| Auteur: |
Henri Sy |
| Chapitre: |
2 - Alexandre de Rhodes |
| Article: |
9 |
Les Missions Etrangères 1653-1663
Henri Sy
Ch. 2 Alexandre de Rhodes
9. L’enquête canonique
Tandis qu’une humble carmélite de la rue Chapon apportait à la réalisation des Projets du P. de Rhodes le concours de ses prières et de ses conseils, le Nonce apostolique se préoccupait de réunir les éléments d’information requis par le droit canonique. En exécution des prescriptions du Concile de Trente, sanctionnées par une Constitution du Pape Grégoire XIV128, tout candidat à l’épiscopat devait présenter une attestation authentique de ses aptitudes. En vue de l’établir, le Nonce appela devant lui des témoins qualifiés, déjà dévoués à la cause, signataires de l’une ou l’autre des deux lettres adressées, la première au Pape en juillet 1653, la seconde aux Cardinaux de la Propagande le 19 septembre suivant129.
Le procès-verbal de l’enquête130, après avoir énuméré les dix questions auxquelles ils eurent à répondre, fait précéder les déclarations de chacun des témoins d’une brève présentation. Nous les connaissons déjà et savons que presque tous sont affiliés à la Compagnie du Saint-Sacrement131. Ce sont :
- Mgr Henri de Maupas du Tour, conseiller du Roi très-chrétien, premier aumônier de la Reine-Mère, évêque du Puy, comte du Velay, âgé de 49 ans, domicilié à Paris, rue du Boulloir (du Bouloi); paroisse Saint-Eustache.
- Christophe Duplessis, baron et seigneur de Montbar, conseiller du Roi, âgé de 45 ans, demeurant rue de Vaugirard, près du couvent des Carmes déchaussées, paroisse Saint-Sulpice.
- Pierre Colombet,prêtre, licencié en l’un et l’autre droit, curé de Saint Germain-l’Auxerrois et domicilié au presbytère de cette église, âgé de 44 ans.
- Antoine Barillon, seigneur de Morangis, conseiller du Roi et directeur de ses finances, âgé de 55 ans, demeurant rue St Avoye, paroisse St Merri.
- Elie Laisné, prêtre, seigneur de la Marguerie, conseiller du Roi, âgé d’environ 77 ans, demeurant rue Chapon, paroisse Saint Nicolas-des-Champs.
- Gilbert-Antoine, comte d’Albon, habitant rue de Paradis, paroisse St Jean-en-Grève, âgé de 31 ans. Bertrand Drouart, écuyer, intendant de la maison et des biens de Madame la Duchesse d’Aiguillon, domicilié au faubourg St Germain-des-Près, âgé de plus de 60 ans.
Il serait fastidieux de transcrire par le détail les réponses faites au questionnaire par les sept témoins, interrogés séparément. Bornons-nous à glaner quelques traits dans le résumé qu’en a donné M. Baudiment132.
Première question : Comment connaît-on François Pallu ? - Depuis quand ? - Lui est-on parent ? - A-ton avec lui intimité trop grande, ou, au contraire nourrit-on à son égard des sentiments d’animosité ?
Les plus intéressantes réponses sont celles qui expliquent qu’on a connu le candidat par la fréquentation des bonnes oeuvres, car il est adonné (Mgr Maupas du Tour) - prêt à toutes les oeuvres pieuses (Antoine Barillon) - membre d’un groupe de propagation de la foi (Drouart).
2ème question : ses origines ? - sa famille ?
Réponses : ses parents sont honorables et catholiques (Duplessis de Montbar, Laisné de la Marguerie, comte d’Albon, Drouart) - catholiques et honorables (Colombet) - probes et nobles (Barillon de Morangis).
La 3ème question est relative à l’âge de François. A-t-il 30 ans accomplis ? (C’était la limite inférieure assignée aux futurs évêques par le Concile de Trente). Les réponses vont de 28 à 30 ans; l’une d’elles précise (Duplessis de Montbar) - En réalité, François Pallu, né à la fin d’août 1626, a 27 ans et quelques semaines le 6 octobre 1653.
La 4ème question interroge sur .
Ici, les réponses sortent de la banalité. Voici, à titre d’exemple, celle de Mgr Maupas du Tour : ... ce qui doit s’entendre du sacrement de pénitence.
La 5ème question est ainsi libellée :
Tous les témoins répondent affirmativement. Plusieurs (ce sont les témoins ecclésiastiques) semblent bien faire allusion au jansénisme quand ils disent qu’il n’a jamais été entaché d’hérésie (Laisné de la Marguerie) - qu’il est exempt (Colombet) - Mgr Maupas du Tour ajoute même qu’il s’est toujours montré le
La 6ème question se rapporte à la gravité et à la prudence du candidat.
Parmi les réponses, toutes très élogieuses, retenons celle de Colombet :
7ème question : Quelle est la valeur intellectuelle de François ? - est-il gradué en théologie, en droit canonique ? - est-il capable de donner les enseignements de la foi, comme un évêque doit le faire ?
Les réponses sont toutes très favorables : Pallu est un théologien remarquable, très versé dans la science des Écritures (Maupas du Tour) - il est docteur en l’un et l’autre droit (comte d’Albon, Drouart) - déjà, dans les sermons et exercices de piété qu’il a prêchés, il a montré qu’il savait enseigner les autres, comme il convient à un évêque (Duplessis-Montbar).
La 8ème question va plus loin que la précédente : A-t-il déjà rempli quelque charge ecclésiastique ? - a-t-il déjà dirigé une Église ? - si oui, comment s’y est-il comporté pour l’enseignement, la prudence, les moeurs ?
La plus explicite des réponses est celle de Duplessis-Montbar : «Pallu, dit-il, s’est, depuis l’époque de son ordination, continuellemnt employé aux missions des campagnes et des villes et à d’autres oeuvres pies, et il s’est comporté, au point de vue des moeurs, de la doctrine, de la piété et de la dévotion, de telle sorte qu’on ne peut rien souhaiter de plus parfait.» - À cet exposé, Mgr Maupas du Tour joint le catéchisme, et il ajoute que l’action pastorale du candidat s’est exercée à la grande édification de beaucoup de fidèles.
L’honneur du corps épiscopal exige que l’accès en soit interdit à ceux dont les écarts de conduite ou des erreurs de doctrine aurait occasionné quelque scandale parmi les fidèles; à ceux également qui seraient affligés de certaines déficiences d’ordre physique ou moral. C’est l’objet de la 9ème question.
Parmi les réponses, les unes (Laisné de la Marguerie, Drouart) tiennent en un mot : pas d’obstacle; les autres sont plus prolixes (par exemple Mgr Maupas du Tour) «Non seulement François Pallu ne peut être arrêté pour aucune déficience corporelle ou spirituelle, ni pour aucun empêchement canonique, mais encore il possède un tel ensemble de qualités et de connaissances qu’il doit à très juste titre être promu aux dignités ecclésiastiques, même les plus hautes.»
La 10ème et dernière question est comme la synthèse des précédentes : le candidat est-il capable du gouvernement d’une Église, surtout en pays de mission, - et digne de l’épiscopat ? - sa promotion sera-t-elle avantageuse à l’Église ?
Tous les témoins sont affirmatifs. La réponse de Mgr Maupas du Tour est spécialement expressive. Le prélat s’est écrié : et il a ajouté : «Il faut souhaiter (et c’est le voeu des hommes les plus qualifiés) que le dit chanoine, à cause de son zèle ardent des âmes, soit mis à la tête d’une importante Église, ou même exerce son apostolat charitable comme évêque missionnaire chez les païens. Ce sera certainement pour la gloire de Dieu, l’honneur de l’Église, le rayonnement de la foi, l’accroissement de la religion, la propagation de l’Évangile, le salut des âmes rachetées par le sang du Christ.»
Antoine Barillon, seigneur de Morangis, renchérit encore sur cette déposition si flatteuse, en disant Au dire de Laisné de la Marguerie, le candidat, en se vouant à l’épiscopat missionnaire,
Le document porte les signatures de Nicolas Bagni, archevêque d’Athènes, nonce apostolique en France, et de Jean Le Vasseur, notaire assermenté de la curie archiépiscopale de Paris. Les signatures des témoins figurent à la suite de chacune de leurs dépositions respectives.133
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