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Publication : Monita

Auteur: Pallu Lambert de la Motte
Chapitre: 6 - Formation des catéchumènes
Article: 10

Chapitre 6

Formation des catéchumènes

ARTICLE 10

Des qualités et des notes de l’Église

Le giron de l’Église, épouse du Christ, est la source par excellence, à laquelle les missionnaires doivent puiser la loi de la vraie religion; c’est de l’Église aussi, la mère commune de tous les fidèles, qu’ils tiennent le pouvoir de prêcher; et comme il est de leur devoir d’enseigner où est la véritable Église, lorsque des doutes s’élèvent à son sujet; il appartient donc à la sollicitude pastorale de faire connaître quelle est son origine, son autorité ainsi que son caractère et les notes auxquelles on peut la reconnaître.
Il n’y a pas à en douter: entre ceux qui ont embrassé la vraie foi doit exister nécessairement une hiérarchie complète qui les relie les uns aux autres par un lien commun, les constitue en un corps unique sous la forme d’une société visible. Dans cette société, les uns doivent commander, les autres doivent obéir; les premiers ont à gouverner, les seconds ont à se laisser conduire. Tout législateur avisé, en portant une loi, a la sagesse de pourvoir le plus convenablement possible à sa promulgation, à son observation, et même, au besoin, à son explication. Dieu avait déjà paré avec grand soin à cette nécessité pour la loi écrite; il faut bien, et à plus forte raison, qu’il en ait fait autant pour la loi de grâce, qui propose de façon explicite à notre foi des articles plus nombreux, des mystères plus élevés.
Nous trouvons donc chez les chrétiens une société parfaite: elle s’appelle l’Église. L’Église peut se définir: la réunion de tous les fidèles, professant la même foi chrétienne, formant un seul corps par l’usage des mêmes Sacrements, sous la conduite de leurs pasteurs légitimes, et principalement sous la direction du Souverain Pontife de Rome, seul Vicaire de Jésus-Christ sur terre.
On le voit: cette définition ne comporte pas la nécessité d’une qualité quelconque inhérente à l’âme, mais requiert uniquement la profession extérieure de la religion, pour appartenir à l’Église. On peut néanmoins, à la manière de S. Augustin, très bien concevoir cette Église comme formant un organisme dont l’âme serait les dons intimes du Saint-Esprit, la foi, l’espérance et la charité, le corps étant constitué par la profession de foi extérieure et la participation aux Sacrements. Ceux-là par conséquent appartiennent au corps et à l’âme de l’Église, qui sont vraiment unis à Jésus-Christ, son Chef, acceptent son influence spirituelle, et sont soumis aussi aux ordres du Souverain Pontife, son Vicaire, chargé de la diriger extérieurement: ils appartiennent pleinement à l’Église, et on doit les considérer comme en étant les membres vivants. D’autres appartiennent à l’âme seulement, et pas au corps de l’Église: tels sont les catéchumènes et les excommuniés, pourvu qu’ils aient la foi et la charité; l’éventualité peut se présenter. D’autres encore n’appartiennent qu’au corps: sont dans ce cas ceux qui, privés même de la foi, professent celle-ci par des actes extérieurs et reçoivent les Sacrements des mains des pasteurs légitimes: on peut les comparer aux cheveux, aux ongles, ou aux mauvaises humeurs qui sont dans le corps. D’autres enfin n’appartiennent ni au corps ni à l’âme de l’Église: comme les païens, les Juifs, les mahométans, les hérétiques, les schismatiques et les apostats.
Cette Église a été engendrée par Jésus-Christ lui-même, Fils de Dieu (Joan. XIX, 34). Notre Sauveur l’a prise pour épouse (Osée II, 19; Ephes. V, 23-28) et, nous l’avons déjà dit, cette épouse du Christ est devenue la mère des fidèles, mère toujours féconde et constamment fécondée par le Verbe, donnant sans cesse par lui à Dieu des enfants spirituels, futurs héritiers du Royaume des cieux (Galat. IV, 30 et 31). Mais elle n’est pas seulement la mère des chrétiens, elle est encore leur nourrice et leur gouvernante: tous les chrétiens sont nécessairement sous sa protection, l’objet de ses soins pour leur formation et leur direction. Ce divin Époux l’a établie la colonne inébranlable et le fondement de la vérité (I Tim. III, 15). Il a affirmé que sa foi ne fera jamais défaut (Luc. XXII, 32) et que jamais les portes de l’Enfer ne prévaudront contre elle (Matth. XVI, 18). Il lui a envoyé son Saint-Esprit qui restera éternellement avec elle (Joan. XIV, 16) pour la diriger, la soutenir, l’enseigner et la consoler; pour lui donner la flamme du zèle et la force pour tout entreprendre et tout souffrir pour l’honneur de Dieu malgré les difficultés, et de sa propre bouche il a fait la promesse d’être toujours avec elle jusqu’à la consommation des siècles (Matth. XXVIII, 20).
Aussi la divine Sagesse a eu grand soin de doter l’Église, chargée de la promulgation de sa loi, de notes caractéristiques et de certains signes remarquables, par la splendeur desquels elle se manifesterait et se distinguerait facilement des nombreuses sectes de faux chrétiens, de manière que tout homme sain d’esprit puisse la reconnaître comme la véritable Église de Dieu.
Et de fait on peut montrer sans conteste, comme signes propres de l’Église du Christ, des propriétés remarquables, découlant de l’essence même de la religion: son unité, sa sainteté, son universalité et son ancienneté: autant de preuves manifestes qu’elle a été instituée par Dieu, que tous doivent l’écouter et se soumettre aux règles et aux lois établies par elle. Tels sont les principaux caractères signalés par l’Écriture Sainte, grâce auxquels on peut l’identifier. Et en réalité ils sont connus, non seulement par tous les orthodoxes, mais aussi de la plupart des hétérodoxes admettant, après les Pères du Concile de Nicée, l’Église Une, Sainte, Catholique et Apostolique.
L’Église étant une réunion d’hommes dont l’assemblée tombe sous les sens, il faut remarquer que, parmi les signes qui nous la montrent, c’est le côté sensible qui doit attirer notre attention.

I. Par unité de l’Église on veut dire que tous ceux qui en sont membres font profession de la même foi, participent aux mêmes Sacrements et partagent la même direction des ministres légitimes institués sous un même chef de qui ils dépendent.

II. Sa sainteté n’admet, ni dans ses rites, ni dans ses lois, ni dans ses institutions, rien que de saint, de parfaitement conforme à la raison tant humaine que divine. Elle renferme dans son sein les moyens nécessaires pour acquérir, conserver et augmenter la sainteté, et pour la faire récupérer lorsqu’elle a été perdue. Enfin, cette sainteté n’est pas seulement extérieure: elle est un principe de piété intérieure comme par exemple la continence et la modestie du clergé et des religieux.

III. Par son universalité il faut entendre qu’elle n’est pas circonscrite par les frontières d’un royaume, ni limitée à une classe d’hommes, mais qu’elle comprend dans le giron de sa charité, tous les hommes, barbares ou Scythes, esclaves ou hommes libres, hommes ou femmes; et que, de l’Orient à l’Occident, à la lumière sans déclin d’une même foi, elle se répand, prend de l’extension et se propage continuellement.

IV. Enfin l’ancienneté, ou le caractère d’apostolicité de l’Église, consiste en ce que, établie par les Apôtres, elle jouit toujours, depuis l’origine de sa fondation, d’une suite ininterrompue d’évêques qui se sont succédés.
Ces données une fois bien comprises, il faudrait avoir l’esprit fermé, ou bien être aveuglé par un attachement excessif à sa secte, pour que la seule vue de l’Église de Rome, répandue dans tout l’univers, ne la fasse pas reconnaître de prime abord comme l’unique et véritable Église de Dieu par ceux qui, soucieux de leur salut, sont donc en quête d’hommes doctes et pieux qui puissent leur servir de guides dans la voie du bonheur. Ce caractère convient spécialement au Siège particulier établi à Rome par S. Pierre, Prince des Apôtres et Vicaire de Jésus-Christ: gardienne fidèle et constante de la tradition apostolique, Rome est la mère de toutes les autres églises, par conséquent, il n’est pas un seul évêque ni une seule église particulière qui ne soit en parfaite communion avec elle.
En elle les quatre propriétés ou signes cités plus haut, comme devant caractériser la véritable Église sont tellement évidents, que les églises particulières répandues dans tout l’univers lui doivent d’être caractérisées et reconnues par ces mêmes notes.

Premièrement, toutes ces églises particulières ne forment qu’une seule Église avec celle de Rome parce que toutes professent la même foi qu’elle, sont unies à elle par les mêmes Sacrements, et sont soumises à la direction des ministres établis par elle.

Secondement, les décrets de l’Église Romaine, traçant la ligne de conduite à tenir par les clercs et par les laïcs, ne renferment rien que de saint. L’Église fournit les meilleurs moyens d’acquérir et de développer la vertu. Sa doctrine est tout ce qu’il y a de plus pur. Dans son sein, comme au sein des églises en union avec elle, on trouve presque partout des collectivités de prêtres et de religieux, ou bien de vierges consacrées à Dieu, qui mènent sur terre une vie toute céleste.
Enfin, les autres églises ne gardent leur nom de Catholiques et Apostoliques que pour autant qu’elles font partie et restent des membres vivants de l’Église Romaine. Celle-ci depuis son origine jusqu’aujourd’hui se propage jusque dans les régions les plus vastes et les plus reculées; fondée par S. Pierre elle s’est conservée par la succession ininterrompue de ses Pontifes, tandis que la plupart des autres églises, voire même des églises fondées par les autres Apôtres, ont fait défection. Cette diffusion et cette continuité elle les a réalisées en dépit des attaques des divers chefs d’état, païens, hérétiques ou schismatiques, et nonobstant la violence de leurs persécutions.
L’Église de Dieu est donc proposée à notre foi de par le Symbole des Apôtres; elle peut être perçue à la fois par les yeux du corps et de l’esprit, tout comme jadis Notre-Seigneur reconnu comme Dieu par la foi des fidèles, était visible à eux-mêmes et aux autres. En conséquence, le missionnaire commencera par la proposer aux catéchumènes comme un article de foi à croire fermement comme tous les autres. Il mettra tous ses soins à leur expliquer ce que Notre-Seigneur et les Apôtres ont entendu sous cette dénomination d’Église, les principales qualités ou notes qui la font reconnaître, et en particulier sa sainteté et son universalité.
Il aura soin de faire observer qu’il s’agit d’apprécier la sainteté de l’Église, non d’après la conduite des chrétiens pris en masse ni même d’après celle de ses ministres, mais uniquement d’après la conduite de ceux qui règlent leur vie sur ses prescriptions. On aurait tort de chercher la sainteté de l’Église ailleurs que dans les lois qu’elle a portées, dans ses préceptes et dans les moyens offerts pour parvenir infailliblement à la sainteté.
Arrivé à la démonstration de l’universalité de l’Église, il n’oubliera pas de faire ressortir clairement la portée du mot: il indique à l’évidence que, fondée par Dieu, elle doit être écoutée et obéie par tous. En effet, il faut bien qu’elle soit animée d’une vertu divine: placée au-dessus de la raison et de la nature, sans appui extérieur, sur les flots excessivement inconstants de ce monde, en butte aux contradictions et aux résistances d’ennemis sans nombre, elle continue malgré tout à se répandre et à se disséminer.
Il fera voir ensuite que cette même Église, cette Église Romaine, est visible, on peut même en constater partout l’existence qui apparaît manifestement aux yeux non seulement des fidèles mais aussi des infidèles; il montrera qu’en elle seule les notes de la véritable Église brillent de tout leur éclat.
Il en tirera immédiatement la conclusion: à elle seule conviennent les qualités et les prérogatives dont le Christ a voulu orner son Épouse; il faut donc que tous la regardent comme leur mère et l’aiment comme telle, personne ne devant avoir Dieu pour père s’il refuse d’avoir l’Église pour mère.
Il indiquera ensuite que la porte, l’unique porte par laquelle il faut passer pour entrer dans l’Église: c’est le saint baptême. On y trouve d’abord la renonciation au diable, au monde et à la chair; le récipiendaire fait profession de croire tout ce qu’on lui propose à croire, et par vœu il promet d’obéir aux commandements de Dieu et de l’Église. S’il reste fidèle à ces promesses jusqu’à sa mort, il sera un jour en possession du souverain bien; si, au contraire, il refuse sa croyance à un article de foi, ou son obéissance à un précepte, il aura beau mener d’ailleurs une vie irréprochable, s’il vient à mourir sans avoir fait pénitence, il ne peut manquer d’avoir en partage le sort réservé aux hypocrites.


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