| Auteur: |
Henri Sy |
| Chapitre: |
3 - Vicaires apostoliques |
| Article: |
6 |
Missions Etrangères 1653-1663
Henri Sy
Ch. 3. Vicaires apostoliques
6. Vers la Ville Éternelle
Il est temps de fermer cette trop longue parenthèse pour retrouver nos pèlerins. Une notice sur Vincent de Meur, insérée dans les Annales de l’Aa de Paris de 1669, relate qu’il «partit de Paris à pied avec un autre Monsieur de l’Aa.»186 Trois autres les rejoindraient à Marseille. La même notice ajoute qu’ils voyageaient le sac sur le dos, couchant durement et quelquefois à l’air, demandant souvent l’aumône et logeant dans les hôpitaux, prêchant dans les lieux où ils passaient, charmant tellement les coeurs qu’ils n’avançaient qu’avec peine, parce qu’on les obligeait souvent de s’arrêter.187
À Lyon, au dire de Mère Marie de Saint-Bernard, ils firent visite au R.P. de Rhodes, frère du missionnaire188, qui les engagea à faire un détour par la Grande Chartreuse, et que le Révérend Père général manda ensuite au P. de Rhodes que ses moines et lui avaient été fort édifiés et ravis d’avoir connu ces saints serviteurs de Dieu.189
À Marseille, où ils parvinrent à l’automne de 1656190, ils apprennent que les villes d’Italie qu’ils doivent traverser, Gênes en particulier, sont ravagées par la peste; la cité phocéenne n’est pas non plus indemne.
«Nous y avons séjourné, écrit Pallu, plus de six mois, pour attendre que le mal de peste qui affligeait cette ville fût passé; nous y sommes venus lorsqu’on le croyait entièrement éteint, et cependant quelques jours après que nous y sommes arrivés, l’on a découvert de nouveaux accidents; de temps en temps on ferme quelques maisons, et quoique le mal n’ait pas grand cours, néanmoins l’on a interdit le commerce avec ceux de dehors, rompu toutes les assemblées, défendu de prêcher, jeter l’eau bénite à l’église, et sur le point de fermer les tribuneaux; tout cela ne nous épouvante point, car nous sommes contents que la providence de Dieu nous ait conduits ici, nous adorons les desseins qu’elle a sur nous, nous nous y soumettons de tout notre coeur.»191
D’aucuns essayèrent de les persuader qu’il serait plus sage de n’aller pas plus loin et de retourner sur leurs pas; ni V. de Meur ni Pallu n’étaient hommes à se laisser arrêter par une difficulté passagère, à moins d’indication très nette venue d’En-haut. Or les lumières reçues pendant leurs ferventes prières leur montraient plutôt qu’il fallait persévérer.
Le texte déjà cité concernant M. de Meur dit qu’il fut joint à Marseille par quelques-autres de l’Aa et il fut obligé d’y demeurer plusieurs mois, à cause de la peste qui survint à Gênes. Il passa tout le temps en solitude dans une bastide auprès de la mer, menant une vie extrêmement pénitente, s’appliquant à l’oraison avec plus de soin et plus longtemps qu’il ne faisait auparavant. Ce fut dans cette solitude que Dieu lui renouvela le dessein de se consacrer aux missions étrangères.»192
De son côté, Pallu avoua à Mère Marie de Saint-Bernard : «Je vous dis en confiance que dans la retraite que nous avons faite à Marseille, notre bon Dieu m’a donné de nouveaux et plus fervents mouvements pour l’accomplissement de nos premiers desseins.»193 C’est tout ce que l’on sait d’un arrêt qui se prolongea une demi-année.
Pallu ne dit pas s’il s’est enquis du souvenir de son cousin, évêque de Marseille de 1642 à 1643, y laissant en mourant un renom de sainteté. C’était Mgr Jean-Baptiste Gault; il avait succédé sur le siège épiscopal de Marseille à son frère Eustache, mort avant d’être sacré, et lui-même succomba, atteint de la peste, après deux mois seulement de ministère pastoral. Secondé par la duchesse d’Aiguillon et Vincent de Paul, il y fonda un hôpital pour les galériens malades194. Qui sait si Pallu et ses compagnons n’allèrent pas demander l’hospitalité dans cette maison, ou du moins porter leurs consolations aux pauvres malades ?
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