| Auteur: |
André MARILLIER |
| Chapitre: |
0 - Un synode de catéchistes |
| Article: |
REFLEXIONS DE POSTFACE |
REFLEXIONS DE POSTFACE ?
* DES DONNEES IMPLICITES
Les missionnaires européens et en particulier français qui traitent des questions du clergé tonkinois à l'époque ne s'appesantissent pas sur certains aspects supposés connus.
Exemple : pas de directive aux nouveaux prêtres sur leurs relations avec leurs ouailles, sur l'aspect social du ministère. Silence total.
Explication : les nouveaux prêtres sont recrutés parmi les catéchistes. C'est au stade du ministère du catéchiste que se définissent les rapport du "ministre" de la parole avec les gens, chrétiens et non chrétiens. "Définis" de façon d'ailleurs encore largement implicite dès qu'on a décidé d'appeler le catéchiste "maître". Il se comporte avec les gens comme le maître avec ses disciples : autorité morale,etc.
Autre conséquence : le catéchiste style tonkinois (hérité des jésuites) est un chef de "famille", il vit entouré d'écoliers, de sous-catéchistes,etc. Ce qui décide de son statut social et de son comportement avec les autres habitants du village : pas besoin d'un "directoire" de sa conduite, de ses moeurs.
Autre conséquence : le prêtre, ex-catéchiste, est un homme de la parole de Dieu, un prédicateur, un catéchète. Tout cet aspect de son ministère de prêtre n'est pas développé dans les textes des missionnaires européens. Parce qu'il "va de soi".
1679 : Pallu à FD et JB
Launay a omis ce document dans son recueil "Lettres de Mgr Pallu".
Sa transcription dans Tonkin, documents historiques, 173-174 porte par erreur : instruuntur, institutiones.
P.Lambert, annotationes, 660 f24 (termes douteux en droit)
Quod autem alter qui ab octo annis non vero a tribus, sacra militia nomen dederat, ad sacra fuerit assumptus, hoc effecit dira illa persecutio, quae his posterioribus annis saeviit in Cochinchina omnesque ad unum antiquiores catechistas terris eripuit ut citius inferris coelo. Hic porro ordinatus est in vico quodam maritimo quo secesserat nuper episcopus, non quidem ad latibras, sed ut ex eo, postquam accepisse litteras ex Europa, facilius solvere in Cochinchina. Ceterum etiamsi hic novius, more lusitanico, christianus sit, non ideo tamen infirmus in fide putandus est, sed tam praeclara exhibuit summa virtutis indicia, his praesertim duris temporibus, cum huc illucque discursando nutantes confortabat, lapsos erigebat, rudes edocebat etc. ne spes non mediocrie affulgeat, talem prestiturum se post acceptam sacerdotii dignitatem, qualem se prebuit/praebuit ante collatam.
La polémique contre le clergé tonkinois mettra plusieurs années à s'épuiser, mais elle finira par s'éteindre parce que le combat des jésuites était vain. Il n'y a eu aucune concession des vicaires apostoliques, qui ont défendu leurs nouveaux prêtres becs et ongles et fini par obtenir le rappel par Rome du père Fuciti et de son confrère Ferreira arrivé en 16... Il restera (longtemps) en litige le pouvoir de juridiction des vicaires apostoliques, puis celui-ci enfin admis, la délimitation des districts... Un jour viendra où les jésuites présenteront à l'ordination des sujets bien moins préparés que les vieux catéchistes de 1670, et ne sachant guère de latin.
Lettres de Marini 1671, Annotation de FD 677 f271-26 (cf 677 f304-305)
Omnes patres scribentes vel sermonem habentes loco pronominis ego, semper usi sunt voce thày, hoc est magister vel pater. Verum si persona ad quam scribitur in aliqua dignitate constituta sit, iam non convenit uti hac voce thày, sed voce tôi quae significat ego. Ita ut pater Marinus ad me scribens seque thày cä, hoc est patrem magnum nuncunpans, seipsum fatetur mihi tanto superiorem quanto sacerdotes quolibet christiano superiores sunt, etsi ego ad eumdem rescribens semper usus sim pronomine tôi et de eo ad fideles sive publice sive privatim sermonem faciens eum Thày cä honorifice semper nuncupaverim (...)
PRÊTRES EN HABITS SECULIERS
Deydier et Bourges compliquent les choses an choisissant pour eux-mêmes la couverture de "commis" d'un comptoir de commerce. Les chrétiens s'en accommodent et distinguent bien entre tài et thày. Mais le père de Marini et ses émules sautent sur l'occasion d'accentuer le caractère "séculier", au point de perdre leur caractère de prêtres, des envoyés de Mgr Pierre Lambert. Ils méritent le titre de "monsieur". Un approfondissement de la notion de sacerdoce ?
* Ce n'est pas de gaieté de coeur : FD à son arrivée au Tonkin, contraint de vivre en marinier : soupire après son saint habit...
* C'est une façon de "se cacher" aux regards des non-chrétiens, des gens du pouvoir... A l'intérieur et pour les chrétiens, les écoliers,etc., vêtement distinct de celui de "marchand", moins "profane".
* L'habit et aussi le nom (tài) : quelque chose d'humiliant. Réaction à l'arrivée des jésuites en robes, barbes... : ironisent !
* Interprétation spirituelle de tài Phan f305/E
Dans les premières pages de son "journal", rédigées au courant de la plume, le missionnaire brosse sans y songer son propre portrait, mais il présente explicitement son idée du prêtre.
Les catéchistes sont à ses yeux des participants "des plus saintes fonctions du sacerdoce", ils remplissent déjà des ministères réservés aux premiers degrés du sacrement de l'ordre 29.
Le prêtre et donc le catéchiste selon Deydier sont d'abord hommes de prière, plus précisément d'oraison. Les catéchumènes apprennent les prières, les chrétiens assemblés les récitent à haute voix. Mais le synode des catéchistes est scandé par des temps de prière silencieuse et par des entretiens sur l'oraison.
Le prêtre qui anime ces quatre journées de recueillement dans le grand bateau célèbre chaque jour le sacrifice de la messe, distribue la communion, et passe de longues heures à entendre les confessions. Il est un dispensateur des sacrements.
François Deydier, qui entend et parle déjà couramment le tonkinois, agit d'emblée par sa parole. Et son action est un service de l'Evangile, qui lui dicte les thèmes de ses entretiens sur la charité fraternelle, sur la sainteté... Il est vrai qu'aucun entretien n'insiste sur les devoirs du prêtre et du catéchiste à l'égard de la Parole de Dieu. Peut-être François Deydier pense-t-il que là n'est pas le point faible de ces "maîtres" reconnus de l'annonce de la foi.
Il s'est produit une convergence remarquable entre la règle donnée par les jésuites à leurs catéchistes du Tonkin : "ne posséder rien de propre", même "un petit fonds", tout partager, - et les engagements souscrits à Siam, à l'instigation de Mgr Lambert, par François Deydier et ses confrères, "amateurs de la croix" 30. La mise en commun des biens sera une caractéristique du clergé séculier formé au Tonkin par les vicaires apostoliques.
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