| Année: |
1875 |
| Pays: |
Inde |
| Mission: |
Mayssour |
| Rédacteur: | Mgr Chevalier |
Maïssour.
1875
“Nos établissements , écrit Mgr Chevalier, en nous adressant son compte rendu, continuent à prospérer et nous donnent beaucoup de consolation. Cependant nous voudrions étendre encore leurs moyens d’action, pour faire le bien sur une plus grande échelle. L’idée qui nous préoccupe fort, pour le moment, est d’améliorer notre collège européen, qui, grâce à Dieu, prend un accroissement extraordinaire. Si nous voulons ne pas nous laisser trop dépasser par les florissantes écoles des protestants, il nous faut faire quelques améliorations, et pour le personnel et pour les bâtiments.. Au personnel actuel, il faut, au moins, ajouter un prêtre. Quant aux bâtiments, ceux qui existent actuellement ne peuvent suffire, même avec la meilleure distribution possible, au logement des maîtres et à celui des élèves qui nous arrivent de tous côtés. Donc, il faudra bâtir.
« Pour rendre notre collège plus respectable aux yeux des Anglais, si susceptibles pour la manière dont les enfants sont traités, il faudra diviser nos élèves . Les orphelins, nés de parents pauvres, devront être retirés du collège et placés dans un orphelinat proprement dit. Mais pour en venir là, outre beaucoup de prudence et de patience, il faudra aussi de fortes dépenses.
« C’est avec une bien vive satisfaction que je vous donnerai quelques détails sur les peines, les travaux et les voyages du bon M. Barré. Il a pour district la partie ouest du Wynaad. Ce vaste pays, où la mousson se fait sentir pendant six mois de l’année, est planté de plusieurs millions de caféiers. Parmi les nombreux ouvriers employés dans ces immenses plantations, se trouve un bon nombre de catholiques. Il a fallu à ce cher confrère une patience et une persévérance inouïes, pour choisir des terrains et ramasser les matériaux nécessaires à la construction des chapelles. Pendant trois ou quatre ans, quoique souvent poursuivi par les fièvres, et sans d’ailleurs négliger les fonctions de son saint ministère, il a souvent exercé le métier de maçon, de charpentier, etc. Enfin, au prix de mille peines, il a pu s’établir dans quatre ou cinq localités et commencer à y construire des chapelles… Mais il fallait achever les travaux commencés… Aussi, tant pour se débarrasser des fièvres qui le fatiguaient, que pour plaider la cause de ses chapelles inachevées, il est venu nous faire une visite. Touché du récit de ses peines et de ses privations, notre conseil lui a généreusement alloué 1000 roupies, pour terminer ses travaux .
« Il y a, à Bangalore, une bonne femme catholique qui est aveugle. Elle a un talent tout spécial pour connaître les maladies des enfants ; aussi, chrétiens , païens et musulmans viennent à elle avec confiance. Elle use de son talent et de cette confiance pour baptiser beaucoup d’enfants, à l’article de la mort, et elle envoie ainsi au ciel bien des âmes purifiées. C’est bien le cas de dire : Spiritus ubi vult spirat.
« L’année 1875 est, pour cette vaste presqu’île de l’Inde, une année exceptionnelle. Les pluies ont fait défaut, et le cultivateur pourra à peine recueillir la moitié d’une bonne récolte. Si la mousson de l’est ne nous amène pas de fortes pluies, nous sommes bien menacés d’une sécheresse, qui sera suivie de famine , pendant les quatre ou cinq premiers mois de 1876. Déjà , les marchands accapareurs, se prévalant du manque d’eau, ont haussé le prix des grains. Hélas ! que ne feront-ils pas en avril et mai prochain, appuyés sur le grand principe du free trade ?…Je prévois déjà, avec grande appréhension, la situation malheureuse où vont se trouver un bon nombre de nos familles catholiques. Espérons que le bon Dieu aura pitié de nous ! »
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