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Publication : Missions Etrangères 1653-1663

Auteur: Henri Sy
Chapitre: 3 - Vicaires apostoliques
Article: 3

Missions Etrangères 1653-1663
Henri Sy

Ch. 3. Vicaires apostoliques

3. Un pèlerinage au Tombeau des Apôtres

Au printemps de 1656, quelques-uns des Bons Amis de la rue Saint-Dominique se demandèrent s’il ne serait pas expédient d’entreprendre un voyage à Rome, sous couvert d’un pèlerinage au tombeau des Apôtres, en réalité pour se rendre compte des dispositions de la Cour pontificale à l’égard du projet de création des Vicariats apostoliques, ou tout au moins en vue d’assurer la stabilité de leur communauté en la plaçant sous le patronage de la Sacrée Congrégation de la Propagande.
Ils en écrivirent à Pallu, lui proposant de se joindre au petit groupe des pèlerins. Ayant obtenu sans trop de peine l’agrément de ses parents, qui raisonnablement ne pouvaient s’alarmer, puisqu’il ne s’agissait que de l’accomplissement d’un pieux dessein, il convint cependant avec eux de ne pas mettre ses frères et soeurs dans le secret de l’expédition et quitta Tours au début de juin 1656 et vint à Paris.

«Je ne puis dissimuler, écrira-t-il plus tard, qu’à cette époque j’étais bien éloigné de songer à la mission de Chine. Arrivé à Paris, lieu fixé pour le rendez-vous, je me dissimulai le plus possible, pour n’y pas rencontrer les personnes au courant de notre affaire, et avant tout je pris soin que ma présence fût ignorée de Madame la Duchesse d’Aiguillon, qui avait une si large part dans l’initiative d’un envoi de Vicaires Apostoliques aux Indes. Je connaissais sa ténacité dans ses pieuses entreprises; elle ne manquerait pas, si le bruit d’un voyage à Rome parvenait à ses oreilles, de m’amener malgré moi à reprendre ces anciennes aspirations auxquelles je ne songeais plus; y penser encore me semblait intolérable.»170

Sans trop prendre à la lettre une déclaration si empreinte de découragement, reconnaissons toutefois que Pallu ne ressent plus l’enthousiasme provoqué par les premières ouvertures du P. de Rhodes. Une note plus exacte de son état d’âme se dégage de l’entretien qu’il eut, à son passage à Paris, avec Mère Marie de Saint-Bernard. Il ne put en effet se dispenser de l’aller voir en son Carmel de la rue Chapon.

«Je le croyais fort en paix à Tours, conte-t-elle, et un peu trop, ce me semblait, je fus surprise de l’entendre et lui dis tout étonnée :
- Bon Dieu, Monsieur, d’où venez-vous et où allez-vous ?
- Que diriez-vous si je vous disais que je m’en vais à Rome et de là à Lorette, supplier la très Sainte Vierge en sa sainte maison, de me faire connaître et accomplir la volonté de son Fils.
- Et vous jeter aux pieds du Pape pour qu’il fasse de vous tout ce qu’il voudra.
- Je ne vous dis pas autre chose, sinon que je m’en vais à Lorette, prier la Sainte Vierge, et à Rome; de là vous aurez de mes nouvelles.
- Quittez-vous donc vos premières résolutions, ne pensez-vous plus à votre affaire ?
- Je la laisse entre les mains de notre bon Dieu. Voulez-vous que j’aille contre le sentiment de tous mes amis ? Il faut que Dieu nous donne plus de jour; en attendant, il le faut prier.171

On le voit, Pallu ne s’est pas désintéressé de l’affaire des Missions au point de se refuser à l’envisager à nouveau. La meilleure preuve, c’est qu’il a répondu à l’appel de Vincent de Meur, sachant fort bien que le pieux pèlerinage n’est pas le mobile principal de l’expédition projetée. Il cherche sa voie, et quand il l’aura trouvée, il n’hésitera pas, moins d’un an après, à avouer à Mère Marie de Saint-Bernard et à la duchesse d’Aiguillon «qu’il a toujours conservé dans le fond de son coeur les sentiments que Notre-Seigneur lui a inspirés de se consacrer entièrement pour le salut de l’église naissante du Tonquin.»172


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