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Rapport annuel des évêques

Année: 1884
Pays: Inde
Mission: Pondichéry
Rédacteur:Mgr Laouënan

Pondichéry.
1884

« Si vous comparez, nous écrit Mgr Laouënan, le tableau d’administration de cette année avec ceux des années dernières, il vous sera facile de remarquer que nous ne nous sommes pas contentés de conserver le terrain acquis, mais que nous avons encore étendu nos conquêtes dans toutes les directions ; le chiffre des confessions, des com-munions, des confirmations, des conversions de païens et d’hérétiques, des baptêmes d’enfants païens in articulo mortis ; celui de nos écoles de garçons et de filles, et des élèves qui les fréquentent, se sont élevés. Ces chiffres attestent le zèle et l’activité de mes chers confrères.
« Ce ne sont pas là cependant tous les travaux qu’ils ont accomplis ; il en est beaucoup d’autres qu’il est impos-sible de représenter par des chiffres, qui n’en sont pas néanmoins d’une importance moindre, et qui exigent par-fois plus d’efforts, de temps et de dévouement.
« Vous le savez, cette mission se compose, pour une portion très considérable, de chrétientés nouvelles. Lorsque j’en reçus la direction en 1868, le nombre des fidèles se montait à environ 112,000 âmes ; aujourd’hui il est de 200,000 ; et sur ce chiffre, il y en a, je pense, de 40 à 50 mille qui ont reçu le baptême dans ces vingt dernières années. Le surplus se compose de l’excédant des naissances sur les décès. Il y a des quartiers entiers du vicariat, où n’existaient pas mille chrétiens, il y a vingt ans, et qui en comptent aujourd’hui plus de trente mille, partagés en neuf districts, avec une dizaine de missionnaires pour les soigner.
« Le plus grand nombre de ces néophytes ont été baptisés dans la famine de 1876-77-78, au milieu d’une tempête et d’une confusion indescriptibles, sans qu’il fût possible de les instruire convenablement et de les préparer à la vie nouvelle qu’ils avaient embrassée. C’est à corriger ce défaut inévitable, à les préserver de la défaillance, à les protéger contre leurs propres habitudes païennes, contre les efforts de leurs parents restés infidèles, de leurs maîtres, et sur-tout contre les tentatives et les odieuses menées des minis-tres protestants ; à les instruire, à leur infuser peu à peu l’esprit chrétien, à leur donner des habitudes chrétiennes, à les établir et fortifier par des unions matrimoniales, que les six années dernières ont été employées. Aujourd’hui, grâce à Dieu, et au courage persévérant, à l’abnégation admirable et au zèle infatigable de mes chers confrères, les principales difficultés sont vaincues ; ces nouvelles chrétientés sont assises .
« Mais une chose qui est bien essentielle, bien urgente, autant pour les missionnaires que pour leurs chrétiens, c’est la construction des églises, des chapelles et des pres-bytères. On peut dire qu’il n’en existe pas encore dans ces chrétientés nouvelles. Pendant la famine, le cher P. Darras construisit, à la hâte en plusieurs endroits, des granges plus ou moins spacieuses. Depuis lors j’ai pu lui fournir les moyens d’élever quelques chapelles ; mais c’est tout. Nos chers confrères n’ont pour abri et pour chapelles, quand ils visitent leurs chrétiens, que de mauvaises tentes, qui ne les garantissent ni de la chaleur, ni de la pluie, ni du vent. Toutes nos ressources ont été employées à la préservation et à la conservation des néophytes. Mais il est temps de s’occuper activement de ces besoins : on peut dire qu’une chrétienté n’est solidement établie, que lors-qu’elle possède une église ou tout au moins une chapelle.
« Malheureusement le même besoin existe partout ; l’accroissement du nombre des chrétiens sur toute la surface du vicariat, nous a obligés à multiplier les districts ; mais avec les nouveaux districts, il faut de nouvelles églises et de nouveaux presbytères. Dans les anciens, les églises, construites il y a trente ou quarante ans, sont devenues insuffisantes pour contenir les fidèles, et il faut les agrandir, ou même en bâtir de nouvelles. Ailleurs, elles tombent en ruines, et il est nécessaire de les relever. Je compte au moins quarante travaux de ce genre à entre-prendre, ou même déjà entrepris dans le vicariat ; et quand ceux-là seront terminés, il faudra recommencer. Depuis que je suis arrivé dans cette mission, en 1846, il a été construit beaucoup d’églises, de chapelles, de presbytères ; eh! bien, c’est comme si nous n’avions rien fait ; il me semble qu’il reste encore plus à faire. »
A cet aperçu général sur l’état de la mission et le travail des missionnaires, nous ajoutons quelques extraits des lettres que Mgr de Flaviopolis a bien voulu nous commu-niquer, ou que nous avons reçues nous-mêmes, et nous n’avons qu’un regret, c’est de ne pouvoir les reproduire toutes in extenso .
L’œuvre de la conversion des païens n’est pas l’unique objet du ministère apostolique. Si le missionnaire doit avoir à cœur de conquérir sans cesse des âmes à Jésus-Christ, il ne doit pas montrer moins, de zèle à entretenir dans celles qu’il a gagnées à Dieu, la foi qu’elles ont reçue au baptême et à assurer leur persévérance. Rien n’est plus capable de produire ce résultat que les visites pastorales, les retraites et les exercices spirituels dont elles sont sou-vent l’occasion .
« Vous savez, écrit M. Prieur, que cette année, j’ai été désigné pour accompagner Mgr Gandy, dans ses visites pastorales, afin d’aider S. G. et de donner quelques mis-sions ou retraites, dans les endroits où cela est possible. Nos Indiens sont comme le reste des hommes, de temps en temps ils ont besoin d’être remués et tirés de leur tor-peur. Pour accomplir ce travail de résurrection spirituelle, on a pensé qu’on ne pouvait trouver de moment plus favorable que celui de la visite pastorale de l’Évêque. Et c’est pour ce motif, que Mgr le Vicaire apostolique a jugé à pro-pos de m’envoyer avec son vénéré coadjuteur Mgr Gandy.
« La première tournée se fit dans le sud . Les districts de Vadouguerpatty, Pratacoudy, Viragalour, Périavalatchéry furent successivement visités par Mgr de Tricala, et partout son passage a produit des fruits admirables de salut . Partout où il y avait un groupe de chrétiens assez considérable pour suivre des exercices spirituels , on commençait une mission . Trois fois par jour nous réunissions les fidèles à l’église afin de leur rappeler les grandes vérités et leur enseigner tous leurs devoirs.
« Mais les Indiens sont de grands enfants . Pendant qu’on parle à leur cœur , il faut frapper leurs yeux par quelque pompe inusitée. Aussi, nous y mettions toute la solennité possible . Tous les jours, vers quatre heures du matin, on commençait par tirer des coups de boîte ; puis, un orchestre composé de toutes sortes de tam-tams , trompettes, clari-nettes, etc., se mettait en branle, parcourant les rues du village et faisant le plus de tapage possible, pour réveiller tout le monde. Un instant après, l’église se trouvait pleine ; on commençait les prières du matin, suivies de la messe et d’une instruction sur les devoirs que les chrétiens ont à remplir. A neuf heures, seconde instruction qui n’était autre chose qu’une préparation à la confession . Là, pour parler aux yeux en même temps qu’au cœur , j’étalais quatre grands tableaux, que j’ai fait faire ici et qui représentent, le premier, les filets du diable ; le second , la mort du pécheur; le troisième, l’enfer ; le quatrième, la mort du juste avec son entrée au ciel . Après avoir parlé des dis-positions nécessaires à la confession , j’expliquais mes tableaux . Je pouvais me répéter tous les jours ; car, comme cette instruction avait pour objet de préparer ceux qui devaient se confesser dans la journée, mon auditoire changeait tous les jours. La vue et l’explication de ces tableaux produisaient un effet remarquable.
« J’entendais un jour quelques hommes, qui, parlant entre eux, disaient : « Les tableaux, « c’est quelque chose de clair et de frappant . C’est qu’il n’y a pas moyen d’échapper à « cela .»
« Dans les intervalles des instructions, il était permis aux chrétiens de vaquer à leurs travaux . Le soir, aussitôt après l’Angelus , on tirait de nouveaux coups de boîte ; puis la musique, se mettant en mouvement, parcourait une seconde fois les rues du village, faisant entendre ses notes, quelque peu discordantes, Si vous le voulez , mais du moins éclatantes, ce qui plaît toujours aux Indiens. Tout le monde se rassemblait à l’église ; on commençait alors le chapelet ; puis venait une nouvelle instruction, qui trai-tait ordinairement des fins dernières ; le tout se terminait par la bénédiction du Saint-Sacrement .
« Quand, pendant huit jours, on avait ainsi réuni les chrétiens, c’était merveille de voir les fruits de salut qui se produisaient en eux . Ne suffisant pas à entendre les confessions, nous étions souvent obligés d’appeler à notre secours les prêtres les plus rapprochés. Car tous les chré-tiens voulaient se confesser, tous voulaient avoir part aux bénédictions de la retraite. J’ai souvent été ému jusqu’aux larmes, en voyant la douleur avec laquelle ces braves gens se frappaient la poitrine en accusant leurs fautes. Aussi, dans la dernière instruction, quand, pour les fortifier dans leurs bonnes résolutions , je leur faisais renouveler les vœux du baptême, de toute l’église ils me répondaient, d’une voix forte et unanime, qu’ils renonçaient au diable et à toutes ses pompes.
« Ces missions ont un avantage immense pour nos chré-tiens. Nous en avons évangélisé ainsi plus de 35,000 , et partout nous avons réparé le mal et ramené les égarés dans la bonne voie.
« Car ici tout n’est pas parfait ; vous y trouvez les mêmes degrés de pécheurs que partout ailleurs. Il est vrai que, pour ces esprits forts, pour ces libres-penseurs qui ne pensent à rien sérieusement et ne croient ni à Dieu ni l’éternité, vous n’en trouverez guère , ou plutôt point du tout par ici . Mais pour tout le reste, cela existe comme ailleurs. Partout l’homme est toujours homme, c’est-à-dire faible et exposé à se relâcher.
« Il y a même ici quelque chose de plus dangereux ; c’est que, comme nos chrétiens vivent au sein d’un pays idolâtre, ils sont tentés davantage par les païens qui ne négligent rien pour les corrompre et les forcer à participer à leurs superstitions. Sans doute, ils n’ont pas assez d’au-torité pour les torturer et leur arracher la vie. Mais tous les autres moyens de séduction, les menaces, les mauvais traitements même, ils ne les leur ménagent pas, et malheureusement il y a parfois des faiblesses. Nos missions, tout en fortifiant les justes, servent à relever ceux qui sont tombés et à les maintenir dans leurs bonnes résolutions. J’ai vu ensuite des exemples admirables de la force d’âme et du courage dont ces généreux néophytes savent faire preuve, quand ils se trouvent dans le péril . En voici un trait :
« A Ilangcadou, les idolâtres envoyèrent aux chrétiens, leurs subordonnés, l’ordre de venir participer à une de leurs fêtes. Les fidèles répondirent : « Nous sommes les enfants de Dieu ; « nous avons renoncé au démon et à toutes ses superstitions, nous ne pouvons pas venir. »
« Les païens réitérèrent leur ordre et envoyèrent encore par deux fois dire aux chrétiens: «Viendrez-vous, ou ne viendrez-vous pas ? »
« La réponse fut la même. Alors les idolâtres furieux arrivèrent, armés de bâtons, dans le village des néophytes, pensant en avoir raison par la voie des mauvais traitements.
« Dans cette extrémité, les chrétiens se mettent tous a genoux, en rang, dans la rue, et disent avec courage aux païens: « Quoi qu’il arrive, un jour ou l’autre il faut mourir ; un jour « plus tôt ou un jour plus tard, peu importe. Frappez, tuez-nous. Mais quant à venir participer « aux cérémonies du diable et à faire injure à notre Dieu, jamais nous ne le ferons. »
« Les païens, stupéfaits de ce courage surhumain, se retirèrent sans oser insister.
« Je pourrais vous citer bien d’autres traits qui vous montreraient que nos chrétiens ne font pas trop mauvaise figure dans la sainte Église du bon Dieu .
« Dans le district de Pratacoudy, un des heureux résultats de la visite de Mgr Gandy, c’est d’avoir dessillé les yeux aux protestants. Plusieurs sont venus faire leur abjuration ; d’autres ont manifesté la même intention . Enfin le désarroi s’est mis parmi tous ces dissidents, et il est à présumer que le mouvement de retour gagnera de plus en plus.
« Dans le district de Périavalatchéry il y avait beaucoup à faire: des haines invétérées retenaient malheureusement plusieurs de nos chrétiens éloignés des sacrements. Les exercices commencèrent et, à la suite de la mission, les haines s’apaisèrent et tout rentra dans l’ordre. Les chré-tiens réconciliés purent s’approcher des sacrements, et ils le firent avec des dispositions auxquelles les anges du bon Dieu durent certainement applaudir.
« Heureux d’avoir retrouvé la paix de la conscience, les chrétiens voulurent venir, village par village, saluer l’Évêque et le remercier de ce qu’il avait fait pour eux . Nous les vîmes arriver successivement, chaque village ayant en tête une musique assourdissante, et se faisant précéder par deux ou trois jongleurs ou joueurs de bâtons qui exécutaient les danses et les sauts les plus curieux ; tout cela pour donner plus de solennité à leur visite. Ils se jetaient tous aux pieds de Monseigneur, déposant devant lui quelques fruits, un peu de sucre, du riz, et quelquefois un mouton, comme gage de leur soumission et de leur bonne volonté. Mais ce qui nous plaisait surtout, c’était de les entendre protester qu’après les instructions qu’on leur avait faites, ils seraient désormais toujours fidèles à Dieu et rempliraient ponctuellement leurs devoirs.
« Après six mois passés dans ces exercices pénibles, notre vénéré Coadjuteur vint prendre deux mois de repos à Pondichéry. Après cela, nous fîmes une nouvelle expé-dition ; mais cette fois, du côté du nord, dans les missions télingates . Là encore j’aurais bien des traits édifiants à vous raconter ; mais je craindrais d’abuser de votre patience. »
Parmi les chrétiens, les nouveaux convertis surtout doivent être l’objet constant et tout particulier de la solli-citude des missionnaires. Nous avons déjà vu plus haut comment et dans quelles circonstances le nombre des chrétiens s’est considérablement accru, et ce que depuis six ans, ces conversions ont nécessité de peines et de dépenses pour devenir stables et persévérantes.
« Contrecarrés sur toute la ligne par les païens, écrit M. Foltête, c’est, pour ainsi dire, l’épée à la main qu’il a fallu cette année poursuivre toutes nos entreprises. A voir la peur que le diable a du missionnaire, on serait presque tenté de se croire quelque chose .
« Réflexion faite, c’est l’œuvre de la conversion des néo-phytes qui nous attire toutes ces contradictions. Presque ami des païens jusqu’ici, c’est à partir du jour où quel-ques-uns de nos pauvres néophytes parias sont revenus à la religion, qu’ils se sont tournés contre moi .
« A Pinneypondy, à la fête de Pâques, la procession dans les rues du village a été une lutte corps à corps d’un bout à l’autre ; sans la présence de la police elle aurait dégénéré en bataille.
« A Nellyangoulam , les païens choutres m’ont trouvé sans doute trop magnifiquement logé dans un palais construit par les parias avec des branches d’arbres et recouvert de feuilles de palmier, ils ont voulu me faire déguerpir. Sans plus se gêner, ils ont essayé de mettre le feu à mon pauvre réduit et ont menacé de me battre. Pauvres gens! cette escapade leur a attiré aussi peu de gloire que de profit . Après avoir été la risée des autres païens, ils ont été condamnés à une amende de 140 roupies.
« Afin de les consoler, le thasildar (magistrat du district) vient de m’adjuger, pour bâtir une église, un magnifique terrain, en face de la pagode qu’il domine. C’est le comble de la défaite. Aussi, pour m’empêcher de m’y établir, mensonges, allées et venues, pétitions, faux rapports, roupies même, on s’est servi de tout . A bout de moyens, les païens ont bâti une pagode au milieu du terrain en question . Un poulleyar (idole) qui depuis quelques années était modestement caché dans les brous-sailles, entouré des ordures du village, y a transporté ses pénates. D’autres dieux et déesses l’y ont suivi. Des fêtes même ont été célébrées, en l’honneur des nouveaux venus.
« Pendant quinze jours, matin et soir, à mon grand désenchantement, les musiciens du village les égayaient de leurs bruyants concerts. Les augures leur étaient favorables. Les immortels de pierre devaient passer en ce lieu de prédilection de longs et heureux jours. Mais les destins en avaient décidé autrement : deux mois ne s’étaient pas encore écoulés, que dieux et déesses, sans tambour ni trompette, furent forcés de déloger. Pauvres diables ! bien leur a pris de s’exécuter, car mes parias leur ménageaient des honneurs comme jamais ils n’en avaient reçus.
« Nellyangoulam ayant fini, Veipennei recommença . Là, Satan déploie toute sa rage. Il a déjà failli être vaincu ; mais la victoire n’est que remise ; obtenue à la suite d’une lutte longue et acharnée, elle n’en sera que plus glorieuse. »
M. Verchery écrit de son côté à Mgr Laouënan : « C’est en 1878, au mois de juillet, que Votre Grandeur, en envoyant un Père à Polur, y fonda le district actuel . Cette première année fut une année de grâces ; le Père put, en l’espace de six mois, baptiser près de 3.000 infidèles très bien disposés. Mais, hélas ! le temps de l’épreuve ne tarda pas à venir. L’ennemi travailla et parvint à ébranler la foi de plusieurs.
« Six années se sont ainsi écoulées, pleines de périls pour les néophytes, et de tristesse pour leur pasteur. Aussi, lors de mon arrivée dans le district, à la pensée du danger que courait cette chrétienté naissante, il me sembla que saint Joseph serait notre sauveur. Je mis donc le district sous sa protection et promis de lui ériger une statue. Je ne savais pas encore que le P. Darras, par un vœu accompli à Settoupettou, avait confié tous ses nou-veaux chrétiens à Notre-Dame de Lourdes. En mémoire de cette consécration, j’ai voulu avoir aussi, à côté de saint Joseph, la Vierge des Pyrénées ; et le 31 août, une statue de Marie Immaculée, haute de 30 centimètres, faisait pendant à celle de saint Joseph dans la petite église en chaume de Polur.
« Les chrétiens disaient en parlant de saint Joseph : « Ce Saint nous donnera du riz ; celui-« ci (en parlant de Notre-Dame de Lourdes), nous «donnera la santé et le ciel . » Sans doute le temps de l’épreuve pour les néophytes de Polur n’est pas fini ; le démon cherche encore à les ramener au paganisme ; mais on voit que son pouvoir diminue , et il y a lieu d’espérer qu’ils persévè-reront tous dans notre sainte foi .
« Pourtant, si plusieurs commencent à revenir à l’église, à la messe, à visiter le Père, à observer l’abstinence, à s’abstenir des superstitions, nombreux sont encore ceux qui restent dans la mauvaise voie. Puissent Notre-Dame de Lourdes et saint Joseph les sauver tous! En eux est mon espoir.
« Par la bonté divine, le ministère ici n’a pas été dépourvu de consolations. Dès le jour de mon arrivée, le chef des chrétiens de Polur, qui n’était pas entré à l’église depuis trois ans, s’est réconcilié. Un autre chef (celui de Papan-bady), qui avait juré de ne jamais revoir le Père et avait rétabli les poulléyars, a apporté lui-même son enfant pour qu’il fût baptisé, et fait célébrer chrétiennement les mariages de son village. A Singapouttous les habitants qui depuis leur baptême s’étaient tenus à l’écart, ont voulu tous faire leur première communion . Dans plusieurs en-droits les enfants accourent de loin saluer le prêtre, et les parents se sont empressés de présenter les nouveauxnés au baptême. Un fait, qui prouve l’efficacité des sacramen-taux dans ce pays, c’est que toutes les fois que l’on m’a appelé pour bénir les malades, ils ont recouvré la santé. »
Tandis que saint Joseph manifeste sa puissance à Polur, Notre-Dame de Lourdes opère des merveilles de grâces dans le district de Settoupettou qui lui a été spécialement consacré. « Un fait certain, écrit M. Darras, c’est que le chef-lieu du district s’attache de plus en plus à la religion . Ce résultat est dû à Notre-Dame de Lourdes, et il est d’autant plus remarquable, que la localité a été travaillée, pendant vingt ans et de toutes les manières, par les protestants ; après leur avoir résisté énergiquement, les habitants sont venus d’eux-mêmes se présenter à moi pour recevoir le baptême ; tous sont devenus catholiques et demeurent fermes dans leur foi .
« Quand ce village était encore païen, il avait la réputation bien établie d’être remuant et intraitable, pour ne rien dire de plus. Avec la grâce de Dieu, sauf quelques exceptions, grands et petits aiment le prêtre, lui sont attachés, écoutent sa voix . Presque tous ont rempli leur devoir pascal, et ceux qui sont en retard l’accompliront avant la fin de l’année...
« Je ne laisserai point dans l’oubli, écrit encore notre confrère, la petite colonie Notre-Dame de Lourdes ; parce que le rôle qu’elle joue est très important pour la religion. Elle se compose de familles venues de différents pays, et qui, réunies sous le patronage de la bonne Mère, ont souvent reçu des marques de sa protection. Votre Grandeur sait que le but de sa fondation a été de relever notre sainte religion aux yeux des païens. Presque tous les nouveaux chrétiens étant de caste et de condition inférieures, il en résultait que les idolâtres de caste n’avaient point pour la religion la considération qui lui est due, ils l’appelaient une religion de parias et la tournaient en dérision . Déjà la fête de Notre-Dame de Lourdes, qui amène par milliers des fidèles de toute caste et de toute condition, a fait dispa-raître bien de ces préjugés; mais il était à désirer que, dans le district même, un certain nombre de familles de caste fussent, pour ainsi dire, à la tête de la communauté chrétienne. Traitant d’égal à égal avec les païens, elles devaient, par le fait même, donner du relief à la religion, et, de plus, être un sujet d’encouragement pour les chré-tiens de condition inférieure.
« Le démon ne pouvait voir de bon œil cette oeuvre s’établir ; aussi lui suscita-t-il des difficultés de toutes sortes. Tous les moyens ont été mis en œuvre par les employés subalternes du gouvernement et les gens mal- veillants pour empêcher les colons d’acquérir des terres ; et par suite de tracasseries de toutes sortes, j’ai vu plusieurs fois la petite colonie à deux doigts de sa perte. Mais Notre-Dame de Lourdes voulait affermir par des épreuves cette œuvre qui a déjà, et qui aura de plus en plus, des résultats avantageux pour notre sainte religion . »
Depuis que nous avons reçu les détails qui précèdent sur l’état de la mission de Pondichéry, un nouveau et terrible désastre a frappé ce pays. Après une sécheresse qui avait déjà compromis la moisson, des inondations épouvan-tables, comme de mémoire d’homme on n’en avait vu dans le sud de l’Inde, ont achevé la ruine de cette malheureuse contrée. Non seulement les campagnes sont entièrement ravagées, mais des villages entiers ont été anéantis, les habitants ont perdu le peu qu’ils possédaient, et sont plongés dans la plus extrême misère.




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