| Auteur: |
André MARILLIER |
| Chapitre: |
0 - Un synode de catéchistes |
| Article: |
Nos pères dans la foi |
Nos pères dans la foi
La succession des journaux de la mission du Tonkin et les recueils de lettres des missionnaires déroulent la trame d'une histoire, dont l'axe le plus visible est le développement du clergé catholique. Les premiers prêtres tonkinois, ordonnés à partir de 1668, sont instruits et guidés dans leurs nouvelles fonctions par des ecclésiastiques français venus vivre dans le pays et parler la langue de ses habitants pour transmettre leur tradition spirituelle, leurs règles de vie de prêtres séculiers, c'est-à-dire appelés par un évêque à l'assister dans le soin d'une Eglise particulière. Cette circonstance : des séculiers formés par des séculiers, compose bientôt avec d'autres données : le retour des jésuites, qui s'opposent d'abord à la promotion d'un clergé local ; la venue d'autres religieux : dominicains, augustins ..., en provenance d'Italie et d'Espagne, qui se mettent au service des chrétientés et, avec un temps de retard, travaillent aussi à doter le pays de prêtres nés sur son terroir et héritiers de sa culture.
Ces efforts de promotion du clergé sont d'autant plus remarquables que les gouvernements des derniers seigneurs TrÎnh ajoutent aux calamités naturelles et aux tragédies des guerres civiles qui déciment la population des mesures répressives contre la minorité chrétienne, qui parvient difficilement à survivre. Le plan qui a été suggéré au Saint-Siège au milieu du siècle précédent par Alexandre de Rhodes, précisément en prévision des persécutions possibles, est en voie de réalisation : en 1765, la petite Eglise du Tonkin compte une vingtaine de missionnaires européens et soixante-quatre prêtres tonkinois vivants.
Le présent ouvrage rassemble les informations conservées dans les archives des missions étrangères de Paris qui éclairent ce développement du clergé catholique à dater de l'arrivée dans la capitale du nord de l'envoyé du vicaire apostolique, en 1666. Le travail de dépouillement a été limité à une tranche de cent années à cause de l'abondance des pièces, mais aussi pour tirer profit des quasi conditions de laboratoire qu'offre le cadre d'un royaume encore relativement fermé aux influences extérieures. On ne prendra pas pour l'ouvrage d'un historien ces dossiers de références et de notes qui ne visent qu'à ouvrir des pistes de recherche. Quand leurs ouvrages paraîtront, les historiens de l'Eglise du Vietnam se reconnaîtront entre autres à ce signe qu'ils auront dépouillé toutes les sources et confronté les points de vue souvent antagonistes des acteurs de son histoire.
Pour l'historien, le journal de la mission du Tonkin et les autres écrits des missionnaires français sont des témoignages. Leurs auteurs, hommes modestes s'il en fut, peu enclins à s'épancher en confidences, se sont en revanche beaucoup exprimés sur leur action. Nos notes voudraient contribuer à l'évaluation de leurs témoignages en mettant en lumière la cohérence de leur idéal, de leurs buts et de leurs méthodes, l'influence des idées de l'époque, celle des circonstances et des conditions concrètes de leur vie.
A l'inverse les archives n'ont conservé que de très rares expressions directes de la personnalité des premiers prêtres issus de famille tonkinoise. On ne les connaît guère que par réflexion dans le miroir de nos sources écrites en français ou en latin. Ce qui d'ailleurs est loin d'être négligeable. Aux renseignements biographiques plus ou moins abondants selon les cas s'ajoute un fait considérable : les vues formulées par les missionnaires européens sur le pays, le génie de ses habitants, le sens de leurs usages et de leurs croyances traditionnelles, etc. leur ont été transmises par les catéchistes et les prêtres du pays. Le miroir de nos sources réfléchit mieux leur mentalité commune que les traits individuels.
Les autres membres du clergé catholique de l'époque : jésuites, dominicains, augustins et autres religieux, apparaissent aussi dans les archives des missions étrangères, les uns à maintes reprises et avec des écrits de leur main, les autres tout juste nommés en passant. A l'intérieur d'un champ limité d'exploration, notre collecte des informations s'est voulue exhaustive.
Pour les héritiers de l'histoire de l'Eglise du Tonkin sous les seigneurs TrÎnh le devoir de mémoire est difficile, d'abord parce que les problèmes actuels: la foi et les cultures, Dieu et César, la fonction du prêtre dans l'Eglise, etc. se sont alors posés en d'autres termes, malaisés à reconnaître, et surtout parce que ce n'est pas par l'oubli ou en les minimisant que nous pouvons donner sens aux fautes de nos ancêtres spirituels, mais par un surcroît de lumière, emprunté à la généalogie humaine de Jésus.
<< Retour page précédente
|