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Rapport annuel des évêques

Année: 1875
Pays: Inde
Mission: Pondichéry
Rédacteur:Mgr Laouënan

Pondichéry
1875

Si , l’année dernière, nous fûmes privés du compte rendu de la Mission de Pondichéry, à cause de l’époque anticipée à laquelle il aurait dû être envoyé, nous sommes largement dédommagés, cette année, par les beaux résultats que l’on nous communique, tant pour 1874 que pour 1875, jusqu’au 1er septembre. Dans ces 21 mois, les baptêmes d’adultes ont atteint le magnifique chiffre de 3,021, et, comme nous allons le voir dans les passages des lettres de Mgr Laouënan que nous citons plus bas, sans le manque de ressources, ils eussent été encore plus nombreux.
« Le fait le plus saillant de l’année, écrivait S.G., en décembre 1874, c’est un grand mouvement de conversions, qui s’est produit dans le district de Nangattour, situé à environ quarante milles à l’ouest de Pondichéry. Depuis une douzaine d’années, ce district nous fournit, annuellement, une moisson consolante de néophytes ; on peut en évaluer le chiffre total à environ 1800. Mais, cette année, le mouvement a été plus accentué que de coutume ; comme il s’est produit assez tard, il n’a pas encore porté tous les fruits qu’il a promis ; cependant, de quatre à cinq cents païens ont déjà été baptisés, et un plus grand nombre de catéchumènes apprennent les prières et se préparent au baptême. Trois de mes chers confrères, un missionnaire européen et deux prêtres indigènes, sont presque exclusivement occupés à les instruire ; car ils sont dispersés en plusieurs villages, assez éloignés les uns des autres.
« Dans le district d’Attipâkam, qui est limitrophe de celui de Nangattour, la moisson est également consolante, les espérances sont belles aussi. Le nombre des baptêmes de païens s’y est élevé à en environ deux cents, et plusieurs autres familles demandent à être instruites. »
Ces espérances de la fin de 1874 se sont merveilleusement réalisées, puisque, du 1er janvier au 1er septembre 1875, plus de 2,000 païens ont reçu le baptême !
« Mais en vous transmettant ce résultat, si heureux et si consolant, du zèle et du dévouement de mes chers confrères, nous écrit Mgr Laouënan, je suis obligé de vous annoncer qu’il ne se renouvellera point, à moins qu’on ne nous vienne en aide d’une façon toute spéciale. Les païens qui viennent nous demander l’instruction chrétienne et le baptême sont généralement de pauvres gens, la plupart parias, demi-esclaves, journaliers, souvent des mendiants. Comme ils ne peuvent travailler pour vivre, pendant le temps qui leur est nécessaire pour apprendre suffisamment les prières et la doctrine, nous devons les nourrir durant le catéchuménat. L’usage est, en outre, de donner à chacun une toile neuve le jour du baptême ; s’il sont mariés, la femme aura un taly païen, et il faut lui en donner un autre. Les catéchistes qui sont employés à leur instruction doivent être récompensés. Il faut, de plus, acheter des terrains pour des chapelles, des presbytères, des cimetières. Finalement, tout cela nous impose des dépenses considérables. Le compte fait pour le seul entretien des catéchumènes donne, pour chacun, une moyenne de 8 francs : si l’on y ajoute les autres dépenses, nous pouvons dire que chaque catéchumène nous coûte de 10 à 12 francs.
« Bref, la charge a été telle, qu’après un examen attentif de notre situation financière, nous nous sommes crus obligés de suspendre cette œuvre pour un temps ; car nous ne pouvons la continuer, sans engager l’avenir de la Mission. Ce n’est pas sans un grand serrement de cœur et sans une vive angoisse que j’ai pris cette détermination. Sommes-nous dans le vrai ordre apostolique, en arrêtant une telle et si excellente œuvre, pour des considérations de prudence tout humaine ? N’est-il pas à craindre que cette interruption, qui, dans mon intention et mon espérance, doit être seulement momentanée, ne tarisse ce courant de conversions, ou, tout au moins, ne l’affaiblisse grandement ?
« Quoi qu’il en soit, la chose a été faite avec l’espoir que de nouveaux appels adressés aux Conseils des œuvres qui s’occupent des Missions, nous procureront quelques autres ressources et nous permettrons ainsi de reprendre le travail. »
Nous avons d’ailleurs appris par nos correspondances particulières que Mgr Laouënan, sentant parfaitement que tant de conversions devaient faire surgir, de tous côtés, des besoins particuliers, spécialement pour des chapelles et des résidences de missionnaires , a entrepris de visiter lui-même les districts, afin de mieux apprécier ces besoins.
Cette visite du premier pasteur n’aura pas manqué, d’ailleurs, d’encourager dans leurs travaux, nécessairement pénibles malgré le succès, nos heureux confrères à qui la divine providence donne de recueillir une si belle moisson. Elle a aussi grandement réjoui les nouveaux chrétiens , qui, partout, ont fait éclater leur joie par toutes sortes de manifestations.
Monseigneur a visité ainsi, successivement, Vicravandi, Allâdhy, Nangattour, Vettavalam, Cangapettou, Attipâkam et Môgour. Dans une autre tournée, S.G. a dû visiter encore les districts de Périavalatcherry, Pratacoudhy, Vadouguerpatty et Paléam.
Au retour de l’une de ces visites, Mgr Laouënan, jetant un coup d’œil d’ensemble sur son vicariat, n’estimait pas à moins de 150 le nombre des constructions de chapelles ou de presbytères à achever ou à entreprendre, pour répondre aux besoins urgents des populations et des prêtres.
« Et, ajoute, S.G., du train dont vont les choses (grâce à Dieu !) ce ne sera pas à moitié achevé, qu’il aura surgi de nouvelles et non moins pressantes nécessités. Humainement, il y a de quoi se déconcerter ; mais la bonne providence, qui nous a déjà fourni les moyens de tant faire, dans cette Mission, et qui suscite ces nouveaux besoins, nous enverra encore, et toujours, le nécessaire pour cela comme pour tout le reste. »
Dans sa dernière lettre, Monseigneur nous parle aussi d’une œuvre nouvelle qui vient s’ajouter à sa sollicitude pastorale, en se présentant comme d’elle-même, mais qu’il n’est pas possible de refuser. C’est la direction d’une grande école générale , qu’un riche païen construit, à ses frais, et dont il a fait, d’avance, la donation au gouvernement . L’idée première de cette école était entièrement hostile à la Mission catholique ; les riches païens voulaient avoir, pour leurs enfants, un établissement qui rivalisait avec le séminaire-collège de Pondichéry. Mais, ensuite, il est survenu divers incidents, ménagés certainement par la providence, qui ont amené à un résultat bien différent du premier plan, car on a proposé à Mgr Laouënan de se charger de la direction de la future école. Cette proposition était faite et signée par le donateur et les principaux habitants, et sanctionnée par le gouverneur. Malgré les inconvénients réels et spéciaux de cette nouvelle charge, S.G. l’a acceptée, en vue du mal à empêcher et du bien à faire. Cet établissement n’occupera d’ailleurs qu’un seul missionnaire, le contrat portant que tous les professeurs et maîtres seront laïques.
Dieu soit béni pour le progrès continu que fait visiblement la Mission de Pondichéry !



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