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Publication : Monita

Auteur: Pallu Lambert de la Motte
Chapitre: 6 - Formation des catéchumènes
Article: 11

Chapitre 6

Formation des catéchumènes

ARTICLE 11

Du gouvernement de l’Église

Il ne sera pas hors de propos d’expliquer en peu de mots le gouvernement de l’Église ou de la société chrétienne. Cette connaissance fera mieux saisir la doctrine exposée plus haut, sur la nature de l’Église véritable; elle apprendra aussi aux missionnaires à se laisser gouverner par leurs supérieurs selon l’ordre de Notre-Seigneur et leur indiquera la façon de gouverner le peuple qui leur est confié.
Il est de foi catholique que Jésus-Christ, même en ce moment où il règne dans les cieux, est le Chef suprême de l’Église, le Pasteur qui durant sa vie mortelle la dirigea d’une double façon: par l’influence spirituelle et intérieure sous forme de grâces et de vertus (Joan I, 16 et Eph. IV, 7.) et aussi par les moyens sensibles (Eph. V. 23.) de ses leçons, de ses réprimandes et de ses corrections. Sur le point de retourner à son Père, voulant pourvoir le plus parfaitement possible au gouvernement visible de son royaume, il établit S. Pierre, Prince des Apôtres, comme son Vicaire, en lui accordant pleine et suprême autorité sur l’Église (Joan. XXI, 18.), pour tout ce qui concerne son gouvernement extérieur; lui, cependant, ne cesse pas de gouverner et de régir l’Église par l’influence de la grâce sur les âmes (Matth. XXVIII, 20).
Le Pontife Romain, étant le successeur de S. Pierre, jouit pour le gouvernement de l’Église de la même autorité que S. Pierre avait de son vivant. Sur cette pierre inébranlable le Christ a bâti son Église (Matth. XVI, 18), c’est à Pierre qu’il a donné les clefs du Royaume des cieux (Ibid. 19); c’est à Pierre qu’il a ordonné de paître les agneaux et les brebis (Joan. XXI, 15-18); c’est par Pierre qu’il a voulu que ses frères fussent confirmés, après avoir prié son Père Céleste pour que la foi de Pierre ne fût jamais en défaut (Luc. XXII, 32). Tout cela, S. Pierre, ne se faisant plus entendre ni ne se montrant plus en personne, ne peut plus le réaliser actuellement; de toute nécessité cette réalisation appartient à ses successeurs, en la personne de qui les Saints Pères affirment que S. Pierre continue à occuper son siège.
Ce régime, établi au commencement par Notre-Seigneur dans son Église, n’a pas été changé par lui; d’ailleurs, le souverain pouvoir donné à S. Pierre, il le lui a accordé moins pour lui-même qu’en faveur de ses futurs administrés; il faut donc dire que Pierre a ce pouvoir du Christ pour le transmettre à ses successeurs. Autrement, la chrétienté ne formerait pas une société parfaite, et, faute d’une bonne organisation, elle manquerait de constance et de solidité.
En confirmation de cette vérité, que nul chrétien ne peut révoquer en doute, on pourrait invoquer, outre le consentement universel de l’Église, les témoignages très clairs des Saints Pères qui se sont succédés depuis l’origine de l’Église jusqu’à nos jours, ainsi que de nombre de conciles. Mais, le cadre de notre ouvrage ne le permet pas, et nous renvoyons le missionnaire à la partie du Catéchisme Romain qui traite de cette question (Part. I, in 4 in explic., art. 9, cap. 15.).
En réalité, personne ne dénia jamais au Pape cette autorité, en dehors des ennemis avérés, schismatiques et hérétiques, dont le témoignage ne compte pas en la matière, puisqu’ils n’ont pas précisément abandonné le Souverain Pontife et l’Église Romaine, mais ont plutôt été amputés et rejetés comme des membres corrompus.
Il convient pourtant de connaître de plus près l’ensemble du régime ecclésiastique. Notre-Seigneur avait choisi douze Apôtres et un certain nombre de disciples et les avait envoyés prêcher et baptiser de son vivant. Après son Ascension et après la descente du Saint-Esprit sur eux, ils furent fidèles à l’ordre reçu et allèrent répandre l’Évangile à Jérusalem et dans les autres parties de la Judée. Il a voulu de même que l’Église fut toujours gouvernée et propagée par les évêques, successeurs des Apôtres, par des prêtres et d’autres ministres, représentants des disciples, sous la dépendance du Souverain Pontife et en parfaite union de foi et d’enseignement avec lui.
Admirons ici la sagesse toute divine avec laquelle les Souverains Pontifes n’ont cessé d’étendre leur sollicitude et de prodiguer leurs soins par tout un organisme d’ordres divers et de dignités hiérarchiques: sous le Souverain Pontife vient l’ordre des évêques hiérarchiquement distribués en différents degrés de prééminence, de dignité et de juridiction. Les uns sont patriarches, les autres primats, d’autres archevêques, d’autres encore simples évêques. Chacun d’eux a des pouvoirs plus ou moins étendus selon sa dignité, mais il a encore son troupeau, qui lui a été assigné et dont il est le pasteur, le gardien et le guide en vertu des obligations de sa charge. Le clergé, c’est-à-dire un certain nombre de prêtres, dépend de lui en tout ce qui regarde le régime ecclésiastique. Parmi eux, les plus distingués font partie d’une église de quelque importance et constituent le collège des chanoines, appelé à donner son avis sur toutes les graves questions administratives que l’évêque doit trancher. En cas de vacance du siège, les chanoines exercent toute la juridiction épiscopale jusqu’à ce que le Souverain Pontife ait pourvu au remplacement de l’évêque défunt.
Quant aux autres prêtres d’églises particulières, les uns sont à la tête et portent le titre de curés, les autres sont leurs aides. Outre les Souverains Pontifes, il y a le Collège des cardinaux, qui les assistent dans le gouvernement de l’Église universelle et qui, sauf le cas de nécessité grave et urgente, ne quittent jamais la résidence du siège épiscopal particulier du Pape, c’est-à-dire de Rome, et ce pour que de tous côtés on ait la plus grande facilité de communiquer avec eux. Toujours ils eurent à leur disposition pour les affaires importantes, les plus grandes célébrités parmi les docteurs et les personnages en vue par les hautes dignités dont ils étaient revêtus. Ceux-ci, après examen attentif des affaires en cause et mûre délibération, fournissent un rapport aux papes qui portent le jugement définitif. Mais il y a plus: ils réunissent encore, d’après la gravité des questions à traiter, les évêques d’une province, d’un pays, ou même de toute l’Église en Conciles provinciaux, nationaux ou œcuméniques.
Enfin, dans le but de pourvoir aux besoins divers des chrétientés et à mesure que la foi se propage, on a coutume d’envoyer dans tous les pays des évêques, des légats, des nonces, des vicaires apostoliques et autres ministres, chargés de veiller aux intérêts de la foi.
Tel est, décrit à grands traits, le régime de l’Église. Quelque incomplète que soit cette grossière ébauche, elle renferme des éléments suffisants pour tout observateur attentif et sérieux: il devra reconnaître qu’aucune maison, aucune cité, aucun royaume, aucune armée, pour user des termes de comparaison employés par le Saint-Esprit, rien au monde, dis-je ne peut se rencontrer de si bien établi et organisé, de si harmonieusement coordonné, en un mot, de si stable et de si ferme.
Le missionnaire, quel qu’il soit, doit voir la place qu’il occupe dans l’administration ecclésiastique; quels sont ses supérieurs et quels sont ses inférieurs; quelle est sa dépendance vis-à-vis des premiers et quelle est son autorité sur les seconds: car il ne doit pas dépasser les limites de son pouvoir, et il doit garder la mesure des marques de respect dues à ses Supérieurs.
Pour prêcher, il puisera sa doctrine à la source pure de l’Église Romaine; il enseignera l’obéissance aux commandements de Dieu et de l’Église, par la parole et par l’exemple.
Auprès de ses ouailles il reviendra souvent sur le respect et l’amour dus aux pasteurs, surtout au Souverain Pontife, le père commun des fidèles et pasteur universel; car il est la source première d’où émanent tous les avantages que l’on retire du gouvernement de l’Église. Dans l’accomplissement fidèle de ce devoir, le missionnaire aura soin de donner l’exemple.
Par ailleurs, quand il trouvera l’occasion favorable, — et les occasions ne manquent pas, — de parler du régime de l’Église, il veillera à ne pas employer les mots de « Royaume » et de « Gouvernement » de peur d’exciter contre l’Église quelque sentiment de jalousie, de prêter flanc aux critiques de gens malintentionnés, ou de provoquer la défiance des magistrats et des chefs, comme si l’Église était un royaume terrestre, et comme si elle-même voulait dominer partout. Au contraire, le missionnaire mettra toute son habileté oratoire à faire voir toute la distance qu’il y a entre les royaumes périssables de ce monde et la domination spirituelle de l’Église. Et ici il serait parfois à propos de répéter le mot de S. Augustin. Il dit, en parlant de Jésus-Christ, Chef suprême de l’Église: « Pour le Roi des siècles, était-ce un si grand honneur que de devenir roi des hommes? Le Christ n’était pas roi d’Israël pour exiger de lui un tribut, ni pour lui mettre des armes à la main et réduire des ennemis visibles; mais il était roi d’Israël pour gouverner les âmes, veiller à leurs intérêts éternels, conduire au Royaume du ciel ceux qui auraient la foi, l’espérance et la charité ». (tract. 50 in Joan. in fine).


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