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Publication : INSTRUCTIONS DE 1659

Auteur: Bernard JACQUELINE
Chapitre: 2 - AU COURS DU VOYAGE
Article: 1

Il. - AU COURS DU VOYAGE

1. L'itinéraire

Le voyage par terre, au travers de la Syrie et de la Mésopotamie sera de beaucoup plus sûr pour vous que celui par l'Océan Atlantique et le Cap de Bonne Espérance et il faut surtout vous défier des régions et des lieux qui, de quelque manière, dépendent des Portugais que vous ne saluerez même presque pas pour autant que vous pourrez.

Arrivés sur place, ni Macau, ni les autres pays qui obéissent au Roi de Portugal, même s'ils sont compris dans les limites de votre administration, ne relèvent de votre charge. C'est pourquoi, il faut partir par la Perse ou la Mongolie, ou même par mer s'il s'offre à vous, opportunément, quelque bateau que vous sachiez avec certitude destiné à la Chine mais qui n'aborde pas aux lieux indiqués ci-dessus.

2. Le secret en cours de route

fi faut veiller surtout à ce qu'au cours de votre voyage personne ne puisse savoir le nom et la fin de votre mission. C'est pourquoi changez vos noms, votre patrie et votre facon de vous comporter et ne parlez pas de votre voyage, de votre itinéraire, surtout de son but et, ce qui est plus important que tout, de votre dignité épiscopale.

Pour ce qui est d'un si long voyage, alléguez soit le commerce, soit la curiosité innée des européens qui les porte à visiter et à connaître les pays étrangers ,que si enfin la nécessité ou une circonstance vous amènent à le confesser vous pouvez avouer que vous êtes missionnaires mais destinés bien ailleurs qu'en Chine.

3. Rapports de voyage

Faites une brève description des régions que vous traverserez et de votre itinéraire et, tout ce que vous apprendrez en route, il faut l'écrire ici de la façon et de la manière prescrites en son lieu.

En voyageant, il vous faut enquêter, avec diligence, pour savoir s'il y a une façon d'envoyer des lettres en Europe, s'il y a un homme de confiance à qui les lettres puissent être confiées; s'il y a quelqu'un de ce genre il faut faire amitié et se rendre des services mutuels; taisant toute-fois le secret de votre mission, -il faut l'exhorter à envoyer avec soin vos lettres en Europe. Il faut faire enquête pour savoir s'il veut quelque chose dans son intérêt en Europe et offrez libéralement votre concours, et le cas échéant, écrivez le nom, le siège et les affaires de cet homme et des lettres de recommandation pour lui, et les occasions que vous avez rencontrées; n'omettez d'écrire à la Sacrée Congrégation et aux Procureurs de vos affaires aucune de ces choses qui vous arriveront au cours de votre voyage; racontez surtout toutes les difficultés de votre voyage et la manière dont vous les avez surmontées pour que vos successeurs puissent les surmonter.

Où vous arriverez, observez là avec diligence ce qui touche la propagation de la Foi, le salut des âmes et la gloire de Dieu à promouvoir, l'état de la Chrétienté, des missions et des missionnaires. Il faut vous garder de -penser que vous avez ,quelque fonction ou droit de visite, mais faites enquête de telle manière que votre curiosité apparaisse excitée par souci de charité chrétienne et non par une autre fin.

4. Manière de voyager

Faites voyage tous ensemble à moins que vous pensiez préférable de faire route séparément par groupes différents. Si l'un de vous ou de vos compa-gnons est pris d'une infirmité, qu'on espère devoir finir en peu de jours, il vous faut lui venir en aide jusqu'à ce qu'il guérisse et poursuive le voyage avec vous. Si vous voyez que la maladie doit se prolonger et vous fait perdre cependant de bonnes occasions de poursuivre votre voyage, il faut confier le malade à des personnes pieuses et religieuses, de préférence à des mission-naires, si vous en trouvez dans cette région; ou, si vous préférez, laissez l'un d'entre vous avec le malade, qui puisse l'aider et le consoler, et, ensuite, fasse le voyage avec lui et vous rejoigne là où vous aurez déterminé d'aller.

De toutes vos forces efforcez-vous sans cesse de parvenir le plus vite possible à votre mission, où Dieu vous a appelés et, sous aucun prétexte de piété ou de charité, ne tolérez d'être un tant soit peu retenu ou détourné de votre droit chemin. C'est en effet une charité désordonnée qui vous détourne sur-tout de la misère des peuples qui vous sont confiés pour en aider d'autres.









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