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Rapport annuel des évêques

Année: 1882
Pays: Inde
Mission: Pondichéry
Rédacteur:Mgr Mgr de Flaviopolis

Pondichéry.


Le nombre des baptêmes d’adultes n’est pas aussi considérable cette année que nos Confrères de Pondichéry l’eussent désiré ; cependant Mgr Laouënan nous signale une reprise dans l’oeuvre de la conversion des païens. Cette reprise s’est produite trop tard, il est vrai, pour modifier sensiblement le chiffre des baptêmes ; mais si elle persiste, comme le vénérable Prélat l’espère, elle donnera prochainement des résultats plus consolants.
« Mes plus vives préoccupations et nos principaux efforts, écrit Mgr de Flaviopolis, ont eu pour objets la conservation des néophytes baptisés pendant la grande famine et l’éducation de la jeunesse catholique.
« Je crois vous avoir déjà exposé les difficultés particulières que nous avons rencontrées pour conserver cette masse si considérable de nouveaux convertis ; je n’y reviendrai donc pas. Qu’il me suffise de dire que le plus grand nombre a persévéré dans la foi. Si nous pouvions construire, suivant les besoins, des églises et des chapelles où le Missionnaire résiderait quelque temps pour les instruire et les former à la vie chrétienne, leur persévérance serait assurée. »
L’œuvre de l’éducation de la jeunesse est une œuvre capitale, la négliger serait exposer cette jeunesse à tous les périls d’une éducation athée ou sectaire, telle qu’elle se rencontre dans les écoles du gouvernement et des ministres protestants. C’est ce que Mgr Laouënan comprend ; aussi Sa Grandeur ne cesse-t-elle de donner tous ses soins à cette œuvre, et Elle trouve auprès de ses Missionnaires le concours le plus dévoué.
Sur le territoire français, l’administration civile ayant retiré à la Mission la direction des écoles primaires pour la confier à des instituteurs laïques, il a fallu créer et entretenir d’autres écoles, où les catholiques puissent acquérir les connaissances qui leur sont nécessaires et l’instruction religieuse qu’ils ne trouveront plus dans les écoles officielles. Les usages et les préjugés du pays ne permettent pas encore de mêler aux malabares les enfants des parias chrétiens qui, de cette manière, sont exposés à se perdre. Or, l’an dernier, préoccupé de cet état de choses, Mgr Laouënan leur avait proposé de les admettre au petit séminaire, mais dans un quartier à part. « J’avais l’espoir que peu à peu les enfants des deux classes s’accoutumeraient les uns aux autres, et finiraient par s’unir et se mélanger, comme cela a eu lieu en notre collège anglais de Manjacouram ; mais, ayant écouté de mauvais conseils, ils refusèrent. Aujourd’hui, et après ce refus, je ne puis pas revenir à ce projet ; d’ailleurs, il ne nous reste plus de place. Cependant la vue de ces âmes qui se perdent et dont j’aurai à répondre ne me laisse pas de repos, et je cherche de nouveau à leur procurer le bienfait d’une éducation chrétienne. Plaise à la divine Bonté de m’accorder la grâce de réussir ! »
Mgr Laouënan ne néglige rien pour mettre sur le meilleur pied possible le petit séminaire-collège, déjà si prospère, de Pondichéry.
« La confiance publique, écrit encore Sa Grandeur, a répondu à nos efforts ; dès le jour de la rentrée, près de 400 élèves sont venus s’inscrire, et depuis lors ce nombre n’a fait qu’augmenter. La discipline, le bon ordre, la piété, l’assiduité aux exercices religieux aussi bien qu’aux classes, l’émulation, le bon esprit et la bonne tenue de tout ce petit monde ne laissent rien à désirer. Si le bon Dieu permet que nous ne soyons pas troublés, j’espère qu’il sortira de là des générations qui maintiendront dans le pays les anciennes traditions de foi et de moralité. » Mais, pour répondre aux exigences de la situation, la Mission a dû faire, comme bien on le pense, de grands sacrifices d’hommes et d’argent.
Sur le territoire anglais la question de l’éducation de la jeunesse est également à l’ordre du jour et sa solution n’intéresse pas moins l’avenir de cette importante Mission. Ici, du moins, le Missionnaire n’a pas à redouter les entraves de l’administration civile ; celle-ci encourage et favorise même ses efforts, toutes les fois qu’ils ont pour objet l’instruction et l’éducation. Jusqu’à présent le gouvernement anglais a eu ses écoles officielles, où tous sont admis sans distinction de religions et de castes ; l’enseignement y est laïque, c’est-à-dire qu’il n’embrasse que les matières purement littéraires ou scientifiques. Cet état de choses va être modifié. Aujourd’hui le gouvernement se dispose à laisser, autant que possible, le soin et les charges de l’éducation, et particulièrement de l’éducation primaire, aux municipalités, aux corporations soit laïques, soit ecclésiastiques ou religieuses, soit aux particuliers ; il se contentera d’encourager par des subventions les écoles qui suivront ses programmes et ses méthodes et qui se soumettront à ses inspections. La chose ne sera obligatoire pour personne, ce sera seulement à cette condition qu’on obtiendra l’appui du gouvernement.
« En fait, écrit Mgr Laouënan, l’enseignement religieux sera libre dans les écoles, chaque père de famille pourra faire élever ses enfants où bon lui semblera ; le gouvernement conservera en matière religieuse une entière neutralité ; il distribuera ses récompenses et ses encouragements à toutes les écoles indistinctement, d’après les résultats de l’examen annuel, et celui-ci ne portera que sur les matières purement scientifiques et littéraires.
« Il était difficile, continue le Prélat, de trouver une combinaison mieux appropriée aux circonstances et aux intérêts divers et souvent opposés, des différentes parties de la population. Les moyens employés par le vice-roi pour en étudier et préparer l’exécution ne sont pas moins sages. Il a commencé par nommer une commission impériale, composée des hommes qui, dans l’immense empire de l’Inde, sont regardés comme les plus compétents en matière d’instruction publique, laïcs et ecclésiastiques, chrétiens, païens et mahométans. Il a voulu expressément que les Missions catholiques du Sud y fussent représentées par un délégué. Nous avons choisi à cet effet le R. P. Jean, recteur du florissant collège des PP. Jésuites à Négapatam (Maduré). La commission s’est déjà réunie une première fois à Calcutta aux mois de janvier et de février de cette année ; elle a élaboré une longue série de questions, se rapportant au principe même exposé par le vice-roi et aux moyens d’exécution. Cette série a été publiée partout, envoyée à toutes les personnes qui sont en position d’émettre un avis sur la matière, avec prière d’exprimer librement leurs idées sur les différents points qui y sont mentionnés, ou sur tels de ces points qu’elles connaissent ou qui les frappent particulièrement. De plus, le président de cette commission a entrepris de parcourir l’Inde entière, s’arrêtant dans les principales localités, afin d’interroger et d’entendre toutes les personnes qui voudraient lui communiquer leurs vues et leurs sentiments. Quand il aura fini sa tournée, la commission se réunira de nouveau à Calcutta pour étudier l’ensemble des informations ainsi recueillies de toutes parts, les discuter et arrêter le projet qui sera ensuite soumis à la sanction du vice-roi.
« Rien n’est omis, comme vous le voyez, de ce qui peut rendre véritablement populaire et adaptée aux besoins généraux, la future constitution de l’instruction publique dans l’Inde. Plût à Dieu qu’on procédât partout avec la même sagesse, avec le même respect pour l’opinion publique et pour les vrais sentiments des populations !
« Les projets du gouvernement et les moyens qu’il a pris pour s’éclairer n’ont pas manqué d’émouvoir les populations ; mais c’est une émotion bonne et utile ; les Indiens estiment et recherchent l’instruction. Aussi les questions d’éducation sont-elles partout à l’ordre du jour ; partout on se prépare à multiplier les écoles. En présence de cette agitation et de cette émulation générales, nous ne pouvons rester indifférents et inactifs, d’autant moins que nos ennemis acharnés, les sociétés bibliques et protestantes de toute dénomination, se disposent aussi d’avance à fonder de nouvelles écoles et surtout à envahir nos chrétientés pour les pervertir ; car il leur importe assez peu de convertir les païens au christianisme : le but de leur ambition, c’est de protestantiser les catholiques. Il faut au moins leur disputer ce terrain ; il faut encore, dans la mesure de nos ressources, répandre le plus possible l’instruction chrétienne : il s’agit de sauvegarder la foi de nos jeunes générations, de les mettre en état de soutenir la lutte contre les païens et les protestants ; il s’agit de l’avenir religieux de l’Inde, car il sera ce que l’aura fait l’instruction publique.
« Dans cette grande lutte, le principal effort se portera du côté de l’éducation des femmes ; le gouvernement ne dissimule pas son intention de favoriser spécialement cette portion si importante de l’œuvre entreprise ; les sociétés protestantes, de leur côté, préparent de nombreuses jeunes filles aux fonctions d’institutrices. Sur ce terrain, j’espère que nous ne leur serons pas inférieurs : nous possédons déjà nos bonnes religieuses institutrices indigènes du Saint-Coeur de Marie, qui ont fait leurs preuves depuis longtemps. Elles sont établies en dix ou douze localités, sans compter le territoire français, et leur action y a produit le plus grand bien. Elles ne tarderont pas à s’installer à Goudelour, qui est le chef-lieu de la province du South-Arcot. Cet établissement sera pour elles une sorte d’école normale, où elles se formeront à enseigner d’après les méthodes anglaises, qui sont très différentes de nos méthodes françaises. D’autres couvents-écoles sont projetés en divers autres lieux, et s’établiront avec le temps et l’aide de Dieu. »
Cet extrait d’une lettre de Mgr Laouënan, que nous avons voulu reproduire in extenso, nous donne une idée de l’importance de la question, question qui n’intéresse pas seulement la Mission de Pondichéry, mais encore toutes les Missions de l’Inde. Aussi partout les Vicaires apostoliques, les Missionnaires et les catholiques prennent-ils leurs mesures pour soutenir la lutte et profiter des libertés et de la protection que le gouvernement anglais leur accorde avec autant de sagesse que de générosité.
Près de Pondichéry, le collège anglais de Manjacouram a été agrandi ; dans la même localité on vient de fonder un couvent de religieuses dont l’école comptait déjà, au début, bon nombre d’élèves ; six ou huit nouvelles écoles de garçons seront ouvertes incessamment en divers lieux.

Au milieu de toutes les préoccupations que lui cause l’éducation de la jeunesse catholique de son Vicariat, Mgr Laouënan ne néglige rien pour assurer la formation de son clergé indigène ; aussi accueillons-nous avec une sensible joie les nouvelles pleines d’espérances, que nous transmet le vénérable Prélat : « Notre séminaire ecclésiastique, écrit Sa Grandeur, nous promet les meilleurs résultats : d’ici à dix-huit mois, s’il plaît à Dieu, il nous fournira six nouveaux prêtres. Pour l’avenir, le nombre et la qualité des séminaristes paraissent l’assurer aussi. En outre, parmi les pensionnaires de notre collège anglais de Manjacoupam, il y en a quelques-uns qui semblent avoir une sérieuse inclination pour l’état ecclésiastique. »




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