondement de la foi qu’ils ont embrassée devienne de plus en plus solide.
Après le baptême, le premier soin du missionnaire sera donc de faire aux néophytes un bon exposé du sacrement de Pénitence, des commandements de l’Église et des devoirs propres à chaque état. Il en viendra ensuite aux autres sacrements et aux sacramentaux les plus usités.
Il est un point sur lequel il insistera avant tout: qu’ils n’aillent pas s’imaginer qu’il suffit, pour se sauver, de faire profession de foi chrétienne; celle-ci ne servirait de rien, sans l’observation des commandements et la pratique des bonnes œuvres imposées par cette haute dignité de chrétien.
Il dira en quoi consiste une œuvre vraiment chrétienne: celle-là seule mérite ce nom, qui réunit les conditions suivantes: être faite par un chrétien, en esprit de soumission à la foi chrétienne, en vue d’imiter le Christ Notre Sauveur, et enfin avec la bonne intention du salut éternel ou de la gloire de Dieu.
Il développera les enseignements de la religion chrétienne: les béatitudes et les conseils évangéliques enseignés sur la montagne par Notre-Seigneur à ses disciples. Il donnera la première place aux marques assignées par S. Augustin comme distinctives de tout parfait chrétien: « Le vrai chrétien, dit-il, se montre en tout compatissant, est insensible aux injures, partage les souffrances des autres comme si c’étaient les siennes propres, ne tient aucun pauvre éloigné de sa table, passe inaperçu devant les hommes, cherchant sa gloire devant Dieu et les Anges, méprise les choses de la terre pour pouvoir posséder celles du Ciel, ne souffre en sa présence l’oppression d’aucun pauvre, pleure dès qu’il voit quelqu’un pleurer, à l’imitation de S. Paul qui disait: « qui a une infirmité, que je ne la ressente? » (S. Aug. de Vita Christi; S. Paul. 2 Cor. XI, 29.)
Il montrera que la faiblesse et l’infirmité humaines sont si grandes que nous sommes incapables de rien faire sans le secours de la grâce de Dieu; d’où, pour l’obtenir de Dieu, la nécessité de s’humilier devant lui en avouant sincèrement notre sens pervers et notre propension générale au mal; nécessité aussi du recours constant à la prière, de beaucoup d’œuvres de pénitence, de la réception de l’Eucharistie et de l’assistance à la messe, d’un culte et d’une dévotion spéciale envers la Bienheureuse et Immaculée Vierge Marie, envers notre ange gardien et notre saint patron qui est au ciel. Ces pratiques de dévotion, leur efficacité, leurs bons effets et l’usage qu’il faut en faire, tout cela mérite une attention particulière.
Enfin, pour le graver plus profondément dans leur esprit et leur en développer le goût, il leur recommandera le souci et la pratique de la méditation qui concentre leur esprit en la présence de Dieu, et il fera valoir à leurs yeux la nécessité de ce pieux exercice. Il les y disposera selon les capacités de chacun; et ils ne tarderont pas à s’apercevoir qu’il n’y a rien de plus utile ni de moyen plus capable de procurer leur amendement et de les porter de plus en plus à la piété et à la vertu.
Nous n’avons fait que résumer les points essentiels imposés par la pratique d’une vie vraiment chrétienne. Mais les missionnaires n’épargneront ni leur temps ni leurs peines à les rappeler de temps en temps aux néophytes et à les leur expliquer plus au long. Ils se tromperaient s’ils pensaient avoir rempli à peu près tout leur devoir en donnant des néophytes au Christ par le baptême; ils doivent se croire bien plus obligés envers eux lorsqu’ils ont été, par leur ministère, reçus et adoptés comme enfants de Dieu, vrais nouveaux-nés, encore à la mamelle, ayant besoin de soins de toute sorte pour arriver à l’âge adulte de la perfection chrétienne.
Après cela il est d’usage de laisser les néophytes à eux-mêmes dès qu’ils sont suffisamment instruits et de les admettre sans distinction aux instructions de la communauté chrétienne. Les missionnaires ne doivent pas moins prendre d’eux un soin spécial. Ces jeunes plantes ont besoin d’être constamment arrosées, et les bourrasques des tentations peuvent facilement les ébranler et les déraciner. Ils les recommanderont souvent aux vieux chrétiens. Ils exhorteront ces derniers à bien traiter les nouveaux convertis, à leur rendre service, à leur donner l’exemple d’une bonne conduite, et à prendre leur défense avec la dernière énergie contre les injures des infidèles ou des mauvais chrétiens, si parfois il en existait, qui auraient ou l’impiété de leur reprocher leur foi ou l’impudence de leur reprocher leur infidélité d’autrefois. Bien plus, ils ne cesseront de les féliciter au sujet de leur conversion à la foi, et ils les engageront à rendre à Dieu des actions de grâces immortelles pour un si grand bienfait. Ils profiteront de toutes les occasions de les emmener avec eux aux églises, aux sermons et aux lieux de pèlerinage. Ils les mettront au courant des usages et des rites, des préceptes et des habitudes des chrétiens. Ils les aideront toujours de saints avis et de bons conseils. Il les assisteront dans leurs besoins, les visiteront dans leurs maladies; ils réconcilieront les ennemis et entretiendront avec eux des relations d’amitié. Ils supporteront patiemment les manières de faire moins polies de certains d’entre eux, les regardant, au même titre que les autres chrétiens, comme des frères, comme des concitoyens chéris, et comme de futurs héritiers du Royaume céleste.
De temps en temps ils les visiteront en personne pour leur donner des avis salutaires; sans commettre d’indiscrétion, ils se renseigneront sur leur manière de vivre auprès des gens de la maison et auprès des voisins; ils prendront spontanément leur défense contre ceux qui les dénigrent; ils ne permettront pas que leur qualité de nouveaux chrétiens leur attire du dédain ou du mépris.
Enfin ils s’appliqueront à suivre le conseil de S. François-Xavier: si des abus se sont parfois glissés parmi ces nouveaux chrétiens, ils n’en témoigneront pas une impatience excessive; ils ne s’emporteront pas contre ces faiblesses. Semeurs du christianisme, ils se montreront bons cultivateurs: après avoir jeté la semence, ils attendront patiemment la moisson, pour cueillir les fruits longtemps attendus de leurs travaux; ils n’oublieront pas qu’après avoir semé dans les larmes on récolte dans la joie.
Si les chrétiens ne sont pas dès l’abord tels qu’ils voudraient les voir, ils agiront avec eux comme un bon père le fait avec de mauvais fils; confiants dans la bonté de Dieu, ils garderont l’espoir qu’ils répondront un jour à leurs désirs. Ils ne retrancheront donc rien de leurs soins minutieux et constants, d’autant plus que Dieu lui-même, notre Père commun à tous, nous donne l’exemple: objet de nos offenses, il ne cesse pas un instant de nous faire du bien à tous.
<< Retour page précédente
|