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Publication : Monita

Auteur: Pallu Lambert de la Motte
Chapitre: 6 - Formation des catéchumènes
Article: 8

Chapitre 6

Formation des catéchumènes

ARTICLE 8

Réponse à une objection assez commune
de la part des infidèles

Parmi ceux que la beauté de la religion chrétienne a déjà attirés à la foi, il n’est pas rare d’en rencontrer qui se trouvent arrêtés par une sorte de dépit: la lumière de la loi de Dieu a brillé à l’étranger avant de les éclairer eux-mêmes. En conséquence, ils s’efforcent de prouver qu’elle n’est pas indispensable. Voici comment ils raisonnent: la loi divine que vous prêchez serait donc indispensable au salut éternel de tous et de chacun, au point que sans elle, le salut serait impossible; mais alors il parait que Dieu devrait être accusé d’imprévoyance ou d’oubli, puisqu’il a tant tardé à songer à nous. Bien plus, il faudrait dire qu’il manque de douceur et de miséricorde, puisqu’il a laissé nos ancêtres privés d’une chose si indispensable et les a condamnés de ce chef aux peines éternelles. Telle est l’objection que le missionnaire doit renverser de fond en comble, l’obstacle qu’il doit lever au prix de ses efforts.
Il prouvera donc que jamais rien, dans le domaine d’une administration temporelle, n’a présenté un spectacle aussi frappant que celui de la prévoyante sollicitude de Dieu à faire connaître sa loi; les princes et les rois se contentent de promulguer les leurs en général aux provinces et aux royaumes; Dieu promulgua la sienne, non seulement aux princes et aux rois, mais encore à chaque homme individuellement.
Voyez: quel serait le sauvage, fût-il élevé dans la solitude des montagnes, qui ne comprendrait pas qu’il est juste et équitable de servir et d’adorer un seul Dieu, son créateur; qu’il n’est pas permis de mentir, de se parjurer, de voler, de tuer, de faire du tort au prochain, d’enfreindre les lois de la pudeur, et autres choses semblables, renfermées dans le code des préceptes de la loi divine naturelle? Il est impossible que les mortels, si opposés dans leurs us et coutumes, soient tous d’accord, tous jusqu’au dernier, sur ces principes et ces préceptes, à moins que Dieu, le Créateur de toutes choses, en ait déposé la connaissance dans le for intérieur de chacun; à moins aussi qu’en plus de ce bienfait accordé à leur raison, Dieu n’ait gravé ces lois dans leur cœur, vraies tables vivantes, plus profondément que ne faisaient, au dire des historiens, certains rois législateurs, qui gravaient les leurs sur des lames d’airain ou d’or.
Les dix commandements renferment les principes et constituent le fondement de la religion. Quiconque s’y attache, s’y affectionne, et les met en pratique doit être assuré, dit S. Thomas, que « Dieu, la lumière de tout homme venant en ce monde, ou bien lui fera connaître par une révélation intérieure ce qu’il doit croire, ou bien lui enverra quelque héraut de la foi, comme il le fit pour l’Eunuque, pour Corneille, et pour beaucoup d’autres ». (in 2 dist. 25. p. 2, et in 4. de verit. a. II. ad. I.)
Il arrive malheureusement que la plupart des mortels contrarient par leur conduite les effets de la lumière de la loi de Dieu et l’éteignent en eux-mêmes par leurs crimes; la première leçon que la raison leur enseigne, ils la rejettent; dès lors c’est par leur propre faute qu’ils n’acquièrent pas une connaissance plus approfondie des choses de Dieu et des mystères de la foi; il est également de la plus stricte justice qu’ils en subissent éternellement la peine, non pour avoir négligé d’observer une loi dont ils n’auraient jamais été informés, mais pour avoir enfreint des ordres que la nature leur avait dictés, pour avoir fermé les yeux de leur intelligence aux rayons de la foi qui allait se manifester, et par leur obstination, fermé la bouche à Dieu qui commençait à les instruire.
On peut le dire en toute vérité: pour faire connaître sa loi toute sainte, Dieu s’y est pris comme s’y prend un maître à l’égard de ses élèves: dès que ceux-ci étudient avec ardeur les rudiments de la doctrine enseignée par celui-là, de façon à les bien comprendre, le maître approfondit immédiatement son enseignement, jusqu’à ce que ses élèves soient tout à fait à la hauteur de la science qu’ils convoitent. Si, au contraire, ils dédaignent leur professeur et rejettent ses premières leçons, bon gré mal gré, il faut bien qu’il se taise; on le taxerait même de manquer de discrétion s’il continuait en abordant des points plus difficiles.
Grâces immortelles soient donc rendues à Dieu par tous ceux qui, sans aucun mérite de leur part, ont reçu la visite des prédicateurs de l’Évangile: c’est la divine Providence qui a dirigé leurs pas. Les catéchumènes ne doivent pas s’étonner davantage d’apprendre que leurs ancêtres ont été jugés coupables, pour avoir violé volontairement et de plein gré une loi divine dont ils avaient au moins quelque vague connaissance, grâce à la lumière de leur raison naturelle.


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