| Année: |
1880 |
| Pays: |
Inde |
| Mission: |
Mayssour |
| Rédacteur: | Mgr Coadou |
Mayssour.
« La Mission du Mayssour, nous écrit Mgr Coadou, a eu à pleurer, cette année, la perte de son premier Pasteur, enlevé par une maladie qui a duré huit jours, et probablement tombé victime de son zèle, au retour de la visite qu’il fit dans les forêts si malsaines du Wynaad (i). Pendant une administration de six ans, Sa Grandeur a eu la douleur de voir tout le Vicariat décimé par la maladie et la famine; mais cette douleur a été abondamment mitigée par la consolation d’envoyer des milliers d’âmes au ciel. Vous connaissez, par les comptes-rendus de ces dernières années, le beau résultat du travail des Missionnaires, constamment encouragés par Mgr Chevalier dans leur zèle à chercher des âmes au prix de toutes sortes de fatigues et de privations.
«Aujourd’hui que ces temps si malheureux pour les corps sont déjà loin, nous retombons peu à peu dans notre ornière habituelle, réduits à glaner, par-ci par-là, les quelques épis qu’il nous faut à grand’peine arracher à Satan. Vous pourrez voir, en effet, par notre statistique de l’année, que nous sommes bien en arrière des années précédentes: 511 adultes, 306 enfants de païens, 188 enfants in articulo mortis; c’est bien peu de chose, en vérité, quand on songe au cinq millions de païens qui peuplent le Vicariat. Si nous n’avons pas été si heureux que les quelques années précédentes à faire dc nouvelles recrues parmi les païens, nous concentrons du moins tous nos efforts pour maintenir et renforcer autant que possible, les œuvres que nous avions avant la famine, et celles que cette famine nous a mis dans la nécessité d’établir.
(1) Grâce à Dieu, le Mayssour a retrouvé un pasteur et un père dans la personne de Mgr Coadou, nommé évêque de Chrysopolis et vicaire apostolique de cette Mission.
« Notre Séminaire indigène compte 28 élèves ecclésiastiques, se recrutant au milieu des sept mille chrétiens de caste que nous possédons au Mayssour. Parmi ces 28 élèves indigènes, nous avons deux sous-diacres qui pourront être ordonnés prêtres dans le cours dc l’année prochaine.
« Le collège européen est en voie de progrès, il est absolument nécessaire que nous fassions tous nos efforts, non seulement pour maintenir ce progrès, mais pour l’augmenter, autant qu’il est en notre pouvoir, sous peine de voir tous nos enfants catholiques nous échapper et aller aux écoles protestantes. La conséquence nécessaire serait alors l’abaissement sinon la perte de la foi pour les parents et les enfants, tant à cause de l’air empesté que respire la jeunesse dans ces écoles, qu’en raison de l’éloignement des sacrements que nous sommes obligés de refuser aux parents et aux enfants. Si nous pouvons avoir des écoles bien établies, non seulement nous réussirons à préserver nos jeunes gens catholiques, mais encore nous aurons la consolation de voir ceux des protestants venir réclamer de nous l’instruction.
«Vous connaissez, par le rapport de Mgr Chevalier de l’année dernière, au prix de quels sacrifices M. Bonnétraine a pu jeter les premiers fondements d’un de nos orphelinats à la ferme des environs de Bangalore. MM. Barré et Sijean n’ont pas non plus épargné leurs peines et leur argent pour la ferme qu’ils ont établie à Shimoga (Nagar). Grâce à Dieu, le plus pénible est fait ; des maisons ont été bâties, des terres défrichées, les orphelins ont été formés peu à peu à la pratique des vertus chrétiennes et au travail des champs. Le bon Dieu ayant béni les sueurs des Missionnaires et des enfants dans ces deux fermes, les moissons s’annoncent assez belles ; et, si le temps continue à être favorable, nous pouvons avoir l’espérance d’une assez bonne récolte pour nourrir nos enfants pendant la moitié de l’année prochaine. A la veille d’être privés de tout secours du Gouvernement pour nos orphelins de la famine, il est bon que la divine Providence, qui prend soin des oiseaux du ciel, vienne à notre aide pour élever les pauvres abandonnés qu’Elle nous a confiés.
« Outre ces deux fermes en partie établies, M. Neveu, éprouvant une grande difficulté à pourvoir, par d’autres moyens, à l’avenir stable des orphelinats dont il a la charge, a imité ce qui a été fait à Bangalore et à Shimoga, et a aussi entrepris d’établir une nouvelle ferme dans les environs de Mysore. Quel sera l’avenir de cette entreprise ? Nous ne pouvons encore le prévoir : quoi qu’il en soit, M. Neveu s’y consacre de tout cœur, et il ne dépendra pas de lui qu’elle ne réussisse comme ses deux sœurs aînées.
« Outre ces fermes, depuis environ deux ans, nous possédions, à cinq milles de Bangalore, un petit village acheté par nous, et où nous avions groupé quelques-unes des familles de néophytes que la famine nous avait amenées. Ces familles encore moitié païennes et mal dirigées par le chrétien qui en était chargé, allaient assez mal, et étaient sur le point de se débander, lorsque, après Pâques, j’eus l’idée d’envoyer au milieu d’eux le P. Bouquet, qui s’est occupé de leurs champs et surtout de leurs âmes et qui a réussi à remonter entièrement le village. Aujourd’hui notre Confrère est très content de ses néophytes, et nous pouvons désormais compter sur eux.
« Voilà pour les établissements de garçons. Les trois principaux couvents que nous possédons dans le Vicariat continuent à faire le bien, chacun dans sa sphère. Celui des religieuses de caste, à Sathally, possède sur le terrain de l’église un petit hôpital, en partie soutenu par le gouvernement, et ouvert aux malades des environs qui veulent s’y réfugier. Les religieuses ont, en outre, une école où elles apprennent aux enfants les prières, le catéchisme, la lecture, l’écriture et la couture. Ces bonnes filles, bien que leur institut soit de date relativement récente, ont déjà deux petites colonies, l’une dans le Koorg, et l’autre à Shimoga ; elle s’y occupent également de l’instruction et de l’éducation des enfants de leur sexe.
« Les religieuses du Bon Pasteur, à Mysore, donnent leurs principaux soins aux orphelines de la famine et aux pénitentes que leurs modiques ressources leur permettent de recevoir. Plusieurs enfants européennes ou créoles et quelques indigènes viennent aussi tous les jours au couvent pour s’instruire.
« Quant à la maison du Bon Pasteur de Bangalore, elle a donné naissance à toutes les communautés religieuses du Vicariat, même indigènes, et elle peut servir de modèle à toutes, comme il appartiemt, du reste, à une maison-mère. Cette communauté composée de quatre cents personnes, pourrait former une paroisse, et on y compte des filles et des femmes de toutes les catégories : religieuses européennes et indigènes, pensionnaires européennes et créoles, orphelines européennes et créoles, repenties européennes et créoles, orphelines et pénitentes indigènes. Sauf le temps de la famine où le personnel est monté jusqu’au chiffre de sept cents et plus, jamais le couvent n’a été plus nombreux, et il ne pourra guère diminuer, tant l’on continuera à y recevoir toute personne qui n’est pas exclue par le règlement de la Congrégation.
« Pour ce qui est de la conversion des païens et des hérétiques, je sens qu’il reste beaucoup à faire et que l’on pourrait tenter davantage, mais il faudrait pour cela, outre un plus grand nombre de Missionnaires , des catéchistes un peu capables et zélés pour porter la première parole et la première lueur de la foi à ces sourds et à ces aveugles, et pour les préparer à écouter avec plus de fruit la voix du Missionnaire. Ces hommes nous manquent absolument, et nous n’avons pas les moyens nécessaires , soit pour donner des traitements en rapport avec ceux du gouvernement ou des diverses communions protestantes, soit pour former nous-mêmes un personnel propre à nos différents besoins.
« Ma conclusion est : de l’argent et des Missionnaires ; avec ces deux choses et la grâce Dieu, nous pourrions, je n’en doute pas, faire beaucoup plus que nous ne faisons actuellement. Avis à nos frères d’Europe qui ne manquent d’aucun secours spirituel ; le prêtre les prend au berceau et les conduit à la tombe, et pendant le cours de leur vie, ils ont le bonheur de pouvoir paître dans les gras pâturages que leur offre en surabondance la sainte Église leur Mère. »
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