| Auteur: |
Henri Sy |
| Chapitre: |
4 - Formation des Missionnaires |
| Article: |
6 |
Missions Etrangères 1653-1663
Henri Sy
CH. 4 - Formation des Missionnaires
6. Les Tracts de propagande
La formation spirituelle des missionnaires prenait au château de la Couarde une notable partie du temps de l’évêque d’Héliopolis. Il s’occupa également d’intéresser à son oeuvre clergé et laïques, de susciter des sympathies nouvelles. En cette branche de son activité les cadres de la Compagnie du Saint-Sacrement étaient tout disposés à lui accorder un large concours.
Peu de jours après la cérémonie du sacre à Rome, en sa réunion du 25 novembre 1658, la Compagnie avait décidé de nommer «quatre ecclésiastiques et douze laïques commissaires perpétuels pour travailler à l’oeuvre des Missions étrangères. On commença le dimanche suivant à l’assemblée pour former le plan de cette commission. M. le Coadjuteur de Narbonne271 s’y trouva et cette entreprise a eu de très grands et très heureux succès par la grâce de Notre Seigneur.»272
Les commissaires ecclésiastiques furent quatre curés de Paris : Féret, de Saint Nicolas du Chardonnet; Colombet, de Saint Germain l’Auxerrois; Raguier de Poussé, de Saint-Sulpice et Claude Jolly, de Saint Nicolas des Champs. Quant aux laïques, il faut placer en tout premier lieu l’actif et entreprenant Duplessis de Montbard, sans doute aussi de Barillon-Morangis, de Garibal, Drouart, Pajot de la Chapelle.
«Le 17 avril (1659) note l’annaliste, M. François Pallu, évêque d’Héliopolis, donna part à la Compagnie de la résolution qu’il avait prise de partir incessamment pour les Indes en qualité de vicaire apostolique, suivant l’ordre qu’il en avait reçu du Pape, et les nouvelles qu’il avait reçues de ces Missions si éloignées. L’Assemblée loua son zèle et en prit elle-même pour soutenir ce grand ouvrage, par l’établissement d’un séminaire, comme il se verra dans la suite.»273
Le mois suivant (29 mai) «M. de Plessis donna une simple connaissance à la Compagnie de ce qui avait donné lieu au sacre de M. l’évêque d’Héliopolis et à sa Mission pour le Tonquin, mais comme les relations de ces Missions ne marquent tout le détail, je n’ai pas cru qu’il fût nécessaire d’en grossir l’histoire de la Compagnie, bien qu’elle ait fort contribué au progrès et au bon succès de toutes ces grandes missions.»274
C’est vers cette date que dut paraître le premier écrit que les Confrères se chargeraient de diffuser, simple feuillet de deux pages intitulé : ADVIS POUR LES MISSIONS DU TONQUIN ET DE LA COCHINCHINE
«Les missions dans lesquelles on moissonne des âmes à Dieu, et où l’on cueille abondamment les fruits du Saint-Esprit, sont des oeuvres d’un si haut prix, que l’on ne fait pas moins en y coopérant que de travailler à l’achèvement du salut des hommes pour lesquels le fils de Dieu est mort. Mais les missions étrangères dont on médite si peu les excellences, emportent leurs préférences comme des oeuvres que l’oubli abandonne au rebut, quoiqu’elles soient des plus solides marques de la dévotion, et du zèle de la religion.
«La Chine qui a deux cent cinquante millions d’âmes, d’où plus de six millions tous les ans tombent dans l’abîme de l’enfer, pour peu qu’elle soit secourue, sera bientôt toute chrétienne. Dans le royaume de Tonquin, depuis vingt-six ans, on y a baptisé plus de trois cent mille âmes275 qui n’ont que neuf prêtres qui leur prêchent l’Evangile; dans la Cochinchine trente mille chrétiens n’en ont que deux, quoique le concours de ces peuples idolâtres qui demandent d’être instruits, soit incroyable; leur zèle est si grand, quand ils sont convertis, qu’ils s’exposent au Martyre, et les miracles parmi ces néophytes sont si fréquents, qu’avec l’eau bénite, Dieu permet qu’ils guérissent les malades, rendent la vue aux aveugles et ressuscitent les morts.
«Dans l’Église naissante du Tonquin il y a deux cents églises, mais pas un évêque, et si peu de prêtres, qu’un seul a sous sa charge quarante mille chrétiens et soixante-dix églises, et une paroisse à six-vingt lieues d’étendue. Ne laissons pas périr faute de secours tant de nations appelées à la communion de l’Eglise.
«Le puissant motif du salut de ce monde inconnu a fait ouvrir le trésor de la charité pour secourir ces peuples, et quantité de pieuses personnes ont contribué à l’équipage et à la subsistance de vingt ou trente missionnaires dont une partie est déjà avancée dans ces routes écartées pour y sauver ces âmes, et mériter le martyre.
«Beaucoup de gens de bien277 ont fait par leur charité la plus grande partie du fond qu’il faut pour leur subsistance, qui ne pourra jamais être divertie ni employée à d’autre usage qu’aux besoins de ces évêques et de leurs successeurs, qui actuellement y feront leur résidence et les fonctions de leurs ministères.
«Mais l’oeuvre n’est pas finie, manquant dix à douze mille livres seulement pour en achever entièrement la fondation. C’est pourquoi on demande le secours de ceux qui veulent aider à planter les trophées de la Foi et de la piété dans ces terres où Dieu n’avait jamais été connu.
278
Quelqu’ait été le rédacteur de ce tract anonyme, on constatera qu’il a puisé sa documentation sur l’état des chrétientés de la Chine, du Tonkin et de la Cochinchine dans l’adresse lue par Vincent de Meur au Pape Alexandre VII en juillet 1657. Leur situation sera exposée avec plus de détails dans un autre écrit imprimé peu après, dont Duplessis-Montbard, le 1er août, annonce l’envoi à Laurent de Brisacier alors à Rome279. Il a pour titre : Estat sommaire des Missions de la Chine Et l’envoy de trois Evesques dans les nouvelles Eglises de cet Empire.
La conquête de la Chine par les Tartares contribue à écarter les principaux obstacles, comme par exemple ; le mépris qu’ils portaient au reste de l’humanité s’atténue par suite de leur humiliation; désormais les étrangers auront libre accès dans l’Empire et la porte est ouverte aux prédicateurs de la foi. Déjà une a été construite à Péquin par les soins de l’Empereur et de nombreuses conversions ont été opérées.
D’autres espoirs surgissent dans les royaumes circonvoisins : les déserts inaccessibles de la Tartarie sont maintenant abordables, les habitants, embrasseront le catholicisme avec facilité. Le Tonquin, évangélisé par le Père Alexandre de Rhodes, est devenu Au Laos les prédicateurs ont travaillé avec beaucoup de fruit. La Cochinchine est empourprée du sang des martyrs; le progrès de la foi y est assuré. L’île de Hainan possède déjà deux églises. L’empire du Japon, désolé par la plus cruelle des persécutions qu’on ait jamais vue dans l’Eglise, sans prêtres, sans sacrements, compte encore trois cent mille chrétiens. En Corée, où les missionnaires n’ont encore pu pénétrer, de nombreux sujets se sont fait instruire et ont reçu le baptême.
Pour recueillir une moisson qui s’offre si abondante, quel est l’effectif des ouvriers évangéliques ? - quinze en Chine, quatre au Tonquin, un seul en Cochinchine; le Japon a perdu le dernier qu’il possédait. À pareille situation, un seul remède :
Or la réalisation de ce dessein, amorcée il y a cinq ans et presque abandonnée, vient enfin d’aboutir, le pape Alexandre VII ayant décidé d’envoyer des évêques. Dieu soit loué d’avoir «jeté les yeux sur notre France, pour employer son zèle à travailler à ce grand oeuvre, choisissant dans Paris ses principaux coopérateurs et nommément les trois évêques. On ne peut douter que Notre-Seigneur ayant commencé ce dessein par les personnes de piété de France, n’en confie tout le succès à la continuation de leur fidélité.»
Deux sortes de personnes sont appelées à donner leur concours :
«Combien se trouve-t-il de bons, de sages et vertueux ecclésiastiques qui sont pleins de zèle et qui ont des qualités fort propres pour ces emplois, à qui néanmoins les Missions étrangères sont si inconnues ou font autant de peur, qu’ils croiraient tenter Dieu de s’y engager, à moins qu’un ange ne leur donne certitude d’une extraordinaire et miraculeuse vocation ?
«Mais quelle illusion peut-il y avoir à une âme qui veut pleinement se confier en Dieu et s’abandonner à ses bontés, d’entreprendre de le faire connaître, d’annoncer Jésus inconnu, ramener les âmes à ce légitime Sauveur, souffrir pour son amour, s’associer à sa croix, imiter ses apôtres, succéder à leur zèle, vivre et mourir pour le salut des hommes.»...
«Tel qui n’y pense pas se trouvera coupable de la perte d’une infinité d’âmes qui étaient réservées à son zèle et à sa fidélité. Combien doivent craindre tant de savants inutiles, tant de bons ouvriers sans emploi, tant d’autres personnes de rare vertu qu’une fausse tranquillité arrête et qui pourraient, secondant le trait de Dieu, s’employer si efficacement pour le progrès de notre sainte Foi.
Est-ce à dire que l’obligation incombe indistinctement à tous ? - Non car le choix des missionnaires requiert un discernement sérieux, en un mot, une vocation :
«Ce n’est pas que par ces avis on prétende engager indiscrètement toutes sortes de personnes aux divines fonctions de l’apostolat, ni déserter la France de ses bons ouvriers, on sait bien qu’il n’y en a que trop peu qui soient capables de ces emplois, qui ne sont propres que pour des âmes bien déterminées et capables de tout perdre pour Dieu; on sait le choix qu’on doit faire pour ne mettre qu’en des mains fidèles l’intérêt du salut des nations; mais quoiqu’on accorde que chacun n’est pas si particulièrement destiné à ces emplois, néanmoins on ne peut douter qu’il n’y ait beaucoup de personnes qui en sont très capables, qui toutefois négligent cette haute vocation pour n’en connaître point l’importance, pour n’en considérer point l’obligation ni les ouvertures, et pour n’avoir peut-être jamais eu d’avis purs et désintéressés sur ce sujet.
«Il serait donc fort à souhaiter que tous ceux à qui Dieu fera connaître l’importance des Missions étrangères s’offrissent au moins à lui pour ce sujet, et à la faveur d’une direction fidèle et d’une oraison assidue, se déterminassent à ce qui serait le plus conforme aux inspirations de Notre-Seigneur; peut-être qu’en prenant confiance en lui, il leur ferait connaître le choix qu’il a fait d’eux pour porter son Nom aux nations; ils comprendraient la grandeur de cette vocation, ils en concevraient le désir et l’obtiendraient avec bénédiction.»
La coopération à l’apostolat n’est pas réservée aux seuls ecclésiastiques. Il est fait appel au dévouement de
Mais tous les fidèles sont invités à contribuer de leurs aumônes aux frais d’un voyage qui durera bien deux années, à l’équipement en
Les dons en nature seront eux-mêmes de grande utilité : «on peut se pourvoir de diverses choses de prix, lesquelles, quoiqu’elles soient ici communes et ordinaires, sont fort estimées en ces pays, qui servent à mettre en crédit les Européens, à faire des présents dans les occasions et à gagner les bonnes grâces des Gouverneurs pour la protection des chrétiens. Ces choses sont diverses pièces d’orfèvrerie, du corail, de l’ambre jaune, des tableaux et miniatures, des cristaux, et quelques ouvrages de mathématique ou de nos arts les plus estimés.»
D’ailleurs l’honneur français n’est-il pas engagé dans la réussite de l’entreprise ? Qui pourrait fermer l’oreille aux plaintes de tant de nations qui réclament notre aide, et ne point écouter la voix du sang de Jésus-Christ qui nous sollicite en leur faveur ? «N’est-ce pas lui qui s’adresse à la France, en l’occasion présente, pour l’avertir qu’il veut désormais l’intéresser au salut du monde, réveiller ce zèle qu’elle a autrefois rendu si illustre par la conversion de tant de royaumes... qu’il est temps de l’augmenter, de l’étendre, et d’en porter les généreux effets jusqu’aux extrémités les plus éloignées de l’Orient ?...
«Depuis qu’on a découvert tant de nouveaux pays, divers royaumes de la chrétienté se sont occupés à y porter la foi et n’ont rien épargné pour l’y introduire; la France seule, bien qu’elle ne leur cède ni en piété ni en zèle pour la religion, ni en courage pour les entreprises, ni en l’abondance de bons ouvriers, n’a que fort peu de part à ce grand ouvrage de la propagation de la foi par tout le monde. Comme cette coopération est la plus digne de son zèle, Dieu veut l’y engager, et il ne la partage pas mal, lui offrant la Chine, qui comprend les peuples les plus civilisés, les plus nombreux et les plus capables des mystères de notre créance. Voilà la portion du monde qu’il semble que la Providence lui assigne, et ne peut-on point dire que les évêques que la France y envoie vont prendre possession de ces nouvelles Eglises, comme d’un champ où désormais le zèle des missionnaires français aura en quelque sorte un droit de préférence, et une bénédiction particulière pour le bien cultiver ?
Quelques adresses utiles :
Tous ceux d’entre les Ecclésiastiques qui auront mouvement de s’offrir pour accompagner Nosseigneurs les Evesques s’adresseront à Monseigneur Pallu, Evesque d’Héliopolis, envoyé par le Saint-Siège pour les Missions de la Chine, demeurant ruë Couppeau, à l’entrée du Faux-bourg Saint-Marcel Ou à Monsieur Feret, curé de S. Nicolas du Chardonnet. Ou bien à Monsieur Abelly, Docteur en Théologie, demeurant à Saint Josse. Et pour les contributions l’on s’adressera à Monsieur du Plessis Monbar, demeurant proche les Carmes Deschaussez. Ou à Monsieur l’Hoste, Advocat en la Cour, proche Saint Landry. A Madame Traversé chez Monsieur le Président Meliand; ou bien à Mademoiselle de Lamoignon, chez Monsieur le Premier Président.280
Des noms de dames figurent dans la liste d’adresses : elles aident avec beaucoup d’autres aux préparatifs du voyage en confectionnant des ornements sacrés
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