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Publication : MISSIONS ÉTRANGÈRES 1663-1700

Auteur: Henri Sy
Chapitre: 8 - Les AMBASSADES SIAMOISES
Article: 5

À la COUR de VERSAILLES

La rencontre avec le roi eut lieu dans la galerie des Glaces que le Monarque devait traverser pour se rendre à la chapelle. Quand il fut à cinq ou six pas, "je fis prosterner les Siamois le visage contre terre et les mains jointes, de la manière que je les avais vus devant le roi de Siam".
Louis XIV les fit relever. Vachet avoue qu'il fut pris un peu au dépourvu, n'ayant été prévenu qu'un quart d'heure à l'avance. Son discours fut bref : "Sire, les Siamois que Votre Majesté voit en sa présence sont des envoyés que le roi de Siam a fait partir de son royaume pour venir en France prier vos ministres d'Etat de les aider de leur crédit, afin d'obtenir de Votre Majesté ce que ce prince souhaite avec tant d'empressement. Ils viennent de s'en expliquer avec M. de Seignelay et M. de Croissy et ils s'en reposent sur eux pour en informer Votre Majesté, trop heureux d'avoir trouvé une occasion si favorable de lui présenter leurs très humbles et très profonds respects."
Le roi répondit : "Assurez ces Messieurs que je suis ravi de les avoir vus et que je ferai pour le roi de Siam, mon frère, même avec beaucoup de plaisir, ce qu'il pourra désirer de moi."
Et il continua son chemin pour aller à la messe.
Au dîner du roi, on les plaça sur une banquette; le souverain recommanda à Vachet de leur faire visiter toutes les raretés du parc et de les ramener le mardi suivant à Versailles pour voir représenter l'Opéra de Roland.
"Les merveilles du parc, en particulier celle des grandes eaux que l'on fit jouer, merveilles qui, note tristement Vachet, font l'admiration de toute la terre, mes Siamois les regardaient avec une indolence qui me glaçait le coeur."
Pour la représentation de l'Opéra, ce fut bien autre chose. D'abord convenait-il qu'un ecclésiastique y assistât ? M. de Brisacier, tout éclairé qu'il fut, n'osa pas se prononcer. On alla consulter M. Tronson, alors Supérieur du Séminaire de Saint-Sulpice, qui passait pour une des premières têtes de Paris. Celui-ci n'y trouva aucune difficulté et dit qu'on ne devait pas avoir de répugnance à obéir au roi sur ce point.
À Versailles, quatorze rangées de bancs avaient été disposées en amphithéâtre et des places avaient été réservées pour les Siamois au premier rang, celui d'en-bas. Ils prétendirent aller se placer tout en haut pour n'avoir personne au-dessus d'eux. Comme on voulait les faire descendre, ils crurent qu'on leur faisait affront, retournèrent à l'hôtellerie et revinrent à Paris; "Dieu sait ce que je dis ou ne dis pas à ces Siamois qui croyaient avoir fait une grande merveille. Je les menaçai de m'en plaindre au roi de Siam, mais ils hochèrent la tête en disant : Que pourrait-il nous faire ? Au pire aller il nous condamnera à mort; notre vie nous est moins chère que l'honneur."
Reçus par Monsieur, frère du Roi, au Palais-Royal et à Saint-Cloud, ils se montrèrent gracieux.





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