| Année: |
1884 |
| Pays: |
Inde |
| Mission: |
Mayssour |
| Rédacteur: | Mgr Coadou |
Mayssour.
1884
« Les résultats de l’année qui vient de s’écouler écrit Mgr Coadou, ressemblent assez à ceux des années précé-dentes ; cependant l’avenir me semble meilleur et ouvre notre cœur à l’espérance. Fasse la divine Providence que nous la voyions se réaliser ! Notre plus grand ennemi, vous le savez, n’est pas le paganisme, mais bien le protestan-tisme. Nos rapports avec les païens sont devenus plus faciles, leurs enfants fréquentent nos écoles, cela ne peut manquer de leur ôter peu à peu les préjugés dont ils sont imbus contre nous. Par-dessus tout, l’établissement de la com-munion réparatrice, pratiquée dans tout le Vicariat, devra attirer sur notre mission les bénédictions d’en haut et faire violence au ciel .
« Notre séminaire ecclésiastique compte actuellement 27 élèves suivant les cours du collège, où ils se préparent par leurs études à passer les examens et à obtenir les grades, sans lesquels, aux yeux surtout des natifs, un homme est à peu près sans valeur, et, par conséquent, ne mérite aucune estime. De plus, cette instruction qu’ils reçoivent nous rend plus libres dans le choix de ceux que nous croyons pouvoir appeler à l’état ecclésiastique. Armés de leurs diplômes, ils peuvent aspirer aux carrières adminis-tratives et, si nous ne les conservons pas, nous ne les abandonnons pas sans avenir dans le monde. Ce dernier motif nous a principalement inspirés, lorsque nous avons inau-guré le nouveau système d’éducation, qui n’est pas tout à fait celui de la France. Peu après les prochains examens, j’espère pouvoir donner la tonsure à trois ou quatre jeunes gens, et par eux sera reconstitué le grand séminaire qui n’existait plus depuis plus de deux ans, faute de sujets.
« Les nouvelles constructions de notre collège se poursuivent avec rapidité, grâce au concours très efficace que nous a prêté le gouvernement . L’estime générale, qui déjà s’est attachée à cette nouvelle maison , nous dédommage un peu des sacrifices qu’il nous a fallu faire pour le maintien du personnel ecclésiastique. Nous espérons que ce collège prendra dans un avenir prochain, la première place parmi les établissements du même genre, sans excepter ceux du gouvernement, quoique ce dernier prodigue, outre mesure, les bourses aux élèves qui veulent recevoir l’instruction protestante dans ses écoles ; je dis protestante, car quoique l’école soit neutre, c’est-à-dire sans Dieu, les maîtres étant protestants, il est impossible qu’ils n’exercent pas quelque influence sur leurs élèves.
« Les religieuses du Bon-Pasteur, tant à Bangalore qu’à Mayssour, continuent avec succès leurs œuvres de zèle en faveur des filles et des femmes tombées, et aussi des orphelines. Les résultats qu’elles ont obtenus dans les der-niers examens, ont réalisé, je pourrais dire dépassé toutes nos espérances. Les enfants du couvent l’ont emporté sur toutes celles des autres écoles de Bangalore. Au milieu de ses travaux, madame la Supérieure a encore su trouver le temps de s’occuper d’une œuvre qui nous semblait un rêve de l’avenir, mais que, grâce à cette femme de foi et d’énergie, nous voyons s’élever sous nos yeux . Je veux parler d’un hôpital catholique. La construction s’en poursuit avec activité sous la direction du P. Bonnétraine, leur aumônier ; et nous espérons pouvoir dès l’année prochaine y admettre des malades et des convalescents. Ce sera là une source nouvelle de baptêmes de païens et de protestants.
« Nos bonnes Sœurs de Saint-Joseph de Tarbes si dévouées aux malades, nous rendent de grands services pour l’administration des derniers Sacrements ; leur vigilance sur ce point, ainsi que pour procurer le baptême aux païens, est admirable. Comme il arrive souvent que les œuvres de Dieu commencent par la croix pour finir par le triomphe, espérons que les bien dévouées Sœurs de Saint-Joseph seront consolées plus tard des difficultés qu’elles ont rencontrées jusqu’ici .
« Les protestants, grâce à leur argent, multiplient les écoles dans le pays ; pour nous, privés de leurs ressources pécuniaires, nous nous sentons impuissants à les combattre sur ce terrain; car, outre le manque d’argent, nous n’avons point encore, parmi les chrétiens, des maîtres d’école capa-bles de lutter, et nous ne pouvons prendre des maîtres protestants ou païens, qu’il nous serait impossible de payer et auxquels nous ne pourrions en sûreté confier nos enfants . »
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