| Auteur: |
Henri Sy |
| Chapitre: |
1 - Quartier Latin |
| Article: |
4 |
Missions Etrangères 1653-1663
Henri Sy
Ch. 1 - Quartier Latin
4. Les Bons Amis de la Rose Blanche
Revenons au Logis de la Rose Blanche. Sa clientèle était assez mêlée, composée en majeure partie d’étudiants qui n’étaient pas tous «gens de piété et de dévotion», mais les hôteliers avaient tout intérêt à veiller au bon ordre, pour ne pas indisposer les Pères Jésuites qui leur fournissaient des pensionnaires en se réservant de contrôler leur installation matérielle et morale. En 1650, nous y trouvons cinq jeunes gens unis d’une étroite amitié : François de Montmorency-Laval, François Pallu, Bernard Gontier, Luc Fermanel de Favery et Henri Boudon.8 D’où viennent-ils ? - Quel mobile les a portés à s’unir d’amitié ?
François de Laval-Montigny, de la maison des Montmorency, était né à Montigny-sur-Avre, au diocèse de Chartres, le 30 avril 1622. Envoyé très jeune au collège des Jésuites de La Flèche, il s’était affilié à la Congrégation de la Sainte-Vierge, dirigée par le Père Bagot, qu’il devait retrouver à Paris quand il y vint pour suivre les cours de théologie du Collège de Clermont. Tonsuré à l’âge de 9 ans (1631), il avait été pourvu d’un canonicat par François de Péricard, évêque d’Évreux, cousin germain de sa mère; lequel, avant de mourir (1646) lui conféra en outre la dignité d’archidiacre; il avait reçu la prêtrise à Paris, le 23 septembre 1647.9
François Pallu, né à Tours en 1626, fut agrégé tout jeune, en qualité de chanoine prébendé, au chapitre de la Collégiale de Saint Martin. On peut supposer qu’il fit ses études au collège que les Jésuites fondèrent à Tours en 1632. Venu à Paris, il est permis de penser qu’il fréquenta les cours de théologie du Collège de Clermont.
Il avait commencé à se loger chez sa tante Anne Pallu, mariée à Thomas Bonneau10, seigneur du Plessis, dans le vaste hôtel qu’ils occupaient au Marais; conjointement avec la famille Jacques Bonneau, seigneur de Rubelle, frère de Thomas, et ses cinq enfants. Ils y avaient été accueillis après la mort de Madame de Rubelle, survenue en 1638. À son tour, Jacques Bonneau décédait en 1643, et Anne Pallu devenait la mère adoptive de ses quatre neveux et de sa nièce Marie Bonneau de Rubelle; celle-ci sera, par son mariage en 1645, Madame de Miramion.
«Dans la même maison qu’elle, nous apprend son biographe11, habitait un jeune abbé, M. François Pallu, neveu de Madame Bonneau, qui terminait alors à Paris ses études de théologie et devait être un jour le premier évêque français envoyé en Chine, sous le titre d’évêque d’Héliopolis. Ce savant ecclésiastique montrait déjà cette foi ardente qui devait le pousser bientôt à aller prêcher la parole de Dieu jusqu’aux Indes. Mademoiselle de Rubelle, chaque fois qu’elle le rencontrait chez sa tante, prenait plaisir à l’entendre parler.» Il n’est pas douteux que les relations entre François Pallu et Madame de Miramion commencèrent dès l’arrivée à Paris du jeune étudiant; aucune donnée certaine ne permet d’en fixer la date précise. Notons toutefois que si Pallu vint demeurer à Paris postérieurement au 27 avril 1645, il ne put rencontrer qu’occasionnellement, en l’hôtel des Bonneau du Plessis, sa future bienfaitrice qui, depuis son mariage habitait chez M. de Choisy, grand-père de son mari, à l’angle des rues du Temple et Michel-le-Comte. François Pallu logea ensuite avec «plusieurs messieurs de même condition qui faisaient leur théologie et vivoient ensemble.»12 Il fut vraisemblablement ordonné prêtre le 24 septembre 1650.
Luc Fermanel de Favery, né à Rouen en 1632, appartenait à une famille de magistrats et d’armateurs; destiné à l’état ecclésiastique, il entra clerc au séminaire de Saint-Sulpice en 1655, déjà pourvu de la cure de St Sauveur d’Étretat. Dès 1658, il se dévoua totalement à l’oeuvre des Missions Étrangères.
Les deux autres «amis» Gontier et Boudon, dépenseront leur zèle en France. Jean-Baptiste Bernard Gontier, né en 1627, était originaire de Dijon, qui dépendait alors du diocèse de Langres13. Au témoignage de de La Tour, il était celui de tous qui avait le plus d’habileté, d’insinuation et de talent; il entrait dans toutes les bonnes oeuvres qui se faisaient à Paris et y laissa un regret universel quand il alla occuper un bénéfice au diocèse de Langres dont il devint archidiacre et grand vicaire de l’évêque Sébastien Zamet, puis de ses successeurs Barbier de la Rivière et Simiane de Gordes. À Dijon, où son influence fut considérable, il exerçait la charge de Prévôt de la Sainte Chapelle du Roy; on lui attribue la fondation dans cette ville du «Refuge» (1653) et du Séminaire (1660). L’oeuvre du Refuge commença à fonctionner le 7 novembre 1653, avec deux filles qui «témoignèrent de vouloir servir Dieu dans la pénitence»; bientôt il y en eut onze «qui se renfermèrent volontairement» et furent confiées à Mlle Bauclair.
On conseilla à Gontier de demander à Avignon des religieuses du Refuge, congrégation fondée en Lorraine en 1634. L’archevêque, Mgr de Marinis, italien, fit d’abord la sourde oreille, finit par céder en 1655, et envoya quatre religieuses. En 1675 Gontier voulut transformer le monastère en maison de correction et y enfermer de force les filles et femmes débauchées. Pour vaincre l’opposition des religieuses, il dut faire intervenir l’autorité du Parlement puis celle du Roi; une transaction aboutit à l’acceptation de six de ces personnes, reçues, non dans le monastère, mais dans une maison voisine, où elles étaient surveillées par une ou deux religieuses.
Gontier avait pu compter sur le concours très actif de la Compagnie du Saint-Sacrement, dont il était l’un des principaux membres. Il en fut de même pour le Séminaire, établi d’abord par Gontier dans sa propre maison et installé en 1660 dans la Commanderie de la Madeleine, située à l’angle du Château et de la rue Portelle-du-Chastel, (act. rue Amiral-Roussin et rue Hernoux). Douze bourses y furent fondées grâce à la générosité de MM. du Saint-Sacrement. La Chambre de Ville autorisa le Séminaire le 20 août 1665; l’évêque de Langres, Barbier de la Rivière, l’approuva par décret du 20 septembre suivant et Louis XIV accorda des Lettres Patentes au mois d’octobre de la même année. Bernard Gontier mourut en 1678 et fut inhumé au Séminaire de la Madeleine14.
Henri-Marie Boudon, naquit en 1624 à La Fère, petite ville fortifiée de l’Ile de France où son père était lieutenant de la citadelle. Sa famille s’étant établie en Normandie, il fit ses humanités au collège des Jésuites de Rouen, et vers 1641 vint à Paris pour ses études de théologie. Peu fortuné, il lui arriva souvent de tendre la main pour payer le loyer d’un pauvre réduit du quartier-latin. On l’appelait «le mendiant de la rue de la Harpe».
Gravement malade, il reçut la visite d’étudiants appartenant comme lui à la Congrégation de la Sainte-Vierge du Collège de Clermont. Édifiés par le spectacle de ses vertus, ils l’admirent dans leur association particulière composée des membres les plus fervents de la Congrégation. Ses biographes racontent que, mendiant à la porte de l’église Notre-Dame, il fut remarqué par M. de Laval, frère de François de Laval-Montigny, et qu’il reçut l’hospitalité dans sa maison en échange des répétitions de cours qu’il donnait au jeune abbé, son condisciple.
Lorsqu’en 1653 l’abbé de Montigny fut proposé, avec Pierre Picques et François Pallu, pour un évêché, il résigna son archidiaconé d’Évreux en faveur de Boudon, qui reçut d’abord la tonsure pour pouvoir être mis en possession d’un bénéfice ecclésiastique, puis les autres ordres. Désormais sa vie fut consacrée à la prédication et aux devoirs de sa charge d’archidiacre. Il mourut à Évreux le 31 août 170215.
Nos cinq «Bons Amis» formaient-ils à l’auberge de la Rose Blanche une petite communauté, prélude de celles qui s’établiront bientôt rue Coupeau et rue Saint-Dominique ? - S’ils n’y étaient pas tous logés, du moins y avaient-ils des réunions fréquentes.
Un lieu commun les avait portés à se grouper : ils appartenaient tous à la Congrégation de la Sainte-Vierge du Collège de Clermont. Peut-être aussi étaient-ils déjà affiliés - ils le furent sûrement plus tard - à la Compagnie du Saint-Sacrement, dont le rôle dans la fondation de la Société des Missions-Étrangères sera indiqué plus loin.
Ce que nous avons à dire des Congrégations de la Sainte -Vierge et plus spécialement des groupements qui en dérivent, désignés sous le nom de Aa fera voir comment ces jeunes gens, épris d’idéal et du souci de perfection chrétienne, seront providentiellement amenés à se dévouer à l’oeuvre de la conversion des infidèles, et aura pour résultat de montrer la part d’influence exercée par les associations issues des Congrégations dans la fondation de la Société des M.E. Cette influence est loin d’être négligeable.
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