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Rapport annuel des évêques

Année: 1879
Pays: Inde
Mission: Mayssour
Rédacteur:Mgr Chevalier

Maïssour .
1879

Le nombre des baptêmes d’adultes au Maïssour s’élève , pour cette année , au magnifique chiffre de 3,144 . « Quoique bien inférieur à celui de l’année dernière , nous écrit Mgr Chevalier , ce chiffre rend néanmoins bon témoignage du zèle avec lequel mes chers Collaborateurs ont travaillé , pendant les douze derniers mois . Cette diminution du nombre des baptêmes d’adultes ne peut causer le moindre étonnement à qui connaît le caractère de nos Indiens . La divine Providence leur ayant accordé une récolte passable , ils sont retombés dans leur apathie habituelle , et redevenus fort insouciants pour tout ce qui touche aux biens de l’âme . La principale divinité de L’Indien c’est son ventre , selon l’expression de saint Paul ; et quand cette divinité est à peu près satisfaite , il ne s’inquiète pas du reste . C’est là une des meilleures explications de la difficulté des conversions dasn L’Inde , en temps ordinaire .
« La famine nous avait légué de nombreux orphelins : nous avons dû , avant tout , nous préoccuper de leur avenir . Il nous a paru avantageux de créer des orphelinats sur divers points da la Mission . Le nombre actuel de ces établissements est de douze . Pour les filles , les principaux orphelinats sont établis à Bangalore , Mysore et Shimogah . Le plus important est , sans contredit , celui du couvent du Bon-Pasteur . La Supérieure , qui ne sait pas refuser une demande d’admission , a reçu plusieurs centaines de pauvres enfants abandonnées . Déjà un grand nombre de ces orphelines sont allées au ciel après avoir été purifiées dans les eaux du baptême .
« Voyant le bien réel produit par les Religieuses du Bon-Pasteur dans la ville de Bangalore, nous avons établi une colonie de cette communauté à Mysore . Il y a actuellement six religieuses dans cette localité encore toute païenne , qui est , comme vous le savez , la résidence du Maharadja de la contrée . Les Sœurs ont été très favorablement accueillies par quelques brahmes haut placés et très influents . Le Missionnaire de la localité , qui est lui-même très populaire , a obtenu pour elles un vaste terrain près de l’église . Il a fait plus , il a réussi à décider les brahmes dont je viens de parler , non seulement à envoyer leurs filles à l’école des Sœurs , mais même à contribuer , par des souscriptions mensuelles , à l’entretien de l’établissement nouvellement fondé . Voilà un grand pas fait dans la bonne voie . Les idées chrétiennes ne peuvent manquer , avec la bénédiction divine , de pénétrer petit à petit dans les esprits . Bien des préjugés tomberont et nous avons lieu d’espérer que ce premier succès tournera à la plus grande gloire de Dieu et à la diffusion de l’Évangile .
« Les religieuses indigènes de la Miséricorde , dont le couvent est à Sathaly , et qui se recrutent toutes parmi les femmes de bonne caste , continuent à faire un très grand bien dans le Vicariat . Leur communauté se compose actuellement de 14 religieuses et de 12 novices .Le but de leur Institut est de soigner les malades , de recueillir les orphelins de tenir des écoles pour l’instruction des jeunes filles . Les Missionnaires m’ont souvent déclaré que les services rendus par ces bonnes Religieuses sont au-dessus de tout éloge .
« Le principal orphelinat pour les garçons est établi dans un grand village abandonné , à douze milles de Bangalore .Nous y avons établi une ferme agricole . » Les épreuves n’ont pas manqué aux débuts de ce précieux établissement. Fondé à la hâte pour subvenir à des nécessités urgentes et avec des ressources très insuffisantes , il ne se composait tout d’abord que de hangars construits à la légère il est vrai , mais qui du moins pouvaient protéger de la pluie et du soleil les nombreux orphelins qu’ils abritaient . Donnant à tous l’exemple de l’abnégation , le Missionnaire chargé de la direction de la ferme n’avait pour toute habitation qu’une simple tente de toile . C’était là qu’il demeurait depuis plusieurs mois , et qu’il faisait descendre tous les jours notre divin Sauveur . Malgré la pauvreté extrême , tout le monde était content , tout le monde travaillait , et déjà on avait l’espoir de recueillir une moisson et de trouver quelques ressources pour le développement de l’œuvre .
Mais , un jour , la tempête se déchaîna sur la colonie naissante . En un instant , la tente du Missionnaire est emportée par le vent . Le hangar qui servait d’écurie a bientôt le même sort , et couvre de ses débris les animaux qui y sont renfermés . Il resta cependant deux autres hangars qui avaient résisté à l’ouragan , ce fut là que toute la colonie dut se réfugier .
« Notre installation , écrivait le Missionnaire , présentait une image de l’arche de Noé . Le dimanche , on étendait une étoile entre les animaux domestiques et nous , je dressais une table, et je célébrais l’auguste sacrifice de la Messe dans cette étable , où moutons et bœufs venainet souvent , par des visites indiscrètes , troubler le recueillement des enfants . Pour moi, j’avais élu domicile à l’extrémité d’un de ces hangars , j’y logeais au milieu des provisions , des instruments aratoires , des ustensiles de ménage , des outils de charpentier et de forgeron , des caisses de vêtements et des débris de ma tente . C’était un pêle-mêle inexprimable et capable de faire envie à un marchand de bric à brac . Une porte de bambous tressés fermait et ouvrait à l’air et à la lumière cet immense taudis . Il fallait quelquefois y allumer la lampe en plein midi .»
C’était bien pauvre ; toutefois , faute de mieux , on s’en contentait . Mais un second ouragan plus violent que le premier éclate quelques semaines après . Tandis que la toiture est emportée par le vent , les murs de terre sont détrempés par une pluie torrentielle , et nos malheureux colons demeurent plusieurs jours sans gîte , sans provisions et sans ressources.Tout était perdu , mais , grâces à Dieu , les vies du moins étaient sauves .
Depuis , les aumônes de la Sainte-Enfance ont permis de reconstruire l’orphelinat , d’une manière plus solide et plus durable , et aujourd’hui la ferme agricole paraît bien établie .
« La moisson s’annonce favorablement , écrit Mgr Chevalier , tout fait espérer que la récolte nous sera d’un grand secours et nous permettra de réduire les dépenses énormes que nous avons été obligés de faire pour cet établissement .
« A Shimogah , les Missionnaires ont pu se procurer deux villages abandonnés pour y établir des orphelins et des familles de nouveaux chrétiens . Là aussi nous avons bon espoir .»
Avant de terminer ce résumé des travaux et des épreuves de nos Confrères du Maïssour , nous tenons à offrir , au nom de toute la Société , au digne Provicaire de la Mission , avec nos meilleures félicitations , l’expression de notre vénération profonde et de notre fraternel dévouement . Doyen d’âge de notre chère Société et peut-être de tous les Missionnaires du monde , M. Jarrige vient de célébrer le 60e anniversaire de sa promotion au sacerdoce et de son entrée dans la carrière apostolique .
Depuis 60 ans , notre Confrère travaille avec zèle à l’œuvre de sa vocation , et donne à toute la Société l’exemple persévérant de toutes les vertus apostoliques . Aujourd’hui encore , bien que parvenu à un âge où l’homme a droit au repos , surtout après les fatigues et les labeurs d’un si long apostolat , le vénérable Missionnaire , toujours fidèle à l’esprit de sa vocation , tient à honneur de demeurer , jusqu’à là fin à son poste . C’est à la formation du clergé indigène qu’il consacre les jours de sa vieillesse . Que , longtemps encore , Dieu le conserve à l’amour de ses Confrères et récompense un jour , dans le ciel , ses vertus et ses travaux !!!


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