Présentation Recherche Photothèque Liens Informations Formulaire de contacts Plan du site
 
Publication : Missions Etrangères 1653-1663

Auteur: Henri Sy
Chapitre: 2 - Alexandre de Rhodes
Article: 5

Les Missions Etrangères 1653-1663
Henri Sy

Ch. 2 Alexandre de Rhodes

5. Envoi de supplique à Rome

Le mouvement de sympathie envers le P. de Rhodes s’étend de jour en jour; des évêques, des prêtres, des laïques prient le nonce de transmettre une supplique au Pape Innocent X :


Nous soussignés, avons été informés des progrès admirables de la foi chrétienne dans les royaumes du Tonkin et de la Cochinchine où plus de deux cent mille chrétiens sont privés de pasteurs, et à cause de cela beaucoup meurent sans les sacrements de l’Église et sont exposés à la damnation éternelle, parce que des prêtres en nombre suffisant pour une si abondante moisson ne peuvent être envoyés, à moins que des sujets capables de ces mêmes royaumes ne soient promus au sacerdoce, ce qui ne se peut faire sans évêques; et comme les dissensions entre les rois chrétiens ne permettent pas de nommer en ces lieux des évêques, nous osons supplier humblement Votre Sainteté de daigner nommer des évêques in partibus, lesquels, envoyés au nom du Saint-Siège apostolique, porteront remède au mal. Nous avons pour cela à Paris des prêtres séculiers aptes à remplir ces fonctions, recommandables par l’intégrité de leurs moeurs, leur zèle, leur prudence et leur science, prêts à subir l’examen de la personne que Votre Sainteté voudra bien désigner. L’argent nécessaire pour l’entretien de ces trois évêques ne fera pas défaut, il est offert ici par quelques personnes de piété.

Prosternés aux pieds de Votre Sainteté, comme du Pasteur suprême, nous implorons cette grâce de tous nos voeux.»

.En post-scriptum : Ceste supplique a esté envoyée en juillet 1653 par Mgr le Nonce et signée de Mgr l’archevesque de Rheims99, Nossgrs de Senlis100, du Puy101, de Conserans102, d’Amyens103, de Condom104, Mrs. de la Marguery105, Morangis106, Drouart107, Bouleau108, Bourlamaquy109, Fornier et autres de ces Messieurs110.

Le 19 septembre 1653, une adresse signée de quelques-uns de ces mêmes personnages et de plusieurs autres sera envoyée aux Cardinaux de la S.C. de la Propagande :


Ayant ouï parler des merveilleux progrès de la foi chrétienne dans les royaumes du Tonkin et de la Cochinchine, nous brûlons de l’ardent désir d’aider par tous les moyens ces peuples délivrés des ténèbres de l’erreur et attirés à la lumière du soleil de la justice chrétienne. Nous sommes absolument persuadés de l’impossibilité de mettre nos desseins à exécution si l’on envoie pas là-bas, le plus tôt possible, deux ou trois évêques pour porter secours à cette église naissante et - ceci est capital - pour y ordonner des prêtres dont la pénurie fait que chaque jour d’innombrables fidèles meurent sans aucun secours des sacrements, ce qu’il faut déplorer et empêcher par tous les moyens dont nous disposons. Pour nous permettre de porter remède à un mal si grave, nous supplions instamment Vos Eminences de vouloir bien songer à l’envoi de quelques évêques dans ces contrées, d’autant plus que nous avons ici sous la main trois prêtres distingués, de vertu notoire qui bénévolement se dévouent à une tâche si ardue et pénible, prêts à entreprendre pour le Christ un voyage très difficile et travailler toute leur vie avec ardeur dans ces royaumes éloignés.

«D’autre part, des revenus certains et stables sont assurés pour leur entretien, et si l’on juge nécessaire de placer les fonds en Avignon, cette condition est volontiers admise par les personnes de piété qui sacrifient libéralement leurs biens, acceptant avec joie que les revenus en soient distribués exclusivement à ceux qui travailleront dans ces églises; quant à ceux qui resteront en Europe ou y reviendront plus tard, ils n’y auront aucune part : elle sera tout entière réservée aux ouvriers qui cultivent la vigne. Tout cela étant bien réglé et statué, nous espérons qu’aucun obstacle ne retardera la conclusion de cette affaire, nous vous le demandons avec instance.
De vos Eminences, les très humbles et très dévoués serviteurs.111

Suivent les signatures :
Henri de Savoie, archevêque -duc nommé de Reims-; Henri, évêque (du Puy) Vincent de Paul; Colombet, curé de St Germain112; Lévesque; Laisné de la Marguerie; Barillon113; Albon114; La Motte-Fénelon115; Sanguin; Dufour; Bouleau; Bourlamaquy; du Plessis116.

Il suffit de parcourir cette liste de signataires, et la précédente, pour se convaincre de l’intervention de la Compagnie du Saint-Sacrement dans la rédaction des deux lettres. Les archives des Missions-Étrangères n’en possèdent que les brouillons (vol.114, p.247 et 432), mais l’un et l’autre ont été annotés par Duplessis-Montbar, l’un des membres les plus actifs de la Compagnie. De sa propre main il a inscrit les nom des confrères qui se sont joints à lui; il a ajouté plusieurs notes, entre autres celle-ci (p.433) :

Ces dames ne font point partie de la Compagnie, car à deux reprises en 1631 et 1645, elle a rejeté la proposition de former une assemblée de Dames, avec des statuts inspirés de ceux de la Compagnie117. Elle exhorta toutefois les Compagnies de Province à établir dans leurs villes une assemblée de dames semblable à celle de l’Hôtel-Dieu de Paris pour s’occuper d’oeuvres charitables. Il n’est pas douteux que, sans être affiliées à la Compagnie, les Dames agissent de concert avec elle.
Il est par ailleurs facile de constater qu’en cette année 1653 - ce n’est pas la première fois - la Compagnie mit les Missions à l’ordre du jour de ses réunions. Son annalistes, de Voyer d’Argenson, note le 26 février, un mois après l’arrivée du P. de Rhodes à Paris :

118. Le 14 août : «elle prit part aux desseins du P. de Rhodes, jésuite, partant pour le Tonkin avec des missionnaires de son ordre119.Elle lui donna pour cet effet une somme fort considérable120 et elle a toujours témoigné grand sèle pour aider et favoriser ces voyages apostoliques. Ce fervent Jésuite, grand imitateur de Saint François Xavier, avoit voyagé pendant 40 années dans les royaumes du Levant, particulièrement dans le Tonquin, où l’on croit qu’il a baptisé plus de cent mille personnes, et il y avoit fort examiné les moyens de perpétuer solidemant la religion catholique dans ces pays idolâtres. Ses projets ont eu de grands succès dans la suite par l’envoi de trois évêques françois, vicaires apostoliques, et d’un grand nombre d’ecclésiastiques qui, dans le royaume de Siam, au Tonquin et dans la Cochinchine, ont travaillé puissamment à établir le royaume de Jésus-Christ121».

Pour correspondre avec Rome, il était tout naturel que la Compagnie du Saint-Sacrement usât des bons offices du nonce Mgr Bagni, dont elle avait réussi à s’attirer les bonnes grâces. Il avait été reçu avec honneur à l’assemblée du 28 mai 1644 [1645. JG.], on signale de nouveau sa présence aux réunions des 18 juillet et 8 août 1650. [1652. JG.] La Sacrée Congrégation de la Propagande, jugeant les pourparlers suffisamment engagés, chargea Mgr Bagni de procéder à l’enquête canonique des candidats proposés pour l’épiscopat. Le choix des Pères Bagot et de Rhodes s’était arrêté sur François de Laval-Montigny, archidiacre d’Évreux, François Pallu, chanoine de Saint Martin de Tours et de Pierre Picques, bachelier en théologie de la Faculté de Paris.


<< Retour page précédente



© Mepasie (missions étrangères de Paris en Asie) - Toutes les archives disponibles dans 1 pays : France