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Publication : Missions Etrangères 1653-1663

Auteur: Henri Sy
Chapitre: 5 - Compagnie de commerce
Article: 2

Missions Etrangères 1653-1663
Henry Sy

CH.5 - Compagnie de commerce

2. La Compagnie de Madagascar

Une première Compagnie de Madagascar, encouragée par Richelieu, avait, de 1642 à 1656, établi des relations entre la métropole et la grande île africaine. Une seconde Compagnie de Madagascar, désignée aussi sous le nom de Compagnie du Duc de la Meilleraye, succéda à la première.287 Pallu lui fit des ouvertures en vue de l’amener à étendre son rayon d’action au delà de Madagascar. De ces tractations il nous est resté un projet intitulé : Articles et conventions accordés entre nous, intéressés à la Compagnie Françoise de l’Orient, Isle de Madagascar et autres adjacentes, et Révérend Père en Dieu Messire François Pallu évesque d’Heliopolis288

À frais communs, moitié à la charge de la Compagnie, moitié à celle de Mgr Pallu, un navire de commerce de trois à quatre cents tonneaux sera acheté et amené au Havre ou à Dieppe pour être équipé et faire voile au premier beau temps après la Saint Michel.[septembre 1659]

Une barque de soixante tonneaux et une chaloupe de dix tonneaux avec leurs agrès seront embarquées «en fagots», c’est-à-dire en pièces détachées.Les officiers et pilotes, cinquante-cinq matelots, trente-cinq soldats, soixante passagers recrutés par la Compagnie pour son service seront, depuis le jour de leur engagement jusqu’à celui de l’embarquement, nourris et défrayés à terre à frais communs.

Par contre, l’évêque d’Héliopolis devra nourrir et entretenir de ses propres deniers les vingt personnes de sa suite jusqu’au jour où ils seront embarqués.Il lui sera loisible de mettre dans le navire, à ses dépens, tels rafraichissements qu’il voudra pour lui et sa suite. Des marchandises, d’une valeur de douze à quinze mille livres, seront achetées à frais communs pour le négoce des factoreries de la Compagnie. «Outre les dites marchandises en commun, sera chargé dans le navire par le Sieur Evesque le nombre de marchandises qu’il desirera pour son dessein, et lequel sera passé franc de port. Mais s’il veut charger des marchandises pour le retour en France, il en sera payé le fret par celuy qui les chargera... lequel fret reviendra au profit de la communauté du dit voyage.»

Des escales sont prévues aux îles du Cap-Vert, à la baie de Saldagne, à l’Ile Bourbon; «s’il est jugé à propos par le Sieur Evesque avec les commis ou directeurs dudit voyage, de rafraîchir en ladite isle, il y sera fait un sejour de huit ou dix jours ou plus, pendant lequel temps, en cas que la barque se puisse monter, elle sera montée pour aller avec le navire au premier arrest qui sera Madagascar, au lieu appelé le Fort Dauphin.»

Pour le reste du voyage, les dispositions suivantes étaient prises :

«Le dit Sieur Evesque s’embarquera avec les gens de sa suite dans le navire, lequel sera conduit par le capitaine, directeur ou commis de la dite Compagnie, avec les maistres, pilotes, equipage et soldats au nombre susdit, de droite route jusqu’aux îles dites Celebes au port de la ville de Macassar, aprez avoir prealablement pris langue à Java et embarqué des rafraîchissements s’il est nécessaire. Au lieu de Macassar, le dit Sieur Evesque sera conduit et désembarqué à terre. Et pourra le directeur ou commis préposé à la conduite dudit navire, pour le bien de la Compagnie, negocier et prendre connoissance du negoce et commodités et incommodités du pays, et traiter des marchandises qu’il pourra pour faire au plus tost son retour en France.

«Mais comme le dit Sieur Evesque doit aller jusqu’au lieu dit le Tunquin au royaume de la Chine, distant dudit Macassar d’environ cinq à six cents lieues, s’il estoit jugé à propos par le directeur ou commis de la Compagnie et par le dit Sieur Evesque, et que le navire pust souffrir l’effort du voyage, les dits directeurs, commis, maistres, pilotes et equipage pourront mener et conduire le dit Sieur Evesque jusqu’au dit lieu du Tunquin, pourvu qu’il se trouvast du fret competant pour ledit navire, et que pour le passage dudit Sieur Evesque et ceux de sa suite, il soit par luy payé pour le bien dudit voyage proportionnellement au fret qui sera auxdits lieux, afin de fournir aux frais de l’aller et retour dudit navire et des vivres competants.

«Et etant arrivé au dit Tunquin, et le dit Sieur Evesque débarqué, ledit navire fera son retour au plus tost en Madagascar, passant par les lieux qu’il semblera bon au dit directeur pour le bien commun de la dite Compagnie, et se rendra au plus tost au dit lieu de Madagascar pour y prendre sa charge ou le reste d’icelle, afin de faire son retour en France.
L’accord prend soin de délimiter les attributions de l’évêque à bord du vaisseau : «En quelques lieux et endroits que pourra aller ledit navire, le dit Sieur Evesque ne pourra avoir jurisdiction ni commandement sous pretexte d’intérest aux depens du present voyage, sur le navire et equipage, pour la conduite, direction et maniement d’iceux, et sera le dit Sieur Evesque tenu de faire contenir ses gens et passagers dans le respect, comme aussi seront tenus les directeurs et commis de la dite Compagnie d’en faire de mesme à l’égard des personnes qu’ils auront en charge, afin que tout aille dans l’ordre, suivant le commun désir du dit Sieur Evesque et de la dite Compagnie.»

On n’oublie pas de préciser que «les risques, perils et fortune de la mer seront courus en commun pendant tout le dit voyage.»

Le contrat ne vaudra que pour une seule traversée : «Le navire étant de retour en France, seront les marchandises rapportées, provenant des traités et negociations faits pendant le dit present voyage, déchargées, et icelles, ensemble avec les dits navires, agrès et appareils, vendus à l’encan et adjugés au plus offrant et dernier enchérisseur, et celles qui seront venues à fret délivrées à ceux auxquels elles appartiendront, et le fret reçu servira au reste du paiement des hommes de l’equipage et commis qui auront estés employés suivant les marchés faits avec eux, qui seront acquittés franchement en commun et payés entièrement de leurs salaires et loyers; ensemble les droits d’entrée des bureaux et autres depens, le restant des dits deniers tant provenant des ventes que des dits frets seront repartis entre les dits Sieurs intéressés en la dite Compagnie et le dit Sieur Evesque par moitié.»

La Société sera ensuite dissoute : «Une somme de quatre vingt mille livres ayant été jugée nécessaire pour l’heureuse issue de l’expédition, la Compagnie et Mgr Pallu y contribueraient chacun pour quarante mille livres.289 L’affaire en resta là. Le document cité n’est du reste qu’un brouillon, dans lequel un espace blanc est réservé pour inscrire le nom de François Pallu, désigné seulement par son titre épiscopal.

Si les pourparlers avaient abouti, les missionnaires auraient peut-être pris passage à bord de La Maréchale, de la Compagnie de Madagascar, qui quitta Nantes le 6 décembre 1659 et fit naufrage le 20 mai 1660, à la Baie de la Table, près du Cap de Bonne Espérance.290


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