| Année: |
1885 |
| Pays: |
France |
| Ville: |
PARIS |
ART. II.
Séminaire de Paris et autres établissements communs en Europe.
I. SÉMINAIRE DE PARIS.
Pour la première fois depuis sa fondation, notre Séminaire a vu, en octobre dernier, le nombre de ses élèves atteindre 200, dont 134 dans la communauté de Paris et 68 dans celle de Meudon. Ce chiffre, considérable en lui-même, est cependant peu de chose, si l’on réfléchit aux pays immenses que nous avons à évangéliser, aux demandes pressantes de nos vingt-cinq missions, et aux éventualités de l’avenir. Dans le courant de l’année, nous avons envoyé quarante-neuf nouveaux missionnaires, et nos aspirants se trouvent aujourd’hui réduits à 163.
MM. Armbruster, Favreau et Chibaudel demeurent spécialement chargés de la communauté de Meudon. MM. Rousseille, Cazenave et Lesserteur sont investis de fonctions qui ne leur permettent pas de résider à Paris. Ainsi les directeurs présents au Séminaire se sont trouvés, depuis le mois de mars jusqu’aux vacances, réduits à six, nombre absolument insuffisant. Il a donc fallu, pendant ce semestre, doubler les fonctions pour plusieurs d’entre nous, ce qui offre toujours quelques inconvénients pour la perfection du travail. Aussi est-ce avec une joie sans mélange que nous avons salué l’arrivée de deux nouveaux directeurs : MM. Mutel et Mollard, le premier envoyé par le groupe des missions du Nord, le second par celui du Tong-King. M.Mutel est chargé du cours de liturgie, du serétariat du conseil et des archives. M. Mollard, continuant les fonctions qu’il remplissait dans sa mission, professe la théologie dogmatique.
En établissant la communauté de Meudon, un examen approfondi ne nous laissait aucun doute sur l’utilité de cette institution. Nos prévisions ont été entièrement confirmées par l’expérience de ces trois années. Cette petite communauté réalise toutes nos espérances, et la seule chose qui laisse à désirer est le local qu’elle occupe.
Les bâtiments de Meudon n’avaient pas été disposés pour une maison d’études. En outre, ils sont occupés, du 1er juillet au 15 septembre, par la communauté de Paris. Nos philosophes doivent donc chercher pendant ce temps un gîte ailleurs. Jusqu’ici, Mgr l’évêque d’Orléans, avec la plus exquise bienveillance, nous a donné l’hospitalité dans les bâtiments, aujoud’hui inoccupés, de l’antique abbaye de Ferrières, et cette faveur nous sera renouvelée plusieurs années encore. En tout cas, nous n’avons pas, nous n’avons jamais eu, la pensée de construire un bâtiment spécial pour notre petite communauté. Que si ce bâtiment devenait véritablement nécessaire, la bonne Providence, qui ne nous a jamais manqué, se chargerait, nous l’espérons, de nous le donner à son heure.
L’expérience du Sanatorium établi en France est un peu moins longue ; mais l’œuvre existe, elle est organisée, elle marche d’une manière satisfaisante, sous la direction de notre cher confrère, M. Lesserteur, et cette première année de son existence ne fait que nous confirmer dans la pensée que cette oeuvre était utile.
Quant au choix du lieu, il était difficile de prendre immédiatement une résolution définitive, vu surtout que nous ne voulions pas faire la dépense d’un achat de terrain et d’une construction. Nous avions simplement arrêté de placer notre établissement dans le midi de la France, pour éviter à nos malades un hiver trop rigoureux. Aujourd’hui la divine Providence semble avoir fixé elle-même notre séjour définitif.
Mgr Forcade (que nous avons eu la douleur de perdre il y a quelques mois, et auquel nous devons la plus grande reconnaissance pour l’affection , l’intérêt et le dévouement qu’il n’a cessé de nous témoigner jusqu’à la mort), Mgr Forcade désirait extrêmement avoir dans son diocèse cette portion de la famille des Missions-Étrangères. Mais, malgré la meilleure volonté de l’éminent prélat, on n’avait pas pu trouver un local suffisant et approprié à nos besoins, lorsqu’une proposition imprévue et paraissait fort avantageuse nous détermina (avec l’agrément et l’approbation de l’archevêque d’Aix) à passer à Hyères. Nous ne prîmes dans cette ville qu’un simple loyer, afin de ne pas engager prématurement l’avenir. Ce fut heureux, car, après examen, les dépenses d’appropriation qui auraient été nécessaires et diverses autres raisons nous déterminèrent à refuser le terrain que nous était offert.
En même temps, la main de la Providence mettait à notre disposition, dans les environs de Montauban, une maison aussi spacieuse que nous pouvons la désirer, très bien disposée pour les missionnaires malades, située dans un endroit absolument sain, et sous un climat suffisamment tempéré pour éviter à nos malades l’excès, également préjudiciable, et du froid et de la chaleur. Une offre si avantageuse ne pouvait qu’être acceptée avec reconnaissance, et c’est là que, vers le mois de mai prochain, notre Sanatorium se trouvera définitivement installé.
Marseille devenait, il y vingt-cinq ans, avec l’établissement des Messageries maritimes, l’unique port d’embarquement pour tous nos missionnaires. Cette circonstance fit naître de vives sympathies pour notre œuvre, et quelques familles demandèrent le privilège de loger nos partants. C’était une œuvre nouvelle qui surgissait, dont les quatre frères Germain et leurs pieuses cousines, Melles Marie et Rosine Francou, furent l’âme. Cette œuvre, en se développant, est devenue la Procure de Marseille, qui rend à missions les plus précieux services. Des quatre frères Germain, trois sont déjà passés à une vie meilleure ; mais leur dévouement subsiste toujours dans la personne de l’unique survivant, M. Gustave Germain *.
A Rome, M. Cazenave met au premier rang de ses devoirs le soin de la cause de nos Vénérables Martyrs. Dans la Lettre Commune du 31 décembre 1883, nous avons fait connaître où en était au juste cette procédure. Tous nos martyrs, on s’en souvient, sont réunis en deux causes : la première comprend ceux qui ont été déclarés Vénérables par décret de Grégoire XVI, en 1840 et 1843, et par Pie IX en 1857. La seconde comprend ceux dont la cause a été introduite par Léon XIII en 1879.
Pour les martyrs de la première cause, à la date du 31 décembre 1883, notre avocat était occupé à imprimer sa grande thèse pour démontrer que, dans tous et chacun des procès apostoliques, instruits dans nos missions ou ailleurs, toutes les règles prescrites par la Sacrée-Congrégation des Rites avaient été exactement observées.
Cette thèse, qui forme un volume in-4o de 617 pages, a été remise en mai 1884 au sous-promoteur de la Foi, avec les volumes des procès, au nombre d’une vingtaine. Quinze de ces volumes viennent de nos missions, les autres des évêchés de Versailles et de Reims, où l’on a fait l’examen canonique de deux miracles obtenus par l’intercession des vénérables serviteurs de Dieu ; et de l’archevêché de Paris, qui a été chargé de faire la collection de leurs écrits et le procès de non-culte pour ce qui concerne la France.
L’examen d’un tel dossier est un travail très considérable, et le sous-promoteur n’a pas encore pu en commencer l’étude avant la fin de cette année. Il n’est donc pas certain que la Sacrée-Congrégation des Rites soit en mesure de porter, dans le courant de 1887, son jugement sur la validité des procès. Car elle n’examinera cette cause que lorsque le sous-promoteur, après avoir achevé l’examen des documents, aura formulé ses objections, et que l’avocat y aura répondu. Du reste, tout permet d’espérer que le jugement de la Sacrée-Congrégation sera favorable.
* 9 février 1886. – Cette lettre est encore sous presse quand nous recevons la nouvelle de la mort de Melle Rosine Francou, et nous nous faisons un devoir de la recommander aux prières de tous les membres de notre Société.
La deuxième cause de nos martyrs, celle introduite en 1879, suit son cours régulier. Les procès apostoliques se font dans nos missions. Celui du Tong-King Méridional est arrivé depuis quelques temps, et la copie officielle a déjà été faite. Celui du Tong-King Occidental est aussi arrivé, et sera ouverte prochainement par la Sacrée-Congrégation des Rites. Espérons que les autres ne tarderont pas à venir.
C’est un devoir de famille pour tous les membres de la Société de prier et de faire prier pour le succès de cette grande cause. Nos martyrs nous rendront auprès de Dieu dans le ciel, ce que nous ferons pour leur glorification sur la terre. Et combien n’avons-nous pas besoin, à l’heure présente, de leur intercession ! Que de désastres accomplis dans nos missions! Que d’incertitudes dans l’avenir ! Et cependant, vous le savez, Nosseigneurs et Messieurs, tous les dangers ne sont pas dans l’Extrême-Orient. Partout nous avons un besoin pressant d’appeler sur nous la protection divine. Ici, nous avons continué de dire trois fois par semaine, et souvent quatre ou cinq fois, la messe de communauté pour les besoins de nos missions et de notre œuvre en général. Nos aspirants prient aussi beaucoup à la même intention. Nous savons que, de toutes nos missions, les mêmes supplications s’élèvent vers le trône de la divine miséricorde ; aussi, malgré toutes les causes de crainte, nous espérons.
Pour être agréée de Dieu, cette union de prières n’a sans doute pas besoin de revêtir parmi nous une forme particulière et déterminée. Il n’en est pas moins vrai que souvent la forme extérieure est un garant d’exactitude, et un stimulant pour la ferveur. Ensuite, les besoins de l’heure présente sont si urgents et si multiples, que plusieurs se sont demandé, s’il ne serait pas utile de donner parmi nous à la prière une organisation telle, que tous les jours de l’année, et à chaque heure du jour, il y eût un ou plusieurs membres de la Société chargés de représenter tous les autres devant le trône de Dieu, et d’implorer la divine miséricorde pour les besoins de le Société entière.
On nous pardonnera de nous faire ici l’écho de cette pensée. Le motif qui l’a inspirée est certainement partagé par tous nos confrères. La divergence, s’il y en avait une, ne pourrait porter que sur le mode d’exécution. Quant à nous, cette exécution nous paraîtrait facile. En réduisant à une demi-heure par semaine le temps demandé à chacun des 751 membres de la Société pour cette prière commune, il y aurait chaque jour plus de 100 missionnaires pour remplir ce devoir. Et puis, même en restreignant ce saint exercice aux seules heures du jour, nous obtiendrions, par le seul fait de la différence de longitude entre Paris et l’Extrême-Orient, le bénéfice inappréciable de la prière perpértuelle.
Veuillez agréer les sentiments de très respectueuse affection avec lesquels nous avons l’honneur d’être, en union de prières et de saints sacrifices,
Nosseigneurs et Messieurs,
Vos très humbles et très dévoués serviteurs:
Pour les directeurs du Séminaire:
P. B. DELPECH, Supérieur*.
* Le peu de temps dont je dispose ne m’aurait pas permis de faire face au travail de cette lettre, si je n’avais été puissamment secondé par la bonne volonté d’un confère. J’ai notamment confié à sa plume la partie nécrologique tout entière, qui, cette année, hélas ! n’était que trop étendue.
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