| Auteur: |
Henri Sy |
| Chapitre: |
9 - PERSONNEL du SEMINAIRE - REGLEMENT |
| Article: |
10 |
REGLEMENT du SEMINAIRE
Le bon ordre dans une communauté exige l'observance d'un règlement. Souvent celui-ci est élaboré lentement et modifié par les circonstances jusqu'à ce qu'il trouve sa forme définitive.
La communauté réunie à la rue du Bac suivait les règles établies dans les groupements qui avaient précédé et qui furent observés à la rue Coupeau, à la rue Saint-Dominique, au château de la Couarde; on se rappelle que Mgr Pallu n'avait pas été étranger à leur première élaboration en 1650.
Il n'est guère possible d'assigner une date aux projets de règlement dont il sera question plus loin; il est du moins certain qu'un premier texte était établi dès 1667, puisque le 19 juillet de cette année, Mgr Pallu écrit à Rome à l'un des directeurs :
"... Je n'avais pas lu les règlements du Séminaire quand j'écrivis il y a peu à Monseigneur de Rodez; j'en suis fort satisfait et y vois fort peu de changements à faire; j'estime qu'il ne faut pas tarder à y établir le chant, à y dire la grand Messe et chanter Vêpres tous les dimanches et les fêtes principales, cela est nécessaire pour les missions aussi bien que pour la réputation du Séminaire dans Paris.
"Au nom de Dieu, que le principal soin des directeurs soit de bien établir l'intérieur des séminaristes par l'exercice de l'oraison, des lectures spirituelles, des conférences et ne manquant jamais d'y donner tout le temps ordonné dans les règles... Si vous voulez faire des missionnaires , il faut faire des saints... autrement ils feront très peu ou rien du tout et il est à craindre qu'à la fin ils ne viennent à se perdre..."
Le 6 décembre 1669, il pourra dire à Mgr Lambert de la Motte ce qu'il a constaté de visu :
"... J'ai trouvé notre Séminaire pourvu de très bons sujets pour la conduite, et dans un très bon ordre; on y fait tous les jours leçon de théologie, il y a trois conférences réglées toutes les semaines : des cas (de conscience) de l'écriture sainte et de piété. Deux très habiles docteurs président aux deux premières, on s'assemble de plus tous les lundis, les officiers avec ceux de l'Union qui se trouvent dans la Maison, pour la police du Séminaire..."
Dix ans se sont écoulés, et voici qu'en 1676, Gazil confie à Etienne Pallu que des réformes sont à envisager.
"Notre séminaire se remplit à merveille, il y a 8 ou 10 ouvriers pour les Missions... nous avons augmenté notre chapelle et notre réfectoire, nous allons aussi nous réformer, et l'on va s'appliquer à établir un gouvernement solide dans le Séminaire."
Même note dans une lettre écrite le mois suivant à Mgr Laneau :
"Il faut vous dire un mot de l'état du Séminaire de Paris; il est plus peuplé que jamais, on fera partir en janvier prochain quatre ou cinq bons sujets ..." et pour répondre aux critiques sur l'insuffisance de la préparation des nouveaux missionnaires, Gazil ajoute :
"Il sera bon qu'une fois pour toutes nous vous disions que c'est au séminaire de Siam d'achever par sa propre culture les sujets qui y vont deçà, soit pour leur perfection intérieure, soit même pour leurs études avant que de les envoyer aux missions. Le besoin qu'ont vos missions d'être soutenues de gens frais nous fait précipiter leur départ et même de passer sur les règlements prescrits par Mr d'Héliopolis de n'envoyer plus aucun sujet qui n'ait fait un séjour notable au Séminaire... "
En 1682, Dudouyt écrira à Mgr Pallu :
"Il y a beaucoup de joie de voir que le Séminaire de Paris va toujours se perfectionnant et que les sujets qui le composent s'unissent plus étroitement qu'ils n'avaient pas encore fait, et qu'on travaille à dresser des règlements pour lui donner une bonne forme. C'est le lieu où les missionnaires doivent se remplir de la grâce et de l'esprit de Jésus-Christ, afin de l'aller répandre puis après dans les lieux où Il les envoyra."
En 1683, Etienne Pallu, dans une lettre à NN. SS. Deydier et de Bourges, note :
"Nous travaillons a former quelques règlements stables pour la conduite de ce séminaire et de ceux qui lui sont unis, comme celui de Siam et celui de Québec, car nous n'avons vécu jusqu'ici que sur la simple tradition. Monseigneur d'Héliopolis nous a fort aidés à prendre cette résolution et nous croyons qu'il aura fait part à Mgr de Bourges de l'état où il a laissé les choses, qui ne lui déplaisait pas."
Toutes ces citations indiquent que vingt ans après la fondation du Séminaire le règlement était encore à l'état de projets. Il en est resté trois que l'on attribue à cette période.
I. Projet de Règlement pour le Séminaire des Missions-Etrangères établi à Paris et de tous les autres qui lui sont ou seront unis.
II. Projet de Constitutions particulières pour le Séminaire de Paris.
III. Règlement du Séminaire des Missions-Etrangères.
Nous indiquons ci-dessous, pour chacun d'eux, les dispositions principales :
I .Projet de Règlement pour le Séminaire des Missions-Etrangères établi à Paris.
Il comprend 30 articles et l'on y trouve la trace des traditions des groupements de la rue Coupeau et de la rue Saint-Dominique.
art.1. But : la gloire de Dieu et la conversion des infidèles
art.2. Tous ses membres doivent être unis par la charité
art.3. Chacun se consacre à l'oeuvre des Missions en prononçant la formule du Bon Propos
art.4. Ils honorent Notre-Seigneur Jésus-Christ, la très Sainte Vierge, saint Joseph et les saints Anges
art.5 à 8. (un article spécial pour chacune de ces dévotions)
art.9. Les associés ne renoncent pas à la propriété de leurs biens, ils n'useront toutefois de leurs revenus que sur l'avis des Supérieurs.
art.10. Ils observeront l'uniformité pour le vivre, les vêtements, le mobilier.
art.11. Chaque année, cérémonie de rénovation du Bon Propos.
art.12. Chaque année également, retraite spirituelle.
Les articles suivants concernent la célébration ou l'audition quotidienne de la messe, le choix d'un confesseur et directeur, d'un moniteur pour la conduite extérieure, la fidélité aux exercices de piété.
art.17 et 18. Pour le gouvernement : 5 officiers, un supérieur, un ou deux assistants, un procureur, un ou deux conseillers nommés au scrutin.
art.19. Un associé ne pourra être renvoyé que si son renvoi est décidé par 4 officiers sur 5.
art.20. Les ecclésiastiques que l'on recevra seront au moins sous-diacres; les laïques ne seront admis qu'à l'âge de 30 ans, après avoir fait voeu de célibat.
art.21. Pour les ecclésiastiques; 3 mois de probation suivis d'une année d'épreuve (les conditions d'admission ou d'affiliation feront l'objet d'une étude plus approfondie).
art.22. Les domestiques seront soumis à 6 mois de probation suivis d'une épreuve d'un an.
art.23. Qualités requises : être d'une famille sans tache, d'un esprit raisonnable, d'un bon naturel, de bonne conduite et avoir de quoi subsister honnêtement.
art.24. Tous les séminaires ne feront qu'un même corps avec celui de Paris.
art.25. Chaque séminaire pourra avoir son règlement particulier.
art.26. Le Séminaire de Paris sera comme le chef de tous les autres et aura droit d'inspection sur eux.
art.27. Ceux qui travaillent dans les Indes Orientales et au Canada et n'ont pas encore été reçus du Corps du Séminaire de Paris pourront être agrégés, par délégation du Séminaire de Paris, par leurs supérieurs respectifs.
art.28. Ceux qui sont destinés aux pays étrangers seront formés à la vertu et à la connaissance de toutes les sciences ecclésiastiques et la pratique du saint ministère.
art.29. Ils prendront part aux missions données en France.
art.30. "Les Vicaires apostoliques des Indes et l'Evêque du Canada ont été considérés jusqu'à présent comme du Corps du Séminaire. S'il arrive que par la suite ils n'en soient pas, on les priera de ne disposer des sujets du Corps que de concert avec les Supérieurs du Séminaire."
II. Projet de constitutions particulières pour les Séminaires de Paris
Il ne comprend que trois articles qui sont le commentaire des articles 5, 9 et 10 du projet précédent.
1. Les revenus personnels de chacun seront employés en accord avec le Supérieur.
2. La pension à payer par chacun est fixée à 400 livres. On évitera la recherche dans le vêtement, comme par exemple l'emploi d'étoffes de soie ou autres qui auraient trop de lustre ou seraient d'un prix au-dessus du prix médiocre. Autant que possible on ne portera pas le deuil de ses parents. On se passera des services d'un valet particulier.
3. L'obéissnce en conformité avec l'exemple de Notre-Seigneur.
III. Règlement du Séminaire des Missions Étrangères
Divisé en 23 articles, il comporte un horaire des exercices de la journée et un certain nombre de recommandations qui nous font pénétrer dans le détail journalier de la vie de communauté.
Horaire de la journée
"On esveillera à 5 heures par le Bénedicamus Domino auquel on répondra Deo gratias. Dès qu'on aura fait le signe de la croix et donné son coeur à Dieu, on se lèvera avec modestie, et estant habillé on fera à genoux la prière du matin où l'on n'oubliera pas de prévoir les occasions où l'on pourroit offenser Dieu durant la journée.
à 5h.1/2 on descendra en silence à la chapelle, où après avoir adoré le Saint Sacrement on récitera les petites Heures.
à 6h. on fera la méditation jusqu'à 6h.3/4.
à 6h.3/4 on retournera à la chambre en silence pour estudier, chacun dira ou servira la messe à l'heure qui luy sera marquée. Après la messe on déjeunera debout et en silence, et estant retourné en sa chambre, avant que de se mettre à l'estude on lira un chapitre du Nouveau Testament à genoux.
à 9h.1/2 ou environ on sonnera la leçon de théologie.
à 11h.1/2 on descendra à la chapelle pour l'examen et l'angélus, après quoy on ira au réfectoire. Après disner on ira adorer le Saint-Sacrement et ensuite à la récréation.
à 1h.1/2 on sonnera vespres après lesquelles, pendant une demi-heure, on fera la répétition du chant ou des cérémonies.
à 2h.1/2 on retournera en silence à la chambre et on fera 1/4 d'heure de lecture spirituelle avant que de reprendre son estude.
à 4h.3/4 on sonnera la conférence de l'Ecriture Sainte.
à 5h.3/4 on descendra à la chapelle pour y faire une 1/2 heure d'oraison, après laquelle on récitera Matines; en Caresme on ne descendra à la chapelle qu'à 6 heures.
à 7 heures on ira souper, ensuite l'adoration au Saint-Sacrement, jusqu'à ce que l'on sonne la conférence ou la prière.
à 8h.1/4 l'on sonnera la conférence des cas de conscience.
à 9 heures, on fera la prière, puis on retournera à sa chambre en silence, et avant 10 heures tout le monde sera au lit; les jours qu'il n'y a pas de conférence, la prière se sonne à 8h.3/4.
Une fois la semaine, on prendra un jour de repos qui sera pour l'ordinaire le jeudy; on n'esveillera qu'à 6 heures, on ne fera que 1/2 heure de méditation le matin et 1/4 d'heure le soir, on ne récitera point en commun les petites Heures ny Vespres, on ira se récréer au lieu et de la manière que le directeur le marquera.
Les dimanches et les festes on chantera la grande Messe à 10 heures 1/4 Vespres à 2 heures.
En caresme et les jours de jeusne, on ne sonnera le disner qu'à 11h.3/4 et Vespres et Complie à 1h.3/4, on ne dira Matines qu'à 6h.1/2 du soir.
Le même règlement prévoit la confession une ou deux fois la semaine, la communion tous les dimanches et jours de fête, et le jeudi quand il n'y a pas de fête dans la semaine; les dimanches et jours de fête on communie à la grand'messe.
tous les quinze jours, rendre compte de son intérieur, hors de la confession, à son directeur.
chaque mois, quelques visites de prisons ou d'hospitaux.
chaque année, une retraite. A la fin des vacances quelques pélerinages comme à Saint-Denis et à Montmartre et ailleurs.
Autres prescriptions. - Chacun lira, servira au réfectoire, lavera la vaisselle, sonnera les offices, esveillera, fera la prière aux domestiques, fera choriste à l'office, balaiera la chapelle aux jours qui luy seront marqués.
Ils se souviendront de réciter l'office lors même qu'ils n'y seront pas obligés, entièrement, posément et dévotement, y gardant les médiations, prenant autant qu'il leur sera possible le ton du choeur, prévoyant ce qu'ils auront à y dire ou à faire, tenant les yeux baissés, ne croisant pas les jambes et ne s'appuyant pas d'une manière peu modeste.
Dans la lecture de table, on commence par un chapitre de l'Ecriture Sainte, excepté à la collation les jours de jeusne; on le lit debout et la tête nue; on lit de la même sorte le titre du livre qu'on va lire et des chapitres, après quoy on s'assied et on ne se découvre plus qu'aux saints noms de Jésus et de Marie. A la fin du disner on lit le martyrologe en la même posture que la sainte Ecriture. Afin que l'âme prenne sa refection en mesme temps que le corps on taschera de profiter de la lecture, l'escoutant avec respect; on ne se donnera pas la liberté de rire quand on entendra quelque chose d'un peu simple.
Chacun aura soin de se tenir propre sur soy et dans sa chambre, il la balaiera au moins une fois la semaine, il fera son lit tous les matins, il ne jettera point d'eau par les fenêtres, il ne fermera point sa porte en dedans, il ne retirera point la clef lorsqu'il y sera, il n'ira point dans la chambre des autres sans nécessité et il n'ouvrira point leur porte sans avoir frappé et sans qu'on luy ait respondu.
Ils ne feront rien paroistre de leur extérieur qui ressente encore l'esprit du monde, comme en ce qui regarde les habits, la barbe, les cheveux qu'ils porteront dans la modestie et la simplicité ecclésiastique; ils feront rafraîchir leur couronne les samedis et veilles de grandes festes, et jamais les jours de dimanche et de festes.
Quand ils auront besoin de quelques hardes, meubles, livres ou autres choses de la maison, ils les demanderont à celuy qui en sera chargé, et ils les luy remettront exactement entre les mains quand ils ne s'en serviront plus. On n'emportera point en sa chambre les choses qui servent à la communauté et les livres d'église ou du réfectoire, encore moins ceux de la bibliothèque, ni ce qui est à l'usage des particuliers sans les advertir.
Ils se rapporteront exactement au jugement des supérieurs et des directeurs pour la réception des ordres, réprimant l'empressement qu'ils pourraient avoir de s'en approcher. Ils s'y prépareront par une retraite avant que de célébrer leur première messe, apportant toute la révérence à une si grande action.
Pour avoir ces réglements toujours présents, ils les reliront attentivement tous les mois, ou en entendront exactement la lecture."
Certains des détails ci-dessus rapportés pourront paraître d'une excessive minutie : ils ont du moins l'avantage de nous enseigner sur les usages d'une communauté ecclésiastique au XVIIème siècle.
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