| Auteur: |
Henri Sy |
| Chapitre: |
5 - AUTOUR D'UNE SUCCESSION |
| Article: |
2 |
OPPOSITIONS
Le commissaire allait se retirer quand survint "François Regnard, neveu dudit deffunt seigneur evesque", demeurant ordinairement à Saint-Florentin et élisant domicile en la maison de Me Guillaume Quélier procureur au Châtelet, sise rue des Boucheries. Il déclara s'opposer à la reconnaissance et levée des scellés, sinon en sa présence.
Le 12 avril, Me Quélier notifie la même opposition au nom des prieur et religieux du couvent des Carmes.
Le même jour, Messire Placide Duchemin, evesque de Babylone et d'Ispahan, demeurant rue du Colombier, à l'hôtel de Suède," fait signifier son opposition par le ministère de Louis Alliot, huissier à cheval, demeurant rue des Mauvais-Garçons au faubourg Saint-Germain.
Dans son testament, Bernard de Sainte-Thérèse avait reconnu devoir à demoiselle Gérarde Bordier la somme de dix mil cinq cent cinquante livres dix sols dix deniers, à payer sur la somme due par Jean des Rousseaux et sa femme Jeanne Baron. Il lui léguait de plus mille livres" en reconnaissance des assistances qu'elle lui a données, depuis plus de trente-sept ans qu'il a le bien de diriger son âme."
Gérarde Bordier, qui habite rue Cassette, fait signifier son opposition par ministère d'huissier.
Le même jour encore, de Beaumont, huissier au Châtelet, signifie l'opposition de Regnard qui révoque sa précédente élection de domicile pour la faire en la maison de Me Nicolas La Maignen, rue de la Savatterie, paroisse St Martial.
De même, le 4 mai, Alliot signifiera que Placide Duchemin révoque sa précédente élection de domicile pour l'établir en la maison de François de la Nouë, avocat, banquier expéditionnaire en Cour de Rome, demeurant rue Saint-Jacques, paroisse Saint-Benoit.
Le 8 mai, signification par François du Boullay de l'opposition de Pierre Millelot, cy-devant chirurgien du Roy "pour avoir payement des assistances que ledit Millelot a assiduement rendues au deffunt, pendant plus d'une année qu'il a esté mallade de la malladie de laquelle il est décédé, sans avoir manqué un jour à le voir... et le plus souvent trois et quatre fois par jour a ses mandements, ne voullant pas que autre que luy le touchast."
Le même jour, Charles de Condé, exécuteur testamentaire et Bezard demandent qu'il soit procédé à la levée des scellés le lendemain matin. L'opération sera faite par maître Gazon, assisté de Jean Carnot et son compagnon, notaires.
Y sont présents : François Bezard, représentant les Supérieurs et Directeurs du Séminaire, Nicolas de Condé, représentant Charles de Condé, son père, exécuteur testamentaire conjointement avec son fils.
On n'a pas négligé de convoquer les opposants qui déclarent n'avoir agi que pour la sauvegarde de leurs intérêts.
Mgr Duchemin, venu également s'est retiré, pensant qu'il ne serait pas procédé à la reconnaissance des scellés.
Nicolas de Condé, procureur de Bezard, dit "qu'il empesche qu'aucune prisée soit faite tant de la bibliothèque que de tous les autres meubles qui se trouvent dans lad. maison, attendu qu'iceux lui ont esté donnés par ledit deffunt seigneur de Babylone par donation entre vifs faite à leur proffit par contrat passé pardevant de Troyes et Muret notaires, le seize mars mil six cent soixante trois, confirmées par Lettres patentes du Roy, registrées en Parlement et où besoin a esté, au moyen de quoy il requiert des a present que tous lesd. meubles et bibliothèque soient baillés et delivrés audit séminaire comme luy appartenant, sauf néantmoins a se pourvoir ainsi qu'ils aviseront bon être en cas que ladite bibliothèque ne se trouve entiere et conforme au catalogue qui en a esté fait par Bechet libraire et qui a esté mis entre leurs mains par ledit deffunt seigneur de Babylonne."
Après quelques contestations, de Condé accepte que la prisée soit faite, pourvu que les droits du séminaire soient sauvegardés. L'inventaire se poursuit jusqu'à midi; il est repris à deux heures.
Melle Marie Sagot, bénéficiaire d'un legs de 1.000 livres, fait observer par la voix de son procureur Me François que le reste des biens étant légué à Anne Duval, elle ne sait si celle-ci est la mère de Regnard, qu'elle n'est pas présente et que la levée des scellés devrait être faite en présence de M. le procureur du Roy.
Regnard déclare alors qu'il est unique héritier de défunte Anne Duval sa mère, décédée le 22 mars 1667, que le curé de St Florentin lui en a délivré un certificat. Le décès ne peut être révoqué en doute parce que toutes les personnes de la maison du défunt évêque en ont eu connaissance.
En effet, Cazedeval dit qu'il y a environ deux ans, Regnard lui a écrit ainsi qu'à l'évêque de Babylone pour annoncer le décès de sa mère, et que le lendemain ils ont tous deux célébré la messe pour le repos de l'âme de la défunte. Le chirurgien Millelot témoigne qu'il a également reçu une lettre de Regnard, avec un paquet à remettre à l'évêque de Babylone; il a constaté que ce dernier a eu beaucoup de douleur en apprenant cette nouvelle. Luce Chérot dit que l'évêque en apprenant la mort de sa soeur, il lui a demandé à elle-même de communier le lendemain à cette intention.
Me François dit alors que les déclarations ci-dessus ne peuvent rendre le certificat valable, mais si les donataires le veulent reconnaître, il consent à la continuation de l'inventaire. Bezard reconnaît véritables les dires de Cazedeval, Luce Chérot et Millelot. Néanmoins, Regnard doit faire certifier le certificat de décès par le juge du lieu ou par qui il appartiendra.
L'inventaire reprend jusqu'à six heures et demi et rendez-vous est fixé au lendemain matin à huit heures.
De retour à son hôtel, Me Gazon a trouvé deux actes d'opposition déposés par Pierre Lenoble, procureur des demoiselles Catherine et Claude Piettre, déclarant que les demoiselles Piettre s'opposent à la levée des scellés (dans son testament Bernard de Ste Thérèse avait confessé leur devoir la somme de 450 livres, et il léguait 1.000 livres à Catherine).
Dans la matinée du vendredi 10 mai, aucun incident. Dans la soirée "est comparu Me François Leprestre, procureur de Marc Dubois, cy-devant laquais dudit deffunt seigneur évesque de Babylonne qui nous a déclaré qu'il s'oppose à nostre scellé pour estre payé de la somme de trois cent livres et pour luy estre fourny un habit de deuil a luy légués par ledit deffunt, et payé de quatre ou cinq mois de ses gages des services qu'il a rendus audit deffunt, à raison de vingt ecus par an."
La journée du samedi 11 mai est consacrée à l'inventaire de la bibliothèque, le libraire Bechet ayant été convoqué à cet effet. Le lundi 13 mai, on inventorie les papiers rapportés par les religieux carmes. Nouvelle protestation de Regnard affirmant que d'autres papiers ont été soustraits; il se réserve de se pourvoir. Par contre, il ne s'oppose pas à ce que les meubles meublants soient remis à Messieurs du Séminaire et les papiers à M. de Condé, mais il proteste que les dires des prétendus créanciers ne lui pourront nuire à préjudice, notamment en ce qui concerne les dix mil cinq cent livres dix sols réclamés par demoiselle Gérarde Bordier.
Après avoir vaqué jusqu'à sept heures du soir, l'inventaire a été arrêté, les meubles, ornements, bibliothèque, argenterie et autres meubles ont été baillés et laissés à la garde de Nicolas de Condé qui s'est engagé à les représenter quand et ainsi qu'il appartiendra.
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