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Publication : Monita

Auteur: Pallu Lambert de la Motte
Chapitre: 9 - Des vieux chrétiens
Article: 1

Chapitre IX

Des vieux chrétiens


ARTICLE 1

Conduite et garde du troupeau
confié aux soins du pasteur

Les vicaires apostoliques ont la charge, non seulement des catéchumènes et des néophytes, mais encore des vieux chrétiens, charge de père envers des enfants, de pasteur envers le troupeau, de maître envers les disciples; ils doivent donc les aimer, les conduire, les instruire et consacrer à leur direction comme à leur instruction des soins plus qu’ordinaires. Mais la fidélité à s’acquitter de ce devoir porte avec elle sa consolation, et ce travail ne manque pas de produire des fruits: autant ils auront formé de chrétiens vertueux et édifiants, autant ils se seront adjoints de prédicateurs, réflétant dans leur personne la pureté de l’Église, attirant les infidèles par l’odeur de leurs vertus et les disposant à se soumettre volontiers au joug suave de Notre-Seigneur. La charge pastorale est complexe, par le nombre et la variété des devoirs qu’elle comporte; nous avons jugé bon d’en réduire l’explication à trois chefs: conduite, garde et gouvernement du troupeau confié à leurs soins.

I. Le premier devoir du pasteur est de mener au pâturage le troupeau qui lui est confié; c’est dire qu’il lui appartient de reconnaître le pâturage ou les aliments qui conviennent à son troupeau et de les lui fournir. Ces aliments sont: la prédication et une assistance spirituelle d’abord mais aussi temporelle. Le missionnaire-pasteur s’appliquera donc tout entier à procurer à ses chrétiens le lait divin de la doctrine sacrée, à les fortifier de la grâce des Sacrements, à faire descendre sur eux dans leurs afflictions la douce rosée de ses consolations, à leur rendre des forces dans leurs infirmités, à les aider de ses conseils au milieu de leurs anxiétés, de ses aumônes dans leurs besoins, à les soulager tous par ses sacrifices et oraisons, à les embrasser tous dans la sollicitude d’une charité toute paternelle. Car, ne pas donner tout cela pour ses ouailles serait-ce se montrer disposé à livrer sa vie pour elles?
II. La garde du troupeau, deuxième devoir du pasteur, comprend trois choses: écarter les loups du bercail, y ramener les brebis errantes, et exposer sa vie pour ses ouailles.
Le pasteur sera donc la terreur de tout loup rapace qui menacerait le troupeau du Seigneur: il le mettra en fuite à force de crier. Il s’insurgera donc avec énergie contre les pompes du diable, appâts dont il use ordinairement pour surprendre la simplicité des brebis; il ne laissera pas s’acclimater impunément les péchés publics, causes de scandale pour les faibles, ni s’insinuer aucune peste contagieuse et funeste pour les âmes, spécialement certains vices de la chair qui sont la ruine des communautés chrétiennes. Au contraire, il s’efforcera de les enrayer par des avertissements privés, des reproches même publics sans omettre selon les circonstances et quand la matière le comportera, le recours au bras séculier.
Là où les hérétiques se répandent et font violence à l’Église leur Mère, il leur opposera barrière: il se tiendra prudemment au courant de leurs menées et des efforts déployés par eux; il fera avorter leurs conciliabules et réprimandera quiconque les favorise. Mais le premier de ses soucis sera de répandre sur l’âme de ses ouailles le sel salutaire de la doctrine évangélique, afin de les préserver de la peste de ces funestes erreurs.
Lorsque se déchaînera la fureur des tyrans, il consolera son troupeau, lui adressera de fréquentes exhortations, il l’encouragera, le protégera et le défendra par ses pieux avis et ses prières.

En second lieu, il emploiera sa sollicitude à aller à la recherche des âmes fourvoyées; quand il les aura retrouvées, il chargera ces brebis sur ses épaules, sans épargner ni fatigues, ni sueurs, ni dépenses, pour les ramener au bercail. Celles qui y reviendront d’elles-mêmes, il les recevra avec une affection toute paternelle; sa patience aura raison des plus obstinés et, pour arriver à les sauver tous, il s’accommodera à la faiblesse de chacun.

Troisièmement, enfin il se souviendra que le Bon Pasteur donne sa vie pour ses brebis: aucun travail ne le rebute, aucune contrariété ne l’abat, aucun péril ne l’effraie; quand il s’agit du salut de ses ouailles, il se dépense tout entier, même au péril évident de sa vie, dès que leur salut est en danger, dès qu’ils ont besoin d’un soutien pour leur foi chancelante, d’un ministre des Sacrements, d’un instructeur, protecteur, conseiller ou appui.
Quant à ceux qui ont charge d’âmes, il ne leur suffit pas de réconforter ceux qu’ils ont sous leur juridiction en vivant au milieu d’eux et en leur faisant du bien; ils ont encore le devoir de leur faire de fréquentes visites, pour étayer tout ce qui vacille, et relever ce qui est en ruines, pour donner des encouragements aux bons et réprimer les défections.
Tous ceux qui détiennent une prélature quelconque doivent par devoir connaître leurs ouailles, même de figure, autant que faire se peut. Ils se tiendront au courant de la vie populaire et de la conduite des magistrats eux-mêmes, afin de pouvoir se rendre compte de leur foi, de leur charité et du degré de leur instruction.
Les délinquants, s’il s’en trouve, ne doivent pas être soumis de suite à des peines judiciaires. S’il y a lieu de leur appliquer une correction paternelle ou fraternelle, on la fera d’abord en particulier, puis devant témoins; enfin, s’ils ne viennent pas à résipiscence, on leur adressera une réprimande publique, on tâchera de les corriger, et, après avoir essayé tous les moyens, on cèdera à la nécessité d’agir judiciairement contre les contumaces.
Ce dernier point, comme plusieurs autres touchés précédemment, ne trouve aucune application possible là où les infidèles ont absolument le dessus et où par conséquent les pasteurs ne sauraient exercer aucun droit coercitif. En pareil milieu, une grande discrétion est nécessaire au missionnaire, pour n’être pas mis en suspicion auprès des magistrats, ni donner lieu à des calomnies de la part des mauvais chrétiens.


ARTICLE 2

Du gouvernement de chaque église particulière,
surtout en l’absence du prêtre

Les missionnaires, une fois rendus au poste qui leur est assigné par les vicaires apostoliques, se trouvent dispersés; des distances considérables les séparent et des motifs sérieux les retiennent par ailleurs. Il leur devient dès lors impossible de pourvoir aux besoins spirituels de tous leurs chrétiens en restant avec eux. Il nous paraît donc utile de tracer les grandes lignes d’un règlement à établir pour chaque groupement de chrétiens.
Dans toutes les chrétientés on fera choix, d’après l’importance de la communauté, d’un ou de deux chrétiens, qui se distinguent des autres par leur connaissance de la doctrine chrétienne, par l’ardeur de leur piété et leur vie exemplaire.
En présence du vicaire apostolique ou, s’il est absent, en présence du missionnaire, ils feront d’abord leur profession de foi et le serment d’enseigner au peuple sans aucun changement la doctrine pure et intacte telle qu’ils l’ont reçue des missionnaires, de ne jamais détourner à des usages profanes, personnels ou autres, les offrandes des fidèles. Vu la disette de prêtres, ils auront une certaine autorité sur les autres chrétiens, prendront soin des édifices sacrés où ils réuniront les fidèles au moins chaque dimanche et aux jours de fêtes; en cas de danger, ces réunions pourront se tenir dans un autre local, afin d’éviter les soupçons éventuels.
On y récitera d’abord un acte de foi, afin que les assistants se représentent bien Dieu présent au milieu d’eux; on y ajoutera des actes d’adoration, d’actions de grâces, d’offrande; on récitera les prières du matin auxquelles chacun en particulier est astreint chaque jour. Afin qu’ils ne soient pas entièrement privés du fruit de la Messe et de la Sainte Communion, quand il leur sera impossible d’y participer réellement, on leur facilitera par des prières adaptées à ce but, la participation mentale aux saints Sacrifices offerts en ce moment dans les autres églises, ainsi que la réception au moins spirituelle du Corps de Notre-Seigneur. Ils auront un formulaire de ces prières et instructions, formulaire approuvé par la Sacrée Congrégation, ou tout au moins par l’évêque.
On ne perdra pas non plus de vue le précepte de l’Apôtre de faire « des supplications, des prières, des demandes, des actions de grâces, pour tout le monde, pour les rois et pour tous ceux qui sont constitués en dignité, afin que nous puissions mener, en paix et tranquillité, une vie de toute piété et de chasteté ». (I. Tim., II, I, 2.) On profitera donc des dimanches et jours de fêtes pour faire réciter ces jours-là par les fidèles, avant leur sortie de l’église, trois Pater et trois Ave avec toute la dévotion possible, aux intentions suivantes: pour la propagation de la foi chrétienne et l’extension de l’Église catholique, pour le Souverain Pontife Romain; pour leur évêque et pour les autres pasteurs d’âmes, pour les souverains et les magistrats; pour les pécheurs, afin que, repentants de leurs méfaits, ils demandent pardon à Dieu et quittent la voie du mal pour marcher dans les voies du Seigneur; pour les hérétiques, afin qu’ils reviennent à l’intégrité de la foi, et à l’obéissance aux préceptes de l’Église catholique; pour les infidèles, leur délivrance de l’erreur et de l’impiété, leur fidèle soumission à la foi du Christ Jésus; pour les défunts, en particulier pour ceux dont le corps repose dans cette église, afin qu’ils soient délivrés des peines du purgatoire. On en agira de même en cas de danger imminent, d’un malheur ou d’une calamité quelconque.
Ils ne manqueront jamais de fournir à leurs frères l’aliment spirituel de quelque lecture pieuse prescrite par le vicaire apostolique; ou bien de leur exposer les principaux points de la foi et autres enseignements nécessaires au salut.
Après cela ils leur feront connaître les jours de fêtes à célébrer dans la semaine s’il y en a, ainsi que des vigiles et des jeûnes à observer; ils agiront de même pour ce qui concerne les devoirs de piété chrétienne, dont on doit s’acquitter pour accomplir ces préceptes.
Ils y feront les annonces usuelles des mariages, et s’enquerront s’il s’y présente des empêchements.
Enfin ils feront connaître, s’il y a lieu, les avertissements ou les ordres que les évêques auraient jugé opportun de leur faire communiquer, en vue de mieux éclairer les fidèles. Tout cela se passera dans la matinée.
Dans l’après-midi, si c’est possible, ils se réuniront dans le même local, pour faire les autres prières prescrites, auxquelles ils ajouteront l’examen du soir et les prières que l’on a coutume de réciter tous les jours avant d’aller au lit.
Ils auront pour premier soin de baptiser les petits enfants malades qui à cause de leur jeune âge courent un plus grand danger, et même en cas de péril de mort, les adultes qui en font la demande. S. Léon le dit bien: « On doit baptiser en tout temps ceux qui sont exposés au danger prochain de mort, de siège, de persécution et de naufrage ». (S. Leo apud S. Thom., 3 part. q. 68, a. 3.) Ils inscriront leurs noms au livre des baptêmes et les marqueront d’un astérisque pour les distinguer des autres; grâce à quoi, le missionnaire à son arrivée pourra facilement les appeler pour suppléer les cérémonies du baptême.
Ils prendront un soin particulier des malades, se rendront au chevet des moribonds, enseveliront les fidèles défunts et recommanderont publiquement leurs âmes aux suffrages du peuple chrétien. A cette occasion, ils s’appliqueront à mettre en relief le respect incomparable des chrétiens pour les morts, et à fermer ainsi la bouche aux infidèles qui auraient envie de critiquer la religion chrétienne ou de tirer vanité de la sollicitude dont ils affectent d’entourer leurs morts.
L’éducation de l’enfance, ils ne le perdront jamais de vue, est inscrite en tête de leurs obligations. Ils donneront donc eux-mêmes l’instruction à la jeunesse et la formeront à la piété; ou bien ils prendront les mesures nécessaires pour que cette éducation soit faite par des hommes de confiance qui ne s’écarteront pas des méthodes, ni des formules prescrites.
Ils se constitueront les protecteurs des orphelins et des veuves, qu’ils soient chrétiens ou même païens.
En aucun cas, ils ne se mêleront des procès des chrétiens en prenant sur eux de les trancher; ils ne négligeront pas pour cela d’y intéresser d’autres personnes; avec toute la prudence nécessaire et les précautions voulues, ils feront ce qui est en leur pouvoir pour conserver la paix.
Quand il y a des mariages à contracter, les annonces faites apprendront si les futurs conjoints ont un empêchement canonique; s’il s’en présente un, la dispense en sera demandée aux missionnaires, et, après cela, le mariage sera célébré en présence des chefs mentionnés plus haut et devant deux témoins 1.
Afin d’assurer chez tous le respect des choses saintes, on leur prescrira quelques règles particulières pour les diriger et leur donner la plus grande facilité de s’acquitter convenablement de leur office dans tous ses détails: les baptêmes d’enfants et d’adultes, l’assistance des moribonds, la sépulture des morts et l’organisation des cérémonies funèbres, la recommandation de leurs âmes à Dieu, les annonces à faire, les épousailles à célébrer, et autres choses encore qui auraient fait l’objet d’une prescription de l’Église catholique concernant les contrats de mariage.
Ils auront également un livre qui les renseignera très exactement sur la façon de tenir des assemblées, comme aussi sur les prières à y réciter et les cérémonies à y faire.
Ils tiendront en réserve, pour y puiser à l’occasion, des exhortations et des discours à lire de temps en temps au peuple, sur diverses matières, comme: les quatre parties du catéchisme, les péchés capitaux, les fins dernières, ainsi que les conseils donnés par Notre-Seigneur pour notre sanctification.
Enfin, dans le but de consoler les fidèles et de leur procurer un adjuvant pour leur progrès spirituel, ils auront à cœur de lire à l’église les circulaires envoyées par les vicaires apostoliques et renfermant leurs exhortations.
Ils auront chez eux une cartabelle faite par les missionnaires; elle leur servira à annoncer aux fidèles les fêtes à célébrer et les jours de jeûnes.
Ils auront et garderont avec le plus grand soin les registres de baptême, de confirmation, de décès, des mariages et de l’état religieux de la paroisse, et pour plus de sécurité, ils pourraient même les conserver sous un autre toit.
Mais ils ne peuvent guère, à eux seuls, remplir convenablement ces multiples charges; aussi les missionnaires leur adjoindront quelques coadjuteurs.

I. D’abord, il en sera désigné deux ou trois des plus sérieux pour l’arrangement des difficultés entre chrétiens. Ces arbitres agiront avant que le différend n’ait été porté devant le tribunal; par leurs conseils paternels ils tâcheront de le trancher et d’amener la conciliation au moyen de transactions; ils prendront garde de ne pas exciter la défiance des païens, en ayant l’air de vouloir organiser des tribunaux nouveaux et opposés aux usages.

2. Ensuite, parmi les instituteurs chrétiens, on en choisira pour l’instruction commune des chrétiens et des païens d’après un programme qui comporte les matières habituellement enseignées à la jeunesse du pays. Ils se comporteront vis-à-vis de tous de façon à leur faire estimer la religion chrétienne et obtenir en sa faveur la bienveillance, même de la part des barbares. Mais le premier de leurs soins doit être de graver profondément dans le cœur des enfants chrétiens le sentiment de tous leurs devoirs religieux.

3. Après cela on fera choix de quelques femmes chrétiennes, de piété éprouvée, pour exercer la profession de sages-femmes. Elles feront en sorte qu’aucun enfant, fût-il né de parents païens, ne meure sans Baptême, si possible.

4. Enfin, pour suppléer à l’impossibilité dans laquelle ils se trouvent ordinairement de tout voir et de tout contrôler par eux-mêmes, on choisira des délégués sûrs et méritant toute confiance. Ces derniers se feront renseigner sur le compte des chrétiens: ils sauront si la communauté marche dans les voies du Seigneur, ou s’il y a lieu d’avertir les missionnaires, ou même l’évêque, en vue de la répression de quelque abus. A ce titre, ils auront, comme les chefs eux-mêmes, à fournir des renseignements sur l’état de toute la chrétienté en écrivant fréquemment à l’adresse indiquée par les missionnaires.


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