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Publication : Missions Etrangères 1653-1663

Auteur: Henri Sy
Chapitre: 3 - Vicaires apostoliques
Article: 2

Missions Etrangères 1653-1663
Henri Sy

Ch. 3. Vicaires apostoliques

2. François Pallu à Tours

Mais revenons à François Pallu. Depuis juillet 1654, il est retourné à Tours. Quelles sont ses occupations ? - Songe-t-il encore à la Chine ? - Mère Marie de Saint-Bernard va nous le dire; elle est parfaitement renseignée par les lettres qu’elle reçoit de Pallu et d’autres personnes de sa connaissance. Elle apprend ainsi que le bon M. Pallu, tout en s’acquittant avec exactitude de ses obligations canoniales, s’emploie à de bonnes oeuvres, contribuant à la fondation d’un hôpital pour les pauvres, d’un refuge pour «retirer les pauvres filles que le malheur du péché jette dans le désordre», semblant n’avoir d’autre ambition que de «demeurer un bon chanoine de St Martin».

De son Carmel de la rue Chapon, elle lui communique les informations qu’elle reçoit, et les réponses de son correspondant montrent bien qu’il suit avec attention les développements d’une oeuvre qui n’est qu’assoupie, et qu’il attend patiemment l’heure de Dieu. Une lettre non datée, écrite par Pallu avant l’automne de 1654, reflète ses sentiments et ses espoirs : «Que nos coeurs et nos esprits s’abaissent et se perdent dans les secrets incompréhensibles de la providence de Dieu ! j’étais à la fin de mon oraison dont j’avais changé le sujet pour m’entretenir avec Notre-Seigneur des désirs qu’il m’a inspirés et à l’accomplissement desquels il semblait qu’il m’appelât, lorsque l’on m’a donné votre lettre, avec une du R.P. Ba (got), supérieur de St L(ouis)161, qui est mon directeur, et auquel je suis entièrement soumis; je lus la vôtre la première, et puis l’autre, dont je serais bien aise que vous voyiez la teneur, afin que vous vous joigniez avec moi, pour respecter les ordres de Dieu en disant le Te Deum, comme je fis sur le champ. Je lui ai fait réponse en lui découvrant mes sentiments, et l’assurant que je suivrai à l’aveugle tout ce qu’il m’ordonnera, sans qu’il ait égard à tout ce que je lui écris, et le priant de me déterminer et de me fixer à quelque chose.

«Comme Notre-Seigneur vous a donné beaucoup de pensée pour moi, si vous jugez à propos de le prier de vous venir trouver et de vous communiquer la lettre que je lui écris, et de lui communiquer vos pensées, vous me ferez plaisir et vous ne le désobligerez pas; c’est un homme simple et qui marche rondement et dans une grande pureté. J’ai reçu une lettre du Révérend Père de Rhodes de quelques jours auparavant, par laquelle il me mandait qu’il y avait encore quelque espérance pour nos affaires, mais que nous ne devions pas sitôt en espérer la conclusion, qu’il nous avait promis de ne nous attendre que jusqu’au mois de mars dernier, que nous entrons bientôt dans l’automne, qu’il ne peut pas surseoir plus longtemps son départ qu’à la fin d’août; il partira de Paris pour aller s’embarquer à Marseille pour la Syrie, d’autant qu’il a l’ordre d’aller en Perse pour fonder une nouvelle mission; tous ses compagnons sont en Portugal pour s’embarquer pour aller aux Indes; à moins que d’être Jésuite, l’on ne nous y laisserait pas embarquer; j’ai de la peine à entrer en cette compagnie, si ce n’est pour cet emploi déterminément, je ne puis goûter toutes leurs fonctions de deça, non pas même les apostoliques dans la manière ordinaire162. Attendons Dieu en patience, et conservons toujours la paix et la tranquillité de notre coeur; c’est la faveur dont je jouis présentement par la miséricorde de Dieu. Au reste je suis dans une conjoncture, comme vous voyez, des plus importantes, qui demande un secours de prières tout extraordinaire; c’est pourquoi, aussitôt la présente reçue, écrivez, je vous prie, aux lieux de votre connaissance, pour me procurer un bon nombre de communions et de prières, entre autres à St Denis, dont je salue de tout mon coeur, par Notre Seigneur, la Révérende Mère prieure. Je vous remercie des soins que vous prenez pour tout ce qui me touche; comme vous n’envisagez dans ces oeuvres que Jésus-Christ, ce sera lui qui vous récompensera, je l’en supplie d’affection. «Je suis, dans son Coeur adorable, votre très humble et obéissant serviteur. F. Pallu.»163
Une seconde lettre de Pallu à Mère Marie de Saint-Bernard164 du 24 juillet 1654, ajoute ce détail qu’il a appris par le P. de Rhodes que «Madame d’Aiguillon ne perd point courage pour notre affaire, qu’elle excite ces Messieurs165, et qu’elle-même écrit à Rome pour faire de nouvelles instances» - Un aveu de résignation en cas d’insuccès : «Dieu me mortifiera peut-être jusqu’à ce point de voir partir tout le monde... je demeurerai sur le rivage, attendant ce qui n’arrivera peut-être jamais... priez Notre-Seigneur qu’il mette ces dispositions dans mon coeur... pour n’envisager que sa très pure et très sainte volonté.»

Lorsque, en 1681, il notera ses souvenirs sur cette période d’attente, il dira : «Je ne songeais plus aux Missions, étant uniquement préoccupé de remplir exactement mes obligations de chanoine à l’église de St Martin de Tours.»166 En réalité, il y songeait toujours, mais jusqu’au printemps de 1656 aucun événement ne viendra raviver les secrets désirs de son âme. Les derniers mois de 1654, pas plus que l’année 1655, n’apporteront de changement.

À dire vrai, la situation à Rome n’était guère pour encourager de nouvelles démarches. Au pape Innocent X, décédé le 7 janvier 1655, avait succédé Alexandre VII, et la Cour de France avait, par ses agents, combattu la candidature du nouvel élu. Aussitôt après l’élévation du nouveau pape, élu le 7 avril, couronné le 18, la Propagande écrivit, le 26 du même mois, au nonce Bagni que si l’on renonçait à placer en France les fonds nécessaires à la subsistance des futurs évêques, elle était prête à reprendre l’examen de la question.167

À Paris, l’Assemblée générale du Clergé de France, convoquée pour le 25 mai 1655 et plusieurs fois remise, n’avait inauguré ses travaux que le 25 octobre. On avait compté sur son intervention auprès du Saint-Siège pour hâter la nomination des Vicaires apostoliques du Tonkin et de la Cochinchine. Il fallut attendre, nous le dirons en son temps, jusqu’en avril-mai 1657, peu de semaines avant la clôture (27 mai). C’est donc à tort que Launay168, et d’autres auteurs après lui169, ont assigné au 13 avril 1655 l’adoption d’un projet de lettre demandé par Godeau, évêque de Vence.


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