| Année: |
1882 |
| Pays: |
Inde |
| Mission: |
Coïmbatour |
| Rédacteur: | Mgr Bardou |
Coïmbatour.
« Nous étions étonnés, nous écrit Mgr Bardou, il y a peu d’années, et nous témoignions à Dieu notre reconnaissance des nombreuses conversions qu’Il daignait opérer parmi nos peuples. Nous aurions souhaité une plus longue durée à ce temps précieux de grâces et de bénédictions, et nous espérions une plus abondante moisson spirituelle ; mais hélas ! nos prévisions ne se sont pas réalisées, et nos espérances ont été déçues. Le souffle de l’Esprit-Saint, après s’être fait inopinément sentir sur cette terre, après avoir choisi ses élus et les avoir marqués de son sceau, après nous avoir ainsi donné un avant-goût de la joie que devaient éprouver nos devanciers, les grands convertisseurs des âmes, semble, du moins en apparence, avoir quitté nos parages pour produire ailleurs son impulsion divine : Spiritus Domini ubi vult spirat. Que pourrons-nous dire, si ce n’est qu’il faut adorer les desseins inscrutables du Dieu trois fois saint ; et que pouvons-nous faire, sinon de continuer à travailler dans la peine et les afflictions, tout en avancant, à l’exemple du Psalmiste, par nos désirs et nos prières I’heure du Seigneur : Deus virtutum convertere ; respice de cœlo , et vide et visita vineam istam.
« C’est vous dire que cette année les conversions n’ont pas été nombreuses au Coïmbatour ; pourtant les Confrères travaillent, ils donnent de bons avis ; mais peu les suivent. L’Indien, actuellement, est en pleine sécurité ; tout en devenant plus pauvre, il vivote toutefois, et cela semble lui suffire, sans se préoccuper du lendemain, sans se demander ce qui lui arrivera à sa mort. Cette apathie, cette nonchalance naturelle à l’Indien est bien une des causes du peu de fruit que la divine Doctrine produit dans ce pays ; mais il y a aussi une autre cause qui peut bien être la principale : c’est l’envahissement toujours croissant des sectes protestantes ; le pays en est inondé : tous ces prêcheurs de religions opposées les unes aux autres, n’ayant la plupart pour tout criterium de leur doctrine que le bien-être et le bon plaisir, s’ils n’obtiennent pas des adeptes, produisent du moins auprès des Indiens l’indifférence en matière de religion. Au milieu de ce dédale d’opinions plus fausses les unes que les autres, se vantant chacune de posséder la vérité chrétienne, est-il surprenant de voir l’Indien se méfier aussi de la doctrine catholique ? Et si, par une grâce spéciale, il finit par la reconnaître, n’a-t-il pas à lutter contre bien des préjugés, contre bien des doutes préconçus en entendant ces faux prédicants ? Aussi devons-nous être plus attristés que surpris du peu de conversions que nous obtenons.
« Nous aimerions sans doute à constater de grands succès et à voir nos travaux mieux réussir ; ce serait plus consolant, et nous en bénirions la divine Miséricorde ; mais puisque le bon Dieu ne veut accorder que peu de fruits à notre ministère auprès des païens, nous avons à nous soumettre à sa sainte Volonté, tout en travaillant de notre mieux pour une si sainte œuvre. C’est d’ailleurs ce que font les Confrères.
« Si nous considérons l’administration des anciens chrétiens, nous pouvons dire qu’auprès d’eux notre travail fait des progrès. Les districts étant plus divisés, les Missionnaires restent plus de temps dans chaque village ; ils peuvent ainsi donner aux néophytes une instruction plus étendue et favoriser la réception fréquente des sacrements. Ainsi les bonnes âmes deviennent plus nombreuses.
« Nos œuvres marchent peu à peu et lentement, mais elles avancent. Nos couvents européens et indigènes, nos orphelinats progressent aussi et produisent un grand bien.
« Les santés des Confrères se sont soutenues cette année, mais nous avons perdu le plus âgé de nos prêtres indigènes ; de son vivant il s’acquittait avec zèle du saint ministère, et il s’est éteint dans nos bras, muni de tous les sacrements de la sainte Église. Cette mort réduit à quatre le nombre des prêtres du pays. C’est peu ; pourtant les séminaristes théologiens nous donnent des espérances fondées, et dans peu d’années, si le bon Dieu les protège, nous aurons encore plusieurs jeunes prêtres pour nous aider. »
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