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Notice biographique

LABORDE Jean

LABORDE Jean (1920-1998)
INDE
[3887]. Jean-Cadet LABORDE est né le 13 mars 1920 à Oraàs, petit village du canton de Sauveterre de Béarn, dans une famille rurale. Ses parents Albert-Pascal Laborde et Marie Lescarboura habitaient la maison "Bernaguilhem" et travaillaient dur sur leur ferme pour élever leurs sept enfants (cinq filles et deux fils). L'autre fils se noya en août 1944, à l'âge de vingt-trois ans, en allant se baigner avec des amis dans le gave d'Oloron. C'était l'époque où chaque village du Béarn avait encore un curé. Peut-être Jean a-t-il été marqué par l'un d'eux ? Il était très discret sur l'histoire de sa vocation. Après des études primaires au village natal, il entra en 1934 au collège des pères de Bétharram fondé par Saint Michel Garricoite en 1838 ; le 15 août 1939, il joignit leur noviciat ; il était encore avec eux à Montréal (Gers) quand il fut classé bon pour l'armée et incorporé le 10 juin 1940.
La Deuxième Guerre mondiale avait été déclarée le 3 septembre 1939; dix jours après son incorporation, il est fait prisonnier à Vannes par les troupes allemandes. Suivirent cinq longues années au stalag XI B près de Hanovre où il connut la faim, la promiscuité et les bombardements; il se dévoua beaucoup pour les autres prisonniers. Ayant appris l'allemand et l'italien, il leur servit d'interprète, n'oubliant pas d'écrire à son maître du noviciat. En avril 1945, avec la victoire des Alliés et la libération des prisonniers et déportés, Jean est de retour au pays natal ; sa carte d'ancien prisonnier, pour cette année, mentionne qu'il réside au grand séminaire de Bayonne. La raison de changement d'orientation est que sa famille et ses amis avaient fait pression sur lui ; la mort tragique de son frère les avait bouleversés. Aussi pensaient-ils que sa présence dans le diocèse de Bayonne atténuerait leur douleur.
Cependant Jean entre aux Missions Étrangères de Paris le 4 novembre 1946. Dans sa demande d'admission, il s'en explique. Ayant déjà terminé une année de philosophie et une autre de théologie, il écrit en date du 7 juin 1946 :
"C'est pendant ma captivité que s'est affermi en moi ce désir d'être un jour missionnaire. J'avais l'intention de rentrer chez vous dès octobre, lorsque quelques mois avant mon retour, je perds accidentellement mon frère âgé de vingt-trois ans. Terrible épreuve pour ma famille. M'ayant conseillé de ne pas leur faire part de mon projet, dès mon retour, je me suis résigné à retarder ma demande d'admission. Mes parents profondément chrétiens, ne m'ont point fait de difficulté et j'en remercie de tout cœur Sainte-Thérèse".
Le supérieur de l'époque était le père Paul Destombes, un ancien missionnaire de Malaisie, plein de bonté et de compréhension pour tous ses séminaristes rentrés d'Allemagne, mûris par beaucoup d'épreuves physiques et morales ; par exemple, il leur était permis de fumer ! Les manquements au règlement du séminaire étaient rappelés avec gentillesse et sourire. Jean Laborde était surtout célèbre comme joueur de football et de pelote basque ! Il fut ordonné prêtre le 17décembre 1949 par Mgr Charles Lemaire, avant la fin de ses études et reçut sa destination pour la mission de Mysore.

Parti par bateau le 3 mars 1951, il arrive à Mysore en avril à l'âge de trente-et-un ans. Mgr Feuga le place à la cathédrale Sainte-Philomène avec le père F. Audiau pour qu'il y apprenne la langue tamoule. Jean préférait l'apprendre en jouant au football avec ses jeunes paroissiens ! Un jour de "Dassara", la grande fête de Mysore en octobre, Jean était en short après un match alors que ces "messieurs et chers confrères" étaient en soutane noire à attendre le passage du Maharaja, juché sur un éléphant carapaçonné ! Cela lui valut les foudres de son curé. Mgr Feuga était un père patient et bon pour ses prêtres mais trop, c'est trop! Il fut donc décidé d'envoyer Jean à Lovedale, sur les Nilgiris, pour le placer sous la férule d'un ancien combattant. Le père Paul Crayssac avait fait toute la Première Guerre mondiale et y avait perdu une jambe. Sa jambe artificielle lui valait le surnom de "nondi swamiar" le prêtre boiteux ! À Lovedale plus de football mais des classes régulières de tamoul entre les visites des paroissiens, en compagnie du catéchiste, sans oublier les comptes rendus à son curé.
Ce dur apprentissage ne dura que peu de mois (novembre 1952-février1953) apportant un soulagement au vicaire comme au curé ! Mgr Feuga nomme Jean curé de Ketti, la paroisse voisine au pied de Lovedale, paroisse complètement différente car la majorité des catholiques y sont de race Badaga. L'évangélisation de cette tribu a toujours été chère au cœur des missionnaires "Mep" même si leurs efforts ont porté peu de fruits, sauf à Ketti. Rappelons le nom de quelques "grands" pionniers, les pères Robin, Foubert, Gudin, Tignous, Perie. Jean Laborde suivra leurs exemples et restera à Ketti jusqu'en mai 1968 ; entre-temps, en juillet 1955, le nouveau diocèse d'Ootacamund est détaché de celui de Mysore. Jean est un excellent pasteur, même si ses homélies en tamoul n'ont pas grande valeur académique. Il enseigne le catéchisme, chaque dimanche, en posant des questions à ses paroissiens. Jean n'est pas un théologien en chambre mais un homme d'action.
Il agrandit le chœur de l'église bâtie par le père Perie ; il construit des maisons pour ses paroissiens et travaille de ses mains avec les maçons. Qui a oublié Jean et sa moto Harley-Davidson, transportant des sacs de ciment sur la route escarpée de Santhoor ? Pour les jeunes, il aplanit le terrain près du presbytère et joue au football avec eux ; hélas, un de ses successeurs le transformera en champ de pommes de terre ! Le soir, avec son béret basque et son éternel cigare à la bouche, Jean visite ses paroissiens éparpillés sur la montagne. Souvent il lui faut apaiser des querelles familiales ou subir les injures de ceux qui ont trop bu ! Il ne se décourage pas et améliore peu à peu la situation matérielle et spirituelle de ses ouailles.

En 1960, il prend son premier congé et en profite pour faire découvrir le pays basque et le Béarn à son évêque, Mgr Anthony Padiyara (le futur cardinal et archevêque majeur du rite syro-malabar au Kerala). En décembre 1968, après être revenu de son congé, Jean part pour Kalhatti, à une dizaine de kilomètres d'Ootacamund pour y créer une nouvelle paroisse ; ses chrétiens sont des baptisés de fraîche date, des pauvres journaliers vivant dans des huttes ; de plus, en jeep, il lui faut visiter les dessertes de Moyar, Masanagudi, Singara, villages perdus au milieu de l'immense forêt ; là ses paroissiens sont des employés de la régie de l'Electricité, travaillant dans les centrales hydro-électriques de Pykara. Jean visite régulièrement ces chrétiens éloignés pour leur assurer une messe mensuelle. Sur la route très raide qui mène à Masinagudi, il n'est pas rare d'y rencontrer éléphants et autres animaux sauvages ! Il redevient bâtisseur à Kalhatti (église et presbytère) sans oublier ses paroissiens. Peu à peu la montagne se couvre de centaines de petites maisons, robustes et coquettes qui remplacent les huttes.
Tout cela est fait discrètement, sans publicité. "Que ta main gauche ignore ce que fait la main droite" (Mat..6.3). Une banque d'Ootacamund, la "State Bank of India" avait posé des affiches à Kalhatti pour avertir les villageois qu'elle les aiderait financièrement. Jean Laborde a lui seul, a fait beaucoup plus que cette banque ! Son but était d'aider les plus pauvres à avoir un minimum de bien-être et d'abord un toit pour leurs famille, choqué qu'il était par leur misère ; il répétait souvent que les pauvres ont déjà leur billet pour le Ciel. Son travail d'évangélisation n'ignorait pas leurs besoins matériels, suivant ainsi l'exemple du Christ. Rien ne le décourage : un matin il s'aperçoit que pendant la nuit, des voleurs avaient enlevé les quatre roues de sa jeep ! lui n'avait rien entendu !

Pendant cinq ans et demi, il loge à Kalhatti puis prend un troisième congé en mai 1974. A son retour en janvier 1975, il change le centre de sa paroisse et vient s'installer à Indunagar, dans la banlieue d'Ootacamund. Vers les années 1970, une importante usine de films y avait été construite et beaucoup de ses paroissiens travaillaient dans cette usine du Gouvernement. Entre temps Masinagudi avait été érigée en paroisse et Jean n'avait plus à faire ses randonnées à travers la jungle. A Indunagar, le diocèse avait acheté un terrain mais il n'y avait rien. Jean y bâtit une église dédiée à Notre-dame de Lourdes et un presbytère très modeste.
Chaque année, la fête patronale y est célébrée avec grande dévotion. Jean aime cette procession des Chrétiens, portant des bougies, chantant et priant comme à Lourdes. Il continue de bâtir des maisons à Kalhatti, Sholada, Azhagamalai, Ekkuni, sans faire de distinction entre Hindous et Chrétiens. Croyant à la dignité du travail manuel, il demande au futur bénéficiaire de rassembler les pierres nécessaires à la construction, de creuser les fondations avec les maçons. Lui donnera le bois et les tuiles qu'il transporte dans sa légendaire vieille jeep. Frugal, il se contente d'un peu de café et de pain le matin, puis part inspecter la construction des maisons ; le midi, il apaise sa faim avec quelques biscuits et une tasse de thé. Chaque soir, à Indunagar, il visite une famille différente, bavarde et prie avec elle et partage le seul vrai repas qui lui est offert. Voilà son régime de vie, pendant des années, avec toujours quelques cigares dans ses poches ! Il n'oublie pas la messe mensuelle à Kalhatti, Sandinallah et Sholur.

En août 1977, le père Jacques Gravier meurt soudainement au sanatorium Saint Théodore à Wellington. Les supérieurs de notre Société font appel à Jean pour s'occuper de la maison et de la propriété ; il le fera jusqu'en juin 1994 quand la Société fera cadeau de cette propriété au diocèse d'Ootacamund. Tout en continuant d'être curé à Undunagar, il assume cette responsabilité supplémentaire, ce qui n'est pas une sinécure avec les comptes à rendre au Gouvernement de l'Inde.
Il bâtit aussi des maisons pour les employés du sanatorium, ce qui deviendra un petit hameau "Arulnagar" ainsi nommé à l'occasion des vingt-cinq ans de sacerdoce de Mgr Aruldas James, le troisième évêque du diocèse. En juin 1978, Jean fait une chute près de son presbytère et se casse une jambe ce qui lui vaut un mois d'hôpital chez les Sœurs Catéchistes à Ooty. C'est le seul accroc de santé de toute sa vie; En 1985, après dix ans, il prend un quatrième congé. Lors de celui de 1990, il enterre sa vieille maman à Otaas ; en mai 1995, ce sera son dernier congé au pays natal, faisant un tour pour visiter ses confrères à Hongkong et Tokyo mais surtout pour passer un mois à San Francisco chez sa sœur Henriette, son vieil ami, Joseph Jaunet, l'accompagne dans ce périple.
Avec l'âge, les forces de jean peu à peu déclinent ; il cesse les visites du soir, ses paroissiens préférant regarder leur poste de télévision plutôt que de bavarder avec leur pasteur ! Il décide de se retirer au sanatorium Saint Théodore en juin 1998. Le seigneur a un autre plan pour lui. Un matin de février, Jean part faire un petit tour dans Ooty, avec sa jeep ; en descendant de voiture, il tombe incapable de se relever ; des passants le ramènent à Indunagar, en autorickshaw.
Bien contre sa volonté, il finit par accepter que le père Stanislaus, l'ancien vicaire général l'emmène à Coonoor à l'hôpital Sagaia Matha ; le docteur, les religieuses et les infirmières font de leur mieux mais l'état de ses poumons, du foie et des reins est très grave. Les confrères, des religieuses et ses paroissiens lui rendent visite. De Mysore, Mgr Roy vient le réconforter en compagnie des pères Cornu et Jaunet mais c'est Jean qui dit à ce dernier : "Tiens, te voilà mais tu devrais être mort" faisant allusion à l'état délabré de Joseph Jaunet lors de son jubilé sacerdotal ! Il ne se plaint pas à propos de ses souffrances mais demande sa mère et …. sa jeep ! Après cinq semaines, il s'éteint doucement le jeudi 12 mars au matin, la veille de ses soixante dix-huit ans. Les confrères de la région étaient en réunion à Mysore, pour discuter le programme de l'assemblée générale Le résultat est que presque tous, nous étions à Ootacamund, le lendemain à l'église St Mary's, pour ses funérailles présidées par Mgr Anandarayar. Dans son homélie, le père Stanislaus, a bien résumé les qualités de notre confrère :
- un amour sincère et concret des pauvres, à l'exemple de Saint François d'Assise ; il a dépensé tout son temps et son bien pour eux, se contentant du minimum pour lui-même ;
- une pitié simple et solide : la lecture de l'Évangile lui était familière.

Preuve en est son exemplaire du Nouveau Testament (TOB) tout usé à force d'avoir été feuilleté ! Il aimait une liturgie bien animée et voulait que l'assistance y participe, en chantant. Il dépensa beaucoup pour acheter des instruments de musique pour que la liturgie soit plus vivante.
- un grand amoure de la Vierge Marie : chaque soir, il ne manquait pas de prier le chapelet, en arpentant le terrain de l'église ; au dessus de l'autel à l'église d'Indunagar, il avait faire écrire ces paroles de Marie : "Faîtes tout ce qu'Il vous dira (Jean 2,8). Là était toute sa spiritualité.
En conclusion, citons un article du journal local Nilgiris-Today à propos de notre confrère : "Le père Laborde a beaucoup contribué au développement social, au bien-être et à l'indépendance des pauvres et des opprimés. Il a ainsi montré que c'est une fausse accusation de dire que les missionnaires viennent seulement pour convertir les gens au christianisme. Il encourageait les jeunes à acquérir une formation professionnelle et à monter leur propre entreprise. Que son âme repose en Paix".

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