| Année: |
1881 |
| Pays: |
Inde |
| Mission: |
Mayssour |
| Rédacteur: | Mgr Coadou |
Maïssour. 1881
L’événement le plus important de l’année a été l’intro-nisation du jeune roi de Maïssour. Depuis de longues années, l’administration de ce royaume avait été entre les mains des Anglais, et le Maharajah n’avait conservé avec les honneurs de sa dignité qu’un pouvoir purement nomi-nal. En vertu d’un traité, cet état de choses a pris fin ; le vice-roi des Indes, par ordre de la reine d’Angleterre, a proclamé l’indépendance du Maïssour dont il conserve, toutefois, le protectorat, et a remis au roi les rênes du gouvernement de son royaume.
Cet événement a été l’occasion de fêtes solennelles aux-quelles Mgr Coadou et ses Missionnaires ont été appelés à prendre part. Dans cette circonstance le roi a témoigné à Sa Grandeur son estime et sa bienveillance. Nous avons donc tout lieu d’espérer que ce changement ne mo-difiera en rien les bons rapports qui ont toujours existé entre l’administration civile et la Mission, et que, sous le gouvernement du Maharajah, les chrétiens continueront à jouir de la liberté et de la tranquillité auxquelles les autorités anglaises les ont habitués.
Nous transcrivons maintenant les détails que Mgr de Chrysopolis nous a transmis sur l’administration de son Vicariat durant le cours de cette année :
« Puisque le but de notre Société, écrit Sa Grandeur, est de travailler à la formation d’un clergé indigène dans les Missions, je veux, dans mon rapport, donner la place d’honneur à l’article qui en traite; mais je dois avouer que pour le moment, notre Séminaire se trouve être dans un état de pauvreté extrême, quant au nombre des sujets: deux prêtres en sont sortis cette année, et ils ont laissé après eux dix-sept élèves seulement, dont les plus avancés ne pourront pas être prêts pour la tonsure avant cinq ou six ans. Vous voyez que ce n’est pas brillant, et qu’il est urgent de se mettre à l’œuvre pour essayer de grossir un peu le nombre de ceux qui doivent plus tard aider les Missionnaires à évangéliser le pays...
« L’œuvre des païens n’offre qu’un résultat assez peu satisfaisant. Je vous disais l’année dernière, que les hor-reurs de la famine, une fois oubliées, nous retomberions dans notre misère accoutumée d’autrefois, et que nous serions de nouveau réduits à glaner avec peine quelques épis, de ci, de là, pour en former une bien petite gerbe; subissant toutefois, comme ceux qui ont un meilleur succès, le travail pénible dont parle le prophète David, sans en éprouver les consolations: Euntes ibant et flebant, mittentes semina sua. Venientus autem venient cum exultatione, portantes manipulos suos. J’aurais voulu avoir été faux prophète, quand je vous annonçais pour l’avenir le mince succès que je prévoyais. Malheureusement, mes prédictions n’ont été que trop vraies. A part un certain nombre d’orphelins qui nous restaient encore à baptiser, et qui ont augmenté un peu le chiffre du rapport, le reste des baptêmes ne dépasse pas celui de nos années les plus ordinaires.
« Dois-je rejeter la faute sur mes Confrères et les accuser de manquer de zèle? Loin de moi de me rendre coupable de cette injustice ; le résultat de l’administration des chrétiens montre bien, du reste, que chacun travaille avec ardeur, et je puis dire que quelques-uns se fatiguent beaucoup . Le nombre des confessions et surtout des com-munions de dévotion, semble annoncer une amélioration sensible parmi les fidèles ; espérons que cette amélioration portera ses fruits, et que les prières et les bonnes œuvres multipliées des âmes pieuses attireront de plus grandes bénédictions sur les païens.
« En toutes circonstances je reviens sur la nécessité de prêcher les infidèles, et j’engage les chrétiens à tra-vailler selon leurs petits moyens, à la conversion de tant de milliers de compatriotes qui dorment encore tran-quilles au milieu des ténèbres de l’idolâtrie. Maintes fois je leur ai cité l’exemple d’une bonne vieille femme qui, depuis longues années, ne cause jamais avec un païen, un musulman ou un protestant, sans lui parler de la seule et vraie Religion, hors de laquelle il n’y a point de salut. Le bon Dieu a souvent béni son zèle, en conver-tissant plusieurs de ceux qu’elle a prêchés. Si chaque chrétien suivait l’exemple de cette pieuse et fervente âme, nous aurions bientôt réuni sous la bannière de Jésus-Christ un grand nombre de païens.
« L’œuvre des écoles n’est point négligée, elle est même hautement encouragée dans nos principaux centres ; toute-fois, notre manque de ressources nous empêche d’avoir des établissements scolaires sur divers points du Vicariat où il n’y en a pas du tout, et où ils seraient certainement de la plus grande utilité. Grande urgence aussi pour nous d’élever le niveau des écoles que nous avons déjà, afin de pouvoir lutter avec avantage contre les protestants, et empêcher par là nos enfants catholiques d’aller chercher chez eux la science au prix de leurs âmes. Dans trois endroits du Vicariat nous avons de petites écoles de filles de caste, tenues par les bonnes religieuses indigènes de Sathally.
« Les deux couvents du Bon-Pasteur, à Bangalore et à Mysore, continuent leur œuvre des pénitentes, et appor-tent le plus grand dévouement à nous aider dans le soin des orphelines de la Mission. Ces dames ont fini par prendre pied à l’école des jeunes Brahmines, patronnée par le gouvernement du Maïssour et les principaux Brahmes de la cour ; quoique le commencement ne soit pas tout à fait ce à quoi je m’attendais, c’est cependant beaucoup, et on tâchera de marcher toujours en avant, peu à peu, jusqu’à ce qu’on puisse se rendre entièrement maître de la place.
« Une grande victoire que nous venons de remporter, c’est d’avoir réussi à faire accepter des religieuses dans un hôpital du gouvernement, dans le cantonnement de Ban-galore, et cela, à l’unanimité des votes du conseil muni-cipal, composé de catholiques, de protestants, de païens et de musulmans; j’attends la sanction du représentant de la reine dans le Maïssour, pour faire la demande des premières religieuses, dont le dévouement tout chrétien devra nous ouvrir les portes des autres hôpitaux (1).
« Je termine ce rapport par quelques mots sur le collège que depuis longtemps nous avons en vue pour la ville de Maïssour, comme étant la capitale du royaume. Ce collège nous semble indispensable pour entreprendre l’éducation au moins d’une partie de ceux qui sont appelés à nous gouverner plus tard, et ne pas abandonner toute la jeu-nesse des familles les plus influentes, entre les mains des protestants. — Nous avons acheté à peu près le terrain nécessaire pour un bel établissement; mais, avant d’entre-prendre le travail de construction, nous devons commen-cer par faire un appel sérieux aux amis de la science, et ramasser quelques milliers de roupies, tant pour couvrir les frais de bâtisse que pour assurer le moyen de payer des maîtres aptes à remplir notre but.
« Je crois, avec beaucoup d’autres, que l’éducation est aujourd’hui un des principaux moyens de s’emparer des esprits; pour cela, je le sais, comme pour tout le reste, il faut, outre les moyens matériels, la grâce de Dieu: Nisi Dominus œdificaverit domum, iu vanum laboraverunt qui œdificant eam; mais nous pouvons à coup sûr compter sur le secours de Dieu, plus que les protestants et les païens. »
(1) Cette approbation a été accordée et plusieurs religieuses doivent partir prochainement de France pour aller prendre la direction de cet hôpital.
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