| Auteur: |
Pallu Lambert de la Motte |
| Chapitre: |
6 - Formation des catéchumènes |
| Article: |
5 |
Chapitre 6
Formation des catéchumènes
ARTICLE 5
Des sublimes mystères de la Très Sainte Trinité
et de l’Incarnation de Notre-Seigneur
Si Dieu tarda si longtemps à envoyer au monde son Fils, le Messie promis, ce fut pour faire constater aux hommes leur faiblesse et leur faire avouer leur radicale impuissance à bien agir, sans le secours de la grâce divine; plus ils devaient prolonger leurs gémissements sous le malheureux esclavage du péché, plus heureuse et plus impatiemment désirée devait être pour eux l’arrivée du Libérateur. De même, avant de parler du Sauveur aux catéchumènes, le missionnaire s’évertuera dans la mesure de ses moyens, à leur faire voir toute l’amertume des misères qui les accablent, l’aveuglement de leur esprit et la rigueur du démon, pour les amener ainsi à lui prêter une oreille plus attentive quand il leur parlera de leur Rédempteur.
Jadis Notre-Seigneur prévenait ses Apôtres qu’il avait à leur dire certaines choses trop lourdes à porter et qu’ils devaient d’abord recevoir les lumières du Saint-Esprit pour pouvoir les comprendre. (Joan., XVI, 12, 13.) Ainsi, le missionnaire pourra prolonger pendant quelques jours l’attente de ses catéchumènes, pour leur donner l’occasion de s’humilier en reconnaissant leur faiblesse et d’implorer par une prière plus fervente le secours divin. Il occupera utilement ces journées à les entretenir de la grandeur de Dieu, de l’impossibilité de le comprendre, du peu de portée de notre intelligence même dans les choses de la nature où elle rencontre beaucoup d’obscurités. Il leur montrera encore la nécessité de la foi, laquelle est si importante pour les hommes que sans elle aucune société n’est possible; c’est ici surtout qu’il apportera certains exemples connus et à la portée de tout le monde. Rien ne l’empêche après cela de montrer tout l’honneur rendu à Dieu par celui qui faisant un acte de foi, soumet son intelligence à sa véracité, et tout le profit qu’il y a pour l’homme à connaître Dieu et les choses de Dieu.
Dès qu’il s’apercevra du désir qu’ils ont de s’instruire et de l’attention qu’ils portent à ses discours, il leur fera remarquer les points suivants:
1° Tout péché mortel implique toujours une offense infinie dans son objet, puisqu’il constitue une atteinte à la bonté infinie de Dieu.
2° Il est juste et équitable que Dieu, avant la réconciliation, exige des hommes une satisfaction; ils doivent se préoccuper au plus haut point de s’en acquitter convenablement, attendu qu’il ne le requiert que pour pouvoir les prendre en pitié.
3° Aucun homme, aucun ange, quelque grands que fussent les dons de la grâce qu’il eût reçus, ne pouvait donner à Dieu une satisfaction de condigno: une créature a beau être élevée en grâce, elle restera finie, et la dignité ainsi conférée ne sera encore que finie.
4° Enfin, Dieu, vaincu par son amour pour nous, a découvert un admirable moyen de satisfaire à sa justice à notre place. Ce moyen fut l’Incarnation du Verbe divin: le sacrificateur est une personne d’une dignité absolument infinie; en outre, il s’offre lui-même en victime d’un prix également infini.
Mais les infidèles ne pourraient ni saisir le mystère de l’Incarnation de Notre-Seigneur ni concevoir ce qu’est le Fils de Dieu, s’ils n’avaient d’abord compris la multiplicité des personnes dans l’unité de l’essence divine; s’impose donc ici l’exposé du très auguste mystère de La Trinité. Pour le missionnaire, c’est le moment de se défier plus que jamais de lui-même, de prier Dieu en silence mais de tout cœur, de lui demander de répandre du haut du ciel la foi sur les catéchumènes qu’il instruit.
La connaissance et l’explication de ce mystère touchent à des profondeurs insondables: les paroles nous font défaut pour l’exprimer, l’intelligence pour nous en faire une idée; il est très dangereux de s’y aventurer avec trop de curiosité; aussi ne faudra-t-il pas s’adonner à des recherches trop subtiles, mais enseigner exactement ce que la foi tient pour certain et sûrement établi. D’autre part, puisque les comparaisons tirées de la nature font de l’effet, surtout sur les esprits un peu frustes, il lui sera loisible d’en citer ici quelques-unes: par exemple celle de l’âme raisonnable, du soleil, de la source. Ces comparaisons, pour être imparfaites, donnent du moins une certaine idée de La Trinité.
Le missionnaire veillera avant tout à ce qu’en entendant parler du Père, les catéchumènes ne conçoivent pas de Dieu une trop petite idée, à ce que le mot de Fils ne blesse pas leurs oreilles en leur faisant mettre sur le même pied la génération du Verbe divin et la génération des hommes. Il veillera aussi à ce qu’ils ne commettent pas l’erreur de conclure de la pluralité des personnes divines à l’existence de plusieurs dieux. S’il croit nécessaire d’insister quelque peu sur cet insondable mystère, il aura recours à quelques exemples familiers, de nature à aider dans une certaine mesure l’intelligence humaine à comprendre un dogme si profond; afin qu’ils n’y trouvent rien que de divin et d’admirable, il leur montrera que la génération du Fils par le Père éternel ne fut pas, comme celle des dieux du paganisme, le résultat d’un commerce charnel.
En outre, sa principale préoccupation sera de profiter de l’admiration des catéchumènes devant l’immense et profond mystère de la Très Sainte Trinité, pour les amener à la servir et à l’adorer de toute leur âme: ils mériteront ainsi de la mieux connaître un jour dans le ciel, où la meilleure part de leur félicité sera de la contempler durant toute l’éternité.
Après avoir sondé la profondeur de ce mystère, le missionnaire abordera l’histoire de l’Incarnation de Notre-Seigneur. Ici encore il sera nécessaire de dire d’abord quelques mots de la puissance quasi incroyable de l’amour. Nous avons dans l’histoire, comme en font foi des documents authentiques, d’admirables, de fréquents et de splendides exemples d’amour de parents pour leurs enfants, d’époux pour leurs épouses, d’amis pour leurs amis; dès lors, quelle ne doit pas être la force de ce même amour puisé à sa source même, en Dieu, la bonté essentielle, la source et le principe de toute charité! Ils n’auront donc pas à se récrier, quand on leur enseignera que Dieu a aimé les hommes au point de leur donner son Fils unique, que, poussé par ce même amour infini pour nous, Dieu le Fils a pris notre nature humaine, afin de satisfaire pour nous à la divine justice.
En affirmant que le Verbe incréé s’est fait homme, il faut faire écarter la pensée que la corruption de la nature humaine aurait pu rejaillir sur la nature divine. S. Athanase le dit très bien dans son Symbole: Dieu s’est fait homme, « non en transformant sa divinité en notre chair, mais en prenant l’humanité pour la diviniser », en sorte que l’Homme-Dieu est un, non par confusion de substance, mais par unité de personne. De même qu’en tombant dans la boue, un rayon de soleil garde sa splendeur première, l’éternel Soleil de justice n’a rien perdu de son éclat pour avoir été renfermé dans la chair, et la contagion du corps humain ne l’a pas infecté.
En ce temps-là, dira le missionnaire, l’univers presque tout entier avait été envahi par l’idolâtrie, et chez les Juifs eux-mêmes, la religion était à ce point déchue, que c’est à peine s’il y subsistait de-ci de-là quelque vestige du culte du vrai Dieu. Vint alors le Messie, promis par les oracles de tant de Prophètes, appelé par les soupirs de tant de Patriarches, vrai Dieu, parce que fils du Père éternel, vrai homme aussi, parce que fils de la Vierge Marie. De la Vierge, car pour éviter que la moindre trace de corruption ne vînt obscurcir l’éclat de cette naissance incomparable, le Sauveur ne dut pas la vie à l’opération d’un homme, mais fut conçu par le Saint-Esprit du sang de la Vierge. Celle-ci fut donc à la fois vierge et mère, nouveau miracle destiné à illustrer la naissance d’un Dieu.
Il y aura lieu de faire ici le récit quelque peu détaillé de l’Annonciation faite par l’Ange à Marie, et l’énumération des sublimes vertus de la Mère de Dieu, en mettant en avant la plus belle de toutes celles qui firent une couronne à sa virginité, je veux dire son humilité, laquelle lui valut l’honneur d’être choisie comme Mère par celui dont elle se proclamait la très humble servante.
Il ne faudra pas non plus passer sous silence l’excellence des qualités dont l’âme du Christ fut ornée dès le moment où elle fut créée; jouissant continuellement de la claire vision de Dieu, son âme, remplie des dons du Saint-Esprit, l’emportait de loin en excellence et en dignité sur celles des hommes et même des Anges.
Seulement, continuera-t-il, étant venu au monde pour souffrir, le Sauveur a dû par un miracle empêcher les qualités de son âme, déjà en possession de la vision béatifique, de rejaillir sur son corps. Bien plus, brûlant du désir de notre Rédemption, il s’offrit pour nous dès ce premier instant, en victime à son Père éternel et voulut dès sa naissance goûter toute l’amertume du calice de sa Passion.
Le voilà donc né dans la pauvreté et l’abjection, soumis à la souffrance et aux afflictions; d’ailleurs, il est né pour tous, pour apporter à tous le salut et la lumière; il a été par un insigne bienfait de la très sage Providence divine, également bien accueilli des Juifs et des Gentils. Les Juifs le connaissaient déjà par les figures et les ombres de l’Ancien Testament, par les prédictions des Prophètes; les Gentils, par quelques-uns de leurs oracles et par les fréquentes dispersions des Juifs dans tous les pays du monde. C’est ainsi qu’à sa naissance « la voix de la vérité retentit jusqu’aux confins de la terre: on vit les cohortes angéliques annoncer aux bergers la naissance du Sauveur, pendant que les Mages, guidés par une étoile, étaient amenés auprès de lui pour l’adorer. De l’Orient à l’Occident, la naissance du vrai Roi devait frapper tous les regards et s’imposer à la foi puisque les peuples de l’Orient apprirent ces événements de la bouche des Mages et que l’Empire romain en fut informé ». A ces paroles de S. Léon (Sermo 2 de Epiph.), S. Ambroise ajoute: « La génération de Notre-Seigneur recueillit le témoignage non seulement des Anges, des Prophètes et des bergers, mais encore des Anciens et des Justes. Chaque âge et chaque sexe contribue à rendre inébranlable notre foi à ces faits miraculeux: une vierge enfante, une femme stérile accouche, un muet parle, Élisabeth prophétise, les Mages adorent, Jean tressaille dans le sein de sa mère, une veuve reconnaît son Sauveur, un juste l’attend au Temple » (in Luc., lib. 2).
Reste à parler des Mystères qui suivirent la naissance du Christ, Mystères tout aussi pleins d’amour et dignes de notre vénération. Les exemples de vertu aussi remarquables qu’absolument extraordinaires qu’il prodigue tout le cours de son existence, feront en temps et lieu l’objet d’entretiens du même genre. Leur but sera de provoquer pour ces Mystères la vénération de ses auditeurs, et de les exciter à imiter ces exemples; il lui sera facile d’y parvenir en se conformant prudemment aux avis que nous allons donner au chapitre suivant.
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