| Année: |
1881 |
| Pays: |
Inde |
| Mission: |
Coimbatour |
| Rédacteur: | Mgr Bardou |
Coïmbatour.
1881
« Je serais tenté, en commençant ce Compte-rendu , écrit Mgr Bardou, d’imiter nos Indiens qui, allant ensemble au marché ou à d’autres affaires, font des milles entiers, l’un à la file de l’autre, sans se rien dire, sans même songer à ce qu’ils pourraient se dire.
« Ma position leur est un peu semblable ; ayant toujours à voir le même peuple, les mêmes figures, à traiter à peu de choses près les mêmes affaires, n’apercevant dans ces douze mois rien d’extraordinaire, il faudrait répéter ce que j’ai dit déjà .
« S’il en est ainsi par rapport aux chrétiens, le cas n’est pas le même par rapport aux Missionnaires. Cette année la Mission a subi de grandes épreuves ; le bon Dieu nous a enlevé trois Confrères, les Pères Ravel, Mac--Carron et Gindreau ; en outre, de nos cinq prêtres indigènes, l’un devient aveugle, et le plus ancien des cinq, qui pourtant n’a que 50 ans, a été atteint der-nièrement de paralysie, et nous avons de grandes craintes qu’il ne puisse dorénavant dire la sainte Messe.
« Notre Séminaire ecclésiastique marche bien sous la direction paternelle du Père de Gélis; les élèves s’ap-pliquent assez à l’étude et aiment la piété. Toutefois, il ne faudrait pas croire que la jeune pépinière est assez fournie pour nous donner des prêtres selon nos besoins. Le temps des études est nécessairement long , pas trop pourtant pour réformer et façonner passablement le carac-tère des Indiens ; et pendant ce temps un certain nombre changeront de volonté.
« Actuellement, nous avons deux minorés qui peut-être recevront le sous-diaconat durant cette nouvelle année scolaire ; cinq autres sont tonsurés et commencent la théologie.
« Nos petites écoles de village produisent du bien; les enfants qui les fréquentent apprennent suffisamment ce qu’il leur faut pour traiter plus tard leurs petites affaires, et en même temps s’instruisent sur les vérités de la Religion. Nous avons dans trois districts des écoles secondaires, où les enfants apprennent l’anglais et le tamoul ; mais nous ne pouvons avoir aucune école supé-rieure, faute de ressources et de personnel .
« Dans notre Mission, les chrétientés sont peu nombreuses et répandues à de grandes distances les unes des autres; nulle part les enfants chrétiens ne sont en nombre suffisant. Quant aux enfants païens, ils préfèrent fréquenter les écoles du gouvernement, dans l’espoir d’obtenir plus aisément des places ou des emplois ; d’ail-leurs, nos ressources ne nous permettent pas de lutter avec les écoles gouvernementales.
« Le petit hôpital établi récemment à Ootacamund commence à produire des fruits ; les malades y viennent et 96 enfants moribonds y ont été baptisés dans l’année.
Il faudra peu à peu développer cette bonne œuvre . Nous devrions en établir un autre à Coïmbatour où certaine-ment on ferait beaucoup de bien . Il y a , il est vrai, un hôpital entretenu par la municipalité ; mais l’accès n’en est pas facile, à moins qu’il n’y ait des catholiques malades. Et il est défendu de parler de religion aux païens. Si nous en avions un chez nous, les païens ne manqueraient pas d’y affluer, et notre action auprès d’eux ne serait pas entravée. Mais pour bien faire marcher une telle œuvre , les ressources sont nécessaires. Que le bon Dieu daigne nous les envoyer ! »
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