| Auteur: |
Henri Sy |
| Chapitre: |
8 - Les AMBASSADES SIAMOISES |
| Article: |
1 |
PRÉPARATIFS ÉLOIGNÉS
Dès 1667, Mgr Lambert de la Motte songeait aux heureux effets qui résulteraient, pour l'établissement du catholicisme au Siam, des relations d'amitié entre ce pays et la France. Il s'en ouvrit alors à Mgr Pallu qui était en Europe.
"... Il faut, Monseigneur, que je vous expose une pensée qui m'est venue, dont vous ferez tel usage qu'il vous plaira : c'est qu'ayant appris les grands desseins que notre genereux monarque a pour l'établissement du commerce aux Indes, il me semble que cette ville (Ajuthia) estant un lieu tres avantageux pour cela, on pourroit insinuer au roy d'envoyer un ambassadeur en cette Cour, à l'exemple des Hollandais qui y ont bien réussi, afin de traiter par lui du commerce que l'on peut faire dans ce royaume, et par ce même moyen Sa Majesté très chrétienne conviât ce roy de vouloir embrasser notre Religion comme estant très sainte, et la plus propre à faire régner les princes qui la professent dans une supprême autorité, parce qu'elle oblige par ses lois les chrétiens d'estre fideles et tres obeissants à leurs souverains sous peine d'estre damnés, et lui presentant d'ailleurs qu'il doit à la religion catholique la prosperite et grandeur de ses Etats, que lui et ses prédécesseurs ont si heureusement possédés depuis tant de siècles."
Entrant dans les vues de son ami, Mgr Pallu reprenant la route du Siam en 1670 avait obtenu du Pape Clément IX et du roi Louis XIV des lettres pour le roi du Siam. Il arriva à Ajuthia au mois de mai 1673, mais il fallut plusieurs mois de discussions pour régler les détails de protocole pour la présentation des lettres.
Les évêques jugeaient contraire à l'honneur du Pape et du roi de France ainsi qu'à leur dignité personnelle d'avoir à se présenter devant le souverain siamois pieds nus, se mettre à genoux et se prosterner la face contre terre. Après quatre mois de pourparlers, il fut convenu qu'ils demeureraient chaussés, seraient assis sur un tapis brodé et feraient leurs civilités à la mode d'Europe. La réception eut lieu à Louvo le 18 octobre 1673
Phra Narai accepta facilement l'idée que lui soumirent les Vicaires apostolique d'envoyer une ambassade en France, exprimant le désir qu'elle y fut conduite par Mgr Lambert de la Motte.
"Je ferai tout mon possible, écrit l'évêque en 1674 , pour m'en défendre." En 1676, il écrit à l'archevêque de Paris : "Je ne desespere pas d'avoir encore l'honneur de vous voir, parce qu'on a resolu en cette Cour d'envoyer des ambassadeurs en France, et que je ne pourrai pas me défendre des instances qu'on me fait d'y aller avec eux."
Mgr Laneau n'appréhende pas moins d'être désigné. Le 9 octobre 1677, il mande au curé de Saint Jacques de la Boucherie : "Le roi de Siam continue toujours dans la pensée d'envoyer une ambassade aux Cours de France et de Rome, ses présents sont déjà tout prêts, il les auroit envoyés n'eût esté la guerre des Hollandais, et il souhaite qu'un évêque françois accompagne ses ambassadeurs... quoi qu'il en soit, je ferai tout ce qui sera en mon pouvoir pour que le sort ne tombe pas sur moi."
L'année suivante, Lambert de la Motte et Laneau écrivent à Pallu "Le Roy de Siam fit assembler il y a deux ou trois jours ses mandarins à la salle royalle et leur ordonna de choisir des ambassadeurs pour la France. Ils en nommèrent deux et rapportèrent au roy le choix qu'ils avoient fait; celui-ci se mit en colère de ce qu'ils n'étoient pas assez considerables et leur commanda d'en choisir d'autres. Nous ne savons pas s'il a dans sa pensée de les envoyer cette année, l'exécution en parait difficile à cause des Hollandais."
Entre temps, Mgr Pallu avait exposé aux Directeurs de la Compagnie des Indes Orientales les avantages qu'ils auraient à établir des relations commerciales avec le Siam. Ceux-ci adressèrent d'abord des lettres qui furent bien reçues. Encouragés, ils décidèrent d'y envoyer un vaisseau. Le 3 septembre 1680, "le Vautour" arrivait à la barre du Siam. Il était commandé par Cornuel, accompagné d'un des meilleurs agents de la Compagnie, Bourreau-Deslandes.
Mais les négociations au sujet de l'ambassade traînaient en longueur. Lambert de la Motte et Laneau réussirent sans doute à convaincre le monarque qu'il leur était difficile de se rendre en Europe, et on peut supposer qu'ils invoquèrent une difficulté protocolaire, leur qualité d'évêque ne s'accordant guère avec les fonctions subalternes qu'ils devraient remplir auprès du chef de l'ambassade. C'est ce qui ressort d'une conversation du roi avec Mgr Laneau, rapportée par Vachet : "N'appréhendez pas que j'aie jeté les yeux sur vous; je vous nommerais volontiers mon ambassadeur en chef, mais l'idée de vous envoyer en sous-ordre n'a pu entrer dans mon esprit. Celui que je vous demande est M. Gayme, que voilà à vos côtés, ne me le refusez pas si vous ne voulez pas m'affliger." M. Gayme fut donc désigné.
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