| Auteur: |
Henri Sy |
| Chapitre: |
1 - Quartier Latin |
| Article: |
1 |
1. Le Logis de la Rose Blanche
C’était, au XVIIe siècle, une des nombreuses auberges qui se pressaient, rue Saint-Jacques, aux abords du Collège de Clermont1 et recrutaient leur clientèle parmi les étudiants admis à suivre les cours professés par les Pères Jésuites. De gracieuses enseignes, la plupart suspendues à des potences en fer forgé, les distinguaient les unes des autres : la Pie en cage, le Soufflet vert, l’Image Notre-Dame, l’Épée de bois, la Corne de cerf, les Trois canettes, etc.
La maison de la Rose Blanche est déjà signalée en 1458, et présentée comme «une vaste habitation ayant quatre corps d’hôtel sur la rue (Saint-Jacques) et s’étendant, par derrière, jusqu’au Collège des Dix-Huit2. Elle sera parfois réunie à «La Magdeleine», sa voisine, faisant le coin de la rue des Cordiers3.
Venu à Paris en 1581 pour ses études, le jeune François de Sales logea quelque temps à la Rose Blanche, comme en fait foi la déposition faite à Annecy lors du procès de canonisation du saint évêque de Genève. Le 24 mars 1632, Messire Paquellet, gentilhomme savoyard, déclara : «En 1588, estant à Paris, j’alloys visiter le Bienheureux au Logis de la Roze Blanche, rue de Saint Jacques. J’alloys avec luy aux Capuchins»4.
En 1650, la Rose Blanche est située dans un quadrilatère délimité au nord, par la rue des Poirées; à l’ouest, par la rue Neuve-des-Poirées; au sud, par la rue des Cordiers; à l’est, par la rue Saint-Jacques, sur laquelle elle a son entrée principale, en face de la chapelle du Collège de Clermont. Sur le plan actuel, on peut situer son emplacement, partie sur la rue Saint-Jacques (notablement élargie), partie sur le terrain des nouveaux bâtiments de la Sorbonne (édifiés en 1885), presque vis-à-vis de l’entrée du lycée Louis-le-Grand, mais un peu plus haut.
Au milieu du XVIIe siècle, l’auberge a déjà été amputée d’une partie de son jardin; elle figure, en effet, aux conditions suivantes, sur la liste des acquisitions de Richelieu (1642) en vue de la reconstruction de la Sorbonne :
«Retranchement du jardin de la Rose Blanche appartenant aux sieurs Couturier père et fils, consistant en six toises demy-pied de longueur sur quatre toises et demy treize pieds un quart de terre en superficie; prisée 11m tournois» (2.000 livres)5.
Les auberges en bordure de la rue Saint-Jacques n’étaient pas encore directement menacées d’expropriation, car la Sorbonne de Richelieu ne s’étendait pas jusque là, mais les constructions élevées par les soins du ministre avaient eu pour conséquence la supression de la partie occidentale de la rue des Poirées qui allait rejoindre la rue de la Harpe. Des protestations s’élevèrent de la part des collèges voisins et des propriétaires des rues adjacentes. Sans doute, pour donner un débouché au tronçon subsistant, on avait ménagé à la rue des Poirées un retour vers la rue des Cordiers et créé une voie nouvelle : la rue Neuve des Poirées.
Les opposants réclamèrent cependant le rétablissement de la rue des
Poirées dans son état précédent. Le factum présenté par les Collèges de
Reims, de Fortet, de Clermont et les habitants des rues des Poirées, Saint-Jacques et de la Harpe, invoque les difficultés de la circulation dans ce quartier populeux de l’Université; à ce titre, il offre un certain intérêt :«L’accroissement de Paris et l’affluence prodigieuse d’hommes qui s’y rencontrent requerroient qu’en chaque quartier il y eut une fois plus de traverses qu’il n’y en a pour éviter l’embarras des grandes ruës, ou les affaires et les fournitures necessaires pour la subsistance de tant de personnes causent un concours perpétuel et mille choses qui font empeschement. Entre toutes les grandes ruës, il n’y en a point notoirement une plus passante, plus sujette a ce qui forme embarras, et néantmoins plus etroite, plus salle et plus glissante que celle de Saint-Jacques, partant qui ait plus besoin de dégagement; et de là il suit que bien loin de souffrir la privation de cette traverse, il seroit expedient au public qu’on en fit de nouvelles. Quant à l’intérêt particulier des opposans, il est sensible : pour lesdits collèges de Reims et de Fortet, en ce qu’ils sont propriétaires de maisons et de boutiques situées dans la dite ruë des Poirées, dont les loyers diminueroient notablement si on ostoit la communication et commerce desdites ruës.
«À l’egard dudit collège de Clermont, deux choses sont encore considerables, l’une que deux fois par jour, à la sortie des classes, leurs escholiers, qui en cet aage sont naturellement impatiens, sortant avec impétuosité au nombre de plus de deux mille, si ladite ruë ne se trouvoit vis a vis la grande porte du collège, il seroit impossible qu’a chque fois quelqu’un ne fut tué ou blessé des carrosses, charettes ou chevaux de charge très frequens en ladite ruë, et dont les conducteurs d’ordinaire n’ont ni pitié ni discretion; et de vray, nonobstant cette ruë, qui en un moment reçoit tout a propos la decharge de la plus grande partie des dits escholiers, comme étant leur passage pour gagner les plus grands, et les plus frequentés quartiers de Paris, il ne laisse pas d’y arriver souvent des accidens.
«La faveur que meritent certainement les demandeurs par leurs personnes ne doit pas prévaloir par dessus la vie de plusieurs enfans de famille, capables un jour de donner ornement à leur maison et service au public, s’agissant d’ailleurs d’une légère commodité pour leur divertissement qui peut être suppléé par quelque pont ou une voute sans interesser le passage, joint que cessant la rencontre de cette ruë que lesdits PP. Jésuites ne pouvoient pas présumer devoir jamais estre fermée contre toutes les maximes de la police, ils eussent autrement disposé leur bastiment, et eussent fait quelque autre entrée, tant pour la sortie ordinaire de leurs escholiers que pour la descharge de plusieurs grandes assemblées qui se font souvent audit collège, où se rencontre un très grand nombre de carosses; ce qui a fait que lesdits PP. Jésuites ont donné au public pour six mille livres de leur place, pour élargir la ruë S. Jacques en cet endroit.
«L’autre considération est que les canaux des fontaines dudit collège passent le long de ladite ruë, lesquels étant enfermés dans les jardins de la Sorbonne, outre que cela causeroit une servitude fascheuse, ils seroient exposés à l’insolence des valets, qui y pourroient méfaire, à l’insceu de leurs maistres.
«Quant est des habitans desdites ruës de la Harpe et de S. Jacques, ils ont l’intérêt commun avec le public, et encore commun avec les escholiers des collèges, en ce que cette ruë des Poirées leur facilite l’aller et le retour des quartiers où elle s’adonne et sert pour leur communication respective dans le commerce ou dans leurs fréquentations. Celui des habitans de ladite ruë mesme est encore plus précis, car en la fermant on rend entièrement leurs maisons inutiles, et en faisant de ladite ruë ou un cul de sac ou un détour, ce seroit un lieu d’infection, à cause du grand abbord des escholiers, ou un réduit pour faciliter les vols et les mauvais coups, qui sont plus à craindre dans l’Université que dans les autres quartiers; outre que les canaux des fontaines publiques de l’Université, qui passent aussi le long de ladite ruë des Poirées, seroient enfermés dans la closture de la Sorbonne.»6.
Est-il besoin d’ajouter que toutes ces bonnes raisons ne trouvèrent pas grâce devant la volonté du puissant ministre, en attendant qu’une nouvelle extension de la Sorbonne vienne, au XIXe siècle, modifier encore l’aspect de la vieille rue Saint-Jacques ?
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