| Auteur: |
Pallu Lambert de la Motte |
| Chapitre: |
10 - Formation des catéchistes |
| Article: |
1 |
Chapitre X
De la formation des catéchistes
et de leur promotion aux ordres sacrés
ARTICLE 1
Des qualités requises chez les catéchistes
et de la manière de les former
Une bonne et complète formation des catéchistes n’est pas de mince importance pour le succès et le progrès des missions: là où la moisson est abondante et les ouvriers rares, ils peuvent aider ceux-ci. Si la persécution sévit et atteint les pasteurs, ils devront les suppléer. Enfin ils peuvent également être promus aux ordres sacrés et mis à la tête des paroisses d’une église naissante. Mais d’autre part, les devoirs de la sollicitude pastorale et de la prudence interdisent de ne choisir aucun catéchiste qui n’ait reçu d’avance une formation soignée: tous doivent être d’une moralité éprouvée, et posséder les qualités physiques et morales que requièrent les importantes fonctions auxquelles on veut les attacher. En conséquence, il nous paraît utile de détailler ici les principales conditions requises à leur endroit soit pour leur probation et leur formation, soit pour leur promotion aux ordres sacrés.
Il n’est que juste que les catéchistes se distinguent par des mœurs irréprochables et une vie exemplaire en rapport avec leur condition de coopérateurs aux œuvres d’apostolat. Chez eux, la pratique de la piété doit avoir commencé dès leur baptême; ou bien leur chute doit avoir été suivie d’une conversion sincère qui les a ramenés à Dieu, et leur état actuel présenter toutes les garanties d’une vie assez parfaite.
Une charge de cette importance n’est pas faite pour les orgueilleux ou les colériques, ni pour ceux qui poursuivent un but honteux de lucre, ni pour ceux qui sont adonnés à la boisson ou au jeu. Cette dernière passion est tellement immodérée en certaines régions qu’elle prend pour enjeu, non seulement de l’argent, mais la personne et la liberté du joueur. Ils doivent être chastes de corps et de cœur, s’observer sur la sobriété et la justice: il faut que, sous ces divers rapports, les personnes du dehors leur rendent bon témoignage. Ils doivent se recommander surtout par leur patience, leur douceur et leur humilité, vertu qui est la marque du vrai chrétien.
L’obligation qu’ils ont de s’appliquer à la vie intérieure, d’y faire avancer les autres dans la mesure de leurs moyens, et la lutte continuelle qu’ils engagent avec les démons, dont une certaine espèce n’est vaincue que par la prière et le jeûne, tout cela les engage à méditer régulièrement afin d’enflammer la ferveur de leur piété, à se livrer à la mortification, compagne ordinaire de l’oraison, et à avoir une faim continuelle et peu commune de la divine nourriture des sacrements.
Le zèle des âmes leur est indispensable, et ils doivent employer fréquemment des moyens de le rendre plus ardent. Ils prendront en considération la compassion qu’ils doivent à leurs frères, puisque Notre-Seigneur a daigné avoir pitié d’eux jusqu’à les appeler des ténèbres à une lumière digne de notre admiration.
Leur besogne consiste à instruire les autres; c’est dire qu’ils doivent être tout à fait à même d’enseigner fidèlement en conformité avec la vraie doctrine, et que l’initiation qu’ils donnent aux catéchumènes doit être en tout conforme aux principes de la piété et de la sainteté.
A l’égard des infidèles au milieu desquels ils vivent, ils auront à cœur de combattre à fond leurs erreurs en remontant jusqu’à leur source; il est même à désirer qu’ils soient capables de lire leurs livres: ce serait un moyen de mieux se rendre compte des mille rêveries, des fables et des supertitions sans nombre dont ils sont pleins; ce serait une bonne fortune d’y rencontrer et d’y remarquer l’un ou l’autre point sur lequel ils seraient d’accord avec nous. Cela leur apprendra le moyen facile de les refuter en les prenant par leurs propres arguments; et par des considérations puisées dans leurs propres livres, ils pourront plus facilement affirmer et prouver la vérité de la religion chrétienne.
Ils ont surtout besoin de deux choses: être au courant de la manière d’exposer les mystères de la foi avec une grande lucidité et avec simplicité, sans nul détriment de la solidité; et pouvoir faire face à quiconque s’adresse à eux pour leur demander raison de la religion qu’ils prêchent.
Le célibat est de convenance pour eux: une vie remplie d’affaires temporelles et de soins familiaux ne laisserait guère de place au saint ministère. Nous n’estimons pas pourtant qu’il faille rejeter ceux qui sont mariés, pourvu que d’ailleurs ils aient les qualités requises.
Ne sont pas propres au service: ceux qui pourraient attirer sur eux le rire ou le mépris, en raison de quelque difformité trop apparente; ceux aussi qui sont affligés d’un défaut de langue. Il convient d’ailleurs que les catéchistes restent toujours maîtres de leurs expressions, et qu’ils ne se croient jamais autorisés ni par la colère, ni par le tort subi à se laisser emporter eux aussi jusqu’aux injures, ou ne débordent aussitôt en un flot de paroles provocatrices.
Quoique quelques-uns réunissent les conditions que nous venons d’énumérer, cela ne suffit pas: sans ordre reçu, il ne leur appartient pas de s’immiscer dans ce ministère, avant d’avoir fait leur profession de foi et obtenu l’approbation de l’autorité légitime, avec désignation du poste à occuper. Celui-ci une fois désigné, ils s’y mettront à la disposition de l’un ou l’autre missionnaire ou sous la conduite d’un catéchiste plus ancien: ce sera là leur supérieur immédiat. Ils seront exacts à lui faire, aux époques fixées, leurs rapports sur tout ce qui concerne l’état et le progrès de la mission.
Les qualités requises chez les catéchistes et l’aptitude à en remplir les charges sont faciles à constater chez les élèves des séminaires: leur séjour prolongé dans ces établissements permet d’observer et d’éprouver à loisir leurs talents, leur caractère, leurs aspirations et leurs vertus. Il peut arriver qu’un sujet d’âge mûr vienne d’ailleurs se présenter spontanément pour cette fonction. Il faudra alors l’examiner soigneusement d’après les principes énoncés et, pour autant que de raison, le soumettre à une probation dans un séminaire au moyen des exercices spirituels. S’il a manqué quelque chose à sa formation, et que l’on juge qu’il offre des garanties d’avenir, on tâchera de compléter sa formation et d’achever son éducation.
Prendre sur soi la charge d’instruire, c’est se rendre débiteur envers les sages et les ignorants: les catéchistes auront donc affaire à des gens de toute sorte. Leur formation conçue dans le sens indiqué plus haut doit les mettre en état de traiter avec tous.
Lorsque le recteur du séminaire les jugera suffisamment formés, ils s’exerceront auprès des catéchumènes les moins avancés, jusqu’au moment où l’expérience et la pratique de leur fonction les mettent à même de traiter des choses de la religion avec des gens plus développés, en réfutant leurs objections et en achevant leur instruction.
ARTICLE 2
Avis à donner aux catéchistes partant en mission
Ce que nous avons dit précédemment de la préparation nécessaire au prédicateur de l’Évangile s’applique, proportions gardées, aux catéchistes. Ceux-ci auront donc soin de s’y conformer.
Ils se souviendront que leur fonction est divine. Dieu les garde de tout péché mortel, mais ils n’auront jamais l’audace de se mettre à prêcher aux autres s’ils en ont un seul sur la conscience. Dans ce cas, s’ils ne peuvent pas trouver de confesseur, ils tâcheront d’en obtenir, au préalable, le pardon par une sincère contrition. Abominable aux yeux de Dieu qu’ils prétendent faire connaître aux autres, leur impureté pourrait être la cause que leur ministère soit inefficace et ne répande pas l’abondance de la grâce céleste et des mystères sacrés.
Ils feront bien de se préparer chaque fois à leur office en descendant au fond de l’abîme de leur néant, de reconnaître humblement leur indignité et leur infirmité. Ne sont-ils pas nés dans le péché? Et ont-ils par eux-mêmes autre chose que mensonge et péché? Qu’ils confessent donc, avec Jérémie, qu’ils ne sont que des enfants incapables de parler; qu’ils soient en défiance vis-à-vis d’eux-mêmes, et placent toute leur confiance en Dieu: c’est à sa voix qu’ils jetteront leurs filets, c’est en ses mains que se trouvent tous les cœurs, c’est lui qui ouvre sans que personne puisse fermer, c’est lui qui prédestine les âmes à la foi.
Ils auront une dévotion particulière envers les patrons et les anges gardiens des missions; ils chercheront à procurer la gloire de Dieu et non la leur, avec un abandon parfait à la divine miséricorde dans toutes leurs entreprises.
Peut-être ne verront-ils pas apparaître les résultats qu’ils espéraient; ils en reporteront alors toute la faute sur eux-mêmes et supplieront Dieu de leur accorder le pardon de leurs péchés pour avoir mis obstacle à sa gloire et au bien des âmes. Mais il ne faut pas que la douleur provenant de leurs fautes leur fasse perdre courage ou diminue leur énergie; elle doit plutôt les exciter à mieux faire. Si, au contraire, leurs travaux leur ont procuré une abondante moisson, ils l’attribueront à Dieu, auteur de tout bien: c’est lui qui commence et accomplit tout bien en nous; c’est de lui que descend tout don parfait.
Il arrivera parfois qu’on leur proposera des difficultés assez compliquées concernant la religion. Leur premier mouvement sera alors d’élever leur cœur jusqu’à Dieu; ils se rappelleront ensuite ce que les missionnaires leur ont enseigné à se sujet: ce sera leur réponse. Que si la réponse donnée ne satisfait pas ceux qui ont posé la question, ils ajouteront: « Il y a bien des vérités naturelles dont l’explication échappe à la perspicacité de l’esprit humain; il ne doit donc pas paraître étonnant que cette perspicacité soit souvent en défaut devant les choses divines: la foi est en effet au-dessus de la raison ». Enfin, ils ne rougiront pas d’avouer qu’ils ne sont que des novices et qu’il leur reste beaucoup à apprendre: on n’a qu’à consulter leurs maîtres, ceux-ci ne manqueront pas de débrouiller les difficultés proposées et de donner satisfaction à ceux qui ont posé les objections.
Quant aux prétendus arguments des gens peu instruits, ils sont d’ordinaire de peu de valeur; ils feront mieux de passer rapidement sur ces futilités que de chercher des solutions à coups d’arguments solides et trop recherchés.Seulement, ils se garderont bien de prendre envers personne un air moqueur et de tourner quelqu’un en ridicule pour avoir dit des sottises.
Ils se distingueront par leur gravité, ne prendront jamais un air sévère ou morose, mais seront toujours polis.Ils éviteront toute familiarité avec les personnes du sexe: ils ne leur parleront que de jour, publiquement et devant témoins, et jamais que de choses nécessaires.
Ils n’exigeront aucune aumône des catéchumènes ou des néophytes; ils ne seront même pas empressés de recevoir ce qui leur sera offert.Au contraire ils s’attacheront avant tout à la pauvreté de Notre-Seigneur; s’ils ont du superflu, ils le distribueront volontiers aux pauvres.
Ils supporteront avec patience et courage les injures, les opprobres et même les coups dont on pourrait les accabler: ils se réjouiront avec les Apôtres d’avoir été jugés dignes de souffrir des mépris pour le Christ. Et si la divine miséricorde permet qu’ils soient conduits à la mort pour la religion, ce sera pour eux le moment de tressaillir de joie: il leur serait enfin donné de verser leur sang pour celui à qui ils doivent de la reconnaissance puisqu’il a versé le sien pour eux.
ARTICLE 3
Des qualités requises chez les catéchistes
pour qu’ils puissent être promus aux saints Ordres
La dignité du sacerdoce est bien au-dessus de la fonction de catéchiste.Ceux donc que l’on se propose d’élever aux ordres sacrés doivent avoir des qualités supérieures à celles que nous avons dit être requises pratiquement des catéchistes. Bien plus, on ne confiera cette charge, importante et redoutable à des épaules angéliques, qu’à ceux qui se recommandent par des vertus vraiment angéliques, à ceux qui ne rechercheront pas cet honneur pour eux-mêmes, mais qui auront été appelés par Dieu comme Aaron.
Par conséquent tous ceux qui aspirent aux ordres sacrés, soit qu’ils aient été formés dans un séminaire ou viennent du dehors seront examinés avec soin.
Ceux qui auront été confiés aux soins de quelque missionnaire présenteront un certificat délivré par lui, témoignant de leur conduite, de leur piété, de leurs connaissances, de leur façon de s’acquitter de leurs fonctions antérieures dans l’Église de Dieu, et surtout de leur application à l’oraison, comme des progrès qu’ils y auront faits.
Pour admettre à la tonsure on exigera, dans la mesure permise pour une communauté en formation, que les candidats sachent lire et écrire, au moins dans leur langue maternelle; qu’ils connaissent leur catéchisme, et qu’ils donnent un espoir sérieux de devenir un jour utiles à l’Église.Ces conditions sont indispensables.
Pour recevoir les ordres mineurs, ils doivent posséder les rudiments de la langue latine, pour autant qu’on puisse exiger d’eux cette connaissance; et avoir aussi les capacités nécessaires pour acquérir l’instruction en rapport avec la dignité sacerdotale.
Les futurs sous-diacres seront au courant de la manière de dire l’office divin, et seront suffisamment versés dans la doctrine des Sacrements, sauf dispense ecclésiastique qu’il y aurait lieu de leur accorder là-dessus; de plus, avant de s’engager par le vœu de chasteté perpétuelle, ils auront déjà fourni leurs preuves.Il convient qu’ils présentent le titre de patrimoine qui donne toute garantie pour la sustentation convenable de leur vie. Néanmoins, pour de justes motifs, la Sacrée Congrégation permet de les dispenser de tout titre.
En cas de patrimoine insuffisant, on ne doit pas refuser les candidats capables de rendre de bons services à l’Église: il faut alors les attacher à quelque église qui puisse pourvoir à leur entretien.
Le diaconat étant encore d’un degré plus élevé, on ne se présente convenablement à cet ordre qu’avec un cœur disposé à progresser dans la vertu.
Ceux qui veulent recevoir la consécration sacerdotale doivent montrer à tous les yeux l’exemple des vertus qui conviennent aux ministres des saints autels, afin qu’à leur vue, chacun doive louer l’auteur de ce grand don et honorer le Seigneur qui a de tels serviteurs. Les candidats à promouvoir doivent connaître à fond tout ce qui regarde le Saint Sacrifice de la messe, quand on peut l’offrir, quels sont ses effets, les parties qui le composent, les mystères qu’il renferme, et même les cas perplexes qui peuvent se présenter au cours de sa célébration.Il n’est pas moins nécessaire pour eux de savoir, concernant tous les sacrements, quelle en est la forme et la matière; de connaître les cérémonies de leur administration régulière, et les dispositions requises pour les recevoir, surtout ce qui concerne le sacrement de pénitence. Ils seront donc aptes à résoudre les cas de conscience et à distinguer ceux qui sont réservés au Souverain Pontife et ceux qui sont réservés aux évêques, ceux qui le sont a jure et ceux qui le sont ab homine, les empêchements de mariage et les cas qui rendent nuls les mariages contractés.Ils doivent savoir aussi à qui la réception des sacrements est interdite.
Ils consacreront journellement au moins une heure à la méditation des choses célestes; ils puiseront à cette source ce que les livres ne peuvent pas leur apprendre, et ainsi, Dieu aidant, ils pourront voguer en toute sécurité sur l’océan si périlleux des fonctions sacerdotales.
Chaque jour Notre-Seigneur s’offrira par leurs mains en holocauste agréable à son Père tout-puissant; ils doivent, eux aussi, songer à s’immoler tout entiers à la plus grande gloire de Dieu et au salut des âmes, en sacrifice d’agréable odeur, dans une parfaite union et harmonie de volonté avec lui.
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